PYGMALION
Un roi des Sarmates eut la folie de la rechercher en mariage, et le courage encore plus grand de l'épouser. Gircé, qui voulait régner seule, se délivra bientôt de lui au moyen d'un breuvage empoisonné. Mais les Sarmates n'étaient pas hommes à se laisser gouverner par une reine homicide de son époux : ils lui arrachèrent le sceptre et la bannirent de leur 'pays. Elle prit la route de l'Itahe, emportant ses secrets avec elle, et alla se fixer sur un cap de la mer d'Etrurie, dans une résidence magnifique. Malheur aux imprudents nautoniers qui jetaient l'ancre au pied du promontoire circéen ! L'enchanteresse les attirait dans son palais, les captivait par ses charmes, épuisait leur énergie et leurs trésors, et enfin les métamorphosait en de vils troupeaux.
Ulysse, poussé par la tempête sur les côtes de ce promontoire, eut la douleur de voir tous ses compagnons changés en pourceaux par les arts magiques de cette princesse; il résista seul, au moyen d'une plante appelée moly, dont Mercure lui avait fait présent, pénétra courageusement dans le palais de Gircé, et la contraignit, l'épée à la main , de rendre à ses compagnons leur forme première. Tant d'audace et un si noble caractère gagnèrent le cœur de la magicienne, qui s'attacha à Ulysse, et le combla de témoignages d'estime et d'affection. Enchanté à son tour, séduit par des flatteries répétées, Ulysse oublia près d'elle, pendant une année entière, sa patrie, son épouse et son fils.
§ 14. I»ysmalîon,
Pygmalion, sculpteur de l'île de Ghypre, fit une statue si belle qu'il en devint amoureux, et pria le ciel de la rendre vivante et sensible. « Grands
dieux, » s'écria-t-il, « s'il est vrai que votre puis- » sance n'ait point de bornes, faites qu'une créature ï si adorable devienne mon épouse ! » En achevant cette invocation, il approche de la statue et croit la voir se remuer; il la touche et le marbre paraît s'amollir. Etonné de ce prodige, it n'ose se livrer aux transports de joie qu'il éprouve. Il la touche encore ; elle est déjà moins froide ; déjà le sang circule dans ses veines. Il lui presse la main , il y imprime les lèvres... Ce n'est plus une statue; elle peut le voir, elle peut l'entendre , elle descend de son piédestal et marche à lui. Le bonheur de Pygmalion n'est pas un songe ; c'est la plus douce et la plus chère des réalités.
§ 15. Arion.
Akion, poète et musicien de l'île de Lesbos, vécut quelques années à la cour de Périandre, roi de Gorinthe; il passa ensuite en Sicile et en ItaUe, où il exerça ses talents d'une manière utile à sa fortune. S'étant embarqué au port de Tarente pour retourner dans sa patrie, il eut l'imprudence d'étaler ses richesses aux yeux de quelques matelots avides, qui résolurent de le jeter à la mer pour se partager ensuite son or. Mais Arion pénétra leur affreux dessein, et demanda qu'il lui fût permis, avant de mourir, de jouer encore une fois de son luth. Il obtint cette grâce, fit retentir les airs d'une mélodie délicieuse, et se précipita dans les flots. Un dauphin, attiré par ses accords, le reçut dans sa chute et le transporta au cap Ténare, en Laconie. Il se rendit de là chez Périandre, qui fit mettre à mort les matelots, et éleva un monument de bronze au dauphin, sauveur d' Arion.