‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 99 sur 105 · LA SIBYLLE DE GDMES · texte numérisé non relu

LA SIBYLLE DE GDMES

sa bouche écumait, un tremblement violent s'emparait de tout son corps. Dans cet état de crise et de souffrance, elle se débattait contre les prêtres qui la retenaient de force sur le trépied , elle poussait des hurlements, et jetait l'effroi dans l'assemblée. Enfin, ne pouvant plus résister au dieu qui la subjuguait, elle proférait, par intervalle, des paroles mal articulées que les ministres recueillaient avec soin, arrangeaient à leur guise, et auxquelles ils donnaient un rythme, une liaison et un sens qu'elles n'avaient pas en sortant de la bouche de la prêtresse. Dès que les oracles étaient prononcés, on retirait la Pythie du trépied pour la conduire dans sa demeure, où elle passait plusieurs jours à se remettre de ses fatigues. Souvent une prompte mort suivait son enthousiasme convulsif.

L'oracle parla d'abord' en vers; mais quelques malins voyageurs ayant trouvé étrange que le dieu de la poésie fît des vers dépourvus de poésie, la prêtresse parla dès lors en prose.

§ 22. lia ii^ibylle de Gumes.

Les Sibylles étaient des vierges inspirées qui prédisaient l'avenir et rendaient des oracles. On varie sur leur nombre, leurs noms, ?eur patrie, leur histoire. Quelques auteurs en comptent trois, d'autres quatre, d'autres vont jusqu'à dix.

La plus connue est sans contredit celle de Cumes. Apollon, qui l'aimait, lui promit d'exaucer un de ses voeux, si elle cessait de lui témoigner de l'indifférence. Déiphobe (c'était son nom) (1), ramassant

(1) D'autres l'appellent Eérophile ; d'autres DémopMle ; d'autres font de notre sibylle deux personnages distincts.

une poignée de sable , demanda de vivre autant d'années qu'elle avait de grains dans la main. Son souhait lui fut accordé; mais alors elle se moqua du dieu trop crédule , et prit la fuite. Le dieu , à son tour, se moqua d'elle, parce qu'elle avait oublié de lui demander la jeunesse avec la longévité. Après trente ou quarante années, elle s'affaiblit; une maigreur effrayante succéda à sa fraîcheur ; la caducité ralentit sa marche, sa voix s'éteignit, et l'existence devint pour elle un fardeau.

Enée, à son arrivée dans le Latium, alla consulter cette Sibylle, et ce fut elle qui l'introduisit aux Enfers.

Déjà très avancée en âge, elle composa et apporta mystérieusement à Rome, sous le règne de Tarquin le Superbe, les livres poétiques appelés Sibyllins. Couverte d'un long voile, elle s'avança gravement et avec assurance vers le palais de Tarquin, et demanda à lui parler. Admise en sa; présence, elle déroule à ses yeux neuf manuscrits, et lui dit : « Prince, je » veux recevoir 300 pièces d'or pour ces feuilles, qui » contiennent les destinées de Rome. » Tarquin, souriant à une proposition semblable, ne daigne pas y répondre. Déiphobe ne se déconcerte point ; elle jette au feu trois des manuscrits, et ajoute : « Prince, » vous ne sauriez trop payer ces six rouleaux ; ils » renferment les destinées de Rome. » A cette seconde instance, Tarquin lève les épaules, et traite cette femme d'extravagante. Déiphobe ne change pas de contenance, brûle trois des cahiers, et s' adressant encore au monarque : « Roi des Romains, » dit-elle, <t vous ne sauriez acquérir à un trop haut y> prix ce qui reste de ces oracles : je veux recevoir » en échange 300 pièces d'or. » Après un moment d'hésitation, Tarquin se ravise enfin, va consulter

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les grands de sa cour, compte à la vieille Sibylle la somme demandée, et reçoit les précieux livres ; c'était un recueil de prédictions sur les destinées de l'empire romain. On n'entreprenait rien d'important à Rome sans les consulter. Dans les temps de guerre, de sédition, de peste, de famine, on recourait aux vers sibyllins : c'était un oracle permanent, respecté et infaillible. A la- conservation de ces livres était préposé un collège de prêtres appelés Quindécemvirs, qui seuls avaient le droit de les expliquer.

. § 23. JLies Magiciennes.

On appelle magie l'art de produire des effets surnaturels avec le secours des divinités infernales, ou par le moyen de paroles [cabalistiques et de cérémonies mystérieuses.

Les anciens étaient persuadés que les Magiciennes (ou Sorcières) exerçaient leur empire au ciel, sur la terre et dans les enfers ; qu'elles pouvaient commander aux astres, faire descendre la lune du firmament, transporter les fruits et les moissons d'un champ dans un autre, évoquer les mânes, et converser avec les ombres. A leur voix puissante, le jour et la nuit interrompent leurs vicissitudes; Jupiter n'est plus obéi, et les tonnerres grondent à son insu ; la mer se calme ou se soulève en dépit de Neptune ; les monts s'aplanissent : les fleuves remontent vers leur source, la nature entière est bouleversée.

Pour leurs opérations magiques, elles employaient des plantes vénéneuses, des œufs de chouette, le sang des crapauds, la moelle des jeunes garçons et les ossements des morts. De toutes ces matières, elles composaient des breuvages et des filtres qui avaient la vertu d'inspirer de l'amour ou de la haine, de ra-

jeunir ou de vieillir, de ressusciter ou d'ôter la vie. Les sorcières de Thessalie étaient les plus renommées de toute la Grèce : elles tenaient de Médée leurs connaissances magiques.

Némésis, Proserpine, Hécate, présidaient à la sorcellerie et aux enchantements.

§ 24. Ijc» A-ugures.

Les Romains donnaient ce nom à neuf magistrats chargés de prédire l'avenir, et qui étaient en quelque sorte les interprètes des dieux. On avait pour eux une vénération sans bornes, et on les consultait avant chaque entreprise importante , pour savoir quelle en serait l'issue.

Les réponses des Au&ures se tiraient de quatre sources principales : 1° des phénomènes célestes, tels que la foudre, les éclairs, les comètes et les éclipses; 2° du vol et du chant des oiseaux ; 3» de la manière dont les poulets sacrés recevaient la nourriture qu'on leur présentait : s'ils ne voulaient ni sortir de leurs cages, ni manger, le présage était funeste ; s'ils dévoraient les grains et ramassaient ceux qui échappaient de leur bec, le présage était favorable; 4o enfin, les Augures tiraient leurs pronostics de certains événements fortuits, par exemple de la chute d'une salière, d'un éternuement, d'un bruit étrange, d'un incendie, d'une chandelle qui s'éteignait sans cause apparente, d'un rat qui rongeait des meubles , de la rencontre d'un serpent, de celle d'un lièvre ou d'un renard.

Les Augures jouirent à Rome d'une considération non interrompue, jusqu'à la fin de la République. Vers cette époque, ils tombèrent en discrédit, puisqu'un citoyen éclairé disait alors : « Je ne conçois

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