XXXVI LEON CLADEL
jourd'hui, portant une dédicace manuscrite du poète à mon père, et forçant tout de suite l'aventure, je me mis à lire la pièce intitulée : Au Lion de Waterloo.
Lion, as-tu rugi? Sens-tu passer dans l'air
Un vent précurseur des batailles ?
Sens-tu donc tressaillir sous ton ongle de fer
Ton piédestal de funérailles?
Sur ce tertre sanglant les peuples t'ont placé
Comme une active sentinelle, Pour voir à l'horizon trop longtemps menace
Si Vaigle agite encor son aile.
L'aigle tu sais, la vieille ennemie, 6 Lion,
Qu'apportent de Rome ou de Gaule Ces veneurs couronnés, César, Napoléon,
Comme un faucon sur leur épaule.
Je m'arrêtai, regardant en dessous. Il faisait bonne contenance, un peu grave pourtant. Je continuai :
Tu l'as tenue ici, Lion de Waterloo,
Sous ta griffe puissante et fière, Après trois jours de lutte. Alors le sombre oiseau
Râlait mourant dans la poussière.
A ce moment, Cladel toussa. Mais inconti-
IN SIIGIQUI XXXVII
nent il dit : • Ce n'est rien. Continuez..., continue/ donc. • Je continuai :
Sous Ion ongle imprimée en ton carmr frémissant
Elle rêvait encor set fttes, Et l'hymne dm carnage et la vapeur in tang
Et le ta non et ses tempêtes !
Elle rêvait encor set cruelles amours!
El loi, ton tvinouenr débonnaire, Au lieu de V écraser, l 'infime...
• S.icrebleu ! clama-t-il, éclatant comme une grenade, et se levant furieux, taisez-vous! Sacre!... Non, c'est trop fort. Quel polisson! Quelle brute! quelle canaille I • Ouvrant la bouche comme pour mordre, râlant au fond de la gorge un grognement de fauve, que je lui avais entendu quand il voulait exprimer un dégoût doublé de colère, plissant les yeux et les narines, renâclant comme un chat qui souffle : Hâhàhâhàhâ , fît-il sauvagement. Et revenant à l'idée dont il avait coiffé mon ami le capitaine, comme d'une casserole, il ajouta : Si vous trouvez ça beau, vous n'êtes pas diffi-