Chapitre III
milieu des dames et des jeunes filles, il travaillait malgré le bruit des conversations. Souvent il quittait ses travaux, jouait, faisait avec passion une partie de cartes ou préparait quelque espièglerie ; il dérobait un mouchoir dans une poche, brouillait les fils d'une boîte à ouvrage. On acceptait ces farces de la part de ce garçon de 27 ans qui désarmait toute colère par ses gestes contrits d'enfant pris en faute.
Dans le jour, quand le temps le permettait, il courait avec les gamins à travers les rues et, en hiver, montant avec eux sur les toits doucement inclinés des maisons basses, se laissait glisser dans les tas de neige.
N'aurait-on pas dit, à le voir ainsi, qu'il était encore le collégien de Gjerrestad ?
Au mois de décembre, Abel quittait donc Christiania pour aller à Froland fêter la Noël. Voyageant en carriole au cœur de rhiver sur la longue route qui suit le golfe, entre Christiania et Arendal, il souffrit du froid; quand le 19 il arriva à Froland, il était fatigué, fiévreux, atteint d'une bronchite.
Mais bientôt, après quelques jours de repos, il reprit sa gaieté et les habitudes qu'il aimait; ses hôtes perdirent toute inquiétude; ce ne semblait être qu'un rhume comme il en avait souvent.
La Noël passa, puis le jour de l'an; le mal était oublié.
Mais, dès le début de janvier, la toux reparut, et il sembla même qu'Abel perdît son insouciance d'enfant.
Les demoiselles Smith ont noté que, le 6 janvier, il s'isola pour travailler, ce qui ne lui arrivait jamais, et demeura longtemps seul dans sa chambre.
Or, de ce jour est datée la rédaction d'un court Mémoire
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