‹ N.-H. Abel. Sa vie et son œuvreChapitre 16 sur 21 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

fatigué déjà, il ne put la poursuivre et livra seulement cette sublime fleur de son génie. Ce devait être son dernier ouvrage.

Il se préparaît à quitter Froland, le 8 janvier; ce jour-là, il fut pris de frissons ininterrompus et dut s'aliter, remettant son départ; le 9 au matin, il eut des crachements de sang.

Son mal sembla d'abord s'apaiser : au bout de deux semaines un mieux sensible lui permit de se lever, de se remettre même au travail; de ce moment, datent quelques pages de notes ayant trait au Précis. Sa. gaîté revenait ; auprès de sa fiancée, plus inquiète que lui, il faisait des projets d'avenir : a Songe, Crely, disait-il, qu'à Berlin tu ne seras pas seulement Madame Abel, mais Madame la professeur. »

A la fin de janvier il se préparait au départ quand les crachements de sang recommencèrent, il dut s'aliter de nouveau; cette fois ses forces minées par la maladie et par une misère de trois années furent complètement abattues. Abel ne se releva plus. A partir du i5 février il lui fut impossible de remuer, et même d'écrire. Il reçut à ce moment une nouvelle de Legendre et ne put y répondre. Ce fut un affreux désespoir.

Il se vit très atteint; mais, comme tous les phtisiques, il comptait qu'avec le printemps, les premiers rayons de soleil il retrouverait ses forces. Il y avait des moments où il était heureux de se trouver dans une atmosphère amicale, auprès de sa fiancée; il lui arrivait même de se réjouir de certains événements: ses appointements de Docent étaient augmentés, Crelle assurait comme prochaine sa nomination à Berlin. — Rien ne donne l'impression du prolongement de notre vie comme de voir se préparer l'avenir ! — quelquefois, pourtant, il avait peur et, regardant ses mains amai-

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126 Chapitre III. — Dernières Années.

Huit jours après, le 14, il fut iniiumé près de Téglise de Froland, dans le lieu de sépulture de la famille Smith. Ce jour-là une tempête de neige s'abattit sur la région. Tous les habitants de la ville minière et des environs suivirent pourtant son cercueil; ils venaient accompagner à sa dernière demeure celui qui n*était pour eux que le fils du pasteur S.-G. Abel. Aucun ne savait quel devoir plus sacré il accomplissait.

Quelques années après, Keilhau vint à Froland; il y vit le tombeau d'Abel non enclos, comme abandonné. Une souscription fut faite pour élever une sépulture plus digne. Il y eut huit souscripteurs : Treschow, M"**' Hansteen, Michel Schjeldrup, Holmboë, Rasmussen, Ajort, Boeck, Keilhau. Il faut écrire le nom de ces êtres qui tous ont été mêlés à la vie d'Abel, qui tous, à des degrés divers, ont su satisfaire au plus impérieux de ses besoins, car ils l'ont aimé. Ce sont ses amis qui ont élevé son tombeau. Aucun inconnu n'a participé à ce souvenir.

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