‹ N.-H. Abel. Sa vie et son œuvreChapitre 9 sur 21 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

Cette menace, il la sentit, quand, à la fin du mois d'avril 1828, il lut dans les Annales de Schumacher la démonstration de Jacobi, se rapportant aux théorèmes dont il s'était occupé deux mois plus tôt.

Cette solution était parue depuis longtemps, postérieurement, il est vrai, à la publication de la première partie des i^ec/iercAe^^ mais antérieurement à la rédaction même de la seconde. Abel n'en avait pas eu connaissance encore. Elle devait avoir pour lui un grand intérêt; Jacobi, en effet, usait d'un procédé qu'Abel — avec Gauss peut-être — pensait être seul à connaître : Tinversion.

Ce fut Hansteen qui lui fit voir le travail de Jacobi; l'émotion d'Abel fut très vive, il n'avait jamais pensé à une rivalité.

« Quand je lui mis sous les yeux le numéro des Annales^ écrit Hansteen à Schumacher, il devint tout pâle et, très troublé, courut chez le pâtissier boire un bon Schnaps pour se remettre. »

Émotion faite, sans doute, de jalousie et de colère, peut-être aussi de la crainte d'être devancé; mais son inquiétude dut céder à un mouvement d'orgueil, quand il vit avec quelle timidité Jacobi avait employé Tinversion. Elle n*était pour lui qu'un moyen, non une idée directrice (13).

Se sentant fort, conscient du point élevé oti étaient parvenues ses investigations, il dédaigna d'entamer une polémique avec son adversaire, mais décida de l'arrêter d'un coup, en publiant dans un seul article les résultats les plus généraux de ses recherches sur la transformation; et alors, en très peu de jours, il écrivit l'admirable et orgueilleux Mémoire : Solution d'un problème

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