‹ N. Lenau, poète lyriqueChapitre 11 sur 43 · SBS ORIGINES ET SA BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

SBS ORIGINES ET SA BIOGRAPHIE

d'œavre est prêt (i). » Lenau jouait-il du violon parce qu'il était allemand, aimait-il la rêverie philosophique parce qu'il avait un peu de sang slave dans les veines ? Nous laisserons à d'autres le soin d'élucider ces questions profondes.

Mais s'il nous parait que des recherches de ce geni'e ne mènent à rien, au moins dans Tétat actuel de nos connaissances, nous sommes de ceux qui attachent au contraire une grande importance à l'action du milieu sur l'organisation et le développement d'un tempérament donné. Le u milieu )>, ce sont les choses et les gens qui entravent ou favorisent 1 épanouissement de nos instincts. On peut les voir à l'œuvre» mesurer les résultats de leur intervention, constater l'excès ou rinsuffisance de cette intervention elle même. Le sol qu'on a ici sous les pieds est solide. En somme, la vie nous contraint à faire tous les jours autour de nous des observations de ce genre et à régler sur elles nos rapports avec les hommes. Or la critique est aussi une science des choses humaines.

Nous dirons simplement, pour en finir tout de suite avec la généalogie de Lenau, qu'il appartenait à une ancienne famille originaire de la Silésie. Dès le seizième siècle on rencontre des Niembz ou Niembsch dans la petite ville de Strehlen (â). Ce nom de Niembsch semble provenir du mot (( niemetz, nemaz » par lequel on désigne les Allemands dans le dialecte slave de cette province. Les ancêtres du poète se vouèrent de bonne heure à la profession militaire. L'arrièregrand-père de Lenau, Augustin de Niembsch, était déjà lieutenant-colonel. Son fils choisit également la carrière des armes, où il s'illustra pendant les guerres de la Révolution. Le père de Lenau,Franz von Niembsch,(( le beau Niembsch »,

(i) L. Betz, Stadien znr vergUichenden Literaturgeêchichie der neueren Zeit, Frank furt a. M., 190a. Nous réduirons d'ordinaire les références au strict nécessaire. Le lecteur est prié de se reporter à Tappendice bibliographique, à la Un du volume.

(a) ïyoh le titre nobiliaire de Strehlenau que poTtaient lesMembsch.

6 LES SOURCES DE l'ŒUVRE LYRIQUE : l'HOMME

naquit le 20 juin 1757 à Tartos dans la Haute-Hongrie. Par sa mère, une Kellersperg, il était de souche styrienne. Comme son père et soji grand'père, Franz entra dans Tarmée. Son éducation laissait à désirer. Les changements fréquents de garnison auxquels étaient exposés ses parents, le manque presque absolu de bonnes écoles dans la partie de la Hon. grie où ils séjournèrent le plus longtemps, ne permirent pas à Tenfant d'acquérir une instruction solide. Sa mère, hautaine et minutieuse, ne semble pas, d'ailleurs, avoir possédé les qualités requises pour prendre quelque ascendant sur lui. G* est ainsi que Franz s'éleva plutôt mal que bien et se contenta des rudiments d'études qui devaient lui ouvrir l'accès du régiment. En 1798, au mois de novembre, il fut incorporé comme cadet aux dragons, à Ofen, où demeuraient maintenant ses parents et, dès le i^r décembre, il partit pour une garnison nouvelle : Nàgy-Kôrôs.

Ce séjour à Ofen, si court qu'il fût, devait être gros de conséquences pour le jeune officier. Il y fit en effet la connaissance d'une jeune fille, Thérèse Maigraber, qui appartenait à Tune des meilleures familles de la ville et habitait avec sa mère, veuve d'un haut fonctionnaire des ûnances. Ni Thérèse ni Franz ne surent résister à la poussée d'un tempérament trop ardent et, lorsque l'officier de dragons s'éloigna d'Ofen, ses relations avec la jeune fille avaient déjà pris un caractère d'intimité absolue. Pour Thérèse ce départ équivalait à une véritable catastrophe. Elle avait beau se considérer comme la fiancée de Niembsch et même comme quelque chose de plus, le départ de celui qui tenait son sort entre ses mains la menaçait des pires malheurs. Lui resterait-il fidèle au milieu des entraînements de la vie militaire, lui qu'elle savait léger et inconstant? Et quand bien même les sentiments de Niembsch ne varieraient pas, pourrait-il la réhabiliter aussi promptement que l'exigeraient les circonstances? Les deux familles ne manqueraient sans

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