‹ N. Lenau, poète lyriqueChapitre 12 sur 43 · SES ORIGINES ET SA BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

SES ORIGINES ET SA BIOGRAPHIE

doute pas de s'opposer à leur mariage. Thérèse comprit que sa vie et son honneur étaient en jeu et qu'il s'agissait de montrer de Ténergie. Dès les premiers jours de sa solitude, elle essaie de le faire entendre à Nieinbsch dans ses Içttres. Elle lui rappelle tout ce qu'elle a fait pour lui, lui donne déjà le nom d'époux. Ce sont bien là les supplications, éternelles comme le monde, de la femme qui doute et tente de retenir l'amant qui lui échappe : « Mon cher époux, écrismoi comment tu te trouves — toi aussi tu dois éprouver maintenant d'autres sentiments — , car tu m'as quittée cette foi» avec une responsabilité tout autre que lors de notre première séparation. Toi aussi tu dois beaucoup souffrir. Ménage ta santé et reviens bientôt. Dis-moi seulement, s'il faut que j'avoue tout à ma sœur? Je ne sais à quel saint me vouer... » (i) Lui se plaint d'un malaise continu, il est tout délabré : « Ma santé est partie, je me porte misérablement, car je suis absolument sans vigueur (a). ))

C'est par des inquiétudes de ce genre que commence la longue série des infortunes de Thérèse. Personne dans sa famille ne se doute encore de l'état dans lequel elle se trouve. Elle n'ose se confier à sa sœur, la seule personne qui puisse la comprendre, sinon l'excuser. Et lui? Pourvu qu'il ne Fabandonne pas ! Il sait bien cependant que c'est l'amour, rien que Tamour qui l'a jetée dans ses bras (3). Et puisqu'il se plaint d'être malade, elle va lui envoyer de l'argent, tout ce qu'elle possède, vingt florins aujourd'hui (4)» une autre fois davantage si c'est nécessaire.

11 paraît que Thérèse et la mère de Niembsch étaient en relations suivies à ce moment-là, car il est souvent question

(i) aa déc. 1798. *

(2) la janv. 1799.

(3) Lettre du 9 janvier 1799.

(4) Lettre du 11 février 1799.

8 LES SOURCES DE l'ŒUVBE LYRIQUE : L'hOMME

de l'altière dame dans les lettres. Thérèse n*en dit d'abord que du bien. C'est seulement lorsque son fiancé lui fait part de la triste situation dans laquelle il se trouve, de ses chagrins moraux, de ses malaises physiques, qu'elle accuse la famille de Niembschde sécheresse et de dureté (i). Pourtant elle continue à voir sa future belle-mère et le vieil officier, bien qu'elle soit souvent obligée de les entendre traiter sans indulgence leur fils incorrigible. A tout prix on veut qu'il reste loin de Pest et le père fait des démarches par voie hiérarchique pour empêcher son retour. Il semble, quant à lui, se consoler sans peine de ces traverses. 11 est plus occupé de sa propre santé que des embarras de Thérèse. Quand il lui écrit, ce qui n'arrive pas souvent, c'est pour déploi'^r l'état précaire de ses forces. Les vagues protestations d'amour qu'il ajoute semblent dépourvues de sincérité. C'est une concession qu'il fait à la douleur exaltée de sa fiancée. Niembsch était véritablement et dans tonte la force du terme un égoïste, un enfant gâté, démoralisé en outre par le jeu et le plaisir, physiquement ruiné en pleine jeunesse. Comme il arrive souvent chez les personnes de ce genre, il n'a ni le loisir ni la tranquillité d'esprit nécessaires pour compatir pleinement aux malheurs d'autrui. Il se montre incapable de donner un bon conseil. Le a beau Niembsch )) n'est plus qu'une épave, un « avarié », comme on dirait aujourd'hui, que Thérèse est obligée de relever, de défendre contre luimême, au moment même où elle n'a pas assez de toutes ses forces pour triompher de l'hostilité impitoyable des cii^ constances.

Il lui faut pourtant quitter Pest, car le terme redouté approche. Après avoir conjuré une dernière fois « son époux » de ne pas l'abandonner, -elle se met en route. Les parents de Niembsch ne veulent pas d'elle, sa propre mère la repousse

(i) Lettre du a3 février 1799.

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