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car je puis ainsi, pendant la nuit, me poster sous les fenêtres de ma Lotte chérie, sans être vu, lever les yeux vers Tendroit où elle dort et lui jeter en secret toute mon âme par la fenêtre. Mon cher ami, j aime cette jeune fille inexprimable* ment... (i). » N'est-ce pas là la conception poétique de Tiunour transportée dans la réalité, la conception imprudente des Romantiques qui faisait de Fhomme de génie le centre de l'Univers ? Qu'importe que « de vagues humanités » souflrent, s'il en doit sortir de belles émotions lyriques, de belles strophes ! Inconsciemment, Lenau obéissait aux pré* jugés de son époque, en formulant Tétrange raisonnement que nous avons cité plus haut. Kerner, Mayer, Uhland, Schwab, Gœthe aussi étaient des poètes, mais il leur restait le temps d*étre des hommes. Lenau appliquait à la réalité des principes qui n'avaient qu'une vérité littéraire, il prenait tout au pire, comme le lui reprochait GriUparzer. C'est pourquoi il n^avait aucune réponse sérieuse à faire aux objec« tiens, aux reproches, aux conseils qu'on lui adressait de tous côtés. (( Si j'étais toi, je ne laisserais pas Lotte à d'autres. Je lui parlerais encore, je lui dirais que je l'aime, que je compte sur son amour. . . Lotte est la plus gentille des jeunes filles, je ne l'abandonnerais à aucun de ces messieurs de Stuttgart. Empare-toi d'elle, mais retiens-la fidèlement aussi, pour toujours, comme j'ai fait pour ma Rickele... (a) » Ainsi parlait le bon Justinus avec beaucoup de sens. Et Lenau de recourir à des faux-fuyants : (( Tu m'as écris beaucout de belles choses concernant. Lotte. Je suis heureux de voir qu'elle te plaît tant. Elle me plaît fort à moi aussi. Mais à peine étais-je revenu de Tubingue qu'on me Ta reprise et emmenée en voyage à travers le printemps (3). )) Vaincu en réalité par la peur de vivre, par sa propre impuissance à se
(i) Lettre au même, sans date, écrite dans les premiers mois de iS3a. (a) Lettre de J. Kerner à Lenau, 35 avril i83a. (3) Lettre de Lenau à J. Kerner, 4 niai i83a.
tlO tES SOURCES DE L^ŒUVtlB LTRTQUE : L'HOMBflS
résoudre, par de bizarres préjugés, il s'efforce de se convaincre lui-même et de persuader aux autres, qu'il a sacrifié son bonheur à sa vocation poétique : a Tout dans le monde a son temps. Pour nous, frère, le temps de Tamour est passé : ne nous faisons pas illusion. Ce temps si beau est passé, où tous les désirs de notre âme sont enchaînés par une femme aimée, où nous noUs enfermons avec elle dans une chaumière et un renoncement délicieux. Le sérieux d'une vie supérieure s'est emparé de nous, ainsi que le désir plus profond de connaître une autre existence. Si nous essayons néanmoins de nous enfermer dans la chaumière de l'amour, cette vie sérieuse viendra frapper à notre porte et nous nous arracherons aux bras de la femme pleine d'amour, qui n'aura pas encore achevé son rôve de félicité. Elle pleurera et sera malheureuse. On ne refait pas deux fois le même rôve, on ne raccorde pas ce qui est brisé. Il faut nous détourner de cette belle image, ou plutôt la voiler d'un sombre crêpe. . . » Plus vraie est la première partie de la lettre, où il avoue qu'a une certaine joie de l'âme est nécessaire au mariage », que, « seul, l'homme qui est joyeux éprouve le besoin et le goût de s'attaquer à la vie, rapidement, avec succès, partout et sous quelque forme qu'elle s'offre à lui, afin de s'assurer à luimême et d'assurer aux siens une carrière honorable à travers le monde ; » qu'il y a en lui a un tendon qui est brisé et ne se raccordera jamais entièrement » (i). Ce tendon est celui de l'énergie morale, qui n'a pas été brisé par « l'histoire » à laquelle il attribue tous ses malheurs, mais usé par son éducation première, les concessions irréparables faites à sa sensibilité, le culte exagéré de son moi sentimental (a). Il eut bientôt l'occasion de constater que l'abstention et
(i) Lettre de Lenau à J. Klemm, 17 février iSSa.
(2) Lotte souffrit beaucoup des suites de celte affaire. En 18^6 elle épousa le docteur Ërnst Hartmann, médecin à SindelOngen, puis à Bôblingen. Elle est morte le i5 septembre 1889.
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le renoncement ne sont jamais des solutions définitives. Les questions essentielles de la vie se posent à nous, tant qu'elles n'ont pas été réglées une fois pour toutes. A peine était-il revenu d'Amérique, en possession de toute sa célébrité, que le hasard le mit en présence d'une autre femme, plus active et moins résignée que la timide Lotte.
Parmi les personnages qui lui furent présentés en i833 à son arrivée à Vienne, se trouvait im certain Max Lôwenthal, qu'il avait sans doute déjà entrevu au Café d'Argent, mais, sans s'inquiéter autrement de lui. C'était jun grand bel homme, riche, de tempérament heureux, installé dans un poste confortable de l'Administration des finances. De temps à autre, il commettait un volume de prose ou de vers, ce qui lui permettait de frayer avec les littérateurs en vue de la capitale. Il invita tout de suite Lenau à lui rendre visite dans le cottage qu'il habitait à Penzing, dans la banlieue de Vienne. Lenau se laissa décider non sans peine. Nous pouvons nous rendre compte de l'impression que fit sur lui ce nouveau milieu par les renseignements qu'il fournissait à Emilie Reinbeck, le 20 septembre de l'année suivante, a De toutes les maisons de ma connaissance, je n'ai visité jusqu'à maintenant que celle des Lôwenthal. Je suis invité pour mercredi prochain à Penzing, où il me sera donné de voir en plein jour cette fameuse « irrésistible ». Dernièrement, ce bonheur ne m'était échu que dans le crépuscule du soir. Madame la conseillère Kleyle, la mère de (( l'irrésistible », est une femme très gaie ; le ton de la famille entière est celui de gens assez cultivés, mais, à ce qu'il me semble, plutôt amateurs des plaisirs légers de la vie de société. La femme de Lœwenthal me paraît, à tout prendre, le membre le plus intéressant de cette très nombreuse famille. Je crois que je les laisserai bientôt de côté. Ce ne sont pas des Hartmann (i). A la campagne, les Lœwenthal et les
(I) La famille d'Emilie, qui habitait la même maison qu*elle.
ïîa hEU SOURCES DE l'œuvre LYRIQITE : l'hOMMIS
Kleyle habitent ensemble. Je préférerais rencontrer les premiers tout seuls (i). »
(i) Siir la date de cette première rencontre de Sophie Lœwenthal et de Lenau, les opinions diflêrent. Schutz allirme (I, ^3 sqq.) qu*elle eut lieu à la lin de Tautomne de i833, lorsque le poète rentra à Vienne, à son retour d'Amérique, et la plupart des biographes ont reproduit après lui cette assertion. Mais en 1896 paraissaient les lettres de Lenau à la famille Reinbeck, qui semblaient la contredire. Le poète y annonçait à Emilie dans deux lettres datées du 20 septembre et du ai octobre 1834, qu'il venait de rendre visite aux Lœwenthal, avait passé quelques soirées agréables chez eux et vu enfin de près la fameuse « irrésistible ». M. Castle, un des critiques les plus sagaces et les mieux informés de Lenau, se crut autorisé par ce témoignage à substituer la date de i834 à celle de i833 dans son Introduction biographique aux œuvres de Lenau (Leipzig, igoo) et dans son excellente brochure, Nicolans Lenaa^ Zur Jahrhanderi/eier seiner Geburt (Leipzig, 190a). Quelque ingéniosité qu'il ait mise à rendre vraisemblable la date de i834» nous ne croyons pas devoir l'adopter ici. Le récit que Schurt fait de toute cette période est très conséquent et on ne saurait y changer une date sans tout le désorganiser. Lenau avait promis à Alexandre de Wurtemberg, en le quittant, de revenir bientôt en Souabe (I, a43). Or, il y revint seulement dans les derniers jours de février i834. Schnrz donne comme raison qu'il venait précisément de faire à Vienne la connaissance de Sophie. En septembre i834t en revenant de Saizbourg, Lenau ren* ' contra Schurz à Neuberg, en Styrie. Mais il ne resta que cinq jours auprès de lui, attiré à Vienne, dit Schurz, par le désir de revoir son amie. Or, si l'on s'en tenait aux lettres de Lenau à Emilie Reinbeck, ce serait justement à cette époque qu'il serait entré en relations avec les Lœwenthal, A peine arrivé à Vienne, il est invité chez eux et fréquente assidi^ment leur maison. Comment expliquer» dans l'hypothèse de M. Castle, que dix à douze jours aient suffi à amener une pareiUe intimité? De plus, nous savons que c'est en iS3'j, à son retour de l'étranger, que Lenau fut accueilli avec empresssement par les cercles littéraires de Vienne. Il aurait fait, dès cette année-là, la connaissance de Lœwenthal et n'aurait entrevu sa femme qu'un an plus tard? En outre, si Ton adopte la date de i834i il n'y a plus moyen de rien comprendre à des poésies comme Wandel der Sehnsucht et Stumme Liebe, qui étaient déjà sous presse en mai 1834, c'est-à-dire avant que Lenau eût fait la connaissance de Sophie, soi-disant, et qui contiennent pourtant l'aveu d'un nouvel amour, triste et sans espoir. M. Mayer
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Cette « irrésistible » Sophie Lœwenthal était la fille du conseiller Kleyle, un Badois établi en Autriche. Elle était âgée à cette date de vingt-trois ans environ et dans tout Téclat de sa beauté Sa taille moyenne, élancée, présentait des formes parfaites. Ses cheveux bruns, ses yeux bleus, au regard sérieux, ses joues fraîches, ses dents fines et belles^ une expression générale de tristesse, de dureté, de passion contenue donnait à sa physionomie ce charme étrange qui attire et repousse. Il y avait en elle, à côté d'une intelligence nette et d^un jugement sûr, un orgueil profond, quoique dissimulé, et cette sourde rancune contre la vie qui raccompagne d'ordinaire. Encore* adolescente, elle s'était éprise d'un précepteur des fils de Tarchiduc Charles. Pour des raisons qui ne nous sont pas connues, elle dut renoncer à lui. Son mariage avec Max Lœwenthal semble avoir été, dans toute la force du terme, un mariage de convenance. Aux yeux du monde, elle passait pour une épouse sérieuse
dans un compte-rendu du livre de M. Schlossar (Zeilschr, fàr die œsterr. Gjrmn, Vol. 49 h, 58 fiqq) déclare qu'il croit pouvoir assigner comme date à la première entrevue de Lenau et de Soptiie le 8 novembre c833. Mais il n'indique pas la nature des « recherches particulières » qui Pont conduit à ce résultat. Fait-il allusion à ce passage d'une lettre de Lenau à Sophie (aa juin i838) : « Die Thûr ist hinter dir geschlossen seit jenem achten November »? Quoi qu'il en soit et pour toutes sortes de raisons, nous garderons la date donnée par Schurz. Mais les lettres à Emilie? — Nous admettons que Lenau lui en avait déjà parlé ( Von den mir be/reandeten Hàiisem) ou qull a voulu lui donner le change et dérouter ses soupçons. Le ton de ces lettres n'est d'ailleurs pas sincère, puisque Lenau y affecte un détachement qu'U n'éprouvait pas. On sait qu'il n'a jamais, avant son premier accès de folie furieuse, avoué ses relations avec Sophie à ses amis de Stuttgart — Enfin, il est eerlain que Sophie a lu et relu la biographie de Schurz; eUe aurait donc, certainement, relevé une erreur aussi considérable que cette confusion de dates, si erreur il y avait eu. — Mais pourquoi lea critiques qui ont eu à leur disposition les papiers de Schurz et de la famUle Lœwenthal ont-ils négligé d'examiner cette question?
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et une femme distinguée. Sans bruit, avec un sangfroid imperturbable, elle préparait ses triomphes dans la société, comme dans son ménage. Devinant en son mari rhomme heureux qui arrive sûrement aux honneurs, elle lui vouait cette estime que les natures réalistes et ambitieuses ne refusent jamais aux vainqueurs de la vie.
Par une coïncidence singulière, Lenau Tavait aperçue tout enfant, un jour qu il accompagnait cnez le conseiller Kleyle son ami Fritz. En parcourant un long corridor, ils virent une fillette, qui peignait ses cheveux noirs, adossée contre une porte vitrée. Le jeune Lenau s'arrêta un instant devant ce gracieux tableau, puis continua son chemin. U devait la retrouver treize ans après et concevoir pour elle une des passions les plus violentes, les plusL absolues, dont fasse mention Thistoire littéraire. Noua ne raconterons pas les péripéties de cette liaison amoureuse, qui remplit la vie du poète jusqu'en i844 y il vaut mieux, pour nous, en explorer le contenu psychologique, c'est-à-dire reconnaître les senti* ments divers qu'elle fit éclore dans Tâme de Lenau et par contre-coup dans celle de Sophie. -Ces sentiments, nous les étudierons dans les nombreuses lettres du poète à cette femme, dans ces lettres dont il disait un jour : « Ces feuilles contiennent ce que j'aime le plus dans tous mes écrits. Les mots y ont jailli de mon cœur sur le papier, aussi spontanément que l'oiseau s'envole de son nid. Quiconque veut me connaître, doit lire ces feuilles. » (i)
La correspondance de Lenau et de Sophie Lœwenthal commence en décembre i834. Les lettres du début, rédigées sur un ton enjoué, semi-offîciel, manquent d'intérêt. Ils n'avaient pas encore grand chose à se dire. Leur passé com-
(i) Lettre de Lenau à Sophie, a8 janvier i838. — Les lettres de Sophie sont perdues, sauf deux ou trois. EUes ont été bradées par Lenau pendant son premier accès de foUe furieuse, dans la nuit du la au i3 octobre iS44-
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mun consistait ^ tout au plus en quelques soirées, repas, promenades, où Ton s'observait de part et d'autre. On cause donc art et littérature dans ces épltres, on déclame contre le pédantisme des professeurs, on fait étalage de sentiments convenables, on se taquine un peu. Rieto de bien grave encore. C'est seulement à partir de i835 que la passion parle. Les relations des deux correspondants ont changé de caractère ; des instincts se sont éveillés en eux, des idées les hantent, dont ils Ji'a valent pas eu à se préoccuper jusque-là. Désormais le présent de Lenau appartient tout entier à cette femme. Son passé va bientôt lui être sacrifié. Ses amitiés de StuttgaK étaient un obstacle, il Técarte peu à peu : (( J'ai fait une remarque sur mon compte. Je suis maintenant beaucoup moins gentil et prévenant pour les gens qu'autrefois (i), » écrit-il à Sophie de la capitale wurlembergeoisc. « Chaque fois que je viens à Stuttgart, je sens que je suis mort pour quelques personnes qui m'étaient autrefois agréables (q). )) « Que je suis fatigué des hommes, ce soir ! Il faudra que je devienne grossier pour avoir la paix. Ils me portent au comble de la mauvaise humeur. Ils n'ont rien à me dire en fin de compte, ni les uns ni les autres, et rien à se dire entre eux, et pourtant ils accourent tous ici pour me tourmenter ! (3) » La ville de Stuttgart, qui avait vu briller laarore de sa gloire poétique, Stuttgart aux douces collines et aux horizons harmonieux, devient pour lui un objet d'horreur. (( Il n'est que temps que je me mette en route ! L'air de ee pays est si lourd, si épais, que toute cette vallée ressemble à une grande salle de bains. Un souffle de vent y est une rareté. C'est tout au plus si l'air y bâille un peu (4). » (c Emilie ne veut pas convenir que l'air de Stuttgart ne soit
(I) Le a jniUet 1837.
(a) Lenaa à Sophie, juin i838.
(^ A Sophie, 16 mai 184 1.
(4) A Sophie, 3o août 1887.
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qu'ane exhalaison diabolique . . . Maudit égoût de vallée ! L'air est enti*e ces vignobles, séchés de leur sueur, laborieux» si lourd, si plat, si usé, si sale, qu'on dirait qu'il a circulé à travers des kilomètres d'entortillements d'entrailles, avant de vous arriver dans le nez et les poumons (i). » Vienne seul lui plaira désormais. Sophie sera la seule femme dont il s'occupe. Elle doit lui suffire entièrement. Il ne faut pas môme qu'il voie la comtesse Marie de Wurtemberg (a) !
Son désir devient bientôt réalité. Mais à force de se concentrer exclusivement sui* un seul objet, la rêverie de Lenau s'exalte, son amour s'irrite. Et tout de suite, la passion sensuelle, mal contenue, se déverse en des phrases brûlantes qui brisent les formes trop étroites du langage conventionnel. Des cris de douleur et d'affolement montent de ses lettres : (( J'ai passé de nouveau une nuit fort agitée, lui écrit-il dès le aj octobre i836. Je me suis réveillé en sursaut, avec la sensation de ton voisinage immédiat. Je croyais te tenir entre mes bras et il m'a fallu du temps pour me rendre compte de l'endroit où j'étais et de ma solitude. » Il proteste, il est vrai, de la pureté de ses intentions : « Ce serait presque pécher contre ton âme si la possession de ton corps m*était indispensable, et pourtant ton cœur est si beau, si plein d'âme en chacune de ses parties, que je ne puis m'empôcher de penser, que je serais encore plus maître de ton âme, si ton corps pouvait m'échoir. . . (3) î) « Tu m'as mal ji^é, ce soir, en croyant que j'avais rechuté. Ce n'était pas le cas, ce ne le sera jamais. . . Il n'y a qu'un démon dans l'amour et je me suis débandasse de lui. . . Un certain genre de pensées m'inspire maintenant un tel dégoût, que je bondirais violemment de côté si elles voulaient se j)résenter à moi. Je me
(i) A Sophie, mai 1844.
(2) A Sophie, 9 mars i835.
(3) Lenau à Sophie, 3 décembre iH36.