XII PRÉFACE
économe de lois et de moyens. Tous ces états de la conscience, toutes ces modifications du « moi i), que nous distinguons par l'analyse et auxquels nous donnons des noms divers pour les nécessités de l'existence quotidienne, ne sont que les aspects différents de phénomènes identiques. Ces événements, en face desquels nous nous voyons placés dans la vie, et qu'il s'agit de considérer avec sang- froid pour les utiliser, se réduisent, pour notre conscience, à des sentiments de surprise, de joie, de trisitesse, d'appréhension, dont nous devons également nous auranchir si nous voulons régner véritablement sur nous-mêmes. Qu'il y ait, derrière ces effets des choses sur nous, une cause indépendante de nos perceptions, une substance, « un résidu tout formel », comme dirait Hegel, que l'esprit n'arrive pas à transformer en matière intellectuelle, c'est fort possible ; mais la psychologie n'a pas à se préoccuper de cette question, ses moyens d'investigations ne dépassant pas la sensation et la perception. De môme, les actes que nous accomplissons journellement, que sont-ils autre chose pour notre « moi » pensant, sinon des résultats de conflits, quelle que soit d'ailleurs la nature des sentiments engagés dans cette lutte ? L'acte lui-même, c'està-dire la sanction de cette décision volontaire ou imposée à la volonté, n'a pas d'importance pour la conscience. Psychologiquement, nous ne le connaissons que par ses antécédents — précisément le conflit en question — , ses concomitants agréables ou douloureux, ses conséquences, qui sont des sentiments de repentir, de regret ou de satisfaction. La matière concrète, palpable, de notre vie extérieure n'est donc qu'une série d'états de conscience intérieui's. Et ce quelque chose qui organise notre conduite humaine, ce moi qui s'impose aux événements et aux hommes, c'est le (( moi n qui organise en nous la masse des phénomènes primordiaux. Toute notre vie, nous la vivons dans notre âme. Être maître de l'univers, c'est être maître de soi, le vieux Corneille avait