‹ N. Lenau, poète lyriqueChapitre 7 sur 43 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

est un fait avéré, c'est que les véritables hommes d'action et les grands artistes sont des « voyants )) de ce genre — ; ou bien nos sens et notre conscience accueillent les sensations extérieures, dans le désarroi de la douleur ou de la joie intense, pêle-mêle et en toute hâte, et, dans ce cas, jamais la réflexion ne parviendra, même au prix des plus grands eflbrts, à les organiser harmonieusement. L expérience de tous les jours confirme que les sensitifs et les faibles ne gagnent rien à réfléchir avant de prendre un parti. Au contraire, la réflexion devient pour eux une douleur de plus et achève d'embrouiller leurs représentations. — Nous aurons Toccasion de le constater souvent chez Lenau. — D'autre part, tous ceux qui se sont occupés d'éducation savent qu'on n'arrive pas à faire corriger à son auteur un travail mal composé. Il faut le recommencer tout entier. L'ordre n'est pas un ingrédient qu'on apporte du dehors dans les choses. Il est conçu avec elles. Lorsque Lenau voudra retoucher son Faust, par exemple, trouvant qu'il pèche par une incohérence excessive, il arrivera bien à corriger par-ci par-là quelques détails, mais il lui sera impossible de donner une unité réelle à cet amalgame de scènes hétérogènes. L'organisation, en matière artistique, est un fait premier, inséparable de la conception elle-même, inconscient et spontané comme elle. Pour l'obtenir là où elle manque, il faut donc la demander, non à des procédés mécaniques de composition, mais à une éducation patiente du talent de l'auteur, à son êti*e moral tout entier, qui doit se hausser peu à peu à la volonté d'être libre, c'est-à-dire s'épurer et s'élargir humainement. On grandit l'artiste en grandissant Thomme.

Et pourtant, jamais littérature n'a plus méconnu que la littérature moderne — et surtout que la littérature allemande — cette influence souveraine de la vie active sur la production artistique. Aux maîtres de l'époque classique, à Lessing, à Schiller, à Gœthe, qui avaient passé leur vie à

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