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PI. 26. — Nabur Maktins 'le Maître de Flcmalle) Isabelle de Portngal. Fragment de la peinture de l'ancienne Boucherie à Gand. (A comparer les draperies avec celles des pi. 20 et 23.)
vu de dos et de proportions plus modestes. Au centre de la composition, au troisième plan, se passe la scène de la Natitité, avec La Vierge (dont la tête dut être repeinte) agenouillée devant V Enfant Jésus, Saint Joseph (également retrouvé sans visage) et la Juive Zélénie, tenant un phylactère. Les anges rappellent à première vue non seulement l'esthétique de Hubert, mais surtout celle que l'on observe dans les œuvresdiverses (et parfois de mains différentes) que l'on attribua jusqu'ici au maître de Flémalle (l) et qu'il y a lieu de restituer à l'école gantoise.
Feu M"" H. Hymans, dont tout le monde reconnaît encore la haute compétence, a été frappé comme nous « de la technique prodigieusement avancée » de l'œuvre gantoise. Il remarque comme nous les qualités d'observation de la nature de ce peintre gantois d'une si haute valeur artistique. La peinture a souffert, c'est incontestable, et pourtant le caractère des têtes et de certaines attitudes est resté assez caractérisé pour qu'il soit impossible de méconnaître pour son auteur un artiste appartenant à la grande école de Hubert van Eyck.
<r Isabelle de Portugal, dit M"" Hymans, fait songer à un portrait de cette princesse adjugé à la fin du XIX^ siècle au prix de 20.000 fr. à la vente de Nieuwenhuys, au baron Rothschild. Elle passait à tort pour une œuvre de Jean van Eyck, mais elle était en réalité du maître de Flémalle... Mais j'ai été bien autrement frappé, ajoute M. Hymans, en considérant la fresque de Gaud, d'y trouver un ensemble de caractères qui la rapproche du même maître, surtout si on le juge par >sa Natii'ité de Dijon, la plus importante de ses œuvres connues. Comme à Dijon ou y reconnaît la présence de Zélénie
(1) M. Hasse a cru pouvoir identifier le maître de Fiémalle avec Roger de Bruges, élève de Jean van Eyck; Mr Weale dans s,es œuvres voit troismains différentes et Mr Lafenestre au moins deux. MM. Fierens-Gevaert et G. HuLiN penchent en faveur de peintres de l'école de Tournai, sansdonner des preuves convaincantes, car l'œavre, évidemment de mains diverses, procède de l'école de Hubert van Eyck qui peignit à Gand soa chef-d'œuvre, l'Adoration de l'Agneau.
portant uu turban, ce qui vaut plus qu'une apparence fortuite... (l) ».
Effectivement, dans les deux peintures, on observe chez la Vierire les mêmes cheveux dénoués et flottant sur le dos; l'une et l'autre sont drapées dans ce manteau blanc reflété de bleu, si caractéristique dans l'œuvre du maître de Flémalle. L'Enfant Jésus uu, devant lequel sa mère s'agenouille, présente là-bas, comme ici, une pose également coutorsionuée. Dans le lointain, observe encore le même critique, on aperçoit sur les deux peintures un château fort crénelé avec donjon, rappelant étrangement le château des comtes de Flandre, tel qu'il apparaît aujourd'hui depuis son dégagement des constructions parasites qui l'entouraient. Il y a plus, sur la Natkité de Dijon : on reconnaît à l'horizon, parmi les églises d'une ville, la tour si caractéristique de Saint-Nicolas à Gand, telle qu'elle apparaît sur le grand plan à vol d'oiseau de 1534. Bien d'autres caractères gantois mériteraient d'être signalés; le long d'un cours d'eau bordé de têtards ébranchés on reconnaît la grande Boucherie de Gand, où peignit Nabur Martins. Dans le lointain on distingue les prairies des environs, coupées de fossés bordés, d'arbres écourtés, et protégés contre les inondations par des chemins surélevés formant des espèces de digues. (Remarquons encore que, dans les deux peintures, Saint Joseph tient une chandelle.)
Notre collègue. M' A. Heins, conservateur du Musée d'art décoratif à Gand, dans une communication faite ici même, le 23 octobre 190T, après l'inoubliable exposition de la Toison d'or à Bruges, a constaté de son côté dans un autre tableau type du Maître de Flémalle, c'est-à-dire VAnno^icia- ^fo?i (triptyque), de la collection de Mérode, que, par une fenêtre ouverte de l'atelier de Jose])^ (volet de droite), on peut voir un paysage urbain gantois. On y remarque notamment la tour octogonale, si reconnaissable, de l'ancienne église de Sainte-
(1) Voir Henri Hymans. Correspondance de Belgique. {Gazette des Beaux- Arts du 1er mars 1900 et du même auteur : Les villes d'art. Gand, Tournai. Paris, 1902, p. 38.)
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PI. 27. — Nabur Martins (Le Maître de Flémalle^ La Nativité de Dijon (Musée». A comparer les draperies et la coupe du manteau de la Vierge, ainsi que la pose de l'Enfant Jésus, avec les mêmes personnages qui se trouvent sur la peinture de Gand. On remarquera aussi les phylactères et Joseph tenant naïvement une chandelle, là-bas comme ici.
PI. 28. — Nabur Martins (Le Maître de Flémalle\ Sainte "Véronique (Stadel, Francfort'. A remarquer le lurban comme sur la Nativité de Gand, et le fond en tapisserie imité des Jurandes figures de l'Adoration de l'Agneau.
PI, 29. — Nabur Martins (Le Maître de Flcmalle). Sainte Barbe. Un des volets du triptyque commandé au Maître par le professeur Werle, de Cologne. Musée du Prado-Madrid.
Fait en 1,^38.
Pharaïlde, spécimen unique de cette forme, qui nous donne la certitude que l'œuvre fut peinte à Gand ou tout au moins par un artiste de cette ville. D'après M' Heios, le site représenté serait le Wannekens-Aerd^ où se trouve le grand canon. A cet endroit habitait alors un peintre gantois, de Stoevere, proba])lement un descendant du Jacob de Stoevere, déjà maître et chef d'atelier en 1398-1399.
Parmi les autres monuments gantois on reconnaît encore, d'après notre perspicace confrère, le château ou Steen de Gérard le Diable, tel qu'il était au commencement du XV^ siècle, et selon nous, d'une façon plus incontestable, une des deux tours carrées romanes de Téglise Saint-Jacques avec leur double étage de fenêtres aveugles, en pleins cintres.
L'examen des œuvres attribuées au Maître de Flémalle a permis de constater qu'il s'en trouve plusieurs qui montrent que leur auteur fut <r influencé par la plasticité des écoles rhénanes ». On sait d'ailleurs d'une façon certaine que des volets du peintre conservés à Madrid (Prado) ont été faits en 1438 pour Henri de Werl, un professeur de théologie de Cologne, représenté en froc de moine sur une de ces deux peintures. L'autre volet représente une Sainte Barhe^ assise sur un banc, les cheveux dénoués, qui rappelle étrangement la pose de la Vierge de V Annonciation du Maître, qui se trouve depuis peu au Musée de Bruxelles (1). L'ange de cette dernière peinture, comme celui du triptyque de de Mérode, est visiblement inspiré de V Annonciation du retable de Gand.
On sait, par des pièces d'archives authentiques, que le donateur de Ketelboetere fut plusieurs fois en rapport avec Nabur Martins, qui était pour ainsi dire son peintre particulier. Cet artiste gantois constitue certes une des figures les plus importantes de l'école gantoise primitive. Comme Hubert van Eyck, dont il semble l'élève, il apparaît en 1440
(1) Ce tableau a été donné à la galerie de Bruxelles par les amis des musées royaux en 1910, à qui nous devons le prêt gracieux du cliché ci-contre.
sans passé connu à Gand où il mourut en 1454 (1). Il fut donc le contemporain, ou plutôt l'aîné de Roger van der Wevden, dont le décès survint en 1464, tandis que Jacques Daret finit ses jours après 1468 (Campin était mort déjà en 1444, dix ans avant Xabur).
De nombreuses pièces d'archives authentiques jettent une vive lueur sur les treize dernières années de la vie de Martins, et il y a tout lieu de croire que bien des peintures faites avant son retour à Gand furent attribuées à tort, selon nous, au Maître de Flémalle.
Dès son installation définitive à Gand, c'est-à-dire dès 1440, il peint un o-rand tableau d'autel, ou un retable, pour la chapelle de la Keure. D'après M' V. van der Haeghen, ce travail fut très considérable et richement payé, mais disparut malheureusement, comme tout ce qu'il exécuta à Gand, la peinture murale de la Boucherie exceptée.
Les archives de Gand contiennent d'autres et nombreuses mentions de travaux de tout genre que Martins peignit dans la ville ou dans les environs. Nous ne citerons pas ses peintures décoratives, ni ses enluminures de bannières ou d'étendards, mais exclusivement ses principaux tableaux, ou retables à volets.
Nous relèverons notamment un « tableau d'autel à volets B qu'il peignit eu 1443 pour l'église de Sainte-Walburge à Audeuarde. Il reçut pour ce travail la somme considérable de <r 14 livres de gros ». (On sait que les peintres du temps se contentaient généralement de 6 livres de gros.)
Il peint aussi pour « mon dit Seigneur », c'est-à-dire pour le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, dont on a vu le portrait sur la peinture de la Boucherie, encore existante, de nombreux décors, armoiries et blasons, ainsi que de véritables tableaux et patrons pour les peintres verriers : « ilssavoir les y mages de
(1) On sait que Nabur fut reçu à la maîtrise des peintres g-antois en 1434-1435: probablement avait-il été déjà reou maître ailleurs antérieurement. Juste de Gand, aussi, était déjà maître à Anvers lorsqu'il se présenta à la gilde gantoise. (Voir plus loin.)
PI. 30. — Nabur Martins (le Maître de Flémalle). L'Annonciation. Musée de Bruxelles (Don des Amis des Musées royaux), A comparer l'Ange avec celui de l'Annonciation du retable de Gand (pi. 20). La scène se passe, là-bas comme ici, dans une chambre, avec des fenêtres en partie garnies de volets fermés.
Saint Andry (André, patron de la maison de Bourgogne) et Saint Philippe » (patron du duc). Toutes ces peintures furent faites pour le palais de « Ton Walle » ou la cour du prince à Gand. Des comptes inédits renseignent ces travaux entre les années 1443 et 1444.
Nabur Martins, surchargé de commandes, était inexact dans ses livraisons. Dans plusieurs contrats on stipule des amendes s'il est en retard. 11 en est ainsi de celui qu'il passe avec Téglise de Lede où il dut livrer un important retable et d'autres « travaux d'église », « ende ander kerkwerc ». Il leçut de ce chef la somme importante de 22 livres de gros.
Il exécute non seulement une peinture de grande envergure pour la chapelle du métier des Bouchers de Gand, mais aussi pour d'autres corporations.
Dans un contrat passé avec Liévin Sneevoet, qui fut échevin à Gand en 1443 et qui devint doyen des Epiciers en 1445, le maître s'engage à peindre un J\igement dernier. « Il devait être "pareil à celui qu'il avait livré antérieurement 2^02ir la Salle des Boulangers de la même ville. » Ici encore des amendes sont prévues en cas d'inexactitude.
L'im])ortance des travaux connus de Nabur Martins, l'examen de son œuvre conservée à Gand, sa qualité évidente de continuateur de Hubert van Eyck, qualité qui se trouve tout aussi visiblement dans les peintures du maître de Fiémalle, où nous avons remarqué tant d'architectures gantoises identifiées, tout nous prouve que c'est au peintre de la Boucherie de Gand, ou tout au moins à quelque autre Gantois de l'entourage de Hubert, qu'il faut songer (1) pour l'identification du maître de Dijon, et non pas à l'un ou l'autre artiste
(1) Parmi ces contemporains de Hubert van Eyck il y a lieu de rappeler surtout Jan Martins, Axpoele, de Stoevere, qui nous paraissent les auteurs les plus probables de certaines œuvres antérieures, de mains différentes, attribuées au mnître de Flémalle ou à des peintres de son école. On sait que le Mécène de de Stoevere était un bourgeois de Gand, Van den Rode, qui lui commanda un très important tableau ou triptyque pour l'église de Saint- Sauveur.
toiirnaisien, dont les travaux artistiques connus par les archives présentent une si minime importance (1).
Petrus Christus, d'autres le nomment Christophore, constitue encore une de ces personnalités gantoises dont toute l'œuvre proclame de la façon la plus évidente la continuation ou Timitation de l'esthétique de Hubert van Eyck. On sait que le peintre naquit à Baerle, près de Tronchiennes, c'est-à-dire dans le voisinage immédiat de Gand.
Si l'on ne peut affirmer qu'il fut Télève direct de l'aîné des van Eyck, on est généralement d'accord, pour admettre qu'il s'inspira non seulement de V Adoration de l' Agneau, mais qu'il dut se procurer de nombreuses esquisses, patrons et accessoires du mnître dont l'atelier fut vendu à Gand après sa mort, c'est-à-dire après 1426.
Ces croquis, dessins ou esquisses, on sait qu'il les utilisa dans ses peintures les plus authentiques. Plusieurs groupes et personnages du Jugement dernier de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, considéré par des critiques d'art autorisés comme étant dû au pinceau de Hubert, se retrouvent dans le Jugement de Burgos, actuellement à Berlin, signé et daté par notre peintre gantois.
Les Madones de Christus prouvent également qu'il procède du fondateur de l'école primitive gantoise. Sur sa Vierge avec T Enfant, de Francfort, qui porte la date inadmissible de 1417 (c'est 1447 qu'il faut lire), on reconnaît une tapis-
(1) On sait que Daret, plus jeune que Nabur Martins, puisqu'il vécut jufqu'aprè? 14G8, demeura à Tournai jusqu'en 1444, sauf pendant un voyage à Arras. C'est pour l'Abbé de Saint-Vaast qu'il exécute « vm 'patron de toile de couleur à destempre.. » représentant : « listoire de la Resurection de No&tre Seigneur «, patron qui fut exécuté en tapisserie de haute lisse. Il fournit aussi un patron au fondeur Michel de Gand pour une lampe. Mais on ne fait mention d'aucune peinture de triptj'que ou de retable.
On ne connaît de Robert Campin (né vers 1374, mort en 1444; que des cartons de tapisseries représentant la Vie de Saint Pierre, exécutés par Beaumitiel. Les archives ne citent de lui aucun tableau ni triptyque. Weale lui attribue un diptyque du Musée de Madrid, « dans le genre de Van der Weyden, mais d'une date p^.us ancierne ». M"" Hulin seul cite une peinture qu'il aurait faite à Arras.
PL 31. — Ecole primitive gantoise (milieu du XVe siècle). Madone (Musée de Bruxelles).
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