‹ Nadar jury au Salon de 1857Chapitre 2 sur 5 · LA JEUNE FILLE A LA TACHE DE VIS · texte numérisé non relu

LA JEUNE FILLE A LA TACHE DE VIS

Le genre portrait fait bonne ou bonnes figures.

M. Sain aime le charbon. C'est une opinion, lespectons-la, et bornons-nous à reproduire la, danse de fumerons de M. Sain, sans lui faire de noirceurs.

M. Pluyette. — beaucoup de bruit et de fracas, et peu do besogne au quotient. Les qualités de M. Pluyette se perdent dans ce vacarme, et le regard du spectateur aussi.

La couleur deM. Horion est vive, claire et tranchante comme un couteau. C’est bien la crudité harmonieuse du ciel valencien, et je çomprends les grands succès de M. Porion en Espagne. 11 y est chez lui.

odeur de sainteté auprès de tout le monde ici, il a trouvé un moyen bien simple d’esquiver, pour sa part, la bagarre, en donnant une couche de noir sur sa toile, et en y collant un pain à cacheter rouge. Ce n’est pas plus difficile que cela.

M. Brendel est le premier berger de Prusse et de France. Il connaît ses moutons comme pas un , a tâté leur laine , sait l’époque de la tonte, la bergerie qu’il faut et le pré qui convient. Il a, parmi ses excellents tableaux, un tableau du premier ordre, un chef-d’œuvre : la Bergerie de Barbison. Paul Potter et Berghem en seraient jaloux, et Palizzi a dû rêver chaque fois qu’il a passé devant cette toile-là.

M. P. Borel est un homme plein de finesse. Il a pris pour sujet Jésus renversant Judas et sa troupe dans un jardin au delà du torrent de Cédron. C’est fort bien; mais comme, de plus. M. P. Borel sait que l’école de Lyon dont il procède n’est pas en

La peinture d’animaux est représentée d'abord par le déménagement raïli.y, de M.

Verlat.

C’est bien , mais je n’aime pas qu’un tableau comme celui - là soit placé au-dessus de moi ; c’est inquié tant.

Voici encore des

béliers façon PAiizzi , — un maître, ce Palizzi ' —

et des SANGLIERS QUI SE PORTENT BIEN.

Est-ce M. Charles Sellier qui tient la tète dans le senre portrait?

M. Patry. — Ecole Maclise, porcelainerie anglaise. J’aimerais mieux me faire, a la placé de M. Palry-moinc, que de blaireauter aussi péniblement des to les de ce 'soûl-là, et je comprends plutôt qu on s cx-Palry... (Grande âme de Commcrson. pardonne si je chasse un calembour sur les teri es réservées du Tiu lamaire ')

La preuve, c’est qu’ils viennent de prendre un bain froid.

Deux très-bons portraits de !\f. Philippe : M. de Gasq et le docteur Desmares, dont l’œil, d’une clarté terrible, défie fièrement l’amaurose et la conjonctivite.

Pour ia sculpture, le buste de ce jeune homme dit Le dernier Toucan

nous donne déjà un aperçu assez brillant que nous complète rons dans les pages suivantes.

Le tableau le plus populaire du Salon est la Sortie du bal masqué , comme dit le livret, ou, pour mieux dire peut-être, le Duel des masques, de M. Gérome. Le premier aspect de cette petite toile est indécis : est-ce une scène sérieuse et ces gens

enfarinés et bariolés ont-ils la colère et la haine qui tuent, ou ne dois-je voir là qu’une farce du Pierrot des Folies-Nouvelles ? Le doute n’est pas long, mais il est, et ce choix équivoque d’un drame sanglant représenté par des personnages comiques, se trouve tout de suite puni par le défaut de netteté de l’impression première. Ceci dit, et c’est bien peu de chose, il ne me reste plus qu’à louer. Un bois, la neige. Sur le premier plan de gauche, Pierrot, mortellement blessé, est soutenu par ses témoins. Sa main droite tient encore l’épée de combat, mais ses yeux qui se ferment, sa bouche qui bée, la sueur glacée qui fait pleurer la farine sur son front, témoigneraient suffisamment que la mort est proche, lors môme que le sang qui macule la casaque blanche ets’épand inférieurement n’indiquerait pas un coup trop sûr. — Son adversaire, un Yoway, ou un O-Jib-Bewas quelconque, s’éloigne vers la voiture qui l’amena, le dos un peu voûté, comme si les genoux lui faillissaient sous le poids de son acte. Un témoin costumé en Arlequin, le soutient et semble lui fournir les consolations que la situation comporte. « Ce pouvait être aussi bien toi ! ...» A terre l’épée qui a vaincu, et deux ou trois folles plumes de l’Yoway. — Au fond, le fiacre qui attend le moribond.

La mise en scène est complété, comme vous voyez, et soignée. La peinture est solide, fine sans sécheresse, et le dessin précieux. Peut-être les chevaux du fond ont-ils un peu trop l’air de moutons. Un ami de l’auteur, sans doute, m’a expliqué que la neige et la perspective donnaient la raison de cet inconvénient de détail. A la bonne heure, et engageons dans ce cas M. Gérôme à atteler en pareil cas la prochaine fois des moutons qui, par la loi de la réciproque, produiront peut-être des chevaux.

M. Gérôme a , dil-on , vendu cette petite toile 20,000 fr., — 12,000 fr. de plus que le Pâturage de Troyon d’il y a trois ans,— à M. Gambard, de Londres. Je ne trouve pour ma part jamais trop chèrement payée l'œuvre d'un artiste émiuent et consciencieux. — Mais c’est bien vendu.

Dans cette toile comme dans les autres qu’il a envoyées, M. Gérôme semble vouloir définitivement rompre avec la fâcheuse école qu’il a créée, après le premier et le grand coupable feu Ingres. Ce schisme fait, dit-on, grand scandale dans la petite paroisse, mais M. Gérôme nes'en émeut pas, en garçon valeureux qu’il est; je voudrais croire que M. Gérôme a pu être encore un homme très-habile, pour qui l'euluminage inattendu et la manière froide et vide des dessinateurs sans le savoir n’a été dans le commencement qu’un procédé pour attirer l’attention, à la façon de l’homme qui tire un coup de pistolet pour faire retourner la foule. Si. Gérôme. l’affaire faite, aurait légué bien vite son innocente ficelle aux jeunes étrusques qui l’entourent et qui l'auraient acceptée bon jeu bon argent, avec respect.

Seulement, l’aspect général des toiles, très-estimables d’ailleurs, que M. Gérôme envoie au Salon dénonce la première religion du peintre, entaché d'ingrisme originel. On sent trop encore que tout cela ne se passe pas comme dans toute œuvre née vive et issue bravement d’un jet. puisque dans toute chose où est la vérité, c’est-à-dire b vie, le dessin est congénère de la couleur, et qu’ils ne sauraient s'engendrer ici. Une des deux préoccupations a évidemment primé l’autre, et je n'en voudrais pour preuve que la comparaison des tableaux de M. Gérôme avec ceux de M. Fromentin, par exemple. Vovez si, à mérite égal d’ailleurs en tous points, nous retrouvons, dfans ces toiles d’Oricnt de M. Fromentin, ruisselantes de chaleur et de santé, le ton sourd, la mono- ■ chromie morne de tout à l’heure. Je prends garde à n’être pas ce critique ordinaire qui demande le dessin au coloriste et la couleur au dessinateur: mais, en vérité. M. Gérôme n’est pas de ceux avec lesquels il faille se contenter de peu.

Plus qu'un mot. Est-ce une disposition d’état à moi particulière qui me fait suivre daus M. Gérôme comme une légère tendance caricaturale que je vois un peu dans le sujet de son duel, que je retrouve dans ses Chameaux a l'abreuvoir, et dans ses souliers p» prdre de bataille ( la Prière), comme je l’avais déjà cru remar¬

quer dans son Concert russe/ Ceci n’est d’ ailleurs ni une critique, ni un éloge.

M. Hamon est un des naïfs qui ont accepté l'héritage de M. Gérôme, sans bénéfice d’inventaire. Pas si naïf pourtant, puisqu'il a trouvé public à son pied. De petites femmes avec de grosses têtes, un dessin qui se venge sur l'afféterie et la mignardise, etdes teintes plates entre des contours tremblés. Le contour tremblé est la Madame la Ressource de ce pseudo-gracieux dessinlà. Et puis, pour couronner l’œuvre, des sujets malicieux et fins, de quoi faire tourner la tête à toutes les caillettes de la création Quant aux financiers, ils apprécient artistiquement que cette peinture-là doit se payer cher. Peinture de pots de pommade. M. Hamon, qui est jusqu’ici l’Edouard de Beaumont de l’école Gerôme et qui est, me dit-on, un garçon d'esprit, finira-t-il, reconnaissant qu’il est une pierre de scandale, par tirer ses grègues de ce mauvais lieu-là, et les crimes du jeune Tinthoin ne lui donneront-ils pas enfin quelque belle matinée un petit remords?

J'ai dit que la moyenne des paysages du Salon était à une hauteur non encore atteinte. Je n'ai pas à proclamer les maîtres sur chacun desquels j’aurai à revenir; mais à la suite, ou parfois à côté des noms consacrés des Corot, Th. Rousseau. Daubigny, Français. Jeanron, Cabal, Le Poittcvin, Regnier, P. Flandin, Fiers, Hedouin. L. Boulangé, Ar. Leleux, Cambon, et, outre les œuvres des artistes déjà connus, quelques-uns même célèbres, qui se nomment G. Doré, Charles Leroux, Lambinet, Karl Girardet, Justin Ouvrié, de Curzon, La vieille. Servin, Saltzmann. X. et C. de Cock, Sulter, Galletti, P. Gourlier. Ilarpignies, Louis Leroy, Achard,LegcntiIe, Lafage, Gr. Lacroix. J. Noël, Chintreuil,

Haffner, Schaeffer, Bodmer, Imer, Anastasi, Brissot, Desgoffe, Desjobert, Coignard (même!), Tourneux, Chaigneau, Nazon, Balfourier, Chacaton, Ch. Lecointe, Hanoteau, Aug. Bonheur, ' Bellel, Delclaud, Viollet le Duc, Grenet, Thuillier, Deshayes, Jules André, Sêgé, Cabane, Veyrassat, Wintz, Achard. Pron, Gresy, de Knyff, Legrip, Saint-Marcel, Huber, Blin, Busson, L. Ménard, Mercey, Nègre, etc., il y a une multitude de toiles excellentes, — des chefs-d’œuvre parfois, — signées de noms presque tous nouveaux pour moi ; et c’est moi qui avais ici peutêtre tort. — Vous êtes au Salon, une œuvre vous attire d’un coin de la salle à l’autre, elle vous aspirerait de dos comme la pompe d’air : vous admirez, vous regardez au bas et vous trouvez le nom ignoré de M. Teinturier ou de M. Papeleu. De cette profusion de gens de talent, combien arriveront à la gloire, à la renommée ou simplement à la notoriété ? Je veux au moins dès à présent, pour ma part, réunir, ne fût-ce que dans une simple nomenclature pour commencer, tous ces artistes que je n’ignore plus, mais dont la publicité omettra bon nombre, me promettant bien la satisfaction de revenir à plusieurs d’entre eux. Puisse cette nomenclature ne pas être un martyrologe !

Saluons donc MM. Yallancienne, Th. Chauvel, Yan Dargent, Castan, Guillaume, Allongé, Baudit, Meuron, Berthoud, Perret, Lemmens, Bachelin, Guilbert Danelle, Pascal, Peyrol Bonheur, J. Verdier, Thierrée, Chardin, Bracony, Petit, Bonnefoy, Henneberg, Mialhe, J. Magv, E. de Varennes, Cartier, Foulongne, Lambert, de Penne, Chibourg, Cheret, Simon, Picard, Moynet, Fanart, Stock, Ledieu, F. Reynaud, Michelin, Bataille (qu’il ne fasse pas de figures, seulement!) Monier de la Sizeranne, Allemand, Mellé, Gaffiès, Maisiat, Marionneau, Flahaut, Springer, Masure, Pezous, Picart, Thiollet, Haussy, H. Martin, Van Marcke, Blin, Wagrez, Renié, Maria Marie, A. Burette, de Cambry, Lacaille, Du Saussoy, Saint-Edme, Burnitz, Desjardins, Burnier, Marquais, Rouargue, Delclaud, Lindemann-Frommell, Pron, Pascal, Max, Bouet, Duc, Cocquerel, Bakoff, Meuron, Haas, Bachelin, Grobon, Ballourier, Ortmans, Barry, Chandelier, P. Hamon, Chardin, Kuwasseg, Hearn, Poulet, Jeanniot, Cranck, deFaillv, Dutilleux, Lefortier, Cauvin, Poinsot, Loysel, Chanut, Lavoigriat, A. Dore, Francia, Francise de Saint-Etienne, Williot, Lottier, Tamisier, Préaux, Hugand, Marcelle, Wallet, Marquiset, Lainé, Michelet, Clays, Deshays, Ledieu, Arbeit, Laurens, Elisa Furt, Saint-Vincent Calbris, Prillieux, Auguin, Cornu, Cel, Leroux, Cheret, Pieron, de Saint-Genys, etc., etc. — Excuses à ceux que j’ai pu oublier dans ma recherche.

Mais lorsque tant de gens font si bien, comment pouvez-vous faire si mal, ô M. Hostein?

Les exotiques à citer sont MM. Fromentin, Pasini, Saint- François, Th. Frère, Imer, Tournemine, Brest, Washington, Hasenfratz, Borget, L. Berthoud

Mentionnons aussi M. Bogoduloff, et M. Aïvazovsky pour son Soleil couchant, une bonne chose, malgré ses naïvetés.

Le Réveil, statue de plâtre, par M. Caudron.

Peinture de modes, pr.r M. Schopin. — Habit de Cornut— Gentille, gilet de Ycrsini, pantalon de Bernard frères, chapeau de chez Gibus, bottes de Fon Nous, chemises et cravates d’Armengaud. gants Jouvin . canne Verdier, coiffure de Félix, — et avec tout ça vous faites la belle image que voici pour le journal des Modes parisiennes. Ah! qua la place de M. le comte deC. V...., désigné sur le livret, je ferais un beau petit procès à M. Schopin pour m'avoir ridiculisé ainsi. Maintenant, de la part de M. Schopin, y at-il calomnie ou diffamation?...

— M. Schopin nous fournit encore des Sœurs de charité en Crimée (acheté par le grand-duc Constantin : honneur au courage malheureux!), Paul et Virginie tombés en enfance, la Vue d'une fontaine (je ne boirai pas de ton eau!) à Bouffartck, et deux autres portraits que je ne puis regretter de n'avoir point vus. Ah! M.. Schopin ! ah ! M. Schnetz ! Ah ! M. Devéria ! les beaux jours, comme ils sont loin de nous !

J'aime encore mieux cela cependant que le portrait de Mmc Carvalho-Miolan, par le sieur Lepaijlle, une célébrité d’hier que je ne puis comprendre aujourd'hui. .

Autre genre de portraits, dit Portrait d’expression. Un sapeur grivois, parM. Debois, contemple avec stupeur une nouvelle machine à peigner, découverte par notre ami Boissard, s. g. d. g.

Mmc O’Connell descend c’e Van Dyck, par les femmes, il est vrai, mais le sang se retrouve. Ses portraits, si mal placés qu'ils soient pour la plupart, attirent l’œil comme de bons et sérieux travaux qu’ils sont. Peinture solide et toute virile, qui ne s’embourbe pas dans la pleine pâte où elle agit.

Poney irlandais, par M. Kioudoe. C’est bien !

Peymettez ! pegmettez moe , Madame, de vous debagasser de cette petite puce que j’apegçuis sug votre manche ! — par M. Flouent WlLHEMS.

gfLa finasserie du paysan dont s’émerveillent les personnes naïves m’a toujours semblé médiocre, en ce que son but est vain et ses moyens pitoyables. Le plus madré villageois franc-comtois ou normand s’applique et ruse pour voler deux liards sur son chou que nous mangeons, et vivre du trognon, ignorant et malpropre dans son trou humide. Habileté qui ne mène pas à grand’ehose, vraiment, et dont il n’y a pas à se soucier beaucoup pour le mal qu’elle donne et le peu qu’elle rapporte.

'Lorsque M. Courbet arriva à Paris, il voulut faire le malin, comme on dit. Il pensa qu’il fallait à tout prix attirer l’attention du public, et en conséquence il se mit à peindre des faux Daumier plus grands que nature, s’embaucha dans une troupe d’autres rustiques, cuistres de lettres, qui faisaient du Courbet à la plume, vida son bas de laine pour se payer à lui et aux araignées sans asile une salle d’exposition particulière, arbora les théories les

plus biscornues et l’outrecuidance pataude, renia M. Hesse avant que le coq du succès eût chanté, et fit cent sottises pareilles qui 2ST»i™*a l0,ut le monde- Courbet se frottait les mainsœt 7 Vous voyez bien que je suis le plus grand peintre, puisque » c est moi qu on attaque le plus! , Un lieu commun bête et Sx s il en fut, comme un vrai lieu commun qu'il est.

Mais ce brave Courbet, en malicieux de son village, ne voyait de tout cela que le plus gros, et je me rappelle le jour et l'heure il y a quelques années de cela, —où se posant en Ajax franccomtois devant la critique, il me pria spécialement de l’éreinter Pauvre Courbet . 1 lut exauce sur toute la ligne, et ses fidèles sê rappellent encore, a cette bordée d 'éclats d’un rire universel la tristesse dans laquelle tomba le maître peintre d’Ornans Désormais l'école est faite: maître Courbet n'en saura probablement pas le moindre gre a la critique, qui n'aurait rien pu apprendre a un personnage de son importance ; mais critique, opinion publique ou expérience personnelle, d'où que les leçons soient venues, el es sont plus que suffisantes, à l'heure qu'il 'est pour indiquer a M. Courbet sa voie. ^

Aujourd'hui que le temps des farces doit être passé, de toutes ces mato.ser.es cousues de câble blanc, de toutes ces emphases patoises de ce ballon gonflé d ergueil rustique, de toute celte pbilosopha.ilerie esthét.que a i'usage des Bisontins extra muras et du public des brasseries, de ces trivialités et de ces tréteaux, il ne reste, et c est assez, — qu un vérilahle et bon peintre Il eût été dommage, en effet, que ce talent très-réel n'eût point fin. par trouver son appl„ .,t,on. .M. Cou. bel sait peindre, et il ne faudrait pas croire que ceci soit un mince éloge par les néo-colonstes qui courent. Il n y a dans sa maniéré ni procédé ni tricherie Cest en pleine pâte que travaille Courbet : il gâche et plaqué hardiment ses tons en épaisseurs, et si la delicales.se et lexq iismte manquent dans cette peinture-là, au moins est-elle de franc Courbet/5 C 3 °'' ÜDe b°Dne éC°'e P°Ur M' Couture' l'atelier de

Mais — son Concert d' Ornons, son Enterrement, ses Lutteurs sa Baigneuse, ses Demoiselles des bords de la Seine (sic) de cet lé anpee I ont surabondamment prouvé, — M. Courbet doit se lésigner a n être ni un peintre d'histoire, ni même jusqu’ici, et je le crains benjamin-, un peintre de figures. Ce n’est pas seulement le goût c est la pensée qui manque, mais manque absolument, radicalement, a celte œuvre toute de main, si solide et vi- ~.®. <JUC so.11 celte 1,,K"n Je ne veux pas réveiller le souvenir | grotesque des grandes to.Ies à personnages de M. Courbet, et je me tais même sur ses Demoiselles des bords de la Seine : mais 1

dans le portrait seulement, on peut voir ce qui fait defaut au !

peintre, en comparant, par exemple, ses portraits en buste (portrait de I homme a la pipe, portrait de M. A. P... de cette année. |

“lel’ à ceue ,i"i "«• Cette résignation à s'abstenir, on ne l'obtiendra qu'à erand'- Pe|00’ *,a chose s explique, de M. Courbet surtout.

bit s obstine, il nous donnera encore une consolation suffisante en nous peignant, dans ses moments de bon réalisme, des toiles comme la Biche forcée, la Curée dans le grand Jura et les Bords Üfc ,e- El a Pr°[)OS df paysages, quelle singulière idée a-t-il d aller toujours nous peindre des endroits solitaires, des pelouses vertes et mates au bas de talus ou falaises, sites très-précieux et mystérieux sans doute, mais où on ne va pas. comme je le lui disais, principalement pour rêver, et où l'œil cherche comme maigre lui quelque lambeau de la Patrie, — ludibria ventis abandonne par le visiteur...

Cette dernière petite querelle vidée, souhaitons bonne chance a maître Courbet, paysagiste, animalier et peintre d’accessoires — et qu d oublie a jamais de relever à terre le casque de Menem dont il a toujours pu se passer.

Allons- y, Gueymard! par M. Courbet.

d^nïïv!.1 l!0U.terla c°nlé infinic 1,1 ,ou,e la charité inépuisable de cet excellent Gautier, pour que le tableau de .M. Mottez obmt une louange. — Ah ! Théo ! comme je te vois loin de la première d Hernam et de la préface de Mauptn ! V

L’Attente, par M. Th. -Ad. Midy.

Depuis l’heure où la barque a fui loin de la rive J’ai suivi tout le jour ta voile sur les mers,

Ainsi que de son lit la colombe plaintive Suit l’aile du ramier qui blanchit dans les airs.

Lamartine.

Je crois que M. Muller a tort de désespérer de faire de bonnes chbses avec la peinture officielle. Je n’irai pas parcourir avec lui les galeries anciennes pour lui prouver qu’il est toujours possible de tirer parti d’un sujet, quel qu’il soit, et jaotre costume moderne ne me paraît pas mériter plus qu’un autre cet excès d’indignité où je l’ai entendu reléguer trop souvent. Qui force d’ailleurs M. Muller à faire ceci plutôt que cela?

Un monsieur qui n’a pas l’air content des autres, mais qui semble assez satisfait de lui. Voudra-t-il bien avoir l’extrême obligeance de se reconnaître? Je n’en sais rien ; mais je défierais

bien celui que voici de s’y tromper. S’il y avait doute, M. Chardon n’aurait qu’à lui dire de demander à son voisin.

M. Pigal. — Comme il a eu de l’esprit, du naturel et de la gaieté ! et avec quel plaisir je me suis précipité, l’autre jour, chez un revendeur, sur un carton de lithographies signées Pigal, que j’ai avidement emporté chez moi! M. Pigal d’aujourd’hui peut se consoler en contemplant le Pigal d’autrefois. Combien n’en peuvent dire autant !

M. Parmentier. — Le Changeur tunisien. Joli comme un Fromentin.

Mme Browne a du talent, et je suis généralement assez hostile aux femmes artistes pour que ceci ne soit pas un éloge banal de ma part. Les Puritaines est un tableau charmant.

M. Olivier. — Le Christ au Roseau. Bien.

M. Pinard. — Ecole Van Schœndel. Médiocre et sourd.

Grande .Iliaque de chenilles conk'e Sébastopol. — M. Jumel, I qui n’en fait pas son état, et cela se voit un peu. s’est donné un mal de tous les diables pour nous représenter cet épisode glorieux |

de la guerre de Crimée. Nous avions d’abord cru que ça ne s’était pas passé tout à fait comme cela, et que c’étaient les zouaves qui .

avaient pris la.ville. Il parait que non, et M. Jumel qui y était doit avoir raison sur nous. M. Jumel a fait neuf autres toiles, dix avec celles-ci, ou cinq jumelles. Plaisanterie à part, la charge

de chenilles que nous chargeons ici n’est pas sans valeur.

Mais j'aime mieux encore lus sept ou huit douzaines de vues de la guerre de Crimée que M. Durand-Bracer nous a rapportées. Ici, l’ancien officier de marine n’a pas fait tort au peintre. Je ne reprocherai à ces peintures exécutées avec la merveilleuse rapidité et la facilité bien connue de M. Durand-Brager qu’un peu d’uniformité inséparable des sujets.

M. Pat roi s se plaît aux tableaux de famille , il aime les petites scènes d’inté rieur, place volontiers son chevalet à côté de l’épouse qui brode , au milieu des jeux des enfants. On se sent porté à aimer l'artiste en le retrouvant toujours dans ses mômes goûts modestes et calmes, et je ne voudrais pas. pour ma part, d’autre peintre de famille. Parmi les quelques petits tableaux qu’il envoie, je préfère la Petite Dévideuse , où je trouve le môme charme d’intimité que dans les autres et où la manière me paraît peutêtre plus serrée ou plus heureuse.

M. Breton. — Un excellent tableau, sa Bênidie ion des blés dans l'sirlois, plein de naïveté et de franchise. Millet croisé de Courbet, — j’entends du Courbet iéussi.

M. Brion. — Le tableau moyen ûge de M. Brion me séduit

moins que ses anciens paysages, le Canal au matin surtout, que j'ai tant envié aux frères de Goncourt.

Avez-vous vu rien de plus joli que les petits singes de M. Moxcinot , si ce n’est ses petits chats? M. Monginot procède de M. Coulure; mais sa manière est heureusement modifiée, et ses procédés plus sérieux. Peinture charmante et essentiellement agrôable, cl dont il faut savoir d’autant plus de gré à M. Monginot, que pouvant prétendre à des sujets plus ambitieux, il se liait et se contente dans ses charmants tableaux de genre. Une aonne leçon que cette fois l’élève pourrait donuerau maître.

Nous tombons ou nous montons ici en pleine école Delacroix. M. Anatole de Beaulieu envoie au Salon trois toiles : un souvenir tout saignant encore, la Rue de la Vieille-Lanterne , — une Auberge de bohémiens, — et une Batterie d'irréguliers turcs après le bombardement de Synope, en novembre 1853. Peinture flamboyante et à tous crins. Beaucoup de bruit, — et pas mal de besogne.

Quant à eelie-là. je n’v ai rien compris du tout. Cela peut figurer quelque chose commets Fil de la Vierge, je suppose.

MUl‘ E. de Guimard a envoyé deux ou trois de ces toiles sentimentales. Je suis peu galant, en fait de peinture, à l’endroit des femmes artistes. Cette peinture-là n’en est pas.

Diane et Endym'un, par M. Laemlein, un grand et honnête talent qui n’a pas toute la chance qu’il mérite. On m’apprend que le jury a cru devoir refuser une grande toile à M. Laemlein. Tant pis ! La peinture de style n’est pas si commune, surtout quand elle est faite de cette façon-là et lorsqu’on apprécie les sacrifices énormes que nécessite une œuvre de grande dimension. Je régi ette de n’avoir pu trouver le portrait qui complète, pour cette anr.ce, la trilogie de M. Laemlein.

Un buste d’homme, portrait maibrepar M. L.

Ponel. M. L. Ponel demeure rue Campagne - Pre mière, à côté de chez Préault. — Voisinez, M. Ponel, voisinez!

M. Devers. Portraitde M. />..., dit le livret ; — à M. Duméril, membre de l'Institut, dit une lettre jetée négligemment et sans dessein apparent sur la table si ronde qui figure au coin du tableau. Nous profitons de l’indiscrétion du peintre que M. Duméril a le droit de classer dans la prem.ère catégorie de ses ophidiens.

M. Eue. Maison. — A parler franchement, peinture bonne à mettre au cabinet. Il y a là de quoi consoler dix générations de rapins refusés. Trypliques mystiques et soporifères, des anges et des âmes, flambeaux et bâtons, couronnes et cnve'oppes mortelles: il est impossible de mettre plus de niaise prétention dans une peinture plus exécrable. Cela arrive à ressembler à une mauvaise plaisanterie. — Toujours M. Ingres, au fond !...

Ilenri III à sa ménagerie, est le meilleur tableau de M. Comte, un vrai peintre, — né à Lyon! Ses femmes sont charmantes et variées, les étoffes merveilleusement rendues; meubles, aecessoifces, tout est à son plan et bien éclairé.

M. Garcin, lui, croit encore a Léopold Robert, qu'il recommence en pire. Plus qu'inutile.

M. Deger. idem.

La Fête de la maman, par Charles .Marchai. . peinture brillante, certes... Mais quelle étrange fantaisie a M. Marchai de sentir ses bouquets par cet endroit-là ?...

Charles Leroux, de Nantes. — Le Jupiter de la Loire. Artistené, consciencieux comme s'il n'avait que cela pour lui, et coloriste comme Ruysdael. L’Erdre pendant l’hiver est un des plus beaux tableaux du Salon.

Ah ! si j'étais jury pour de vrai, quelle belle croix de la Légiond’honneur je donnerais bien vite à M. de Curzon !

La Chasse Louis AT, effet de neige par M. Lepaullb. Tirez, tirez, tirez !...

M. Israels. — Très-bien. — Jeanron hollandais.

M. Ittenbach. — Nous avons Van Eck, Cranach, Fisher et tous les primitifs. M. Ittenbach pouvait -e tenir tranquille.

Un très-bon portrait de M. Doerr. Le fond, rouge vif, ne dévore pas les tons de chair extrêmement montés et très-bien soutenus.

M. Comte-Càlix. — Les Quatre Coins. Sept femmes portant toutes le petit doigt en l’air; les deux petits chiens aussi, et les arbres ont bien envie d’en faire autant. Trop gracieux : défaut qui manque à bien d’autres.

Le Chou colossal , par M. J. Girardin. Il paraît que la graine ne s’en était pas si perdue que certaines mauvaises langues ont bien voulu le dire! les bonnes choses ne meurent jamais, — comme la vieille garde ! Et, comme la vieille garde, elles ne se rendent pas, ou très-difficilement et très-insuffisamment. A preuve, ce Chou colossal de M. J. Girardin, qui ne l’a pourtant pas trop mal rendu.

M. Biard, qui affectionne les fruiteries et les herbageries, témoin sa Fleurette d’il y a déjà pas mal d’années, où il y avait des épinards si heureusement assaisonnés ! — M. Biard a fait aussi ce tableau-là, comme rentrant dans sa spécialité de verdurier.

Mais après M. Biard, il aurait fallu tirer l’échelle. On ne l’a pas tirée, et le fougueux Gustave Doré a profité de cette négligence pour faire, lui aussi, son Chou.

M. J. Girardin l’a recommence. C’est son affaire mais il n’y a vraiment pas grande nécessité de donner un pareil développement à un sujet aussi peu important. De bonne foi, où M. J. Girardin veut-il qu’on mette cela ? Et les bonnes qualités de sa toile, vigueur et éclat de tons, largeur et hardiesse de touche (je n’ai -pas parlé de la perspective aérienne, par exemple!) ne courent- elles pas grand risque de rester à jamais roulées dans le grenier de M. J. Girardin?

Que n’a-t-il imité la réserve prudente de M. J. Pebnot, qui nous colle là un joli petit tableau de sa façon D APRÈS NATURE, comme il a bien soin de le dire.

Là, pas de fracas, pas de tumulte de couleur, pas de flafla : c’est-il assez net, rangé et épousseté ? Les boîtes de joujoux de Nuremberg que nous envoient

les petits villages qui se sont élevés aux lieu et place de la forêt Noire, tuée par les opéras-comiques, ne sont pas aussi jolies que ce petit serpent de tableautin-là. Ah!

Pernot, bon Pernot, joli Pernot, Pernot d’après nature que vousôtes, j’en ai rêvé, de votre amour de petit tableau !...

Atic. de Chatillon. — Le Petit Poucet , perdu dans les bois, avec ses frères, aperçoit la maison de l’Ogre.

Bonne tojle; le groupe des enfants est plein de naturel. Le Petit Poucet est si bien cramponné à son arbre, qu’il semble y entrer, mais cela ne saurait troubler l’ensemble très-sympathique du tableau. M. A. de Chatillon est un véritable artiste. Il n'oublie pas que c’est lui qui a peint le meilleur portrait qui restera de M. Th. Gautier.

M. Cas aud. — Th. Gautier n’a été que juste en disant de la peinture de M. Caraud tout le bien qu'elle mérite. Un peu dans les données de l’école anglaise, ce qui n’est un défaut que par l’excès..

Cliaweaux à l'abreuvoir, par M.

Géromk. ( Voir cidessus.) Du talent, assurément et beaucoup, mais toujours un peu terreux de ton. Regardez les Fromentin, s’il vous plaît , mon sieur?

Deux bons ta bleaux de Mlle Lêonie Lescuyer. L'£nlèvcment de fl/'ue de Beauharnais , un peu papillotant peut - être , mais i’ensembl^est plein de mouvement et de feu.

M. Mongomi». — Le Carrier blessé.

Photographie coloriée; rien n’y manque. pas même les déformations dues à l’objectif.

L’Amour dominateur , de feu Rude, est un peu maigre, ce qui nous a donné la hardiesse de charger une œuvre posthume de cet homme de grand talent et de gran ! cœur.

X. de Cock. — Le Troyon belge, sans imitation ni contrefaçon. Je pense que M. de Cock est appelé aux plus grands succès. Personne ne voit et ne rend mieux que lui les plaines wallonnes et flarrandes coupées de lignes d’arbres, et ses vaches sont anatomisées comme si son pinceau était un scalpel. Peut-être y auraitil à désirer que M. de Lock renonçât quelquefois à ce glacis verdâtre et glaireux qu’il répand un peu uniformément sur ses toiles. Il est assez fort pour acheter l’harmonie plus cher que cela. — M. César de Cock est le digne frère de M. Xawer.

Quant à M. Coignard, je ne voudrais pas pour tout au monde qu'un de ses bœufs tombât dans mon pot-au-feu.

Qui donc avait dit que M. Robert Fleury était mort ?

Pardon à la belle dame dont je dénature ici le portrait. Mon espoir est qu’elle ne se reconnaîtra pas.

L’ Ouverture de la chasse, deM. Leray. Petit tableau à moitié caricÿural, qui n’est pas d’une moralité assez saine pour faire passer sur les défauts de la peinture.

Samson est endormi , et Dalila hésite, ne sachant si elle va lui couper les cheveux ou le réveiller avec une claque sur les fesses, — par M. Maynier.

Le Télégraphe électrique, par M. de Knyff. Un vrai talent de paysagiste, qui, avec M. de Cock, fait le plus grand honneur à l’école belge.

Mme Champein. — Une Sainte Vierge bien comprise et bien peinte.

M. Louis Boulanger. — Ses Vues de G and, la Maison des Bateliers surtout, sont dignes de Justin Ouvrié

M. Crespelle aime trop le violet. Ça lui fera du tort,

M. Portevin est atteint de la manie noire — melancholia .

Renvoyé au docteur Brierre de Boismont.

Belle de nuit, par M. Bonnafpé. Cette danseuse, fort agréable au demeurant et dont le cou est singulièrement attaché, est simplement vêtue d'un costume pris chez Millan (seul frère du gros Millau).

Je veux revenir encore sur cette lamentable école des Ingristes, qui, après avoir traversé les temps meilleurs des Flandrin, des Lchmann etdesAmaury Duval, devait, comme la litanie biblique, — Abraham genuit Jacob, — continuer son exode par MM. Bouguereau, Gérôme, Picou, Biennoury, puis Ilamon. pour finir in piscem par M. Tinthouin et le petit Droz, mon collègue en cari cature au Journal pour rire, et qui a réservé pour le Salon la plus comique esquisse ae ses cartons sous le titre de V Obole à César.

On ne saurait trop en dire, vraiment, sur la folie des méchants lavis à l'huile de M. Hamon (breveté pour le frolloge sans couleur), et la fatigante prétention de tous ces petits sujets enfantins et délicats à écœurer celte horreur de Mn“' de Genlis. La Fontaine tra\esti en mignardises, Virgile déshonoré au gris de perle, Catulle a l’eau de savon, la laideur étrusque accommodée au goût du jour à l'usage des gens qui n’ont pas de goût. On n’en finirait pas avec toutes ces petites femmes et ces enfants si abominablement construits et d’une si fausse santé, aux joues de ce

rose inquiétant qui ferait hocher la tête à toute une consultation, dessinés sans ampleur, si ce n’est au cou, à cette place où le bistouri soulage les gens nés de parents malsains, et que le soleil n’a jamais aperçue derrière la cravate du gros docteur, joies du Tintamarre. — Tant de gens se pâment devant cette fausse naïveté : virginités syphilitiques, candeurs de proxénètes, pudeurs de cour d’assises ; une ombre d’enfant jouant avec des ombres de joujoux shr une ombre de piano ; une cantharide grosse comme un âne, attachée par un câble à une niche à chien (ô finesses charmantes!) et ayant déjà mangé la moitié du profil de sa bergère, se disant sans doute qu'on pourra bien en tailler un autre dans toute la place qui reste en trop entre l’œil et l’oreille, etc., un tas d’abominables petites tartines si maigrement beurrées en rose, vert-clair et gris-tendre, chloroses et scrofules...

Et je relis, en matière de cordial pour me raffermir l’estomac, cette belle page sur la couleur, solide et bien nourrie, d’un excellent petit livre que j’ai cité chaque fois que j’en ai trouvé l'qccasion : Le Salon de 1846, par Baudelaire, — le bréviaire de tous ceux qui font de la peinture ou qui en regardent. MaisM. Hamon la comprendrait-il aujourd’hui ?

f Supposons un bel espace de nature où tout verdoie, rougeoie, poudroie et chatoie en pleine liberté, où toutes choses, diversement colorées suivant leur constitution moléculaire, changées de seconde en seconde par le déplacement de l’ombre et de la lumière et agitées par le travail intérieur du calorique, se trouvent en perpétuelle vibration, laquelle fait trembler les lignes et complète la loi du mouvement éternel. — Une immensité, bleue quelquefois et verte souvent, s’étend jusqu'aux confins du ciel : c’est la mer. Les arbres sont verts, les mousses vertes; le vert serpente dans les troncs, les tiges non mûres sont vertes ; le vert est le fond de la nature, parce que le vert se marie facilement à tous les autres tons 1 Ce qui me frappe d’abord, c’est que partout, — coquelicots dans les gazons, pavots, perroquets, etc., — le rouge chante la gloire du vert ; le noir, — quand il y en a, — zéro solitaire et insignifiant, intercède le secours du bleu ou du rouge. Le bleu, c’est-à-dire le ciel, est coupé de légers flocons blancs ou de masses grises qui trempent heureusement sa morne crudité , et, comme la vapeur de la saison, — hiver ou été, — baigne, adoucit ou engloutit les contours, la nature ressemble à | un toton qui, mû par une vitesse accélérée, nous apparaît gris, bien qu’il résume en lui toutes les couleurs.

» La sève monte, et, mélange de principes, elle s'épanouit en tons mélangés ; les arbres, les rochers, les granits se mirent dans

1 Excepté avec ses générateurs, te jaune et le bleu ; cependant je ne parle ici que des tons purs, car celle régie n'est pas applicable aux coloristes transcendants qui connaissent à fond la science du contre-point.

les eaux et y déposent leurs reflets : tous les objets transparents accrochent au passage lumières et couleurs -voisines et lointaines. A mesure que l'astre du jour se dérange, les tons changent de valeur, mais, respectant toujours leurs sympathies et leurs haines naturelles, continuent à vivre en harmonie par des concessions réciproques. Les ombres se déplacent lentement, et font fuir devant elles ou éteignent les tons à mesure que la lumière, déplacée elle-même, en veut faire résonner de nouveaux. Ceux-ci, renvoyant leurs reflets, et modifiant leurs qualités en les glaçant de qualités transparentes et empruntées, multiplient à l’infini leurs mariages mélodieux et les rendent plus faciles. Quand le grand foyer descend dans les eaux, de rouges fanfares s’élancent de tous côtés, une sanglante harmonie éclate à l’horizon, et le vert s’empourpre richement. Mais bientôt de vastes ' ombres bleues chassent en cadence devant elles la foule des tons orangés et rose-tendre qui sont comme l’écho lointain et affaibli de la lumière. Cette grande symphonie du jour qui est l’éternelle variation de la symphonie d’hier, cette succession de mélodies, où la variété sort toujours de l’infini, cet hymne compliqué s’appelle la couleur.

» On trouve dans la couleur l’harmonie, la mélodie et le contrepoint. >

Hélas ! de tout cela M. Hamon et sa bande ne voient que les tons orangé et rose-tendre , perdus dans le tolon gris , car l’harmonie ne leur coûte pas cher.

Mais ils ont leur public qui leur donne raison, et ce public-là s’appelle Légion. Vous l'avez vu et vous le retrouverez partout : épiciers jurés ou professeurs d’écriture, clercs de notaire ou canotiers sentimentaux. C’est lui qui acclame M. Horace Vernet notre premier peintre, qui rit à se tordre devant les farces de M. Biard et qui apprécie M. Hornung. C’est pour lui que M. Antigna peint les engelures de ses inondés. Il commande son portrait à M. Lepaulle. salue M. Ponsard, souscrit à la noble infortune de Lamartine, bleuit au nom de M. Proudhon et ne perd pas un billet de concert. Il emboîte le pas et ne va qu’en troupe. C’est ce public « à qui Michel- Ange donne le vertige et que Delacroix remplit d’une stupeur bestiale comme le tonnerre certains animaux. Tout ce qui est abîme, soit en haut, soit en bas, le fait fuir prudemment ; le sublime lui fait toujours l’effet d’une émeute, et il n’aborde guère son Molière qu’en tremblant et parce qu’on lui a persuadé que c’était un auteur gai. »

Que M. Hamon le conserve donc, ce public-là, jusqu’à ce qu’il sache s’en faire un autre.

M. Dore. — Sa Tête de Jeune Fille est une tres-jolie étude. Peinture légère et franche et essentiellement agréable, sans aucun compromis.

Voici un chef-d’œuvre. Tintamarre, çliien anglo-saintongeois, par M. Jadin. Ah! quand le veut M. Jadin, quels miracles il sait faire !

Sibylle moderne, de M. Ant. Desprey.

Je le veux bien, mais je ne sais pas pourquoi M. Desprez dépense un talent réel à ces caricatures-là :

Experientiam nobi lem in animâ vili n’était jusqu’ici abcepté qu’en médecine.

M. Moescu( Munich) nous offre une Suzanne surprise au bain par les deux vieillards. M. Mœneh a trouvé le moyen de rajeunir ce sujet en faisant nègre un de ses deux vieillards. L’allongement du bras droit contribue encore à donner un caractère d'originalité à ce tableau, que nous regrettous de n'avoir pu apprécier de plus près.

M. Flers est toujours un des maîtres ès paysage. Son Intérieur de cour a Aumale est certainement une des plus remarquables toiles du Salon. On dirait que le temps a déjà passé son glacis sur ce tableau pour lui donner sa sanction, et l'œil n’y est pas fatigué par le papillotage un peu habituel à l'artiste.

Le Pierrot malade de M. Fustaciie LonsAv mérite l’honneur de la comparaison avec le Duel des masques, de M. Gérôme. M. E. Lorsay a renoncé cette fois à la gamme grise dont il abusail un peu : un véritable progrès dont il faut tenir compte à cet artiste de goût et éminemment consciencieux.

M. Hoffer. — Très-bons portraits.

| Passons aux animaux : ce n'est pas pour M. Dlbuffe que je dis ça. M. Dubuffefils peint pourtant dans la tradition paternelle, | me rappelle le temps où il fallait un certain courage pour de¬

mander. dans le vote de la mort de M. Dubuffe père, le sursis et l’appel au peuple Toutefois elle a son mérite, cette peinture-la, n'est-ce pas?

M. Lambert — Trois poules et uni canard tués: un renard pendu haut et court. Des lapins dans un panier paraissent ousm satisfaits de cette pendaison que s'ils s'en étaient chargés. Spii ituellement peint.

M. Hocssot. — Meissonnier vu par le petit bout de la lorgnette. Trop petit pour avoir de grandes qualités, mais assez grand pour avoir des défauts. J'ai cru trouver un peu d'uniformité dans les figures, pourtant.

M""- Dehaussy, née Douillet. — Un beau peintre, barbu et chevelu, orné plutôt que vêtu d’une superbe vareuse rouge, — le peintre des rêves ! — peint une jeune dame qu’il fascine de s n regard... Obi tais-toû * tais-toà!

J'aime moins i Ilallali de sanglier à la~ Gorge-avx-Loups I Un chien que je ne volerai pas ! par M. Jos. Stevens, Ah le que Tintamarre. M. Jadin, qui nous avait présenté en 1852 une vilain modèle! Les autres chiens de M. Stevens, celui à la moucurée en fer-blanc, nous sert cette fois un hallali en chocolat. Ses ; che surtout, sont de beaucoup plus intéressants que celui-ci. Mais autres tableaux. à la bonne heure.. 1 qu’il les déshabille!...

M. Deville. — La Mere de famille. Plein de lumière et de I M:na Lacuria nous donne un Magnificat tout noir. Ce n’était naturel. | pas le cas.

‘ 1,1 ll,,ls f°rl ,lt’ la tempête-, Jjax s i ( via : J en échapperai maigre les dieux! . et pour donner plus de poids à son déli. il en enleva un de. 50 kilos à bras tendu.

M. DtnvA. — Un alclier en deux actes. 1"' acte, la Curiosité une daine malade entre dans une cave garnie de tableaux (c’est 1 atelier, pour surprendre un monsieur tout noir, ne s'apercevant pas qu il e>t mort. — 2e acte, la Conversation. Le môme monsieur mort tout a I heure et qui n’en vaut guère mieux pour le moment, entre a son tout dans la même cave, où il trouve la dame de tout a I heure morte à son tour.

M""1 [sbeiit. — Trois bonnes miniatures. Si ce petit art se perdait, c est M1"' Isbert que je chargerais de le retrouver.

Api es lo très-remarquable tableau de M. Robert Fleury, ressuscité cette année,, les tableaux de M.

Comte tiennent la corde dans la peinture historique dechevalet.

Ses toiles sont toujours soignées de détails et d'exécution. et recherchées du public qui leur donne raison.

Mais M. Comte en veut donc bien a Catherine de Médicis, qu’il lui fait toujours cette tête— là ?

Mais que direz-vous donc de celui-ci?

L'économiste M. Mazel sous les traits du bouffe parisien Pradcau. Echange, lisonsnous sur le socle :

c'pst M. Menn qui aurait dû prendre le premier ce mot-là pour lui. Ah! M. Bright !

Ah! M. Cobden! ne passez jamais devant l’atelier de M. Mazel!

M. Lavage. — Un hel Effet d'hiver. — Le crépuscule au bord de l'eau est réussi :

le falot est du meilleur rendu.

M. Gigoux est un peintre de bonne souche. Il appartient à cette génération bien plantée et nourrie de la moelle des lions, qui a eu, qui a parfois ses erreurs, mais dont nous devons respecter les derniers représentants. Gigoux, Jeanron, François, Nauteuil, Baron et quelques autres personnifient encore cette école romantique, dans la bonne et sérieuse acception du mot, qui a rendu de réels services à l’art ; et je. m’imagine que ces hommes de vraie force doivent, sans avoir pour cela besoin d’être passés à l’état de burgraves, ressentir de grands étonnements a la vue de certains jeunes maîtres d’aujourd’hui.

M. Gigoux a trois toiles cette année. L’une, d’une valeur incontestable et incontestée, le Samaritain ; un bon portrait de femme, et une grande toile que j’ai beaucoup entendu critiquer à tort. Elle représente les grenadiers de la garde entourant Na poléon ; la scène se passe aux flambeaux.

C’est toujours une tentative dangereuse que de risquer dans un salon éclairé par la lumière diurne et rempli de tableaux exécutés dans cette donnée, une toile, de dimensions importantes surtout, dont l’action se révèle à la lumièrè artificielle. Il y a là

I pour l’œil je ne sais quelle surprise en contre-effet dont la première impression ne saurait jamais être satisfaisante et dont1 la i rancune persiste presque inévitablement. Je n’ai jamais vu qvv’un I tableau — un seul — qui résistât, à cette impression première, c’est la Clytemneslre du Luxembourg;

J’attribue donc à cet inconvénient les quelques antipathies obstinées que j’ai trouvées contre' le grand tableau de M Gigoux et qui ne tiennent compte d’aucune des hautes qualités de cette toile. Ilne devrait pourtant pas y avoir besoin d’insister sur l’ordonnancement remarquable de cette œuvre dont la composition grandiose, le dessin sévère et l’ampleur de facture dénotent plus que suffisamment une main magistrale.

Ceci dît, que je témoigne à M. Gigoux et à tous autres peintres de batailles mon exécration profonde contre cet abominable genre, exécration que'j’ai l’honneur de partager avec quelquës | bons esprits. Ne trouvant pas de bruit plus insupportable et plus ridicule que le tambour, ni rien d’aussi bête qu’un coup de fusil, je ne puis que condamner presque quand même, et d’avance,

| toute tentative de reproduire ces horribles et glorieuses sottises.

M. Deshayes. — Vue d Hollande. Les qualités ordinaires du peintre, bien que le ciel soit un peu lourd et que je n’aime pas qu’on emprunte ce vert terrible trop cher à M. Anastasi.

M. De touche. — Peinture dans les cordes douces et à l’us ige de la jeunesse.

Un remarquable portrei1 de M. Darjou (Victor), et un joli tableau de M. Alfred Darjou. Les chiens ne font pas des chats, paraît-il, dans cette dynastie des Darjou.

,« Les Arabes sont arrivés en foule.... Ils amènent leurs femmes, leurs enfants, leurs chiens. Après que la curiosité générale a été satisfaite et que chacun a jeté sa pierre et ses imprécations au noble animal, les hommes arrivent armés de fusils. » Telle est la légende du livre de Jules Gérard, la Chasse au lion, que M. Charles Ronot a mise en action. M. Ronot est évidemment un coloriste, et c’est môme, plus souvent qu'il n'en a l’air au premier abord, un dessinateur: mais voyons, là, M. Ronot, la main sur la conscience et sur vos souvenirs, dites-moi un peu dans quelle boutique de jouets à treize sous avez-vous été chercher ce diôle de petit lion-là, presque aussi drôle que les deux lions du jardin du Luxembourg que Préault salue chaque matin avec le même étonnement ! Votre lion, M. Ronot, est un lion réduit, un lion de carton, un lion à soufflet, un lion ouaotia ! unjion au repos, qui fait tache et trou au milieu de tous ces gens en mouvement .

.M. Faverjon nous offre deux femmes phénomènes. Voici

l’une des deux comme échantillon. Ce n’est pas mal pourtant, malgré l’inattendu de la chose.

J’ai reçu une lettre anonyme singulièrement violente contre M. Louis Boulanger. Cette lettre, qui renferme les imputations les plus odieuses sur les détails de la vie privée de l’artiste, s’est trompée d’adresse, et ou s’est trompé même en faisant appel chez moi à des sentiments auxquels on sait que je répondrais de grand cœur sur tout autre terrain. Je n’ai jamais rien emprunté aux haines secrètes, et bien qu’on m’ait reproché quelquefois les formes d’une critique un peu acerbe ou brutale, je ne me suis jamais fait I écho

de l accusalion sans preuves ni de la calomnie, et je n’ai jamais non plus fait passer mon lecteur par les alcôves. Le fait est peutêtre assez rare, après quelque vingt ans de journalisme, pour que je le constate, mais sans en tirer vanité, ayant toujours considéré qu’il est à terre certaines armes qu’un galant homme ne ramasse jamais.

Quant à ce qui concerne M. Louis Boulanger — que je ne connais pas, et que je crois même n’avoir jamais vu, — cette

lettre dictée évidemment par la liaine la plus âcre, ne saurait rien prouver pour moi contre lui, car je sais que les hostilités venimeuses peuvent prendre le masque de l’indignation la mieux jouée. Il se peut que ce ne soit pas là le cas de mon correspondant anonyme, malgré cette faute, grave toujours, d’offenser un homme sans signer l’offense. 11 aura donc à s’en prendre surtout à lui de la seule répons? que je puisse lui faire, et j’attendrai encore pour condamner M. Louis Boulanger, bien que dans le gros et le menu de cette lettre il y ait de ces accusations qui ont surtout le privilège de m’émouvoir. Mais rien ne se prouve ainsi, pas même le mépris des convictions d'hier et le reniement intéressé de sa foi.

Quant à la peinture de M. Louis Boulanger, dont seule il s’agit ici, elle se met hors de cause par elle -même, et elle est de celles que j’aime essentiellement. Mater dolorosa, Gil Blas, Sancho, Lazarille, le Bazar, Roméo et les Gentilshommes de la Sierra sont autant d’excellents spécimens d'un talent vigoureux, net et jeune comme au premier jour.

Section des tableaux puces. Après M. Mejssonnier, M. Chavet et M. Guillemin, puis, MM. Fauvelet, Piçssan, Pezous, Fichel, Houssot, Dubasty, M. Potemont (Adolphe) a fait encadrer quatorze puces dans les quatorze compartiments d’un grand cadre et il appelle bravement cela la Littérature au bois de Meudon. Qu’est-ce que la littérature a à faire avec ces petits monstres-là? On me dit que M. Potemont est militaire ; ça se voit bien, et je comprends qu’il aime à utiliser les nombreux loisirs de sa noble profession, mais au moins que ce ne soit pas ainsi à nos dépens. J’ai connu un ancien capitaine de gendarmerie qui tournait de .si jolies petit es boîtes en buis et en tout bois que l’on voulait!...

Trois bons tableaux de M. Cambon. A preuve celui-ci : Angélique retrouve Sacripant.

Ci-dessous le portrait d’une dame qui se demande à quelle sauce elle va mettre son lapin : l'auteur se reconnaîtra-t-il dans ce croquis que j’ai tâché de rendre fidèle ?

Des Saintes Femmes au Tombeau, des Mater dolorosa par-ci, des Mater purissima par-là, et d’autres dévotieusetés dans ce genre, doivent mettre M. Michel Dumas, né à Lyon (!), élève de M. Ingres (toujours : ) en bonne odeur auprès des personnes honnêtes. Nous ne méritons pas d'apprécier cette peinture-là.

Tout a été dit et bien dit sur le mente des frères 1 i:lelx. C’est à cette heure ou jamais le temps de leur chercher des défauts, après toutes les qualités qu'on leur trouve. Je reprocherai donc a M. Armani Leleux de puus er se< fonds un peu trop au noir, et à M. Adolphe Leleux délai lier un peu trop ses figures. Voir le n" 16‘Jl où les enfants sont presque peints en décoration. Lorsque

l'eloge est épuisé, il faut bien que la critique trouve quelque chose a dire.

M. Lbclaire. — La Répétition des fanfares est une bonne élude, un peu terne peut-être, mais pleine de vérité et d’observation.

Chevaux emportés, par M. Paternostre. Se défier de

tous ces Belges qui comméncent à faite des progrès inquiétants.

Portrait de M“e A**’ Luther, par M. Jobbé- Duval, dit le livret.

— Je ne la croyais pas aussi brune que cela. Peut-être le livretse trompe-t-il, et ce portrait de Mlle A.

Luther est-il celui de Mlle A. P., reproduit par nous sous le n° 1446?

|f Un [grand

talent dans un

VnpMV

petit billard ,

par M. Chavet

Une heureuse licence esl accordée aux fumeurs dans le beau jardin que M. de Saint-Projet et les autres membres de la Société d’horticulture entretiennent au rez-de-chaussée de l'Expo-

Isition. Seulement, où allumer ses cigares ? M. Janson a intelligemment comblé cette lacune en dédiant aux fumeurs un I magnifique Dioyénc lampadaire. Remercions M. Janson!...

M. Saint-Jean. — Une réputation faite et que chaque Exposition consacre. M. Saint- Jean a atteint sa perfection et il n’a pas cherché au delà ni à côté. Très-exact, très-consciencieux, trèsbrillant et très-ag.éable. — Un petit reproche en passant à son espalier : le mur manque complètement derrière ses raisins. Mais quels raisins! bien mûrs, apparemment, et comme le renard a passé dessus !

M. Fa. Reynaud. — Decamps croisé de Stevens. C’est bien et d'une couteur solide et hardie. Mais on n’a pas ce soleil là à Marseille, M Reynaud ! Ce que vous nous donnez pour soleil provençal dans vos trois toiles, c’est un ciel de la Baltique.

M. Holfeld. — Peinture sans férocité. M. Holfeld '.eut-il me faire l’extrême plaisir, lui qui fait des Saint Jean, de regarder un tout petit peu celui deM. Baudry?...

M. Rico. — Peinture d’aliéné. M. Rigo aime l'armée, il aime les Sœurs de charité, il aime l’allégorie, les nuages, la gloire, ma. s il en veut bien à la peinture, et jamais l’on ne vit de meilleurs sentiments si mal récompensés. Sa meilleure toile est peut-être encore le portrait du prince Napoléon, bien que je ne comprenne pas troppourquoi M. Rigo l’a peint d’avance après sa mort. — Le numéro 2280 est une folie à grand spectacle ; la Ferme, surprise, une parodie mélodramatique dans le genre de ce qu'on appelle des mimodrames au théâtre des Funambules. Quant aux Zouaves maraudeurs, M. Rigo doit avoir eu des regrets de ce tableau. Comment M. Rigo. au moment de ce hideux procès Doineau, va-t-il nous représenter des soldats français escroquant des marchands algériens? Il faut pourtant s’entendre, M. Rigo! l'honneur français esl-il dans les camps; oui ou non? — Ce tableau

tache l'exposition de M.Rigo, et je suis bien trop sûrdes généreux sentiments qui l’animent pour ne pas croire qu’il est' à l'heure qu'il est autant de mon avis que moi-même.

Encore un élève de M. Ingres !

M. Chambard nous offre une Stratonice aux petits bras. Pourquoi Stratonice plutôt qu’une autre ? — Portrait d'homme , s’empresse de dire au livret M. Rochet, de peur sans doute qu’on ne prenne ceci pour une tête de'singe.

Une bonne étude après tout, ce bronze, et qui ne jurerait pas trop dans l’ad mirable exposition du polychrome Cordier.

M. Lefebure. — Le Christ consolateur , sentiment profond, manière large : l’impression d’un Delacroix.

M. Janet-Lange. — J’engage M. Janet-Lange à continuer à dessiner dans V Illustration, où il peut marcher, quoique de loin, sur les traces du grand Worms. M. Janet- Lange ne sera jamais un peintre.

. M. Grandjean. — Élève de M. Watelet (bigre!) tient montres, pendules, tableaux à sonnerie, figures mécaniques et généralement tout ce qui concerne son état. Fabrication genevoise.

Voici une belle statue dont le numéro mil pris ne me permet pas de nommer l’auteur. Je le retrouverai.

M. Ad. Roger. — Miséricorde!...

M. Duc. — Un des meilleurs tableaux du Salon, et, quoiqu’on ait abusé du poitrinaire, d’un sentiment exquis. Le treillis des branches noires s’enlève sur le ciel avec une naïveté merveilleuse et- sans aucune sécheresse. — Je suis fâché de n’avoir pas vu l’autre toile de M. Duc, un portrait.

M. Hillemacher. — Une jeune mère agace derrière un ri deau un jeune enfant tout nu et âgé de quarante et quelques années. Un souvenir de la tête de Béranger, peint très-largement d’ailleurs, et avec cette spirituelle facilité qui catactérise la manière de M. Hillemacher.

Qui croirait que M. Paul Gourlier, qui a peint cette mo:sson pâte d’abricots, est l’artiste qui a peint la Journée d’automne et le Soleil couchant à Seine-Port?

M. Eugène Villain. —Un réel talent, qui se fait tous les jours sa place au premier rang.

M Andrieux. — Malakoff. Un fouillis du diable, du mouvement jusqu'à la confusion, du feu, du vacarme, des détails excellents.

M. Vibert. — Toujdurs un peu gris. «

M. Antigna. — Confirmé dans son titre de peintre ordinaire desengelures. Peinture en peau d'oignon, rougeaude, commune et désagréable au possible.

M. Véron. — Trois toiles consciencieuses.

J’ai entendu critiquer les tableaux de M. Aivasousky. Les naïvetés, les crudités et les ignorances de pinceau me sont indiffé¬

rentes, quand un résultat est atteint, et je sais très -bon gre a M. Aivasousky de m’avoir rappelé, avec une vérité absolue, les steppes au coucher du soleil. C'est si admirablement bien vu, que cela arrive forcément au bien rendu, malgré...

M. Ed. Gérard. — Giraud en bottes fortes — et Giraud en talons rouges avait déjà bien des petits torts!...

J aime décidément mieux M. Yvon dessinateur, que M. Yvon I peintre. Est-ce la faute de sa peinture ? Est- ce simplement à cause | de mon antipathie instinctive contre le militaire et tout ce qui I louche au militaire, que je ne trouve qu’à blâmer dans ce trop j grand tableau de la Prise de Malakoff? Maintenant, il me

semble que le public est bien de mon avis, et qu’il reste assez indifférent à cette vaste exhibition ' de gens qui se

M. Eugenio Agneni est un peintre marin du premier ordre II ne craint pas le. mal de m§r, apprécie la morue, ne fait pas fi des

crevettes, fait de la' peinture qui va sur l’eâui et- Se termine en une queue qui porte des éeailles. Qu’Amphitrite lui soit légère !

PEINTURE A TIROIRS DE M. BELOT. - On connaît sur la peinture græco-gracioso-ingro-hamqniste notre sentiment bien arrêté. Nous ne nous senlons même plus assez d’impartialité pour signaler les qualités des deux toiles de M. üclol .

M MtniNo fut, si je ne me trompe, le seul peintre, ou à bien peu de chose près, qui représentât le Pérou à l'Exposition universelle où il se fit remarquer par le caractère tout particulier de ses figures et quelque chose d’inaccoutumé et d'imprévu dans sa

manière naïve. M. Mérino tient encore honorablement sa place cette année avec sbn tableau Christophe Colomb et son fils demandant l'hospitalité au couvent de Sainte-Marie de la Hubida.

M. Gluck. — Avec un sentiment réel de l’effet, se donne trop de mal pour arriver au romantisme. Trop violent, tout cela, fruste et gratté plus qu'il ne faut, et de beaucoup. La vraie force est calme.

Les petits tableaux de M. Verlat sont fort jolis, et je les préfère a l’inutile grandeur de ses Percherons. C'est bien peint, et les accessoires traités en à-plats laissent tout le relief et toute la finesse au sujet principal.

M. PaucHE. — Une caricature d'Horace Vernet.

Une idylle, dit M. James Bertrand, ça représente un Monsieur tout nu, à genoux devant une Dame qui dort, également nue, et qu'il va réveiller. Pour compléter l'idylle, le Monsieur s'est couvert le haut du corps d'une peau de loup dont la tête couvre la sienne. Cette fine idylle doit inévitablement faire tomber la Dame nue en épilepsie. Idylle, que me veux-tu? — Et cette charmante plaisanterie est peinte à la lyonnase. Comment se fait-il donc que M. Hamon cl ses suivants, en pienant la voie .ab-oiument contraire, arrivent juste au maximum de sottise atteint par M. Courbet?

Vous vous rappelez le tableau de M. Hamon, de l’an dernier ; car je ne puis m'empêcher d'v revenir toujours, à M. Humon.

Trouvez-vous un bien grand progrès dans ses tableaux de cette année? Voici ce que M. Hamon nous sert pour un portrait, et voici, d’autre part, la Jeune fille et la Cantharide annoncées.

L’ombre d’un enfant jouant avec des ombres de joujoux sur l’ombre d'un piano, dont je vous parlais l’autre jour. Le gris poussé jusqu’à l’incolore, le non-dessin jusqu’à l’absence de forme, le naïf jusqu’à l’idiot, l’abstinence jusqu’au néant, l’avarice jusqu’à la prodigalité ! Ceci n’est plus un tableau, c’est une impertinence, et ce n’est pas un Jury de peintres qui aurait dû se prononcer sur un pareil cas d’al énatien mentale, loin, nous rentions dans les sujets dits délicats : c’est la

I la cantharide. Le hanneton que M. Hamon. lui. a dans le plaj fond, comment disent certnii s pittoresques, fait encore ici des

siennes. Tout à 1 heure nous vous montrerons d’autres filles qui peignent des papillons pour de vrai et d’autres qui les tiennent sur le poing à la manière' des fauconniers.

Pour ma part, j'en rêve de celte peinture-là.

F' dire que foui cela, c'est la f; u'e de feu M. Ingres!

M. de (.oubertin. — La Messe pontificale, excellent tableau qui rappelle beaucoup et sans trop de désavantage la Chapelle Si.rtinr. le meilleur tableau de M Ingres, et lelle'ment meilleur, que son auteur l’a fait une seconde fois. Que ne pouvait-il le refaire toujours !...

M. Piette. Il a plu sur son tableau de l'Epine fleurie. C’était peut-être bien en dessous?...

M. hoc. I. \ vieille. Une Crue au soleil couchant en décembre. Merveilleux d’effet. Unedesplus belles choses. !u Salon l’eau peut-être un peu trop déchiquetée aux premiers plans.

I M- Auc.uste Dollard est l’Auguste Ricard des cuisinières. Il est a M. Ilamon ce que Raban est au poëte de Lonlay. Des goûts un peu canailles, ça n’est pas la mort d'un homme; mais, c’est égal si jamais cette bonne-la quitte le service de M. Doulard, je ne là prendrai pas chez moi.

M. Pic.hon.— Une toute petite Picta. M. Piclion fait le mal en petit, mais c est du mal tout de même.

Je ne puis que recommander M"" Zéolide Lecran à la sollicitude désormais éveillée de ses parents. Quelques bons conseils et la douceur ramèneront sans doute M11" Zéolide à des sentiments meilleurs.

M. Lemaire (de l’Institut, sculpture). — l’n Christ, gros et court, qui rappelle Pierre Dupont en mal. Du beau et bon'marbre gâté.

M. Ziem. — Une grosse erreur jaune. Claude Lorrain aurait gémi. Ab çà ! où donc va M. Ziem ?...

M. Nei.aton est malade. Du repos et ne pas toucher à Léonard I de Vinci.

M. Matout nous donne sa décoration du grand amphithéâtre de médecine à Paris.

Compositions faciles et élégantes; si le grand souffle n’y est pas tout à fait, au moins est-ce meilleur que du Couture.

Le Devoir , dit M. Protais, ou Souvenir des Tranchées , doit être le mot propre après un bain comme celui-là. Raffet avait reproduit la même scène à une autre époque : Il est défendu de fumer , mais vous pouvezvous asseoir. M. Protais aurait encore cent fois plus de talent qu’il n’en a, qu’il ne saurait nous faire changer d’avis sur les peintures de bataille.

Deux binettes contemporaines, comme dit ce bon Commerson.

M. Brun. — Martyre de saint N’importequi. C’est le funeste Saint Symphorien refait, aussi pauvrement peint et aussi mal dessiné. — J’ai dit aussi : mal dessiné.

Est-ce que vous ne trouvez pas que la Razzia de M. I.oubon icssemble un peu à une potée de panade renversée?

Je ne connais pasM. Elmerich, mais sa personnalité m'e-t ■ sympathique, — un peu plus que sa peinture de cette année. J ai vu de lui mieux que cela.

Il y a à toutes les expositions plusieurs portraits de Grassot.

Il y a deux ans il s’était fourré au salon sous le Spseudonyme du général Dnfour.

Cette fois il prend le pseudonyme d’un M.

E. V. ; plus loin, il se fait peindre en martyr.

M. Penguillv l'Haridon est un peintre-né. Vous rappelez-vous cet admirable petit tableau de chevalet représentant un homme qui v ent d’être assassine dans un mauvais lieu? Le mourant s’affaisse, la main sur la blessure qui bée, et du meurtrier qui s’enfuit on ne voit que la jambe et le bout de la rapière. Rien de plus saisissant que ce drame rendu d’une façon nette, ferme, brillante et magistrale. Je vois encore ce petit Calvin, étudiant, solitaire, dans la grande salle carrée où la lumière entre par le fond, — et encore ce merveilleux Calvaire qui rendrait Decamps jaloux.

Après tout cela et le reste, après tant de promesses et de promesses tenues, M. Penguillv nous découpe aujourd’hui le Combat des Trente dans une page de Froissart.Le soidat n'était pas mort sous le peintre, comme vous, comme moi, comme tout le monde avait été si heureux de le croire : il n’était qu’assoupi et voilà qu’il se réveille avec un bruit terrible d’armures, un cliquetis d’épées, de chaînettes et de hauberts, un tintamarre de ferrailles à faire croire que tous les diables d’enfer viennent de s’échapper du Musée d’artillerie. Qu’est-ce que M. Penguillv a voulu nous prouver

ici avec ces figures de valets de carreau ? qu'il sait peindre? — La belle nouvelle et la belle avance!

Ceci est une erreur complète de M. Penguilly, et j’estime assez ce galant homme de peintre pour lui dire très-crûment ma pensée. Le Combat des Trente est un tableau trente fois inutile : les gourmets en archéologie militaire pouvaient et peuvent encore ssi bien consulter les estampes d’annonces anciennes, estampes

qui ont été faites pour cela : la peinture, c’est autre chose. Sa destinée et sa mission ne sont pas de galvaniser les épopées mortes, celles de ce genre surtout.

Ct je ne veux pas plus de Montauban que d’Horalius Codés. Dans la peinture, comme dans le roman et au théâtre, l’école historique est morte et enterrée. Je n’irai pas prier M. Hume de la faire revenir.

l’nc bonne toile de M. Juglar. M. Couture, son maître, ne l'a pas tout à fait gâté : les Pifferari sont d'une couleur solide, bien qu'un peu terne. Je m’imagine que ces deux Italiens doivent bien se presser de gagner des sous pour faire élargir leur cadre. Je n’ai pas vu les deux portraits de M. Juglar, et j'en suis fâché, car on m’en a dit du bien.

M. Cals. — Peinture sentimentale et venimeuse.

M. Galetti. — Deux grandes et très-remarquables toiles, les Environs île Compiègne surtout , quoique traitées dans uno gamme un peu grise qui tombe trop dans une manière habituelle.

M. Geffroy. — Molière et le caractère de scs ccmcdies. Une prétention peu justifiée, peinture froide et plate ; je n’aime pas plus la peinture de M. Geffroy que la. sculpture <■ M. Mélingue.

M. Moreau. — Études de chiens excellentes. Large touche et facture essentiellement facile et savante.

Une forte dame remplit le cadre 1915, potelée, fraîche, brune et appétissante, ma foi. avec ses trois mentons : dame bien mise en vérité et qui ne ménage ni le velours ni la dentelle, mais ce à quoi elle tient le plus, c'est à la place qu'elle a payée dans le portrait de M. Merle. Et elle y tient tellement qu’à peine laisse-t-elle un tout petit coin à son fils qui passe, sans doute, après coup et par-dessus le marché. M. Merle a eu tort de se prêter ça. C’est vilain, Merle!

M. Veyrassat. — Très-bien, son Berger au soleil couchant.

Je m’imagine que M. de Montpezat est un homme du monde très-spirituel, qui se moque fort agréablement d’un entourage de jeunes gens bien gantés et porteurs de rigole sur la tête, en leur faisant prendre ce qu’il fait pour de la peintures.

M. Morain, auteur d’une excellente copie de la Descente de croix, de Hubens, n’a envoyé qu'un bon portrait. Ce n’est pas

assez.

M. Jalabert. — Romeo et Juliette, ou le Baiser frappé à la glace. École fondée par feu Ingres. M. Wilhems en est aussi un peu, savez-vous ? — Son président de Bellcyme est long comme une tringle à rideau.

Mme Bibron ne sait même pas ce qu’elle fait en appelant ses pattes de mouche à l’huile, de la miniature.

Un fort bon point au basset Ravageot de M. Jules Didiez.

M. Legros. — Un excellent portrait à la façon d’Holbein, un peu sourd de ton, ce qui n’était pas indispensable. Erreur d’archaïsme; le temps met son glacis au tableau des vieux maîtres et il faut voir au delà.

Appelez M. Hamon et le coquet Galimard ; appelez tous les gracieux, les jolis, les raffinés du la palette et du ciseau, et jetezleur hardiment le défi de rien faire de plus louchant que ceci. M. Paufard fait hésiter une jeune bossue entre un chat, un hanneton et sa bosse. Rien de plus émouvant que ce petit drame à quatre personnages (y compris la bosse de la malheureuse).

Ceci s’appelle une Copie pour le Ministère (Voir le Livret). — Si j’étais directeur des Beaux - Arts , cela ne m’encouragerait pas à en donner une à M. Melicoürt- Lefebvre.

Je préfère la Maison de Royat (Auvergne), de M. de Yarennes, à ses Bords du Morin , un peu pêle-mêle et confus. Son intérieur

de cour a une physionomie singulièrement originale et individuelle : las trois élrcnges figures noires qu'il y a placées attirent l'œil, non pas seulement par l'exagération de leur dessin, mais par l'harmonie quelles apportent dans le tableau où elles arrivent hardiment en la note la plus élevée.

Les portraits de M. A. Bracqi'emomd ont un charme singulier pour moi. Sobre de faire, poussant le respect de la forme jusqu’à la superstition, studieux et patient comme les graveurs au bon vieux temps, M. Bracquemond arrive nécessairement à obtenir de chacun de ses modèles la pensée profonde et le sentiment ntime. On sent qu’il se met en communion avec l'être qu’il .dessine, et par sa fervente ardeur de la vérité et la sainte obstination de son étude, il vous fait rêver devant la nature la plus vulgaire comme devant un Holbein. M Bracquemond est un des trois ou quatre artistes les plus intéréssants que je sacha.

Entre les portraits de Mmeet de M"e Mamignard (sic), M. Lanxirotti nous offre le buste du docteur Lagneaux.

M. Lagneaux n'a pas l'air content. — etiiy a de quoi.

Hugoliri, dit l'histoire, dévora ses enfants pour leur conserver un père. — Si la même nécessité poussait le père de l’Enfant

Prodigue, je l’excuse de dévorer son enfant au retour. Plaisau terie à part, il va du mérite dans cette œuvre de M. Cumeru

J’aime la peinture de M.

Lëpoittevin. C’est frais, gai, alerte • cela sent l’amer de la plage, — la plage de la mer, si vous voulez, pendant que nous y sommes.

L’habileté de cette peinture est énorme et elle n’a l’air de rien au premier abord , avec son allure tranquille de naïve bonhomie.

a une exposition importante. Ses Ramoneur s cherchant les cheminées à ramoner est celui de ses tableaux que je préfère.

Un vrai talent pour

La Femme a queue de paon , espèce nouvelle découverte par M. P icn u (saint Gérôme, ora pro nobis!) Rien des Niam-Niams!

M. Saltzmann — Haute école de paysage.

M. Rida. — Tout a été dit sur les dessins de M. Bida, qui a su •Puiser les formules de l'éloge. Nous n’avons qu’à mettre, de grand cœur, notre » approuvé > au bas de ses envois.

M. de Saixt-F raxçois. — Un vrai talent qui n’est pas encore classé, ce qui n'est pas justice. Vous rappelez-vous, de lui. un lever du soleil couchant dans les montagnes de l'Atlas ?

M. Bix. — Ifaptéme de Clqpis. Un souvenir de Lesueur: éclat doux. Bon tableau.

Curiosité de femme, dit à son tour M. Loustau. Que M. Loustau sache donc que ces titres-là n'engagent guère la eu iosité du spectateur. Quant au sujet, il est dérisoire et la peinture est pitoyable. Ah ! la friponne et l'heureux coqu n ! — Les vilains bourgeois que cela fait et qu’ils sont désagréables!

M . Desgoffe . — Ses deux coupes d'agathe sont d’un rendu mi raculeux. Mais quelle désagréable chose que son atelier, maigri le soin infini et la conscience de la peinture! Des types chargée jusqu’à l’abominable, d’allures triviales et presque repoussants. ..

M. Roxjat. — A mettre à côté de l’atelier de M. Desgoffe, non loin de l’atelier de feu Fontallard. Leurs types peuvent se donner la main, car ils doivent se connaître. Le modèle qu'on exécute est bourgeois jusqu’à en être bestial.

L’Intérieur de foret (25C , surtout, de M. Budmei», est une admirable chose. Ficelle du diable. C’est limé, gratté, frotté, mais l’effet est forcément atteint !

Le la'b’.eati officiel Je Jd. Bocccluéac est assez execrable; ses découpages à la cire ne sont que de grands' dessins enluminés, sans intérêt d’aucune espèce. De bons garçons excusent ces choses-là en parlant du style. Il est fâcheux que le père Ingres ait gâté ce petit moyen-là.

Une Madeleine de M,ue de Guizard ; je préfère le croche! et le plumetis.

M. Veunet. — Le maréchal Canrobert pourrait être disposé en joujou comme les petits chiens oua-ova à soulflet. Il y avaitautre chose à faire, assurément. — N’insistons pas sur le grand malheur de Y Alma, qui se trouve justement placé en pendant avec le Débarquement de M . Pils, qui lui donne un si gigantesque soufflet, — et évitons de trop rire devant le Zouave trappiste , — une idylle militaire, — l’école Hamon en pantalon garance.

Ceci est une erreur assez complète de M. de Mêrcey pour que nous ne l'omettions pas. Çlu'il n u> donne de< loiles comme son excellente Elude de paysage, à la bonne heure !

Je veux dire tout de suite que je trouve mauvais le tableau de Lèandre et Isabelle, afin de n avoir plus qu’a exprimer toute ma sympathie pour M. .Maurice Sasd et ses œuvres. J'aime d’autant plus M. S.ind qu'il s'est donné la peine d'avoir un très-réel talent, lorsqu’il pouvait se contenter tout simplement de vivre protégé par le plus grand nom que je sache. Ceux qui m'ont reproché quelquefois de pousser jusqu'au fétichisme mon admiration pour ce nom glorieux, ne peuvent hésiter à reconnaître un sentiment profond et tout particulier dans les toiles et les dessins de M. M. Sand. Il s'est inféodé complètement le fantastique paysan, nui n'est pas plus le fantastique d'Hoffmann que le fantastique Allemand ne ressemble au fantastique de M. Paxton, traduisant

Shakspearc sur la toile. Le (Irand Hissexte, le Loup gurou , les Martes, les Trois Hommes de jfierre, le Follet, sont des légendes pleines de teneurs, et on dirait que M. Sand y croit, tant on éprouve devant ses œuvres le frémissement, Yhorrcr du lucus et les épouvantes de la nuit noire dans les plaines.

Ces Lupins sont d'une naïveté charmante * Ce sont des an maux qui ressemblent à des loups, nous apprend M. Sand. Ils sont tiès-peureux, se rassemblent d’ordinaire le long des murs des cimetières et, s’ils aperçoivent quelqu'un, ils s'enfuient en criant : Robert est mort! Robert est mort ! — Qui était ce Robert ? Là n’est pas, pour le moment, la question, et nous n’avons qu’à regarder ces fantastiques et poltrons Lupins adossés en

J’aime les tableaux de M. Servin. 11 nous apprend queLeieux, Penguilly, Fortin, n’avaient pas encore tout dit sur la Bretagne et ses Bretons. Féval en serait jaloux, si sa grande âme n’était au-dessus de l’envie.

effet contre le grand mur. Ils jouent entre eux : d'autres, plus graves, se tiennent immobiles et adossés comme à une petite Provence , et l’un halette, la langue pendante, aux rayons de la lune qui découpe leurs silhouettes sur le mur. Bien au fond du tableau, le spectateur aperçoit un voyageur qui s'avance : mais les Lupins ne l’ont point vu encore. Dans un moment, ils vont se sauver et disparaître dans les ténèbres.

M. Maurice Sand a le talent le plus sympathique qui soit au monde.

M. Berchère. — Section des Orientalistes. Serré comme Gérôme, brillant comme Fromentin, sympathique cogjme Frère, et lumineux comme... lui même.

Psyché abandonnée par l'dmour devint si triste, s’il faut en croire M.|Dubois, qu’elle en devint maigre à ce point que les dieux, prenant pit:é de son sort, la changèrent en une tringle de rideau qui porte son nom.

Il est certainement difficile de sauver plus spirituellement que ne l’a faitM. Cambon un su et tant soit peu vieillot, traité par une main qui n’est pas complètement neuve. Un modèle grec qui salue l’aurore avec sa lyre en l’air : — Comment le soleil se levait autrefois , dit M. Cambon, et vous voilà tout de suite raccommodé avec ce tableau, et y cherchant et y trouvant les excellentes qualités qui ont valu à M. Cambon sa réputation de grand décorateur.

Sculpture polychrome, la MITAïlA, par M. Cailloué. Les lauriers de M. Cordier empêchaient sans doute M. Cailloué de dormir, et il s’est jeté en bas du lit pour nous donner celte figure de charbonnière tragique. Ce n'est pas plus mauvais qu'autre chose, en vérité, mais ce n est pas meilleur non plus. Je n’ai pas vu encore les deux autres sculptures de M. Cailloué, qui me raccommoderont peut-être avec lui.

• Il y a dans le monde des arts et dans cette génération ardente et généreuse qu’on groupa après I8ôO sous la bannière du Romantisme, un nomme, an giand artiste, coloriste-né tout autant que dessinateur plein de fougue et de puissance. Cet homme a

f trouvé bien des /ois, toutes les fois qu'il a trouvé pour cela une leure dans son existence si bien remplie, qu'il était un de nos bons peintres. Chacune de ses toiles est d'un sentiment bien individuel et exquis, plein de fraîcheur et de charme. Mais ce ne fut là que le détail et comme l'appoint de son œuvre et une manière de gage qu’il nous donnait : cette autre forme de l’art qui s’appuie sur l'industrie, et, plus utile dès lors que la peinture, puisque.

plus populaire, elle emprunte à la mécanique des moyens de vulgarisation presque infinie, la lilhograph e avait rencontré cet homme à son début, et l’ayant une fois essayé, elle ne le làch plus, désespérant de trouver jamais une science plus profonde da ses effets et de scs ressources, avec un génie plus brillant et une maniéré plus pittoresque.

Le martyr du crayon avait commencé dès ce jour la tâche sans trêve qu'à travers de longues années il a poursuivie jusqu'aujourd'hui, poussant courageusement devant lui. au sole 1 comme pendant la veillée, la pierre qui retombait toujours : se uant à gauche et à droite derrière lui les chefs-d’œuvre, amoncelant au

fond du gouffre de la publicité les incalculables trésors de son imagination toujours inépuisable comme au premier jour. Vous l’avez vu partout et toujours, fantastique comme Hoffmann, délicat comme Sterne, sensible comme Michelet, passionné comme Sand, spirituel comme Beyle, sévère comme Lamennais, grandiose et terrible comme la Bible. Jamais une vie n’a été mieux remplie que celle-là, et c’est peut-être le seul exemple d’une semblable rencontre et d’une communion aussi complète et heureusement féconde entre une main et un cerveau. Célestih Nanteuil, — je l'ai déjà nommé dix fois, — était, que je sache, le seul artiste qui pût ainsi se faire artisan sans déroger.

Si, maintenant, je regarde à côté de l’artiste, je trouve un homme profondément honorable et plus qu’estimé, — respecté de tous ses amis. — ignoré aux antichambres, n’obtenant rien parce qu'il ne saurait demander, doux, modeste, désintéressé, fraternel, silencieux, sans envie comme sans haine, si bon que j’ignore s'il sait seulement mépriser; caractère plein de fermeté, cependant, pour lui-même, et énergique aux devoirs qu'il s’impose ; dévoue ment infatigable et muet, rayonnant sur tout ce qui l'entoure ; vie de sacrifices et d’abnégation, au-dessus même des déceptions . fine et première fleur d’honnêteté et d’honneur. Je ne sais pas de plus véritable grandeur, pour ma part.

Maintenant, j’en atteste tous ceux qui aiment ce talent charmant et qui connaissent ce galant homme, viens-je de dire un seul mot au delà de la chose qui est ?

Un très-grand homme d’État et d’un caractère honoré me racontait qu’il s’était vu contraint une fois de monter à la tribune pour défendre un projet de loi contre lequel il s’était énergiquement prononcé dans le conseil. «Et votre conscience? lui dis-je. — Et la raison d’État? me répondit-il. 11 y a des choses que vous ne comprenez pas, jeune homme ! »

Ma foi, non ! et tant mieux. Ah ! oui. jeune et bien jeune suisje et serai-je toujours pour ces choses, je le jure sur le souffle que j’ai en moi et mon amour fervent de la vérité. Et puisse mon der nier ami dire après moi et de moi comme unique éloge : « Un pas mauvais garçon, mais un pauvre homme en politique ! » j’aurai bien vécu.

Que je me gouverne moi-même, j’ai la vue tout juste assez longue, sans prendre autrement charge d’âmes, sans l’orgueil et l’opiniâtreté qui font le candidat, sans les autres vertus qui font l’élu, hors des fines marches et contre marches, loin des buts qui justifient les moyens, des morales ad usum et des nécessités de situation. A d’autres le soin de frapper, à d’autres même la charge plus douce de soulager et de bienf aire. Je resterai dans mon coin sans regrets, si je garde l’enthousiasme du bien, l’horreur et le mépris pour le mensonge, l'injustice et la violence.

Mais, mon bon et cher Nanteuil, il faut que tu en prennes ton

parti -. si je ne suis jamais Gouvernement, tu cours grand risque de n’avoir jamais, comme Gérard de Nerval, la croix que tu mérites depuis si longtemps.

Mes excuses aussi bien sincères à M. Daubighy, que j'aurais eu, depuis cinq ans, l’occasion de faire déjà Commandeur. J’ai cherché encore vainement, cette fois, son nom à la première ligne des récompenses : je ne puis croire réellement, cette fois, qu’à une erreur du compositeur, car il est impossible de rien voir de plus merveilleux que ses quatre tableaux de cette année.

Décidément, je n’aime pas le tableau des Deux Pigeons, et je préfère de beaucoup le Poussin et les portraits de M- Bénouville.

Le sujet, tout intime, ne se prêtait pas à ces développements I épiques, et il est traité confusément, si bien qu’on ne sait trop si

| la colombe du logis n’est pas plutôt disposée à repousser le pigeon

au retour qu’à lui ouvrir la porte. Le geste est beaucoup trop dramatique, la facture blaireautée et glaireuse, le ton général terne ! et froid.

Louis Jourdan, exécuté entièrement en coquillages, par M. Etex. Je ne croyais pas Louis Jourdan aussi marin que cela. — Mais commençons le défilé grotesque d'une foule de tètes excentriques qui ont eu la funeste

idée de demander leur reproduction a la sculpture, qui n’en peut mais. Qu’est-ce que M. Lequien, par exemple, pouvait faire de cette téte-là ?

M. Louis Falconis, de celle-ci?

M. Lami, malgré tout son talent, de celte autre?

M. Jules Cambos, de cette autre encore?

M. Jean (Jhaiidun, de celui-la?

M. Léon Falconier, de celui-ci?

M. Auguste Legros est élève de l’École de Lyon. C’est un tort originel qu’il rachète , le plus qu'il peut, par la délicatesse de ses compositions et la distinction deses lignes. Il envoie deux pieta favorables au développement des sentiments religieux pour les personnes qui pratiquent le jeu de la main chaude.

Autre pieta de M. Timbal, qui n’est, en vérité, pas plus mauvaise que les meilleurs tableaux de convention opérés sur le même sujet.

M. Timbal ne m’en voudra pas si, pour la rapidité du récit, j’ai supprimé ici quelques accessoires.

Pourquoi tous ces braves gens n’ont-ils pas aimé autant se faire peindre par M. Cesbron-Lavau, comme M. Dancla?

Les compositions de M. de Balleroy ne sont pas très-heureuses et ne sauraient être complètement rachetées par l’étude et le rendu de ses animaux. Ainsi, dans V Hallali de loup, oit l’ensemble manque. Dans Y Hallali de cerf , le chien — cavalier — seul est écrasé: celui de dos est inutile, puisqu'il ne fait rien. — Ses tableaux décoratifs de salle à manger présentent aussi de la confusion. Manque de parti pris dans les plans, la première qualité du décorateur.

Les Van Moer du Salon peuvent lutter avec les Canal etti de Manchester, sa Porte d'entrée du Palais ducal à Venise , surtout. M. Van Moer est l'honneur du pays belge.

Axenfeld. — Bons dessins, — le portrait deM. F..i surtout.

J'ai presque envie d'être sévère pour M. Heilbuth et, en vérité, je trouve que quelques peintres du Nord abusent un peu du sujet insignifiant : l'alestrina . — Etudiant, — Politesse. Un contradicteur m'a soutenu qu'il y avait plutôt trop de sujet que pas assez dans celte derniere toile. Je ne serai pas de cet avis d'ici à quelque temps et je persiste à croire que M. Heilbuth a tort de faire de parti pris de la peinture qui ne veut rien dire. L'exécution, si distinguée qu'elle soit, ne saurait jamais, pour moi, prévaloir complètement contre ce défaut-là.

Tabar. — La Horde des Barbares serait un excellent tableau, si elle n'était pas restée un peu trop à l’esquisse.

Pour Dieu I queM. Battaille prenne bien vite M. Cibot bras dessus, bras dessous, et qu’ils s’en aillent ensemble étudier comment M. Baron, M. Nanteuil, M. Meissonnier et tout le monde peint les figures dans le paysage.

Feu Ziegler. — Passons!

Deux bons portraits de M. Voilllmot. C’est fin, printanier et charmant.

Deux bons peintres, ces Stevens. La Consolation est la meilleure chose qu’ Alfred ait encore faite, selon moi ; il y oublie le ton un peu sourd et charbonneux de sa manière habituelle et que son frère Joseph emploie aussi quelquefois. Pourvu que cela ne sorte pas delà famille! Rien n'est joli et spirituel comme les chiens de M. Joseph Stevens et bien que je ne le mette pas à cent piques au-dessus de Jadin, comme l’ami Rousseau. — un orfèvre belge ! — je donnerais bien quelque chose pour que M. Stevens me gardât un chien de toutes ses chiennes.

J’ai peut-être été un peu sévère pour M. Boularu et ses Cuisinières, et son Itèglement de cosnpte me raccommode avec lui. Spirituellement peint, un peu à la façon des Fortin, ce qui ne peut pas nuire.

M. ScHopii». — Hélas !

M. Bi.avikr est petit, très-petit ; aussi se plaît-il à grandir et à idéaliser ses modèles, et à les draper majestueusement, si bien qu’il transforme un pauvre sot en Kléber et MUe L. M... en belle femme, mais il ne faut pas s’y fier.

Les peintures indiennes et persanes, de M. Schœfft, ont un aspect sauvage et terrible de fascination. Vous oubliez que cette couleur est atroce, que la manière est pénible et ignorante jusqu’à être enfantine, pour trouver je ne sais quelle saveur étrange a ces peintures âcres et ranciès C’est curieux et attachant comme un dessin du prince Soltykoff ou une page de Cooper. Vous rappelez- vous les toiles de l’Américain Cattlin ?

Grand progrès dans M. Schlesinger, que je n’aimais pas autreois.

— Est-ce qu’on ne pourrait pas attacher M. Biard?..,

M. Vidal a étonné bien des gens, cette année, en leur apprenant que ce crayon, si finement taillé, pour les élégances de la nature parisienne, pouvait se changer entre ses mains en .un pinceau de peintre pour de vrai. Ce n’est pas que je sois fou de son

portrait, dont le parti pris est trop violent sans nécessité, et que les tons verdâtres me gâtent.

Mais le portrait de Mme V..., ses Paysans de Plouescat, son Bracon nier (un Fromentin) , sont des œuvres que tout coloriste signerait bien vite.

Autre trahison. M. Oalbrund, auteur de tant de merveilleux pastels et, entre autres, du portrait de la belle Mme Bourdet, nous livre le spirituel et profond docteur Cabarrus * avec un nez tant soit peu ti op rose pour n’être pas un sycophante.

M. Benolville. — Étonnement bien légitime de Raphaël, en apercevant, pour la première fois, la Fornarina en tambourmajor. J'aime mieux le tableau du Poussin.

M111' Bertaut. — Bonne élève d’un bon maître, oui a nom C. Nanteuil.

M. Faustin Besson. — Toujours frais, rose, charmant et Louis XV. L’Arsène Houssave de la palette.

M. Seicnac. — Petits sujets finement et heureusement traités.

Cn enfant vient de dénicher un petit canard et il attend un coup de cane. M. Godin a allumé son imagination à ce sujet si heureusement trouvé, et il nous a donné une assez bonne étude.

M. Barthélémy. — Un chef-d oeuvre, son Naufraye, sauf un chien qui ne me va pas tout à fait. Si j’achetais des tableaux, celui-là et un Grain dans les dunes , de M. Guillaume, seraient les deux premiers surnia liste.

Un des plus sérieux talents de l’école française, je dis école à tort, car M. Millet est complètement original et de son école a lui. D autres pourront reprocher parfois à ses figures un manque de souplesse dans le modelé qui leur donne quelque ressemblance avec des maquettes de glaise : je ne veux voir que le sentiment bien profond et intime de cette peinture essentiellement démo-

cratique. Devant cet aride tableau des glaneuses , cette détresse laborieuse et muette , je me suis rappelé ce magnifique chapitre qui commence la Mare au Diable, en paraphrase du dicton d’Holbein :

« A la sueur de ton visaige... »

Vue de Fribourg • ou Vue d'Unteerseu. M. Grandjeak nous donne là le plus joli tableau à horloge que puissent fournir tous les cantons suisses réunis. Peinture facile et trop, facile.

1976. — L'Empereur visitant les carrières, d'ardoises de Trélazé (Maine-et-Loire). Inondation de juin I8S6. — « Au centre du vaste lac formé par les eaux, les buttes de la carrière des Grands-Carreaux sont seules à découvert. C’est là que l’Empereur, arrivé à Angers le 9 juin.se fait conduire à sept heures du soir. Il s’avance seul au milieu de la foule des ouvriers, qui l’accueillent par un cri immense et prolongé. L’Empereur prodigue à tous des consolations, relève le courage abattu et rend l’espérance aux naufragés. — Derrière un tue-vent, quatre ouvriers fendeurs répartissent une pierre épaisse. L’ardoise terminée, un d’eux la présente à Sa Majesté, qui l’examine, admire le travad, mais semble douter de la solidité. L’ouvrier se méprend sur ce geste : < Faites excuse, mon Empereur, dit-il, je vais vous" la rendre légère comme une plume et môme comme, une dentelle. » En un instant, l’habile ciseau a opéré la transformation. L’Empereur sourit, donne une large gratification à ces travailleurs, et continue sa visite au milieu de la foule enthousiaste.

« Trelazé, les carrières de Monthiber de la Porée, du Buisson, la maison Montrieux, le village de la Pyramide apparaissent submergés à l'horizon. » — Peint par M. Louis Moullin. — Antigna manqué. — Tirez, tirez, tirez! comme on dit dans les Plaideurs.

Th. Gautier a eu raison de dire que l’Exposition universelle avait exercé une influence évidente sur le Salon de cette année. Nos souvenirs de Leys et de l'école anglaise nous suivent, et ii y a souvent lieu de s’en applaudir. Ainsi, pour M. Dumabest, son Faust au soleil couchant est d’un excellent effet et réellement

dramatique, malgré ce chien cocasse ^ qui 'allume des chimiques nec ses patter.

[ L'observation' de Gautier 'sur l'influence t re s-rema rquab I e’de l’Exposition universelle, trouve presque a chaque pas sa vérification. Ainsi, pour M. Bellet du Poisat, il est bien certain que le souvenir charmant de Leys se ressent dans sa Conduite $0 compagnons charpentiers. Voilà de l’archaïsme bien corn—

La rrovatelle , étude de Doux. La pose est un peu affaissée peut-être, et il faut le dire, M"'e Doux trova-t-elle notre critique un peu sévère. Trois portraits de bonne venue complètent l’envoi de Mme Doux.

pris, à la bonne heure. Mais où M. Bellet du Poisat est complètement lui, c’est dans ce ravissant portrait de Marguerite, une des meilleures études de clair-obscur que j’aie jamais vues. A la bonne heure.! voilà un Lyonnais peintre de talent. Il est vrai que M. Bellet du Poisat est de l’Isère.

M. Béranger (Ant.) a eu une médaille en 1839. comme peintre sur verre. Ça se voit bien enepre.

Je sais bien que M. Wilhems a du talent et beaucoup de talent, quoi qu’en dise ce pauvre M.

Thomas Couture (de la Société du doigt dans l'œil). Tout ce qu’il fait est fin , cherché , précieux comme un Terburg ou un Metzu, et il a surtout une robe de satin blanc qui lui va à merveille : mais il devrait la réserver un peu plus pour les dimanches, car il l’usera bientôt depuis le temps qu’il la met tousles jours. — Peinture coquette d’ailleurs, s’il en fut, qui va tout

mis un beaujour à peindre. Telle est du moins la légende intéressante qui court sur M. Gislain.

Je ne pourrai apprécier si la vo.

cation s’est trompée que lorsque M. Gislain nous donnera quelque chose d’un peu plus personnel.

Quant à son énorme toile de cette année, elle se borne à recommencer la Descente de Rubens, et la vérité me force à dire qu’il n’y a pas de progrès.

Impossible de me rappeler le nom de l’ingénieux auteur de la première colique... non de la première sensation. Mais il n’y perd rien.

J’ai bien envie de la faire signer par M. Barré, qui a fait, à peu près en pendant, la Grazirtla. Qu’est-ce que ça lui ferait?...

droit, à petits pas, son chemin devant elle, et ne s’inquiète guère de remonter jusqu’au déluge pour savoir re qu’elle a à dire, si sûre d’elle-même et de plaire à tous et quand même, tant elle est jolie, quelle ne s’occupe que de sa figure et de sa toilette.

M. Gislain. — Une Descente de croix. — M. Gislain est, m’a-t-on dit, un jeune paysan qui, presque sans maître et poussé par une vocation impérieuse, s’est

M. Foulongm;. — Des qualités dans son Enterrement de trappiste, malgré le ton général café au lait. — Quant à Melœnis et Staphyla, c'est absolument un mauvais tableau.

Prends garde, tu ras le réveiller!

par M. HiKault. — Quand un enfant est aussi laid que cela, on n’a pas peur de le réveiller, on l'étouffe ou on l’asphyxie en le campant devant la peinture de M. Henault.

M. Hamman. — Le Commencement de la fin. Encore un souvenir de Leys ! bien, quoique ou parce que l’idée philosophique ne gâte rien.

Une calomnie de M. Rivoulon.

qui voudrait nous faire croire que Mmo- Cambardi est aussi laide qu’elle a de talent.

M. Michel. — Une Mariée, — de ces femmes de trente ans qui en ont quarante, — et hydropique par-dessus le marché. Peint chez Tonncllier, barrière du Maine, un samedi. — Avec les mains, trente francs !

M. Guillaume. — Le Grain dans les dunes est un tableau du premier ordre. Les Pierres druidiques sont •d’un effet assez grandiose pour que le cadavre n’y ajoute rien et soit inutile. Je regrette vivement de n’avoir pas trouvé le troisième tableau de M. Guillaume, qui m'intéresse beaucoup.

M Guilbert Daxelle. — Trois bonnes toiles militaires et un portrait bien peint.

ILE^LECOMTEjjljnCveudeM. Horace Verne,; il a, me dit-on, en conséquence son appariement à l’Institut et des commandes. Cet homme heureux peut donc se passer de ma critique ou de mes éloges, et comme il se trouve être l’ami de mon ami, je ne peux avoir que du bien à dire de ses tableaux et du portrait de mon joli petit Nadaud, que voici .

M. Larsoh, qui s’était déjà fait remarquer a l'Exposition universelle, où il avait obtenu une médaille méritée, envoie celte fois quatre toiles, dont une surtout — la Cascade de Suède — présente de grandes qualités.

M. Haffner. Des qualités du premier ordre, une sève inouïe, un sentiment extraordinaiie de la couleur.

Tout cela, il faut bien le dire aussi, un peu compromis par le papillotage, le bigarré et l’arlequinage des tons. Mais voyez comme M. Haffner sait peindre un reflet dans l'eau !

Les enfants de Noé découvrirent la nudité de leur père.

M1,e Fayolle apprend à tout le monde que M . son papa est affligé de cette tête-là. Ce n’est pas gentil de la part de M11* Fayolle.

Le Saint François de Sales en prison , de M. Maillot a des aspirations bien véhémentes à soi tilde sa boîte. D’un bon style d'ailleurs et d’une facture très-honorable.

M. Henneberg. — Une Chasse féodale, tableau plein d une fougue féroce. Couleur magistrale. Lejeune piqueur ne court pas, malgré l’écartement et la longueur de ses jambes. Un peu de confusion dans le groupe delà femme, un- des cavaliers le sent si bien qu’il en détourne autant qu’il peut son cheval, mais pas encore assez vite. La Chasse et les deux autres tableaux de M. Henneberg attestent un peintre de grand avenir.

Portrait de M. A. P . , par

M. Courbet. — La peinture de M. Courbet est, comme on sait, achetée par ses amis, car il faut réellement avoir un sentiment particulier et une prédestination pour aimer à avoir cette peinture-là toujours devant soi. Mias si M. Courbet traite ses amis comme il a traité

M. A. P . . que fera-t-il donc à

ses ennemis ?

J’aime beaucoup le tableau de M.

Armand Gautier. Cour des agitées à la Salpêtrière. Il y a là dedans tout l’art du peintre et toute l’observation du médecin. M. Gautier est psychologue et il l’avait déjà prouvé dans son tableau si remarqué de la Promenade du soir.

Les Fienarolles, de M. Hébert, ont la malaria, comme se» deux portraits. Un talent sympathique néanmoins, quoique, ou parce que...

M. Louis Simil. Trois portraits d’excellentes qualités, un dessin exact et cherché, une couleur brillante sans prétention.

M. Morel Fatio. Feu le comte de Forbin eût été jaloux!

Les paysages de M. Legextile ont un grand charme. Observation attentive et respectueuse de la nature, exécution facile et sincère. On sent que l'artiste aime son sujet à la façon dont il le rend.

Je trouve que vous ne faites pas assez grand, Flandrin 1

Sujet tiré de Shakspeare, dit M. Chaplin. Je n'y mets pas d'obstacle, mais je déclare que, l'eùtil tiré de Xavier de Montépin. je n’aurais non plus aucune raison de m’y opposer. Quant à la peinture, c'est toujours l'aisance admirable de M. Chaplin devant les arpèges de sa palette dont il joue comme Mme Cabel chante.

Hélas î trois fois bêlas!... M. Biennoury a été premier grand prix de Rome en t842, et voilà ce qu’il nous produit aujourd’hui. Médiocrité n'est pas vice, mais c’est bien pis. Quelle belle occa¬

sion M. Biennoury me donne là, — et je la laisse, — de redire, une fois de plus, tout ce qu’on a déjà tant dit de fois sur l’Académie et les grands prix!...

De bons portraits de M. Sellier, celui de la mère de l’auteur surtout.

M. Ludovic Durand est un portraitiste du premier ordre. L’ex¬

position de sculpture nous fournit peu de bustes qui puissent rivaliser avec les siens pour la largeur de touche et la maestria de l'arrangement.

ROMÉO ET JULIETTE. — Effet de nuit, dit naïvement le li- j élève de M. Cornélius. l'Ingres allemand. Je le crois parbleu

vret. M. Goldschmidt, auteur de cette mauvaise plaisanterie, est i bien!...

J’avais, pour rester dans mon titre et compléter mon œuvre, l'intention de terminer ce Nadar-Jury par une distribution de punitions, l’autre jury, le jury pour de vrai, s'étant chargé des récompenses. Je condamnais, par exemple, l’A/mode M. Yernet à rester à côté du Débarquement de M. Pils ; M. liamon à attacher tous les matins sa croix devant la boutonnière de M. Céleslin Nanteuil ; je condamnais M. Meissonnicr à faire plus petit que M. Houssot. M. Hamon à prendre la place de M. Courbet et M. Courbet à garder la sienne.

Je condamnais M. Bellangé à deux ans de Lassagne. et toute

l'école du pseudo-dessin de M. Ingres au cours d'anatomie à perpétuité. J’exilais M. Couture en Belgique.

Je classais nécessairement les délits et les crimes de mes justiciables, depuis les attentats de lèse-couleur jusqu'aux tentatives sur mineurs, car les peintres assassins d'enfants ne manquent pas.

J'ai dû renoncer à ce projet devant quelques raisons sérieuses qui m'ont été objectées, et si je le regrette en un point, c'est en cè qu il m’aurait donné lieu de frapper toute une classe de peintres très-dangereux. Je veux parler de ces peintres qui. sous prétexte

(Je peintures officielles ou à peu près telles, semblent prendre à tâche, comme dirait un réquisitoire : f de saper le respect dû au > trône et au souverain, bases naturelles de notre édifice social, » en se faisant un jeu coupable de cacher sous le masque même » de la louange la plus exagérée, les attaques les plus perfides et » la calomnie la plus dangereuse. » Je crois qu’il peut s’en trou ver dans le nombre quelques-uns qui ne soient point positivement malintentionnés, mais alors de.ceux-ci la maladresse est telle que l’intervention d’une censure toute spéciale me paraîtrait plus que suffisamment motivée. Ainsi, voilà dix tableaux représentant des scènes d’inondation où la personne du souverain actuel de France est tellement maltraitée, qu’on est tenté de croire, si invraisemblable que soit la chose, à une intention dérisoire.

Là, c’est M. Bougueroau, dont la peinture me fait l’effet de Scarron traduisant 1 ’Énéide ; ici, c’est un M. Lassale qui fait de Napoléon III je ne sais quel type qu’en vérité je n’ose dire... Le ministre qui est dans le bateau n’a pas non plus lieu d’être content. — On le sait : la figure la plus régulière, les traits les plus nobles peuvent prêter à la caricature la plus grotesque , et c’est ce qui me paraît arriver un peu trop souvent à l’exposition de cette année. Les exagérations de certaines toiles ne vous font-elles réellement pas l’effet d’outrage à l’Emptreur et de provocation à la haine et au mépris du gouvernement ? M. Lassale est un des plus coupables parmi ceux qui lancent ainsi le pavé du peintre; MM. Antigna, Janet Lange, le sieur Genod viennent ensuite; M. Lazerges est un peu plus honnête.

Quant à M. Plattel, il n'est lui au moins que puéril et ridicule. — Le seul de tous qui n’ait pas, comme à plaisir, enlaidi ou plutôt défiguré son modèle, c’est le sculpteur Debray, qui a fait de l’impératrice Joséphine une des plus belles œuvres que nous connaissions dans la sculpture moderne.

Il me reste à signaler une classe encore digne de pitié peutêtre, s’il est vrai, 'comme ne le voulait pas je ne sais plus quel ministre, qu’il faille que tout le monde vive. — Ce sont ceux qui prennent un épisode quelconque, voire le plus insignifiant et banal, dans la vie de l’empereur ou du roi de l’année, et en font un tableautin de deux liards, que le jury d’admission laisse passer, bien qu’attentatoire par sa niaiserie, à cause de l’intention. Ceci est l’escopette du mendiant de Gil Blas, accommodée aux mœurs plus douces de notre âge.

Contre ceux-là que la honte d’eux-mêmes ne saurait jamais retenir, — et il n’est que temps d’y aviser, — le moyen est simple. Il ne s’agit que d’imiter les maires jaloux de la dignité de leur localité, et de planter dorénavant, bien en vue, sur un poteau, à l’eiitrée de nos expositions prochaines, l’inscription suivante :

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