‹ Nadar jury au Salon de 1857Chapitre 3 sur 5 · M. INGRES · texte numérisé non relu

M. INGRES

Je trouve quelquefois que chacun de nos sens a son organisme . omplet où il exploite les autres sens ses confrères, à la charge de leur rendre la pareille. Ne vous est-il pas arrivé de voir par les oreilles et de percevoir par le flair les sensations du goût? Pour moi. sans revenir à ces tableaux anglais dont les tons verts métalliques donnent encore à ma vue comme des tranchées, et sans pousser non plus les choses jusqu’à retrouver le goût — des fraises — dans un air de M. Ad. Adam, il est assuré que ma vue trouve souvent son compte lorsque j’écoute certaines musiques, les yeux fermés.

C’est entre mes sens et pour la perfection de leurs claviers réciproques comme un concours mutuel, de telle sorte que la somme de sensations fournie par un seul se trouve mult pliée par le carré des autres. Cet accord à l’amiable a été tacite, puisque quelques personnes auxquelles j’en ai touché un mot n’en savaient rien (il est vrai de dire que je m’adressais à des personnes de la Bourse), mais, sans qu’il se soit crié sur les toits, il existe pour moi a l’état de certitude. J’ai même remarqué que tels de ces sens mettaient plus ou moins de bonne volonté à exercer leur partie de l’ensemble, que par tels jours ils se faisaient plus ou moins tirer l’oreille, et qu’ils avaient parfois besoin, pour s’exécuter, d’être exaspérés jusqu'à l'éréthisme, qui me semblait alors être comme l'huissier de la chose. Ainsi l'odorat et l'ouïe sont trop voisins pour que leur intimité et leurs bons rapports ne s'en soient point ressentis ; la vue et l'ouïe sont encore d'excellents camarades. Le toucher banal, qui demeure partout, est celui qui resterait volontiers en arrière dans la communauté : mais les autres sens, qui savent depuis longtemps à quoi s’en tenir sur son compte, n'en sont pas dupes et ils ont pris le parti de ne s’avancer que tout juste avec lui. — Quant à ce dernier sens que je ne sais plus quelle madame appelait le sixième, je me plais à croire que

devant tout à tous les autres, sans exception, dont il procède, il doit leur rendre une équivalence; mais quand on en est à causer avec ce gaillard-là, il est bien diffic le de garder assez de tête pour se retrouver avec lui, et de fait je n’ai jamais pu bien voir si le compte y est.

Lorsque je suis entré pour la première fois dans la salle que M. Ingres a obtenu qu'on lui réservât, j'ai dû marquer un fort bon point à mon nez qui travaillait de toutes ses forces à compléter la besogne de ma vue. Devant cette peinlurc antique et non solennelle, mes narines ont été envahies des bouffées de cet air tiède, aigrelet e! écœurant qui sort des cellules de Sainte-Perrine ou de l’hôpital des Petits-Ménages, — quelque chose comme... — tant pis pour les lecteurs délicats ! — comme un goût de mouchoir d’invalide!...

En trouvant réunies d'un coup, comme les têtes dans le vœu de l’empereur romain, toutes ces œuvres sèches et rancies qui composent à peu près l’Œuvre de M. Ingres, en passant cette revue funèbre que César passe dans la ballade allemande, la nuit, aux Champs-Elysées, en traversant celte glacière et en m’arrêtant devant chacune de ces toiles où il me semblait qu'on me coulât une clef dans le dos, j’ai senti se réveiller en moi ces bonnes haines vigoureuses que me donne le mépris de toute grande fortune attein'e par un homme médiocre, et je me suis trouvé heureux de cette occasion de dire enfin ma pensée et toute ma pensée sur ce peintre et sa détestable école.

Je vo s d’ici bien des gens tressaillir. « Ce peuple, disait Clément XIV, que je citais l'autre jour, dans sa pseudo-correspondance à l’arlequin Carlo Bertinazzi, — ce peuple qui passe pour le plus gai et le plus impatient, est le plus intrépide de tous à s'ennuyer. » Les caricaturistes anglais persistent à symboliser généralement la nation française en la personnification d’un maître à danser. Hélas! nous ne dansons plus, nous n’apprenons rien aux autres ni à nous-mêmes, et je ne vois guère de cett

malice a faux que le violon qui puisse rester, puisque nous sommes toujours d'accord pour lo payer. Nous acceptons volontiers les jugements tout faits pour nous épargner de la peine, et une fois accroupis dans une admiration, nous voilà plus difficiles à déranger qu'une dinde sur ses œufs. — De là les cris et le toile contre le malavi.-é qui vient troubler ces moites quiétudes et leur tirer brusquement la couverture, et c’est un méchant métier que d’attacher le grelot. Je veux l’attacher tout de même.

— A ceux qui me diront que nulle renommée ne s’acquiert sans mérite, je répondrai qu’avec le moindre talent tout homme peut, avec la patience et le temps, s’imposer comme grand homme, s'il a cette précieuse qualité, et si rare chez nous, de se prendre au sérieux. L’homme qui se prend au sérieux trouve en lui-même, comme Antée touchant la terre, la vraie force et n'a besoin d’aucune autre. Il y aurait cent pages à écrire à cet endroit. Celui qui trace des mots grecs sur ses tableaux et met au bas : Ingres pingebat , Homâ, etc. — celui-là est un homme fort. Si MM. Heim et Picot, qui ont tout autant de valeur que M. Ingres, lui avaient pris seulement son**” facif.bat, ils auraient exigé et obtenu, comme M. Ingres, leur salle réservée à la glorieuse Exposition de 1855.

— A ceux qui me parleront avec des yeux ronds du dessin de .M. Ingres, je répondrai que le dessin n’est pas la reproduction froide et pénible des lignes inertes, mais le sentiment du mouvement, qu’il n'est ni la mort ni la momification, mais le mouvement même et la vie. Et même, si Panurge me garantit que ces bonnes gens ont au moins quelque bonne foi, je les renverrai tout simplement regarder le bras gauche et le train de derrière du Henri IV aux enfants, le mari et le cou de l’amant, de la Françoise de Rimini, la main droite de la petite Baigneuse (5355), celle de M. de Pastoret, la gauche du Tintoret et. mon Dieu ! tout simplement et uniment celles, tant vantées, de M. Berlin. Voyez cette droite surtout, ô Ingristesque vous êtes! regardez ce fantastique paquet dé peaux, justice divine! sous lesquelles, au lieu d’os et de muscles, il ne peut y avoir que des intestins, cette main qui a des flatuosités et dont j’entends les borborygmes ! J’en ai rêvé, de votre horrible main !

— A ceux enfin qui s’indigneront de mon audace de donner du pied dans le tabernacle, je dirai que je ne connais pas du tout M. Ingres et que je n’ai dans tout ceci qu’un intérêt, mais qui m'est cher : — de me venger de la souffrance réelle que me causent depuis trop d'années ce peintre, cette peinture, cette école et les niais qui lui chantent Hosanna ! dans mes oreilles. Le chien auquel on marche sur la patte a le droit de crier : je crie.

Aux tableaux !

L’impuissance de la composition éclate et resplendit dans cette

grande toile terne et triste et si proclamée, de l’ Apothéose. Au milieu, un char jaune dans le vide : quatre chevaux dits isabelle, et auxquels M Ingres a fourni des robes d'un ton de café au lait à donner la chlorose, restent suspendus imperturbablement et de travers, comme les éléphants en baudruche des marchands de jouets du passage de l'Opéra. Le char ni les chevaux ne portent, mais sont entourés de certains nuages bleus qui n’ont ni forme ni profondeur. J’admets la tradition, puisque tradition il y a. mais dans ces terrains olympiens que la convention découpait dans '’éther, je vois que lé sens commun avait gardé jusqu’ici et des plans et une épaisseur. Hé ! M. Ingres, regardez donc seulement les deux gravures des Heures de Raphaël.

Des quatre chevaux, je me demande encore, et j’ai pourtant bien regardé, si les deux premiers tiennent au char qu’ils ont à tirer; mais ceci n’est qu’un détail. Sur le char une académie quelconque, sans noblesse et poncive, représente la grande figure impériale, au-dessous d’un aigle qui tient, sous prétexte de foudre, un fort porle-crayon. Devant le char, une Victoire fait le digne pendant (sans calembour) du char et des chevaux, et est censée conduire le lout vers un petit temple peint en jaune sale et qui est bien maigre pour s’appeler le temple de la Gloire et de l’Immortalité. Au bas, une moitié de Némésis lourdaude, rougeaude et brutale semble sortir de derrière une manière de meuble qui n’est positivement ni un autel, ni un trône, ni tout à fait non plus un fauteuil, et qui ressemble bien plutôt à quelque chose que je n’ose pas dire. Elle chasse devant elle deux pantins dont on n’aperçoit de l’un que des pattes de grenouille, — complètement ridicules tous deux.

Une confusion inextricable de têtes, de bras et de jambes, peints dans un ton terreux, voilà ce qui apparaît d’abord dans le Saint Symphorien auquel M. Ingres doit une partie de sa gloire. Il y a dans les expressions des contre-sens absolus : la mère du saint ne trouve pas de meilleur moyen pour encourager, du haut du rempart, son fils martyr que de lui montrer le poing. Puis, comme toujours, des développements de musculatures absurdes et inutiles. Je recommande aux amateurs de ce prétendu dessin le jeune homme tordu qui se baisse pour jeter une pierre, et s’ankylose pour faire plaisir à M. Ingres et tenir tout juste dans l’espace à remplir. Le mauvais goût essentiel au peintre éclate comme partou t dans les détails, dans cette tête de chien à gauche, qu’on ne s’attendait guère à voir en cette affaire, dans ces feuilles symétriquement éparpillées à terre comme des pions sur un damier, — de même que la prédilection de M Ingres pour la ligne se retrouve dans le choix heureux de cette petite colonne surmontée d’une boule, et qui e-t le plus exact et le plus rigoureux modèle des petits monuments qui jalonnent nos boulevards. M. Ingres les avait devinés avant que l’édilité )f songeât.

Dans YHon.ère déifié, je’trouve au moins ce mérite, que rien ne me choque au premier aspect, et j’cn tiens compte. Avant et après l'hémicycle de M. Delaroche, tout le monde s'était servi de cette composition ad u sum scliolarum. Une figure, l’Iliade, accioupie au pied du trône d’Homère, a quelque originalité de physionomie et de mouvement : aussi semble-t-elle tout étonnée de se rencontrer au milieu de ces visages de bois.

Par la façon dont son projet du Voeu de Louis Mil se trouvait éclairé, M Ingres s'est vu forcé, celte fois, de soupçonner qu'il existe quelque chose qui s'appelle la perspective aérienne. J'admets encore que la vilaine figure du roi en profil perdu puisse se réfugier derrière l’excuse du portrait historique. Cette ressource manque aux deux affreux petits anges qui tiennent la pancarte, et que je ne conseillerai à aucune femme enceinte de regarder ; les deux types semblent choisis à plaisir dans l'indifférent et le laid. O petits anges de Murillo ! voilà deux vilains g, .lopins qui ne seront jamais de votre famille! — Toujours est-il qu'il y a dans cette toile un ensemble ; le manteau du roi est bien peint, et le mauvais goût de M. Ingres ne se révèle guère que dans ces deux anges en confitures, et la décoration de" l'hôtel à faire pâmer un sacristain de banlieue.

Le Jésus donnant les clefs à saint Pierre est une pieta quelconque, complètement indifférente; de môme que la Vierge à l'Hostie, qui ne peut attirer l’œil, malgré les oppositions criardes de bleu, de rouge et de blanc, et ses deux abominables chandeliers de cuivre.

Le Sphynx a au moins la valeur d’une académie correctement peinte et dessinée, bien que dans une couleur désagréable et vieillotte. Et pourquoi aller prendre tout juste ce type si déplaisant et antipathique de la tôle de l’Œdipe?

Je mentionne pour mémoire le grand enluminage qui représente Jeanne d’Arc. M. Maclise et.les plus intrépides porcelainiers anglais se refuseraient à signer cela.

Le Persée est un mannequin doré qui a les carnations et la raideur d'un joujou ; le monstre, plus rococo que celui qui fit du chagrin à Théramène. est traditionnel, et tire une langue de drap rouge, selon le rite, comme les diables des boîtes à surprise ; quant aux vagues et à cette imitation de rocher en terre glaise, cela prouve que M. Ingres n'a jamais regardé la mer. Le type assez doux de l’Andromède, mais vague et sans portée, est toujours le type de la Vénus Anadyomène (que je lui préfère), comme il est celui de la trop célèbre Odalisque et des Baigneuses.

Dans les tableaux de chevalet, quand M. Ingres s’en tient à l’archaïsme pur, ces élaborations patientes arrivent à un résultat qui n'est pas plus désagréable qu'autre chose. Deux de ces toiles

méritent même que j’en dise mieux que cela : ce sont les Deux Papes tenant chapelle. C'est, à dire vrai, absolument le même tableau, mais au moins, dans ce tableau, je trouve une perspective et une harmonie remarquables, tout à fait inattendues. Pour cette toile, et pour la tète d étude (n° 3375), je donnerais bien vite toutes les Apothéoses et autres Homères dcM. Ingres, et du retour avec.

Je crois que bien des étrangers, que 'a renommée européenne île M. Ingres comme portraitiste attirait devant ses toiles, ont dû faire comme moi, et après s'être braqués obstinément devant le Chérubini, le Mole, le Bonaparte, se demander le pourquoi de cette, vieille plaisanterie. Le véritable talent de M. Ingres est, dit-on, dans le portrait. Je veux bien me déplaire à le croire. Celte méthode lente, sobre, patiente jusqu’à l'énervement, qui pousse l'avarice jusqu’à la prodigalité, ne pouvait manquer d’amener un résultat au moins curieux. Il est certain qu’en obtenant de Chérubini ouatre-vingUdix — j'ai même entendu dire cent quatre-vingt-dix séances — pour son portrait, nous pouvions être assez certains d'obtenir une ressemblance matérielle exacte ; mais alors votre petite galerie de portraits devient un martyrologe. Chérubini, qui était tout juste à la musique ce que M. Ingres est à la peinture, put faire cet effort, qui n’a été à la portée que d'un bien petit nombre d’autres personnes singu • fièrement entêtées, selon moi, et même maniaques, et je suis sûr que le docteur Bricrre de Boismont, le grand spécialiste, doit hocher significativement la tête devant ces portraits-là. Pour moi, la question du talent des portraits de M. Ingres a été tranchée le matin où Daguerre fit sa merveilleuse découverte, et 1a photographie nous donne aujourd'hui un dessin que M . Ingres ne nous aurait pas livré en cent séances, et une couleur qu’il n'aurait pu nous donner en cent ans.

S’il est utile d’ajouter quelques mots sur le faire de ces portraits, nous trouvons deux périodes bien tranchées, — la première et la seconde, — simplement, dans ce côté de l’œuvre de M. Ingres. Ses premiers portraits, le sien, daté de 1804, et les autres de cette époque, ont des qualités sérieuses, comme on dit, et je trouve même dans celui de madame D... (1807), un charme d’intimité réel que je reconnais. Nous passons ensuite par l'époque intermédiaire, et les chairs sous le crêpe, le cachemire de madame L. B... (1823) n’annoncent pas encore la décadence de la dernière manière. Mais les portraits de madame M... (1851), de madame G... f 1 852), de la princesse de B... (1853), — M. Ingres n’a pas envoyé le portrait du duc d'Orléans. (?.. . — !... — tombent tout à fait clans les procédés et dans les horreurs de MM. Dubuffe et Court. Jusqu’au diable genevois qui est venu tenter le vieillard éperdu, et, en exécution du pacte, c'est M. Hornung, redouté des dieux eux-mêmes, qui réclame aujourd’hui à

M . Ingies ses clous de fauteuil et sa garniture de cheminée, retrouvés dans le portrait de madame d’H... (1845).

Il aurait manqué quelque chose encore à l’explosion de cet immense et, j’espère, définitif avortement de M. Ingres. M. Ingres a voulu qu’il n’y manquât rien, et il a complété sa stérile moisson en glanant ses cartons de vitraux . Quelle idée a donc de lui et de nous l’hcmme qui va réclamer au vitrier, et nous étaler en pompe, des croquis d’une insignifiance si complète? Est-ce folie d’orgueil ou comble d’insolence? J’en appellerais aux pensionnaires des Quinze-Vingts même!

Maintenant, que M. Amaury-Duval appelle les gladiateurs et que M. Gérômeme livre auxFlandrin!

On doit des égards aux vivants; je ne devais que la vérité à M. Ingres.

Ces lignes, publiées dans un journal, ont produit, me dit- on, quelque émotion dans un certain monde, et j'ai pu même m’en apercevoir autour de moi. Je ne croyais pas que ma pierre pût faire ce bruit en tombant dans la mare des Ingristes.

On aurait dit que je venais d’annoncer la faillite d’un notaire qui avait l’habitude de ne pas manquer la messe. Les personnes vraiment pieuses refusent d’abord de croire à ces nouvelles-là; celles ensuite qui ont pour peu ou pour quelques intérêts dans la maison, — et nos paresseuses admirations par habitude en sont un, — se trouvent naturellement peu disposées à admettre quelles perdent.

D’autres, qui ne se prononçaient pas encore sur le mérite de ma nouvelle, se montraient sévères sur la question de forme :

Avec quelle irrévérence Parle des dieux ce maraud !

— et on aurait même posé la question : Si un caricaturiste a le droit de regarder un évêque ?

J’étais resté pourtant, si irrité que je fusse, dans les limites strictes de la critique du peintre, sans toucher par allusion à l’homme. Jamais on ne m’a pu reprocher de faire entrer le public dans les endroits où :1 n’a que faire, et je n’ai pas pour habitude de prêter mon mur à la balle des sycophantes. Quels cris aurait-on donc poussés, si j’avais mis la main dans ce sac aux histoires que ja vérité eL la calomnie remplissent toujours sans le vider jamais?

J’ai dû prendre, depuis quelques années, le parti de ne m’étonner de rien ; mais je viens pourtant de trouver des M. Prudhomme

tellement gigantesques qu’ils dépassaient toutes prévisions et tout sentiment des probabilités. Les plus modérés m’ont parlé « de certains égards ».... vous entendez le reste. Pour ceux-là, sans leur rappeler comment Boileau appelle un chat, je me mettais derrière Diderot : on lui reprochait d’avoir maltraité un mauvais peintre qui était pauvre avec beaucoup d’enfants; Diderot déclara qu’il fallait supprimer les tableaux ou la famille. Le cas ici est beaucoup moins intéressant, et la peinture n’a pas plus d’âge quelle n’a de sexe. Ni vieillards, ni femmes : tous peintres!

Un brave homme, mais graveur en taille-douce au demeurant, m’a prédit que je mourrais sur l’échafaud.

• Bref, sur sept lettres que m’a valu l’article en question, trois étaient non signées, et deux sur ces trois contenaient les injures i familières à l’anonyme, — mais l’anonyme est mort sous cette

I belle parole du grand Calino : t Moi, quand j’écris une lettre

j anonyme, je Ij signe toujours! »

La troisième me reproche, en termes des plus convenables,

| une exagération de violence qui fait tort à mon opinion.

Trois autres, dont deux signées de noms qui ne sont pas chets à moi seul , me donnent l’assurance chaleureuse de toute sympathie et communion en cette affaire.

Voici enfin la dernière de ces lettres : je me bornerai à dite quelle est d’un ami que je tutoyais depuis' vingt ans !

« Paris, (8 septembre 185S.

» Monsieur Nadar, à Paris,

» Je viens de lire dans le Figaro votre article sur M. Ingres. Je suis encore sous l’indignation que m’ont causée votre mollesse et votre scandaleuse indulgence. Au reste, cette douceur mucilagineuse ne m’étonne pas de vous.

» Monsieur, quand on a une bonne occasion de taper sur ces moisissures, sur cette peinture en pomme de canne, et qu’on se trouve n’avoir pas la main plus ferme, on ne dit rien et on reste chez soi.

! » C’est ce que je vous serai obligé de faire à mon égard en

I oubliant les quelques rapports qui ont pu exister entre nous. Je vous salue,

» Ch. Bataille.

» (Pas de i Opéra-Comique. 1 1

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