L’IMMUNITÉ CONSÉCUTIVE A L’INFECTION
Si la guérison peut ne pas être complète et la maladie laisser à sa suite une séquelle, dans d’autres cas, au contraire, un état nouveau, im état de résistance plus grand fait suite à l’attaque de l’agent pathogène. Da résistance ainsi acquise est spécifique. De malade guéri devient moins
sensible au germe qui l’a infecté une première fois.
Cet état de résistance, d’immunité comme on dit, peut être de courte durée. H peut, dans d’autres cas au contraire, se prolonger longtemps. Il est si solide, si durable parfois que l’on considère la maladie comme ayant créé un état réfractaire pratiquement définitif contre eUe-même. Exc^tioimelles, en effet, sont les récidives de la fièvre typhoïde, du typhus exanthématique, de la variole, de la rougeole, de la scarlatine. Il est d autres maladies à la suite desquelles le sujet ne paraît bénéficier que d’une résistance de courte durée, telle la diphtérie. Cette résistance peut être si courte, si faible que tout se passe pratiquement comme si elle n’existait pas ; tel est le cas de la grippe. Il est des maladies naturelles qui ne laissent aucune immunité à leur suite.
Parfois enfin, l’immunité est liée, non à l’établissement d’un état de résistance cons^utif à la guérison, mais à la persistance chez le sujet guéri de quelques individus microbiens, particulièrement difficiles à détruire. Ee jour où ces individus dont la présence entretient cette résistance temporaire ont disparu, l’organisme perd du meme coup son immunité ; il cesse d’être vacciné. Tel
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est le cas des récurrentes, celui de la tuberculose, de la syphilis. Edmond Sergent qui a mis, le premier, ce phénomène en évidence dans son étude des piroplasmoses bovines, lui a donné le nom de prémunition.
Est-il utile d’ajouter que nos méthodes de vaccination préventive imitent ces méthodes naturelles ? Tantôt l’immunité qu’elles déterminent est plus faible, moins durable que ne serait celle qui suivrait une atteinte de l’infection, tel est le cas des vaccinations, si précieuses pourtant, contre la fièvre typhoïde, la peste, le choléra, même la variole ; c’est pourquoi il importe de se faire revacciner vis-à-vis de ces maladies chaque fois que les circonstances nous en menacent et, hors de ces menaces, de temps en temps. Tantôt nous pouvons réaliser, par nos méthodes, des vaccinations que les conditions naturelles ne font tout au plus qu’ébaucher, dans le cas de la diphtérie, du tétanos par exemple.
UNE FORME NOUVELLE DE LA iLALADIE INFECTIEUSE L’INFECTION INAPPARENTE
Ce qui caractérise tme maladie, ce qui la fait recoimaître ce sont ses s^Tnptômes. On avait bien
observé, depuis longtemps, des formes atténuées, bénignes de maladies infectieuses, même de maladies des plus graves. On ne pouvait supposer qu’il existât des formes de maladies, dépourvues entièrement de symptômes.
I^a conception, la démonstration de ce type de maladies infectieuses, des infections inapparentes, comme je les ai nommées, m’appartient ainsi qu’à Charles Lebailly.
Il est intéressant de connaître la genèse d’une découverte, d’apprendre de l’auteur le chemin qu’ü a suivi. J ’ai déjà dit que la révélation d’un fait nouveau, le bond en avant, la conquête sur l’inconnu d’hier était acte non de raisonnement, mais d’imagination, d’intuition ; c’est tm acte voisin de celui de l’artiste et du poète, rm rêve qui devient réalité, un rêve qui semble créer.
La découverte des infections inapparentes a eu pour point de départ un fait accidentel et bien minime.
J’avais reconnu, démontré que l’inoculation au cobaye du sang d’un malade atteint de typhus exanthématique déterminait, chez cet animal, une maladie d’un t>-pe particulier. Cette maladie était passée inaperçue de mes prédécesseurs en raison de cette opinion, alors très générale, que, pour qu’un
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animal soit reconnu sensible à une maladie, il fallait qu’il en présentât le tableau clinique, ordinaire dans l’espèce naturellement frappée. I^e tî’pbus expérimental du cobaye ne peut être reconnu que par le tbermomètre. Comment auraiton pu le déceler quand à peu près personne, dans les laboratoires, ne savait alors prendre la températme d’un cobaye ? On se contentait d’introduire le thermomètre de qudques centimètres par l’anus, au milieu des crottes. Aussi les chiffres qu’on lisait sur l’instrument variaient-ils suivant chaque observateur et suivant chaque observation. Ils étaient presque toujours inférieurs à la température normale de l’animal, fut-ü fébrile.
Je me suis donné la peine de déterminer la technique de la prise de la température chez le cobaye. Il faut, pour cela, des thermomètres spéciaux, d’un calibre assez petit, il faut savoir donner au cobaj’e une attitude renversée qui permette d’introduire profondément le thermomètre dans son intestin sans blesser celui-ci, et il faut l’introduire de huit centimètres.
En suivant exactement cette technique, j’ai pu observer que le cobaye, inoculé de typhus, présentait une courbe de température comparable dans son dessin à celle de l’ho mm e naturellement
atteint, identique à celle qu’on relève dans les cas bénins sur notre espèce. La sensibilité du cobaye devenait évidente. H en résultait cet avantage inappréciable que l’on pouvait conserver le virus du typhus dans les laboratoires en dehors des épidémies par passï^es successifs de cobaye à cobaye (L’agent pathogène du t5q)hus n’a pas pu encore être ctdtivé. Nous sommes donc privés de la conservation par culture).
Or, il m’arrivait parfois, dans mes passages de cobaye à cobaye, de noter des insuccès. De temps en temps un cobaye ne montrait pas de fièvre au thermomètre. J’ai d’abord attribué ces échecs à des causes banales : faute de technique, résistance naturelle de l’animal. On a tort de s’arrêter aux explications commodes. Mon mérite fut que je ne m’y arrêtai pas longtemps. L’acddent, l’insuccès se montrait avec une fréquence inquiéta n te. Bien que j’eusse pris la précaution, à chaque passage, d’inoculer au moins detjx cobayes, je risquais de perdre un jour le virus.
C’est alors que j’eus l’intuition de ce qui se passait.
Je savais que le typhus exanthématique est une maladie de gravité très variable : Toujours sévère, souvent mortel chez l’européen venu dang
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les pays où la maladie est ordinaire, il est moins grave en général chez les indigènes adultes, moins encore, souvent même bénin chez leurs enfants, bénin chez le singe, réduit, chez le cobaye, à la simple maladie thermométrique que j’avais découverte. Ne pouvait-on pas penser qu’il existait, chez certains animaux dont parfois le cobaye, une forme plus bénigne encore dans laquelle tout symptôme apparent, même la fièvre, ferait défaut et qui ne pourrait être reconnue que par les résultats positifs de l’inoculation du sang à des animaux sensibles.
Il en était bien ainsi. Il me fut aisé de m’en convaincre par l’expérience. Je me trouvais donc avoir découvert, chez certains cobayes, l’existence d’une forme du typhus impossible à reconnaître, même au thermomètre, et cependant semblable dans sa nature et son évolution au typhus le plus net. Le typhus sans symptômes montre, en effet, l’incubation caractéristique de la maladie (c’est-àdire que le sang du cobaye apyrétique ne devient pas virulent avant le cinquième jour de l’inoculation) ; ü a son évolution typique (c’est-à-dire son nombre de jours pendant lequel le sang est virulent), sa terminaison (cessation de la virulence du sai^) ; et, à la suite de la guérison, on ob-
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serve une immunité d’ordinaire légère et de courte durée, ce qui est bien naturel après une infection aussi réduite, tnais de même nature et parfois de même longueur que celle qui suit le typhus fébrile.
Rare chez le cobaye où il marque le d^é le plus bas de la maladie, (ü y a, entre le typhus fébrile le plus net de cet animal et son t^rphus sans fièvre, tous les intermédiaires), évitable presque toujours si l’on prend la précaution d’inoculer le cerveau, plus virulent, à la place du sang, la forme inapparente du typhus est la seule que revête la maladie chez le rat et chez la souris.
Le typhus inapparent dont nous venons de parler est une forme de première atteinte. A côté de lui, il existe un typhus inapparent de seconde atteinte, de récidive chez les animaux qui ont présenté antérieurement un premier typhus fébrile, qui ont perdu ensuite, en partie, leur imm u n ité et qu’on inocule une seconde fois avec le même virus. Nous avons démontré l’existence de ce typhus chez le cobaye.
Le typhus n’est pas la seule maladie infectieuse qui puisse exister sous la forme inapparente. Dès nos premières constatations sur le typhus, nous avons annoncé qu’on trouverait des formes analogues dans la plupart, sinon toutes les maladies
SICOLLK.
OÙ l’agent pathogène se mnltipHe dans le sang (septicémies). Cette opinion a été bientôt confirmée. On connaît aujourd’hui les formes inapparentes, non seulement du typhus (homme, cobaye, rat, souris), mais de la dengue (homme, cobaye), de la polyomyélite ou paralysie infantile (homme), de la fièvre jaune (singe), de la syphilis (souris), de la variole (chien), de diverses spirochétoses.
nombre de ces maladies sans symptômes est destiné à s’accroître. Il se constituera ainsi, à côté de la Pathologie, une Sous-Pathologie qui ne lui cédera pas bientôt en intérêt.
Nous verrons plus loin le rôle important, insoupçonné jusqu’à nous que jouent les infections inapparentes ôflTis la conservation des maladies infectieuses naturelles et dans la genèse des épidémies. Nous verrons plus tard le rôle qu’ont pu jouer ces formes à l’origine des maladies mfectieuses et cdui qu’eUes pourront jouer dans les étap^ de leur disparition.
lorsque les propriétés virulentes de certains microbes pathogènes sont portées à un point extrême ou que la contamination se trouve favo-
risée par de grandes facilités de contact, mienx encore si ces deux conditions se rencontrent à la fois, les maladies xienvent frapper, dans nn temps très court, un grand nombre d’individus appartenant à la même espèce. H y a alors épidémie.
n est exceptionnel qu’ime maladie épidémique frappe plus d’ime espèce. 1> constance de tous les facteurs favorables est en effet nécessaire pour créer l’enchaînement fragile de circonstances sans lequel la nature rate son œuvre. Variole, rot^eole, scarlatine, typhus, fièvres récurrentes, fièvre typhoïde, fièvre jaune, choléra, méningite cérébrospinale, polyomyélite, grippe, paludisme sont des maladies propres à l’homme, comme la fièvre aphteuse l’est aux bovidés, la clavelée au mouton, les pestes porcines au porc, la peste aviaire aux oiseaux. Par exception, les épidémies de peste bubonique sont communes à l’homme et à certains rongeurs, en particulier les rats.
Toutefois, de cette constatation clinique, il ne se suit pas fatalement qu’ime espèce animale ne joue ou ne puisse jouer un rôle, encore insoupçonné, Hans la conservation et la propagation d’une maladie épidémique chez une autre espèce. H suffirait, pour cela, que, voisine par sa vie de l’espèce que l’épidémie frappe, die fut sensible = 83 =
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à cette maladie sous une forme inapparente. Mais de tels faits, s'ils paraissent probables, n’ont pas ^core été reconnus.
Dans les conditions d’observation actuelle des épidémies, l’espèce sensible paraît être aussi celle qui conserve le virus. C’est donc par passages incessants d’un sujet atteint à un sujet neuf que la maladie s’entretient. Dorsque les contacts se multiplient, lorsque des souffrances collectives (guerres, disettes, misères) font disparaître les résistances naturelles ou acquises, lorsqu’tm certain nombre d’années, écoulées depuis la dernière épidémie, ont amené la perte de l’immunité consécutive à là première atteinte, la contagion, au lieu de ne trouver devant elle que de rares sujets sensibles, en rencontre subitement un grand nombre. EUe peut alors frapper la plupart des membres d’ime agglomération humaine ou animale, dévaster une région.
Toutes les maladies ne peuvent pas profiter de ces facilités. Des plus contagieuses trouvent leur barrière dans les conditions mêmes qui sont nécessaires à leur prop^ation : Pas d’épidémies possibles de typhus ou de récurrente mondiale là où manque le pou ; pas de paludisme ou de fièvre jaune sans la présence des espèces particuhères
de moustiqnes qm assurent la transmission ; pas d’épidémies de typhoïde, de dysentérie, de choléra (sauf exception) sur les populations qui bénéficient d’une bonne hygiène alimentaire, d’eaux pures.
La plupart des maladies épidémiques rencontrent d’autre part, le principal obstacle à leur expansion dans la résistance conférée par une première • atteinte. Cette résistance peut être forte comme dans le cas delà rougeole ; elle peut ne pas dépasser qudques années, même quelques mois comme dans la grippe, la fièvre aphteuse, dont les épidémies reparaissent aux lieux déjà frappés quand les circonstances s’y prêtent et que les immunités acquises sont perdues.
Nos méthodes de vaccination préventive s’opposent de plus en plus activement à la formation des épidémies. Il ne faut pas oublier que la nature n’î^t pas d’après un programme préconçu, que ses plus belles réussites (les grandes épidémies pourraient passer pour son chef-d’œuvre) ne sont qu’effet des circonstances.
De même, une fois déclarée, l’épidémie évolue suivant les facilités qu’eUe rencontre. Plus ces facilités sont grandes, plus violente est l’épidémie et, pour une agglomération donnée, plus courte. Quand la cont^on ne trouve plus devant elle
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que des sujets, rendus résistants par l’atteinte récente du mal ou par une atteinte ancienne, et seulement de rares individus sensibles, elle ne saisit pas aisément l’occasion de frapper ces rescapés dispersés ; elle les épargne donc faute de logique, disparait sur place ou bien envabit les ^glomérations voisines. Kt, pendant un certain temps, la population touchée, tout au moins ses membres une première fois frappés, se trouvent à l’abri d’une nouvelle atteinte.
Les mêmes causes qui ont fait le début de l’épidémie créent les conditions favorables à son retour. Souvent aussi, dans les intervalles des poussées épidémiqufâ, la maladie se conserve dans le foyer même, pour peu qu’il ait quelque étendue, sur les sujets épargnés et grâce aux importations et aux naissances qui augmentent le nombre des êtres sensibles.
Certaines maladies épidémiques frappent plus gravement les enfants ; certaines même paraissent être spéciales à l’enfance. La raison en est, d’ordinaire, que l’enfant, n’en ayant pas été atteint, leur est sensible ou plus sensible, tandis que l’adulte qui les a subies dans le jeune âge y est devenu, de ce fait, ou plus résistant ou insensible.
Vis-à-vis d’un nombre tout aussi grand de mala-
dies, graves chez les adultes, l’enfant offre au contraire une grande résistance. Celle<a peut s’expliquer, dans certains cas, par une vaccination due à une atteinte antérieure de la mère ; mais cette immunité héréditaire n’a sans doute qu’une très faible durée. On conçoit que les organes neufs de l’enfant le protègent mieux des agents pathogènes et de leurs poisons que les organes fatigués de l’adulte, usés du vieillard.
Quoi qu’il en soit, par sa qualité de sujet neuf, sensible, par sa meilleure résistance qui peut faire passer inaperçue une atteinte bénigne, l’enfant joue un rôle important dans la conservation des virus et dans le développement des épidémies.
Ce rôle, celui que jouent les sujets neufs, si valables qu’ils soient tous deux, ne sauraient expliquer à eux seuls la conservation des maladies infectieuses et la genèse de leurs poussées épidémiques ? I^a part des infections inapparentes nous paraît plus grande, sans doute prédominante.
lyaissons de côté le cas où im animal d’espèce Hoignée se trouve être sensible sous forme inapparente à la maladie qui sévit sous forme évidente et épidémique dans une autre espèce. Le cas est encore hypothétique, pour probable et plein d’enseignement qu’il nous apparaisse. Nous y revien-
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drons Han»; un autre chapitre. Ne nous occupons que des cas, aujourd’hui bien prouves, où, dans une même et seule espèce naturellement frapi)ée, il se rencontre des formes inapparentes à côté des formes à symptômes. Comment peut-on concevoir, Hans ces cas, le rôle des infections inapparentes ?
Une première atteinte de la maladie épidémique laisse au sujet qui en a souffert un certain degré de résistance. Dans le cas du typhus, dans ceux de la fièvre typhoïde, de la variole, de la rougeole, etc., cette vaccination, consécutive à la première atteinte, est, suivant l’opinion commune, très solide, presque toujours définitive. Et de fait, ce n’est que par exception qu’on observe des récidives chez les sujets guéris de ces maladies.
Si ces faits sont indiscutables, ü est bien difficile d’admettre cependant que, dans leurs formes bénignes, ces maladies puissent conférer une immunité si durable.
Nous avons constaté dans des expériences dont le détail est resté encore inédit que, si l’on inocule le virus de la rougeole à un sujet qui a présenté antérieurement une atteinte de cette maladie, il montre parfois, au bout du délai d’incubation normal (14 jours), une fièvre sans catarrhe oculonasal net et sans éruption. Une telle infection.
si elle était observée par un médecin dans sa clientèle, ne serait pas recoimue comme rougeole. Elle présenterait cependant tout autant de danger pour la contagion que la rougeole la mieux caractérisée au point de vue cUnique. Or, ce que nous réalisons expérimentalement se rencontre sans nul doute dans la nature.
Nous n’avons pu, jusqu’à présent, provoquer la rougeole sous forme inapparente ; nous pensons que cette lacune sera comblée un jour. Par contre les formes inapparentes de récidive chez l’homme de la dengue (G. Blanc), de la poliomyélite (Kling), du tjTphus (Ramsine) sont connues. Pour nous limiter, ne parlons que du typhus inapparent.
Observant un petit foyer de typhus en Serbie, Ramsine eut l’idée de rechercher la réaction de Weil-Félix dans le sang de sujets qui n’étaient pas malades. Cette réaction, sans être absolument spécifique, donne de telles probabilités que c’est à die qu’on demande journellement la confirmation du diagnostic. EUe est, à cette maladie, ce que la réaction de Wassermann, aujourd’hui umversellement employée, est à la syphilis. Ra m si n e trouva, parmi les sujets sains, tm certain nombre d’individus qui représentaient une réaction de Weü Félix positive. Ee sang de l’un d’eux, inocule au
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cobaye, a donné à celui-ci un typhus expérimental net. Aucune discussion n’était plus possible. L’existence, que nous avions annoncée, de la forme inapparente du typhus chez l’homme, s’est trouvée ainsi démontrée.
Ces quelques exemples, dans un chapitre de pathologie à peine ébauché, permettent de se rendre compte du rôle que jouent les infections inapparentes pour la conservation des virus des maladies infectieuses dans la nature et de leur importance pour expliquer la genèse des épidémies.
Suivant la gravité qu’elle présente à sa première atteinte, la maladie infectieuse confère au sujet qu’elle a frappé une immunité plus ou moins solide, plus ou moins durable. Avec le temps, cette résistance, si solide qu’elle soit, tend à s’affaiblir. Pour les maladies contractées une première fois dans l’enfance, l’immunité, si die persiste chez l’adulte, est dans bien des cas diminuée. Une épidémie, survenant Hans tme agglomération humaine, rencontre donc devant elle des sujets extrêmement différents au point de vue de leur sensibilité : des sujets neufs et des sujets anciennement atteints dont l’immunité se trouve perdue, des sujets qui ont conservé intacte la
résistance conférée par la première att e i n te et, entre ces deux classes d’individus, l’une sensible, l’autre réfractaire, toute l’échelle des résistances fortes, moyennes, faibles, qu’ont laissées à leur suite les premières atteintes. La maladie mfectieuse revêtira donc des formes climques tout à fait différentes suivant le degré de résistance des sujets qu’elle assaillira : grave ou moyenne avec symptômes évidents, bénigne avec symptômes l^ers, fruste à S3miptômes douteux, donc difficile à reconnmtre, enfin indiagnostiquable pour le médecin, inapparente.
Au point de vue de la contagion, toutes ces formes se valent. L’inapparente est la plus dangereuse, parce qu’on ne s’en méfie pas et qu’on ne prend pas, vis-à-vis d’eUe, les précautions de ^ défense que les formes à symptômes imposent.
En dehors des poussées épidémiques, c’est surtout par des cas inapparents que la.maladie se conserve. On ne concevrait pas la réapparition saisonnière des maladies épidémiques dans les mêmes foyers s’il fallait que, pour se conserver, leurs agents pathogènes trouvassent toujours devant eux des sujets épargnés au cours de l’épidémie précédente, des enfants nés depuis sa disparition ou des immigrés sensibles. Ce sont les
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cas inapparents qui font la chaîne d’une saison à l’autre et permettent la conservation du virus et la reprise des épidémies.
LTiygiéniste doit leur accorder le rôle capital qu’ils jouent, avoir toujours dans l’esprit leur existence et prendre, lorsque cela est possible, les mesures prophylactiques qui permettent de s'en défendre.
Qu'on ne croie pas qu’une maladie, non décelable au point de vue clinique, échappe fatalement à nos moyens d’investigation. Nous avons dit qu’on sait déjà reconnaître le typhus inapparent par des rq^thodes de laboratoire. De nouveaux progrès permettront un jour de déceler de même les autres infections inapparentes.