CHAPITRE m
Les pages précédentes ont convaincu le lecteur des difficultés que nous éprouvons à nous représenter comment sont nées les maladies infectieuses. Si séduisantes que nous apparaissent les conceptions auxquelles ü est logique de se rattacher, il faut bien convenir de leur fragilité et de leur caractère provisoire. Si nos connaisances des faits passés offrent une telle précarité, combien moins solides encore doivent être celles que nous projetons sur l’avenir.
Nous avons vu que certaines maladies infectieuses sont aussi vieilles que l'histoire et que, si nous étions incapables de savoir quand la plupart ont commencé, il était permis d’admettre que certaines n’étaient apparues que dans des temps relativement récents.
Ces maladies existeront-elles toujours ? S’il en
LES MALADIES INFECTIEUSES
naît d’inédites, comme il est logique de le supposer, vont-elles s’ajouter aux autres ou bien le nombre des maladies se réduira-t-ü par suite de la disparition, de la mort de certaines ?
Nous allons tenter de demander sur ces points des éclaircissements aux documents Mstoriques et à l’expérimentation, ainsi que nous l’avons fait pour la naissance des maladies infectieuses.
Il nous faut toutefois remarquer-que la naissance et la mort des maladies ne sont pas des phénomènes qui puissent se dérouler d’une même manière, ha naissance d’une maladie constitue un fait ou une suite de faits particuliers : un fait si la virulence se montre brusquement à la manière d’ime mutation, ime chaîne de faits si la maladie ne se crée que par suite des essais successifs d’un agent vivant et de sa lignée. De toutes façons, on conçoit que ces tentatives puissent être enrayées et la chaîne rompue par la cause la plus minime, une lacune, une interruption dans les conditions favorables. Nous avons répété à satiété que l’insuccès, dans les œuvres de la natiire, était la règle et la réussite l’exception, une infime exception.
horsque la maladie infectieuse est étabhe, la petite tribu d’^ents pathogènes, primitivement attachée (et avec quelle instabilité) à un groupe
limité d’individus est devenue im peuple immense qui, sans cesse, trouve devant lui des êtres sensibles chez le^uels il se multiplie. Une maladie infectieuse ne saurait donc s’arrêter, une fois développée, comme elle s’arrête fréquemment d’ellemême au moment incertain de sa naissance. Il ne suffit plus que la cause qui amène la rupture de la chaîn e agisse sur un certain nombre de germes ; il faudrait qu’elle agît sur tous les germes de la maladie et sensiblement au même moment. Ue génie d’adaptation est tel chez ces infiniment petits que ceux qui ne seraient pas atteints par la force destructive pourraient, par une modification de leurs aptitudes, de leurs moyens d’attaque, ruser en quelque sorte avec l’adversaire et reprendre la lutte compromise sous des formes nouvelles.
Il faudrait donc, pour qu’une maladie infectieuse disparût que la cause qui interviendrait frappât l’ensemble de ses agents pathogènes et non quelques-uns. Avons-nous des raisons de penser que cet événement a pu se produire déjà ou qu’il puisse un jour se produire ?
LES MALADIES INFECTIEUSES