LES DONNÉES HISTORIQUES ET LES DONT^ÉES DES OBSERVATIONS PRÉSENTES
Autant que dans la recherche de Torigine des maladies, le témoignage de Thistoire ne saurait, nous donner la solution du problème. Cependant, si nous considérons le présent comme le plus récent" passé, l’observation de la manière d’être actuelle de certaines maladies, rapproché de l’enseignement des faits qu’on peut retenir des archives médicales, ne nous fournira pas d’tm secours négligeable, Après que nous aurons éprouvé la valeur des autres procédés d’investigation, ce seront peut-être, en définitive, ces faits d’observation comparée qui nous éclaireront le mieux sur l’avenir des maladies infectieuses, abandonnées à ellesmêmes. reste est entreprise des hommes.
Pour les raisons déjà exposées : incompétence des premiers observateurs, date toute récente de l’acquisition des connaissances les plus indispensables à l’étude du problème, il nous faut convenir que nul document historique ne nous permet d’afl&rmer qu’une maladie infectieuse (humaine ou animale) ait jamais disparu.
Tout ce que les observations, pratiquées depuis
que la médecme est une science, nous montrent de moins obscur, c'est que les maladies infectieuses se modifient avec le temps, qu’elles évoluent. Nous le savions déjà pour ce que nous en avons dit en traitant de la vie des maladies. Qui dit vie dit évolution. Donnons quelques exemples de transformations observées :
Da pneumonie est une ancienne cormaissance à nous. Elle a été, depuis longtemps, excellemment observée et décrite dans sa forme classique, dite franche parce que les symptômes en sont bien apparents, tranchés, lobulaire parce qu’elle frappe, dans ce cas, un lobe tout entier d’un poumon, fibrineuse parce que le lobe atteint est compact, imbibé de la fibrine du sang (fibrineuse aussi est l’expectoration caractéristique). On reconnut le tableau de la pneumonie classique dans de très anciens auteurs, pour ne pas remonter trop loin dans les écrits du xvn® siècle ; Grisolle, au milieu du XIX®, nous a laissé une description qui, tant pour les qualités de l’observateur et de l’écrivain que pour la netteté des symptômes observés est un chef-d’œuvre. Or, nous l'avons dit déjà et nous devons le répéter en cette place, cette pneumonie classique devient de pltis en plus rare. On la rencontre bien encore chez l’enfant, chez
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l’adolescent ; aux autres âges de la vie, ce n’est plus d’ordinaire la maladie de Grisolle. Le pneumocoque tend de plus en plus aujourd’hui, semblet-il, à déterminer dans le poumon la production de petits foyers (au lieu d’un gros bloc) qui se succèdent (alors que, f^ans la pneumonie classique, tout le bloc évolue à la fois) ; d’autre part, le microbe paraît se localiser plus fréque mm ent sur les séreuses pour y déterminer des abcès (pleurésies, péricardites, méningites purulentes). Ce changement d’allure du pneumocoque n’indique nullement que l’évolution se fasse dans le sens d’une diminution de la gravité des manifestations qu’il détermine. Il semble que ces manifestations aient de moins en moins le caractère d’une infection générale et que le pneumocoque, comme nous l’avons dit, tende à produire des lésions localisées. Une localisation fâcheuse, au péricarde par exemple, offre une gravité infiniment plus forte, du fait de son siège, que ne le serait une atteinte aiguë à plus grand éclat (fièvre élevée, abattement, etc.).
Si récente qu’elle nous apparaisse, la fièvre méditerranéenne, nous l’avons dit, évolue déjà, du type de maladie générale qu’elle était et qu’elle est d’ordinaire encore, vers les locahsations osseuses et articulaires.
Deptiis son importation en Europe, la S3rphilis a beaucoup chaîné. Elle déroule ses symptômes moins vite, occasionne moins de lésions mutilantes de la face, des muqueuses, donne de moins belles éruptions ; par contre, elle détermine plus souvent à longue échéance des lésions nerveuses très graves (paralysie générale, ataxie). On attribue ce changement à l’action du mercure qui ne modifie pas seulement la maladie chez l’individu, mais agit aussi SUT le microbe. Un européen qui s’infecte dans un pays où la population indigène se soigne mal prend souvent une syphilis mutilante, plus voisine de la syphihs de la Renaissance, voisine de celle que présentent les indigènes eux-mêmes. Déjà, depuis qu’on utüise, pour le traitement de la syphilis, les dérivés de l’arsenic et du bismuth, on a noté des modifications de virulence du tréponème. Lorsque le traitement ne donne pas la guérison radicale, il serait difficile de dire si son action a été favorable. Il vaut mieux porter toute sa vie des cicatrices di^racieuses qu’être atteint un jour d’ata xi e ou de paralysie générale.
C’est un fait indiscutable d’observation que le t5q)hus exanthématique, lorsqu’il sévit de façon aidémique dans un pays, y est moins grave
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pour la population autochtone que pour les individus immigrés. Il en était de même autrefois dang les pays de l’Europe occidentale, en particulier en France où le typhus sévissait depuis des siècles sous le nom de pourpre. Sa gravité d’ordinaire n’y était pas très grande. Ees progrès de la civilisation, une propreté individuelle et sociale meilleure ont fait disparaître de chez nous cette maladie depuis plus d’un siècle, sans qu’on se soit douté que sa disparition suivait celle du pou. lorsqu’un français contracte le typhus en pays étranger, ü le prend, à présent, sous tme forme sévère, souvent fatale s’il est adulte. Ee typhus montre donc une tendance à diminupr de gravité sur les populations qu’ü frappe régulièrement de pères en fils. Cependant savirulence n’est pas abaissée pour l’espèce humaine puisque les races qui ont perdu le contact avec le typhus s’y montrent d’une sensibihté extrême. De cette double observation, il semble bien ressortir que, si le typhus avait continué de frapper l’espèce humaine toute entière, ü se serait de lui-même, par tous les pays, atténué. L’existence de la forme inapparente comme maladie de récidive, chez lez gens qui ont subi une atteinte ancienne, indique par quelle étape le typhus aurait passé avant de disparmtre du globe.
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La fièvre jaune semble se comporter de la même façon que le typhus vis-à-vis des races qui habitent depuis longtemps les riions qu’elle frappe, en particuher vis-à-vis des nègres. Ne pouvant s étendre sur toutes les régions du globe, en raison des conditions de température nécessaires à l’évolution de son agent pathogène chez le moustique qui le tr ansm et (ce moustique présente une aire de dispersion très vaste), elle aurait donc xme tendance naturelle plus grande à s’effacer que le typhus. Le typhus, en effet, peut se rencontrer dans les climats les plus froids puisque le pou, chez lequel son agent pathogène cultive, trouve, sous toutes les latitudes, les températures nécessaires à son évolution, grâce à la chaleur du corps de l’homme qui l’héberge. Dans les climats particulièrement rigoureux, le t3q)hus montre une prédilection saisonnière pour l’hiver, le port des vêtements dont l’homme inculte ne se sépare point offrant les plus grandes commodités à la pullulation des parasites.
Retenons de ces faits leur signification générale qui est grande. Si nous nous plaçons au point de vue immédiatement pratique, nous avons plus à espérer, dans la lutte actuelle contre les maladies infectieuses, des méthodes dont notre intelli-
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gence nous arme que de l’attente philosophique du moment où l’universalité du mal et sa succession au travers des siècles amèneront peut-être sa disparition insensible.