L’ENSEIGNEMENT DES MÉTHODES EXPÉRIMENTALES
Les méthodes de laboratoire ne nous doimeront pas, sur les modes possibles de disparition des maladies infectieuses, des indications aussi précieuses que celles dont elles nous ont fourni pour expliquer leur naissance.
Elles montrent seulement qu’il nous est possible d’obtenir artificiellement l’affaiblissement, même la suppression du pouvoir pathogène d un agent infectieux et, comme conséquence, que nous pouvons, par l’utilisation des germes affaiblis, rendre assez résistantes les espèces animales sensibles pour qu’elles ne contractent pas la maladie naturelle ou bien échappent aux plus dangereux de ses efforts.
L’expérimentation nous permet donc d’agir sur le microbe et sur le sujet sensible.
1 ° Atténuation et suppression expérimentales de la virulence d'un agent pathogène
L’atténuation, la suppression même du pouvoir pathogène des virus a parfois été obtenue et appliquée empiriquement avant les travaux de Pasteur sur la vaccination du charbon. Ce n’est cependant que depuis ces travaux qu’on peut parler dairement d’atténuation ou de suppression de la virulence.
Rappelons en quelques lignes les expériences classiques de Pasteur. Il part d’une culture de virulence commune, récemment isolée et capable de donner un charbon mortel au mouton par inoculation sous la peau. Les repiquages de cette culture sur milieux ordinaires, mis à l’étuve à 37°, donnent des cultures Mes dont la virulence est semblable à celle de la première culture. Cette virulence se maintient égale à travers les générations ultérieures de culture pendant des mois, des années, tant que rien n’est changé aux facteurs de l’expérience.
Dans ces conditions, le microbe se dévdoppe avec abondance et il montre, au bout d un temps très court, à côté des formes ordinaires de division, d’autres formes bactériennes qm contiennent
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des spores. La spore est la forme de résistance du microbe ; elle lui permet de se maintenir vivant pendant des années dans le sol et c’est pour cette raison que, paissant à la surface des champs dans lesquels ces spores se trouvent, les moutons s’y infectent et que le charbon se perpétue dans certaines r%ions. La spore n’est pas seulement la forme de résistance par laquelle le microbe échappe aux agents de destruction, eUe lui conserve aussi sa virulence. Aucun procédé n’est capable de diminuer son pouvoir pathogène. Inoffensive par elle-même, elle donne naissance, dès que les circonstances sont favorables pour sa germination, à des formes bactériennes qui montrent ime activité %ale à celle des bactéries dont la spore était issue.
Il convenait, pour obtenir les cultures de moindre virulence qu’il cherchait à produire dans le but de les utiHser comme vaccins, que Pasteur trouvât le moyen d’empêcher la production des spores. Il y est parvenu en portant la température de culture de 37° à 400,5.
A cette température, la bactérie du charbon se développe encore, bien qu’avec une moindre abondance, mais elle ne donne plus du spores. En même temps, son pouvoir pathogène baisse. II =i 172 =
baisse régulièrement à mesure que la culture vieillit à l’étuve, si bien qu’en y faisant, à jours déterminés et successifs, des prises, on obtient, par leur inoculation aux animaux sensibles, des maladies de plus en plus réduites. Fait intéressant, si on repique sur milieux ordinaires ces cultures et qu’on porte à ^ 7 ° les cultures filles, celles-ci présentent le même degré d’atténuation que les cultures qui leur ont donné naissance.
lyes vaccins anticliarbonneux ne sont autre chose que des cultures, choisies avec discernement dans cette série de produits de virulence progressivement atténuée. En fin de compte, le séjoru: à 4005 aboutit à la suppression totale de la virulence. Pasteur est ainsi parvenu à obtenir, au bout d’un mois environ, des races du bacille du charbon, semblables aux échantillons les plus virulents de l’espèce microbienne, se conservant indéfiniment et poussant abondamment dans les repiquages, mais dépourvues à la fois de la propriété de donner des spores et de virulence. (Nous avons vu, au chapitre de la naissance des maladies infectieuses, qu’on pouvait restituer le pouvoir pathogène à ces inoffensives cultures et le développer ensuite à tel point qu’il dépasse les activités les plus mar quées que produit la nature.)
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expériences de Pasteur montrent donc qu’un microbe pathogène peut perdre progressivement sa virulence, ha méthode employée pour obtenir ce résultat est purement artificielle, H est évident que jamais de telles conditions ne peuvent se trouver réalisées dans la nature et que, si pareü \ accident arrivait par impossible à un échantillon 1 de virus charbonneux, il n’arriverait pas en même temps à tous les bacilles charbonneux du monde. Ce n’est donc pas de l’atténuation progressive et de son dernier terme, la perte de la virulence des i microbes que nous pouvons attendre la disparition des maladies.
' Cet argrunent nous dispense d’insister sur les autres méthodes expérimentales d’atténuation ou de suppression de la virulence. EUes sont nombreuses. Où Pasteur, dans ses recherches, faisait usage de la chaleur, on a pu employer, avec des résultats analogues, l’addition de produits chimiques aux cultures, le passage des virus par d’autres animaux (procède qui tantôt exalte, tantôt diminue l’activité pathogène vis-à-vis de l’espèce naturellement atteinte). Ces méthodes, excellentes au point de vue pratique pour l’atténuation des microbes et la production de vacdns, ne sauraient doimer une explication de la façon
dont les maladies peuvent naturellement s affaiblir et disparaître.
2 ® Renforcement expérimental de la résistance des espèces sensibles
On peut augmenter la résistance d’ime espèce animale vis-à-vis de l’agent pathogène auquel elle est naturellement sensible en la mettant dans les meilleurs conditions physiologiques (protection contre le froid, contre une trop grande chaletir, abondance et quahté de l’ahmentation). Ces procédés n’ont, dans la pratique des laboratoires, qu’une influence impondérable. Devant l’inoculation d’un virus bien actif, tous les individus d’une même espèce animale se montrent sensiblement égaux. D’augmentation naturelle de la résistance des individus d’une espèce pourra réduire la gravité de ses atteintes dans l’espèce ; elle ne suffira pas à faire disparaître la maladie.
Nous ne possédons qu’ime méthode efficace de renforcement de la résistance ou mieux de création de celle-ci ; elle consiste dans la préparation et l’emploi de’produits spécifiques d’origine microbienne : vaccins vivants ou morts et sérums préventifs.
H est évident que nous ne pouvons que diffi-
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dlement espérer qu’tm jour le perfectionnement et l'emploi universel de nos méthodes aboutisse V à la suppression de telle ou teUe de ces maladies.
D’autre part, faute de logique, la nature ignore de tels procédés. Néanmoins, ces créations du génie humain offrent assez d’intérêt pour que nous nous y arrêtions quelque peu. EUes permettent de protéger des individus, des coUectivités, de débarrasser une région, pour un temps déterminé tout au moins, , d’une maladie infectieuse. Si eUes n’ont pas pour résultat sa disparition totale, elles peuvent en être une étape préparatoire.
De toute façon, l’étude de ces mesures est de nature à nous donner quelques lumières sur ce que pourrait être le mode naturel d’extinction des maladies.
ROLE DE L’HOMME DANS. LA SUPPRESSION DE LA MALADIE INDIVIDUELLE ET DE L’ÉPIDÉMIE
Nos moyens de protection de l’individu et des collectivités contre les maladies infectieuses offrent une grande diversité. Il en est d’inconscients, comme la pratique acquise des habitudes d’hygiene ; il en est d’appliqués aux conditions de développement, de propagation de chaque maladie ou
groupe de maladies quand la contagion se fait, pour un certain nombre de sujets, de la même manière.
Nous parcourrons rapidement ces divers procédés, en nous en excusant auprès de ceux auxquels ces détails élémentaires sont familiers.
Vaccinations préventives Elles emploient, suivant les progrès de notre connaissance ou les cas, tantôt le virus vivant lui-même (c’est-à-dire la matière virulente), tantôt les cultur es vivante s de l’agent pathogène spécifique, tantôt le virus mort, les cultures tuées ou bien un poison microbien, tantôt le sérum d’un animal qui a reçu en inoculation quelqu’un de ces mêmes produits ou bien le sérum d’un animal qui a présenté antérieurement la maladie contre laquelle on veut protéger tm autre être. On peut pnfin mélanger les sérums avec les virus, les cultures ou les produits microbiens.
Il nous sUB&ra de donner vm exemple de chacun des procédés que nous venons d’indiquer :
1° Le vaccin jennérien qui protège contre la variole est un virus vaccinal vivant.
2° Les vaccins charbonneux, cultures de virulence atténuée, sont des vaccins microbiens vivants.
XICaLLE,
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3° I/CS vacdns antityphoïdique, anticholérique, antipesteux que nous employons d’ordinaire sont des cultures mortes des microbes correspondants.
4° L’anatoxine de Ramon qui vaccine contre la diphtérie est un poison soluble du bacille diphtérique, modifié par l’addition de formol et transformé, de ce fait, en vaccin.
50 Le sérum anticlaveleux de Borrel est produit par l’inoculation du virus vivant de la clavelée sous la peau du mouton.
6° Les sérums antidysentérique, antipesteux, antistreptococcique sont préparés par l’inoculation au cheval de cultures ou vivantes ou le plus souvent mortes des microbes spécifiques.
70 Les sérums antidiphtérique, antitétanique par l’inoculation au cheval des poisons solubles des microbes de la diphtérie et du tétanos.
80 Les sérums préventifs du typhus exanthématique et de la rougeole que nous avons introduits en médecine humaine sont les sérums des individus convalescents de ces maladies.
90 La vaccination préventive de la clavelée peut être réahsée par tm mélange du virus vivant (claveau) et de sérum anticlaveleux.
N’allongeons pas la Hste d’exemples aussi bien connus.
Ces divers produits préventifs ne confèrent pas des immunités pareilles.
'Lfis vacdns vivants se comxKjrteit, au point de vue de rimmunisation, de la même manière que les maladies qu’üs préviennent. Il faut un certain temps, une dixaine de jours au moins, pour que le sujet qu’on vient d inoculer se trouve vacciné ; par contre, l’immuni';», une fois établie, est de loi^e durée.
]>s microbes morts ou produits microbiens donnent une immumté qui demande aussi quelque temps avant d’être acquise ; sa durée ne saurait dépasser quelques aimées, parfois quelques mois.
sérums confèrent une immunité immédiate, mais qui ne dure que quelques jours ou quelques semaines.
Les mélanges de virus et de sérum donnent des immunités un peu plus rapides que celles des sérums seuls et plus durables.
Ces divers procédés ont tous leurs applications particulières. Pour la prévention d’une même maladie, ü peut arriver que le médecin dispose de plusieurs méthodes. Il choisit, parmi elles, suivant les circonstances. On inocule, par ex^ple, le sérum antidiphtérique à un enfant exposé à la contagion parce que ce sérum lui conférera une
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immunité immédiate; on lui préférera l’anatoxine, si l’on agit en dehors d.u milieu contagieux, l’immunité, conférée par l’anatoxine, étant de longue durée, tandis que celle qui suit l’inoculation du sérum est des plus brèves.
Protection par moyens mécaniques
On peut se protéger contre un malade atteint d’une affection contagieuse, quel que soit le mode de la contagion, en l’isolant ou bien en soustrayant de son contact ses semblables indemnes. I/Orsqu il s agit d’une maladie récemment importée qui na frappé qu’tm ou quelques sujets, cette mesure, strictement appliquée, peut amener, à elle seule, l’arrêt, la disparition de l’épidémie.
I/C port de vêtements, les soins ordinaires de la propreté, l’habitude de se laver les maîtig après tous les contacts suspects protège souvent l’homme, sans qu’il s’en doute, des dangers d’tme contamination. Bn cas d’épidémie, la sévère appHcation de ces mesures sauve bien des gens.
On a vu, dans ces derniers temps, reparaître l’emploi du masque dont nos ancêtres, ignorants du mode ordinaire de transmission, faisaient usage poun se défendre de la peste. C’est un procédé
bien incommode. H peut protéger parfois de la contî^on de la grippe, même de celle de la peste pulmonaire qui se gc^ne par la tons du malade.
Le chirurgien protège les plaies de ses malades contre l’infection par les procédés aseptiques dont la plupart agissent en évitant l’apport des microbes par les Tnains et les instruments, mais dont certains, application de teinture d’iode sur la peau, lavages à l’eau stérile, sont des moyens purement mécaniques.
Protection par emploi de substances antiseptiques
L’antiseptie a précédé l’aseptie dans les soins à donner aux plaies ; elle ne la vaut pas ; mais souvent on l’associe à elle avec avantage.
n n’y a pas d’antiseptiques que les produits qu’on applique sur la peau ou les muqueuses pour les protéger des microbes. Certams médicaments iatemes sont aussi des antiseptiques. Le mercure, les composés arsenicaux ou bismuthiques agissent directement sur le tréponème de la syphilis en le détruisant ; même action destructive des composés arsenicaux sur les spirochètes des fièvres récurrentes, de certaines matières colorantes sur les trypanosomes, de la quinine et de ses dérivés
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sur rhématozoaixe du paludisme, de l’iiuile de Chaulmoogra sur le microbe de la lèpre, etc.
La désinfection des expectorations, des urines, des selles pendant la maladie, des locaux ensuite, est souvent demandée aux antiseptiques.
On fait encore appel parfois à la même méthode pour stériliser les eaux d’alimentation.
Stérilisation par moyens physiques
Dans le même but de destruction ou d’arrêt des germes pathogènes, on emploie la chaleur, les filtres.
Suppression de l’invertébré transmetteur
Lorsqu’une maladie se transmet par tm invertébré piqueur, on se protège de celui-ci ou bien on cherche à le détruire. La lutte contre le t5rphus consiste dans la suppression du pou, la défense contre le paludisme et la fièvre jaune a pour base la protection contre les moustiques adultes (grillages) et la suppression des facteurs nécessaires à leur reproduction (assèchement des mares, régularisation des cours d’eau pour éviter la stagnation, pulvérisation de pétrole à la surface des eaux pour asphyxier les larves, etc.).
Suppression du réservoir de virus
En traitant systématiquement les paludéens d’une région par la quinine, on détruit dans leur «;ang les hématozoaires, si bien que les moustiques qui échappent aux mesures dirigées contre eux, ne peuvent plus s’infecter sur l’homme. Leurs piqûres ne transmettront pas le paludisme.
Par l’institution de services de dépistage et de traitement de la syphilis chez les professioimelles qui l’entretiennent et la communiquent, on agit de même manière.
Suppression de l’animal malade ou suspect
Il est des cas dans lesquels l’abatage des animaux malades ou suspects constitue la meilleure méthode pour éviter la propagation du mal. Tel est le cas de la rage où la loi française ordonne de mettre à mort l’animal enragé et les bêtes qu’il a pu mordre. Tel est aussi le cas des épizooties qui sévissent sur les petits animaux de basse-cour , le peu de valeur de ces animaux et l’extrême contagiosité des maladies font, de cette mestire radicale, le plus sûr moyen d’arrêter la contagion.
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VALEUR DE L’EFFORT HUMAIN POUR LA DISPARITION DES MALADIES INFECTIEUSES
Nous venons d’énumérer les principales catégories de méthodes dont l’observation et les progrès des connaissances scientifiques ont armé l’homme et qui lui permettent de se défendre contre les maladies infectieuses et d’en protéger les animaux utiles à sa vie.
ha hste que nous avons donnée n’est pas complète. he fût-eUe, ü faudrait y ajouter les découvertes de demain.
Telle que nous l’avons donnée, cette liste a pu paraître longue. Elle n’a pas appris grand’chose à la plupart des lecteurs. Si nous avons jt^é bon cependant de la dresser, c’est parce que nous désirions qu’elle soit présente à l’esprit, maintenant que nous allons chercher d’estimer la valeur de l’effort des hommes, appHqué à l’œuvre de suppresssion des maladies infectieuses.
L’avenir des méthodes humaines ne nous renseignera guère sur les moyens que, sans l’homme, la nature peut emplo^œr pour amener la disparition de ces maladies. Sauf le cas des vaccinations
préventives, métliode qui nous a ete mspiree par la connaissance de l’état réfractaire qui suit souvent l’atteinte naturelle, la nature ne saurait employer aucun de nos procédés. Us sont le fruit de l’intelligence et nécessitent une technique logique.
Si donc, à l’exception près que nous avons dite, l’efîort des hommes peut réaliser un jour la suppression d’une ou de quelques maladies infectieuses, le fait n’appartiendra qu’à lui ; il ne sera pas d’ordre naturel, il n’éclairera pas sur les voies obscures par lesquelles la nature peut arriver au même but. H n’y en aura pas moins suppression, mort de maladies.
Est-il possible qu’un tel résultat puisse couronner les efforts des hommes ? Ce résultat, non atteint jusqu’à ce jour, n’est pas formellement impossible. Certes, les difficultés sont grandes, la réussite très aléatoire, éloignée à coup sûr et, rlan»; l’état actuel de nos connaissances, elle ne saurait être espérée que pour quelques maladies.
Afin de permettre de bien comprendre les espoirs autorisés et les ambitions défendues, le fort et le faible des méthodes, il nous faut choisir un certain nombre d’exemples.
Nous devons, tout d’abord, ne pas nous forger
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rilltision de supprimer les maladies que les conditions mettent au-dessus de nos méthodes. Comment, en effet,envisager comme possible l’extinction de la grippe, mal insaisissable dans ses foyers d’origine et de conservation qui se gagne d’homme à homme souvent avant qu’aucun symptôme ait permis de le reconnaître ? Par quels moyens faire disparaître de la surface du globe la. peste qui se conserve sur les rongeurs sans supprimer rats, souris et rongeurs sauvages ? Est-ce là une entreprise qui soit jamais possible ?
Ne nous occupons donc ici que de problèmes pour la solution desquels nous n’avons à compter qu’avec les diffi.cultés techniques ou sociales d application de nos méthodes.
Nous connaissons aujourd’hui un mode de traitement de la syphihs qui, patiemment appliqué et subi, amène la guérison de la maladie. Avant même qu’on soit assuré de cette guérison, l’individu traité cesse d’être cont^eux. Ea lutte contre la syphihs est aidée par la connaissance d’ime méthode de diagnostic (la réaction de Bordet- Wassermann) qui permet de dépister tous les cas de syphilis, fussent-ils anciens ou nuis en symptômes.
En pratiquant le traitement périodique des
professionnelles, en soignant tout cas de S37pliilis, il est aisé aujourd’hui, dans une région civilisée, de faire disparEÛtre la contagion. I^e tout est affaire de conscience de la part des intéressés et des médecins, de bonne oigamsation sociale et d’argent. Déjà, dans certains pays, en tête desquels il convient de citer la Belgique et les États Scandinaves, la lutte antisyphilitique a donné des résultats merveilleux. On ne contracte pour ainsi dire plus la maladie dans ces pays ; le seul péril consiste dans les cas importés, vis-à-vis desquels l’action défensive est sévèrement engagée.
Si ces pays existaient seuls, si les mesures qui y sont apphquées pouvaient être étendues avec la même rigueur au monde entier, la syphihs qui ne peut se conserver que chez l’homme cesserait Harm un court délai d’exister. Une des maladies les plus graves pour notre espèce serait rayée du globe.
D’humanité n’est pas à la veille de connaître ce beau jour. I^es peuples incultes échappent encore ou totalement ou presque totalement à l’application des méthodes antis^-philitiques et, dans la plupart des pays civilisés, l’insoudance personnelle, tme discipline individuelle incomplète, une organisation sociale défectueuse, l’indifférence des pou-
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voirs publics et des parlements, de coupables économies font obstacle à un progrès facüe. En France, au lendemain de la paix, la syphilis avait subi un recul très notable. Depuis lors, le relâchement général, l’aflOlux incessant d’étrangers venant de pays largement contaminés et où la lutte antisyphilitique est incomplètement engagée, ont singulièrement réduit les bénéfices obtenus. Cependant, l’organisation s’étend, se perfectionne chaque jour et nous avons tout lieu d’espérer que la situation, un moment compromise, sera bientôt redressée.
Ea suppression totale de la S3q)hilis ne peut donc être le résultat que d’une entente commune entre les hommes et de l’universalité de l’effort.
Ea fièvre typhoïde nous offre l’exemple d’une autre maladie vis-à-vis de laquelle nous savons nous défendre, qui recule devant les progrès de l’hygiène, dont il n’est pas absurde d’envisager la disparition comme possible et qui, cependant, ne disparaîtra peut-être jamais.
Comme la syphilis, comme les autres maladies dont nous traiterons ensuite, la fièvre typhoïde est spéciale à l’homme. Elle est due à un microbe assez peu résistant en dehors de notre organisme. Ee réservoir du virus est l’homme malade ou le convalescent. Ees matières fécales, l’urme sont
les prodtdts par lesquels la contagion se fait d’homnie à homme, rarement par contact direct, le plus souvent par contamination de l’eau ou bien des légumes. Le microbe de la fièvre typhoïde ne se multiphe ni dans le sol ni dans les eaux.
Nous pouvons opposer à la propagation de la fièvre typhoïde im certain nombre de moyens.
Les premiers sont le dépistage des malades qui demande quelque temps, mais que les méthodes de laboratoire rendent aisé ; l’isolement de ces malades et des convalescents tant que leurs matières fécales et leurs urines montrent la présence de bacilles typhiques ce qui peut, pour les urines, demander un temps très loi^ ; la stériHsation de ces produits. Ce sont là d’excellents procédés qu’on doit toujours recommander et suivre, mais dont l’application systématique, tentée en Rhénanie, en Alsace et en Lorraine avant la guerre, n’avait donné que de douteux bénéfices.
Les autres méthodes dont nous allons parler ne s’appHquent pas à empêcher qu’un cas reconnu n’essaime. La fièvre typhoïde est une maladie si répandue qu’on doit considérer sa menace comme constante. En empêchant tout microbe pathogène de pénétrer dans notre tul^ digestif, en créant, chez tous les individus, un état réfrac-
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taire au bacille typhique, on peut espérer de conjurer cette menace permanente.
I^a stérilisation des eaux d’alimentation, l’usage d’eaux naturellement pures, provenant de régions i nh abitées, défendues contre l’accès des hommes, empêchera le bacille typhique de parvenir jusqu’à nous par son véhicule ordinaire. Bn proscrivant l’usée des légumes crus, des fruits que la terre souiUe, en les lavant tout au moins, en s’abstenent d’huîtres, quand celles-ci ne proviennent pas de parcs hj’giéniquement organisés, on complétera la défense.
Ba vaccination contre la fièvre typhoïde est un moyen encore plus sûr. Elle permet d’échapper aux conséquences des défaillances toujours possibles des autres méthodes. Ba vaccination antityphoïdique ne doit pas cependant être employée à leur exclusion. B’isolement, la désinfection des produits sont des mesures générales qui s’adressent à toutes les maladies infectieuses et dont on ne doit jamais s’abstenir. B’usage d’eaux pures, la proscription des légumes, fruits et coquillages crus (sauf précautions indiquées) ne mettront pas l’homme qui les suit à d’abri de la seule fièvre typhoïde ; elles le protégeront des autres et nombreuses maladies qui se contractent de même ma-
MORT DES MALADIES INFECTIEUSES nière ; fièvres paratyphoïdes, dysenterie bacillaire, choléra, etc.
De toutes façons, void une maladie contre la prop^ation de laquelle nous sommes particulièrement bien armés. De l’emploi de nos méthodes résultent déjà de grands bénéfices. Chaque individu, quel que soit le.lieu qu’ü habite, fût-il insalubre, peut se protéger contre la fièvre typhoïde. Elle est disparue de bien des villes dvilisées ; elle ne pgij-j; v revenir que par suite d importations et, là où la vacdnation antityphoïdique est appliquée à tout le monde, ces importations ne sont guère à craindre.
Pouvons-nous espérer la disparition définitive de la fièvre t5q)hoïde ? Pas avant que l’hygiène se soit répandue par tout le globe, pas avant qu il se soit fait une entente entre tous les hommes ; c’est-à-dire pas avant des siècles et peut-être, sans doute (on choisira entre ces adverbes) jamais.
Le paludisme a pour seul réservoir l’homme malade et pour seuls agents de transmission certains moustiques, les anophèles. Il n existe que là où ces deux facteurs se rencontrent ensemble : paludéen et iosecte.
La suppression de l’un ou de l’autre amènerait la disparition du mal. On peut se protéger des
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anophèles en éloignant les habitations des eaux stagnantes, en défendant les ouvertures de ces habitations par des toiles métalHques ; on peut assécher, drainer, rendre régulier le cours des rivières paresseuses, réduire à l’extrême le nombre des moustiques en contrariant leur reproduction qui ne peut se faire que dans les eaux stagnantes ; si la localité, la région à protéger n’offrent pas trop d’étendue, on peut même arriver ainsi à les débarrasser entièrement des anophèles. Il est évident que les mêmes mesures ne sauraient être appKquées par toute la terre. Les régions les mieux assainies sont menacées sans cesse d’invasions nouvelles de moustiques venant d’endroits sauvages. Le bénéfice de la lutte contre les moustiques ne saurait être étendu à toutes les contrées ; il est des travaux surhumains. Ce n’est donc pas de la suppression totale du facteur moustique qu’on peut espérer la disparition du paludisme.
Le facteur homme nous est plus facilement accessible. En soignant le paludéen par la quinine, en le guérissant, on supprime le réservoir où le moustique vient puiser l’hématozoaire qu’il transmet ensuite à d’autres hommes. Par l’emploi préventif de la quinine, on peut rendre les gens sains réfractaires ou plutôt peu sensibles au virus
inoculé par l’insecte. Ce sont des méthode excellentes, surtout la première, pour protéger un groupe d’individus, un centre de colonisation. Lorsqu’on cherche l’apphcation en plus grand, des difficultés inouïes surgissent. Comment arriver à traiter tous les indigènes dw pays à la fois ? Comment arriver à stériliser, meme progressivement, la totalité des paludéens du globe ? Et, si l’on omet quelques mdividus d’un foyer, comme ü est impossible d’en détrmre tous les moustiques, encore moins ceux du voisin£^e, ne voit-on pas qu’en dépit de tous les efforts ce foyer, un instant éteint, se rallumera. Nos meilleurs spécialistes de la question, Edmond et Etienne Sergent, Brumpt le répètent : la lutte antipaludique est un combat qu’il faut sans cesse poursuivre, ne jamais interrompre sous peine de voir, en une saison, se perdre le bénéfice de longues années d’efforts patients.
Peut-on espérer, dans ces conditions, la disparition dn palndisme ? serait bien téméraire de répondre affirmativement.
Le typhus exanthématique nous offre un plus grand espoir. Comme pour le palndisme, deux facteurs obUgés : l’bomme seul réservoir do vnms, Pinsecte seul agent de transmission. Mars cet = 193 =
KICOIXE.
LES MAL.4DIES INFECTIEUSES
insecte, le pou, est singulièrement plus facile à atteindre que le moustique puisqu’il ne peut vivre que sur l’homme. I^a lutte contre le typhus se résume dans la lutte contre le pou. Si donc le pou venait à disparaître du monde, du même coup le typhus serait supprimé. Pouvons-nous espérer la suppression du pou ? Un td résultat n’est certes pas au-dessus de notre effort. Ue pou est disparu des nations civilisées par la simple habitude de la propreté. Si l’on parvenait à faire pénétrer cette habitude chez les peuples incultes, la disparition du pou suivrait et, avec elle, la disparition du t3q)hus. Ua pénétration des notions les plus élémentaires de l’hygiène n’est possible qu’à condition qu’un contact soit établi entre tous les hommes.
Ce contact devient de plus en plus complet tous les jours ; ü n’est pas encore total. Uà où il existe, les préceptes de l’hygiène ne pénètrent que lentement ; leur expansion est gênée, du côté des populations mineures, par l’ignorance, les préjugés, le manque d’un suffisant bien-être, sans lequel ü n’y a pas de progrès, du côté des nations civilisatrices ou simplement conquérantes, par l’indifférence, les préoccupations égoïstes, l’absence d’un programme d’exécution ou la défaillance de son
application. Sans doute le typhus tend a se localiser dans des régions éloignées. Ces foyers sont encore multiples. Ils comprennent la majeure partie de l’Orient, en particulier la Chine, et certaines r^ons des pays dvüisés ou considérés comme tels : pays slaves, Mexique. De ces bastions, le typhus menace toute l’humanité. Dès que les conditions favorables à la multiplication des poux redeviennent possibles, et ces conditions se résument en deux, la misère et l’encombrement, toujours le t>T)hus accentue sa menace, sort de ses foyem et recommence la conquête humaine. On conçoit le rôle désolant et fatal que jouent dans son extension les soufErances collectives de l’humanité, les disettes, les révolutions et les guerres. Le typhus se présmite à nous à la fois comme un fléau et comme une leçon morale. Il nous rappelle que l’homme ne fait que sortir de la barbarie, qu’ü porte encore sur sa peau un parasite honteux comme ceux que portent les bêtes et que, quand l’homme se conduit en brute, ce parasite, en se multipliant et en lui inoculant le typhus, lui prouve qu’en effet, ü n’est encore qu’une brute.
La disparition du typhus ne sera possible que le jour où, les guerres ayant disparu, 1 œuvre d’une hygiène collective aura supprimé le pou.
LES MALADIES INFECTIEUSES
Cet immense progrès, l’homme le connaîtra quand il l’aura mérité. !> mériterons-nous jamais ?
Nous venons de voir, par quatre exemples, choisis parmi des maladies spéciales à notre espèce, condition particulièrement favorable, et vis-à-vis desquelles nous sommes déjà suffisamment armés pour protéger avec succès des individus, des collectivités, des nations même, que l’œuvre de suppression de quelques maladies infectieuses au moins peut être considérée co mm e chose possible ; ce qui ne veut pas dire que l’homme y parviendra jamais. On pourrait espérer un même résultat de maladies spéciales à une espèce animale domestique, à condition que leurs germes ne soient pas capables de se reproduire, de survivre longtemps dans le monde extérieur, fia vie des animaux ne nous étant pas sacrée, l’abatage des malades d’im foyer peut rendre de grands services. Il faudrait, encore pour assurer l’efficacité des méthodes, une entente universelle.
Quand la maladie frappe deux espèces animales ou plusieurs, surtout lorsque l’une est sauvage, la disparition du mal peut bien dif&cilement suivre les efforts des hommes. Pourtant, dans certains de ces cas encore, l’œuvre ne pardt pas formelle- “ 196 =
MORT DES MALADIES INFECTIEUSES ment irréalisable, en œ qui concerne la rage, par exemple.
L’bomme ne joue aucun tôle dans la conservation de la rage. Elle lui est communiquée par la morsure de carnassiers, atteints du mal, en particulier par la morsure des chiens. Par les conditions sociales de son existence qui lui permettent de contaminer aisément ses congénères, le chien est le réservoir du virus rabique et son principal prop^ateur. Sans doute, les autres carnassiers peuvent convoyer ce virus dans la vie sauvage. Leur isolement relatif, même entre individus d une seule espèce, ne permettrait pas la formation d’une longue chdne de passages. C’est donc le chien, seulement le chien qui conserve le virus rabique dans la nature. L’œuvre de suppression de la r^e en devient, pour l’homme, à la fois plus aisée et plus diffidle. Plus aisée, puisque les chiens domestiques sont sous sa main et que les chiens errants sont en nombre minime, fadles à détruire. Plus délicate aussi, car les liens d’amitié et d’habitude anciens qui unissent les deux espèces, les services communs échangés font considérer le chien par l’homme comme un demi frère. C est cet attachement sentimental qui empêche les mesures excellentes de police sanitaire de faire
LES MALADIES INFECTIEUSES
dispaidtre la rage de pays aussi civilisfa que la France et l’Italie. A plus forte raisou est-d drfficUe de la supprimer des nations arriérées. Ava^ut que la guerre mondiale ait apporté, cher tous les hommes, un relâchement dans les quaUtes d ener- .qe de conscience et de bonne organisation, œilains grands pays, tels que l’Angleterre et 1 Memagne, s’étalent débarrassés de la rage par 1 application pure et simple des règlements pohciets : abatage des animaim mordeurs ou mordus,^ quarantaine sévère pour l’introduction dechiens étrangers. Depuis la fin de la guerre mondiale, ces pays ont abandonné la stricte app&ation de si sures méthodes et se sont laissés entamer, puis envahir Ne restent plus indemnes de la rage que des presqu’îles comme la Scandinavie et des ite, fussent-elles immenses, comme l’Austrahe. Ces pays se défendent surtout pat des mesures de qua-
rantaine. . a. i c
On conçoit, sans qn’ü soit besom d insister, les difiicultés qui s’opposent à la suppression de la r^e. Pour être d’ordre sentimental, eUes n en ont pas moins, eUes n’en sont même que plus fortes. Ce n’est pas l’atténuation des mesures policieres et leur remplacement par la vaccination préventive des chiens qui rendra la disparition de la
rage plus aisée. La meilleure méthode, pour nous en protéger, la faire disparaître, est l’abatage impitoyable, cruel, mais nécessaire de tous les animaux mordeurs et de tous ceux qu’ils ont mordus ou approchés.
En résumé, nous voyons que, si l’intelligence de l’homme a mis à sa disposition des moyens qui lui permettraient, par leur universelle apphcation, de supprimer dans un délai plus ou moins long certaines maladies infectieuses, ce sont des raisons purement humaines qui l’empêchent et l’empêcheront peut-être toujours d’arriver à ce résultat. Pour la plupart des maladies infectieuses, l’œuvre semble dépasser actuellement nos moyens et nos efforts.