‹ Nancy; histoire et tableauChapitre 32 sur 56 · POUB SERVIR DE BOULEVARD A LA CIVILISATION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

POUB SERVIR DE BOULEVARD A LA CIVILISATION CHRÉTIENNE

(a) Le tervum arbilrium ou serf arbitre : monstrueux enseignement de Mahomet, de Wicleiïetde Jean JIuss, renouvelé par Luther et Calvin; système de Yomnia eveniunt necessitalc absoluld; système du fatalisme aveugle et de la prédestination sans contrepoids; théorie d'après laquelle I'amk n'étant nlllement libre et n'ayant gardé aucun degré de faculté propre à se déterminer en bien ou en mal , la responsabilité morale de l'homme disparaît.., nonobstant toutes les négations raffinées et tous les tours de force de quelques doctes phrasiers de ces sectes, lesquels n'ont pu arriver, là dessus , qu'à prouver quelle multiplicité de tortures l'esprit peut faire subir à la raison.

(b) Le seul hommage encore possible après un malheur si pleinement

2lf,

NOTES

Note 23, page 142.

« Le goût de l'horticulture, développé depuis le temps de Descours et de Gémis. »

Gcrvais, de Lunévillc, dessinateur-planteur, professeur de jardinage, fut célèbre à Nancy sous Léopold, et devint plus tord premier architecte des jardins impériaux de Vienne. Dans sa réputation s'est absorbée celle de son prédécesseur Yves Descours, qui fit les jardins de Commercy, de Lunévillc et d'Einville, et qui devrait être plus connu que lui.

Note 24, page 143.

« Et la fantaisie de s'effacer, de s'aplatir comme une bourgade née d'hier, devrait s'arrêter du moins aux limites où ce caprice, fort peu commun, blesse la justice et la reconnaissance. M

Un grand nombre de rues de Paris portent les noms d'hommes marquants, distingués soit dans les sciences, les lettres et les arts, soit dans le gouvernement de l'Eglise ou de l'Etal : d'abord ceux des Parisiens fameux, puis des autres Français célèbres, citoyens d'un royaume dont la tête doit résumer les notabilités. Dans la manière de répartir ces dénominations, on a suivi avec soin les convenances, de manière à établir rapport entre les lieux et les personnages ; plaçant Voltaire au quai où il est mort , Molière , Racine et Corneille près d'un théâtre où se jouent leurs chefs-d'œuvre,

irréparable, consiste dans l'imposition future de deux noms, fantôme de ce qui fut, mais amende honorable dont le vote est désormais nécessaire. Il faut au moins que, consacrant là , par repentir respectueux , les deux grands souvenirs lorrains jadis attachés aux deux bastions que liait la glorieuse courtine renversée , on appelle la rue de la Pépinière rue d'Haustonville, et le passage de la Pépinière, avec sa petite place derrière la fontaine d'Amphiu-ile , rue et place de Vaudémonl. — Alors , seulement , il y aura moyeu de dire : Slal magni nominis umbra.

DE LA SECONDE PARTIE

Clovis et Childcbcrt à côte des temples qu'ils fondèrent , Vauban au voisinage des Invalides, Massilion près de Notre-Dame, Tronchct non loin de la place Louis XVI.

Ainsi ont fait toutes les villes de France. Chacune d'elles a voulu que ses places et ses rues rappelassent d'abord toutes les grandes individualités nées dans son sein ; puis , quant aux cités qui se vantent d'avoir été centres de province, elles n'ont pas borné à leurs enfants proprement dits leur maternité honorifique : elles ont eu soin de joindre à tout personnage connu qui leur appartenait en propre, toute figure un peu saillante qui s'était mue autrefois dans leur orbite. Dijon , notamment, a poussé cela aussi loin que possible. Il y a déjà dans la simple nomenclature de ses rues une sorte de musée historique , et le parcours de son enceinte suffit pour rappeler au voyageur toutes les célébrités dont le souvenir peut se rattacher en quelque chose à l'histoire de la Bourgogne.

Une seule ville fait exception dans le nombre : celle de Nancy, où brillent et se distinguent par leur absence presque tous les noms qui ont fait sa gloire, même ceux de ses bienfaiteurs.

c On ne saurait disputer des goûts , » mais celui-là est bizarre ; il constitue une bien triste manière de se singulariser. Soit qu'il tienne (et loin de nous de le croire) à un système de dénigrement méthodique du passé , adopté pour complaire au présent , et pour se faire valoir en des lieux où l'on a généralement le bon esprit de ne rien exiger de pareil ; soit qu'il provienne (seule hypothèse admissible) de froideur, d'ignorance et d'oubli, — l'impression qui en résulte sur les étrangers, à leur passage, n'est pas de celles que les gens ont à s'applaudir d'avoir produites. S'il y a honte à manquer de respect pour la mémoire de ses pères , quels qu'ils aient été , et si chacun se fait une loi de jeter un voile sur les faiblesses des siens.., qu'est-ce donc que paraître rougir d'eux lorsqu'ils furent si hautement honorables (a) !

Certes , il n'y avait surtout pas à croire , l' eût-on donne à deviner en mille , que l'unique cité qui dût faire si bon marché de ses antécédents , s'abjurer jusqu'à pareil point , et prêter sujet aux quolibets par un degré d'humilité prodigieux , susceptible d'être différemment appelé; que cette cité serait précisément Nancy.., la seule ville en

(a) Outre les nombreuses éplgrammes verbales auxquelles a donné naissance cet ullrà-désintéresseinent des Nancéyens pour leur propre gloire, il existe des traces écrites du même sentiment de blâme , éveillé chez les passants. Quelque chose de ce genre, par exemple, a été dit dans la France départementale il y a près de dix aus.

218 NOTES

France, après Paris, qui ait eu l'immense honneur d'être un foyer complet de vie indépendante et spontanée; d'avoir porté positivement couronne; d'avoir eu en propre non seulement des souverains, mais des souverains non vassaux; en un mot d'avoir été capitale, non de province , mais de nation (a).

Or cependant, les hommes qui l'illustrèrent et dont l'éclat rejaillit jadis sur elle, elle dédaigne d'en consacrer les noms, — sans même qu'il y ait exception , nous l'avons dit , pour ceux qui la comblèrent de marques de dévouement , et de la main desquels elle reçut mille avantages.

Non que pourtant, depuis ces dernières années, on ne vienne enfin d'entrer dans la voie de la gratitude ; mais les pas que l'on a commencé d'y faire, ne rendent peut-être que plus frappant le vide, le défaut, l'abstention toujours signalée, des actes impérieusement obligatoires par où l'on aurait dû commencer. Avant le superflu, le nécessaire; avant les petits bienfaiteurs, les grands ; avant IcsNancéyens auxquels on est redevable d'un objet spécial, les Nancéyens qui travaillèrent en tous points à la prospérité du pays ; avant ceux qui ont eu la bonne inspiration d'un jour, ceux qui avaient montré pendant des années la constante préoccupation du bien ; avant ceux qui ne se sont privés de rien (n'ayant enrichi la Ville qu'après leur mort), ceux qui savaient de leur vivant donner avec tant de largesse , et qui , pour l'utilité publique , se dépensaient si bien eux-mêmes (6).

Quoi de plus étrange que de ne voir aucune rue , À Nancy , porter le nom ni du magistrat Châteaufort , son champion au dix-huitième siècle , — aimé des grands comme des pauvres , autant que délesté des sangsues (c) , — ni du duc René II , son vengeur au quinzième , estimé de toute l'Europe, et jugé digne par des peuples lointains d'être mis à leur tète (</)! ces deux libérateurs dont la ville entière suivit avec tant d'amour et d'ivresse la triomphale rentrée!

Et l'excellent duc Antoine, ce prince de paix (comme on l'appelait) , que la nécessité des temps conduisit à se transformer en héros, et qui, par ses victoires contre les Rustauds, sauva Nancy, la France et l'Occident!

(a) Voir ci-avant, pages 88 et 86 (6) Paul. H Corinlh. XII, 15.

(c) Voir ci-avant , pages 102 à 107.

(d) Les Vénitiens ayant fait René il leur gonfalonier en 1483, il rapporta, comme présent de la République, la bannière sous laquelle il les avait menés contre Ferrare; et, donnée par loi à Saiut-Epvre de Nancy, clic y servit longtemps de dais au Saint Sacrement.

DE LA SECONDE PARTIE

Et le monarque sous qui la capitale des Lorrains était si forte, si riche , si florissante : le bon duc Henri , tellement renommé pour ses magnifiques libéralités, et c à qui sa nourrice n'avait pu jadis apprendre à dire non, » tant il portait loin l'aversion pour les refus; généreux défaut héréditaire, qui formait, suivant un mot heureux, le péché originel de la maison de Lorraine!

Et Léopold, le père de la patrie, le consolateur de tous les maux, le patron de tous les progrès! l'homme tant admiré, tant chéri, tant pleuré, dans sa bonne ville de Nancy!

Et plus que tout cela , enfin le sage et glorieux législateur du pays; le souverain qui sut lui donner, au milieu de l'Europe embrâsée, cinquante années de paix et d'éclat ; — r Charles III , dit le Grand ,

LE FONDATEUR MEME DE LA VILLE NEUVE DE NANCY, — de CCtlC royale Cité

que ses ordres, comme un coup de baguette, Grent naître sur le champ, belle et complète, alignée au dedans, bastionnée au dehors.., et qui, sans la modestie du sage Duc, n'aurait eu d'autre nom que le sien , tout le monde alors la baptisant d'avance Charleville.

Eh bien, nous le répétons (car on a besoin de redire et de réaffirmer une chose qui semble un réve, une extravagance impossible à croire.., et dont, en effet, l'équivalent n'existe nulle part sur la terre) ; eh bien , pas une place, pas une rue de la ville neuve de Nancy , ne porte le nom du grand prince sans lequel la ville neuve de Nancy n'existerait point.

O vanité des récompenses humaines, pour les mérites les moins douteux !

Donnez donc votre vie entière à la félicité d'un peuple; gouvernez-le, dans les circonstances les plus difficiles, avec une sagesse éminente; aimez-le comme vos propres entrailles; rendez-le riche, puissant, heureux; dotez-le d'une capitale régulière dont il manquait, et que vous ferez sortir de terre, comme une Minerve armée de pied en cap. Et puis, dans cette capitale par vous créée, où vous êtes mort environné des respects du monde, inhumé avec une magnificence au niveau de laquelle s'élèvent à peine aujourd'hui les empereurs.., revenez au bout de trois siècles, — quedis-je?au bout de moins que cela : — vous pourrez y voir votre mémoire universellement effacée, et n'y pas trouver dans les rues une seule

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