‹ Nancy; histoire et tableauChapitre 33 sur 56 · PIERRE QUI PORTE VOTRE NOM · texte numérisé non relu

PIERRE QUI PORTE VOTRE NOM

Ah! certes, diront certains sages , autant valait s'endormir dans la nullité, vivre pour le plaisir et l'égoïsmc. — Oui, c'est vrai; au point de vue terrestre, on ne peut en disconvenir. Et si le devoir n'avait pas son juge au ciel , si les dévouements ne devaient être payés que par la reconnaissance des hommes, un tel

NOTES

fait serait décisif; il y aurait là de quoi dégoûter pour jamais de la vertu.

Il est vrai que de pareils oublis sont rares; ils passent les bornes et ressemblent à un délire. On ne les qualifie pas, on les raconte.

Aussi nous garderons-nous d'y chercher des explications un peu sensées. Plus le motif approcherait de quelque chose de raisonnable, plus il serait odieux. Mieux vaut y voir le simple résultat d'un degré d'ignorance, de négligence et de torpeur inconcevable, que d'y supposer une intention réfléchie quelconque ; car, pour peu que l'acte serait réputé calculé, il deviendrait trop déshonorant.

Un tel abandon, raisonné, supposerait une si indigne courtisanerie rétrospective, que , si l'on peut à la rigueur l'imaginer chez quelques hommes à cœur d'esclave , nés pour se précipiter dans la servitude (ruere in servitutem natos), l'idée ne saurait en être venue à aucun des corps de délégués qui ont représenté Nancy ; et le Centralisme lui-même, fût-ce au comble de ses exigences, ne l'a pas suggéré non plus. Quelque loin qu'aient été poussées , au nom de l'Empire ou de la Royauté, les fantaisies de la passion unitaire, — qui a réclamé des Provinces tant de sacrifices au delà du juste intérêt de la patrie devenue commune, — jamais la France n'a demandé aux anciens états souverains, englobés dans son sein, de renier à ce point leur passé. Et si , en agissant ainsi d'eux-mêmes , ils l'eussent fait sciemment, — elle aurait été la première à les mépriser, ne les ayant point condamnés à se montrer si ingrats et si lâches.

Brisons donc là , et , sans parler davantage de ce que Nancy n'a pas fait, voyons ce qu'il aurait à faire. Car une heure viendra sans doute où il se réveillera du sommeil inoui que l'on déplore, et qui forme pourtant son unique excuse.

Il a deux sortes de noms à consacrer chez lui : ses illustrations propres (lesquelles peuvent aller jusqu'au temps présent), et celles que produisit, du vivant de la Lorraine, cette patrie, reconnue puissance, ce pays dont il était la capitale. Les autres hommes fameux ne le concernent pas (a).

(a) Subsidiairement , sans doute, et si , en fait de lieux à baptiser, il a des restes disponibles,— il peut les timbrer du nom de célébrités purement françaises et non liées à sa propre histoire, mais pourvu qu'elles soient postérieures à 1766. Toute renommée non lorraine antérieure à celte époque doit demeurer étrangère à la nomenclature des rues ou places nancéyeones. — Et la convenance qui le prescrit est fort claire. A partir de 1766, où la France absorbe la Lorraine, ces deux rivières coulent dans un lit commun et se prélent fraternellement leurs eaux; mais auparavant, elles

DE LA SECONDE PARTIE

Parmi les premières , deux célébrités modernes viennent d'être élevées chez elles a leur rang : Drouot cl Dombasle; une troisième, Grandvillc , ne sera probablement pas privée de justes hommages. Mais , au nombre des anciennes , il n'y en a encore qu'une seule qui soit mise à sa place : c'est Callot.

Au bout de la rue qu'on s'est enfin déterminé à lui assigner, la rue de la Monnaie appartiendrait , à non moins juste litre, au divin graveur Saint-Urbain, lequel y faisait sa demeure (a).

Dans cette rue des Ponts qui n'a point de ponts, la partie qui s'étend de Saint-Sébastien à la rue de la Hache, attend le nom d'Israël Sylvestre (6). Celui de deux illustres médecins manque à l'une des rues qui bordent Saint- Charles, et qu'on devrait appeler rue des frères Le Pois (c).

Etablir une rue Drouin serait chose de toute justice; ne dût-on désigner par ce nom que l'impasse de l'Opéra, lieu voisin des Cordeliers où reste de Drouin une statue , et voisin aussi des rampes de jardin où s'était exercé son ciseau.

Pour peu qu'on élargît autant qu'ailleurs la nomenclature des en-

avaient leur cours particulier, que l'on ne peut ni ne doit chercher à confondre, « la loi n'ayant point d'effet rétroactif. » Il y aurait anachronisme et déraison à vouloir mêler les objets jadis séparément placés le long des rives de l'une ou de l'autre , au dessus de leur confluent.

Une apparente exception , mais qui confirmerait la règle (dont elle ne serait qu'une application plus délicate), pourrait être faite en faveur d'un homme que les Lorrains d'autrefois semblaient regarder comme un des leurs, depuis qu'il s'était fait leur prre : en faveur de Vincent de Paul , le seul des sujets de Louis XIII et de Louis XIV qui ait fait du bien aux contrées d'entre Rhin et Meuse, lorsque , par les travaux nombreux de son infatigable charité, il s'efforça d'y balancer l'horrible rôle de ses compatriotes, et de réparer une partie des désastres causés par eux, dans un temps où leurs passions effrénées couvraient ce pays de pillages, de débauches, de sang et de ruines.

Rue Montesquieu, aussi , pourrait cire conservé; car Montesquieu, qui composa exprès pour les Lorrains son Lysimaque, fut membre de l'académie de Nancy ; comme Fonte ne Ile ; comme plus tard Florian , qui s'honorait de ce titre et le faisait lire en tête de tous ses ouvrages.

(a) Si l'on croyait bon de conserver le souvenir de l'hôtel des Monnaies, qui rappelle en effet un des droits de la souveraineté, — c'est la rue du Bon Pays, située derrière l'hôtel (rue actuellement fermée), qui pourrait être dénommée impasse Saint-Urbain.

(6) L'autre partie, au delà de la rue de la Hache , pourrait être réservée à nom Calmet.

(c) L'autre flanc de cet établissement réclame mention du plus dévoué des donateurs qui contribuèrent à le fonder, Emmanuel Chauvinel.

fants de la ville, l'honneur de nommer une rue devrait être décerné à César Bagard, à Sébastien Adam, et, si on le voulait, à d'autres sculpteurs. En fait de peintres, il appartiendrait à Bellange, il pourrait s'étendre à Provensal et à plusieurs de ses prédécesseurs ou de ses contemporains; notamment h Pillemcnt, envers qui l'on est débiteur à Nancy d'une mention honorifique , comme indemnité pour y avoir détruit son chef-d'œuvre (o); — en fait de graveurs, au fameux Spierre; à Charles François, l'inventeur du genre grenu, dont personne ne s'était avisé avant lui; — en fait d'écrivains, à l'historien Maimbourg ; peut-être au critique Hoffmann , l'auteur du Roman d'une heure (b) ; peut-être à Guilbert de Pixerécourt, dramaturge dont l'action sur le public , dans une foule de pièces adaptées au goût populaire de son temps, s'exerça d'une manière plutôt avantageuse que nuisible pour la moralité des masses ; peut-être aussi à Rose de Mitry, femme regardée dans son temps comme la muse de la philosophie (c) ; plus certainement à M m€ de Vannoz , née Sivry,

(a) Au palais de l'Intendance ou Gouvernement (Préfecture d'à présent), voir page 241.

(6) Cest dans la rue des Michottes que fut situé son berceau.

(c) Trop vantée de son vivant , celle comtesse des Plassons, de la maison de MUry, esl absolument oubliée, ce qui n'est pas plus juste. Peu de femmes auraient pu , de son temps , saisir comme elle les abstractions de Mallebranche ; et même , quoique ses vers offrent des faiblesses et des longueurs, on y découvre encore de quoi s'expliquer la réputation qu'elle obUnl ; témoin ce passage de son épilre sur l'Amour de Dieu :

c Vois- lu comme tout sait son instinct et sa pente : Le fleuve dans son lit se promène et serpente; Par ses feux répandus l'été mûrit les fruits Que sous d'aimables fleurs le printemps a produits; Le soleil , dans sa course , anime la nature \ Les prés à nos regards étalent leur peinture; Les campagnes, les bois, l T étre le moins parfait, Tout suit l'heureuse fin pour laquelle il est fait : Et l'homme seul , dit-on (ô l'étrange blasphème ! ), Former pour aimer Dieu , se sauve sans qu'il l'aime !

» Quoi, sans brûler pour lui, je pourrais voir mon père

Changer en amitié sa trop juste colère,

Daigner se réjouir de mon heureux retour,

Me presser, m'accabler du poids de son amour :

Et moi , dans mes regrets , toujours froide , indolente ,

Je n'aurais pour ce Dieu qu'une âme indifférente !

Et, lorsque sa bonté vient s'épuiser pour moi ,

Je ne saurais que craindre et trembler tous la loi ! >

DE LA SECONDE PARTIE

qui , fille du secrétaire perpétuel de l'académie de Nancy, avait annoncé dès la première enfance, et sur les genoux des hommes de lettres dont elle faisait l'étonnement, les talents poétiques qu'elle déploya plus tard (a). Encore moins y a-t-il doute à l'égard de Palissot , dont évidemment les succès furent assez grands pour que sa rue natale lui doive être nominativement attribuée (6).

En parlant des arts plastiques , nous avons omis de citer les célèbres fondeurs nancéïens Chaligny, auteurs de la statue équestre qui devait décorer la place du Marché. On ne peut guère se dispenser d'appeler rue Chaligny l'un des aboutissants de cette place.

Quant à la place elle-même, — destinée jadis à recevoir la belle effigie du duc Charles le Grand, et située au centre de la Ville Neuve, création de ce souverain , — chacun sent qu'elle ne saurait porter d'autre nom que celui de place Otaries III.

Il en serait de même de la rue Saint-Dizicr , qui y tient, et qui, formant l'axe de cette cité nouvelle que la voix générale appelait d'abord Charleville, devrait naturellement se nommer rue Charles III. Mais la chose ne pourrait avoir lieu qu'autant qu'on cesserait de mettre du prix à posséder à Nancy une rue dite de la Constitution; car , aussi longtemps que , le maintien du principe moderne pouvant être censé faire encore question , on attachera de l'importance à hisser comme drapeau ce mot politique (qui doit pourtant bientôt aller sanx dire) , il faut réserver la rue Saint-Dizier pour lui en faire reprendre le titre au besoin , lorsque celle qui le porte sera saluée du nom de rue Léopold.

Cette rue Léopold, en effet , dont l'absence est tellement choquante, et que chaque jour on s'attend à voir proclamer enfin, quelque part qu'elle soit choisie, — cette rue Léopold ne peut, selon la nature des choses , et d'après l'accord de toutes sortes de circonstances qui font loi, consister que dans la rue de la Congrégation (c), laquelle

(a) Il semble prématuré de parler de l'hommage que Nancy devra rendre à l'estimable femme qui fut si brillante sous le nom de Philippine de Sivry, puisqu'il a le bonheur de la posséder encore. Mais, outre que la Ville n'en est pas à réaliser déjà la nomenclature dont ceci n'indique que le projet , la chose pourrait même très-bien avoir lieu, par exemple, du vivant de la respectable aveugle, comme elle s'était faite pour une autre célébrité nancéienne aveugle aussi , pour le général Drouot. On est suffisamment admis à recevoir de ses concitoyens de pareilles marques do distinction , sitôt qu'on a cessé de voir le jour.

(b) C'est la rue de la Poissonnerie , dont il habitait la partie haute.

(c) Nommée ainsi non pas depuis la Restauration, comme l'ont cru quelques innocents , qui ont eu la simplicité d'y vouloir entendre finesse , —

s'est trouvée dotée en 1830 du nom de rue de la Constitution, qui avait appartenu vingt-cinq ans (1790-1815) à la rue Saint-Dizier (a).

Maintenant , la rue René II n'est pas moins déterminée. C'est indubitablement la Grande Rue de la ville vieille, puisque René y rentra vainqueur par la porte de la Crafle, puisqu'il y donna l'hospitalité au corps de son téméraire ennemi , et puisque, pour procurer au peuple du travail et du pain dans des temps de disette, il y flt commencer en 1502 le palais qui renferme la Salle des Cerfs.

mais de toute ancienneté, et à cause du couvent des religieuses de la Congrégation, fondées là par la Mère Alix, sous le bienheureux Pierre Fourier.-

(a) Voici comment s'exprimaient en 1840 les membres du Comité Léopold , dans une lettre qu'inséra le Journal de la Meurlhe ;

« Quelle rue , de préférence , conviendrait-il d'appeler du nom ebéri de Léopold? du nom de ce bienfaiteur incomparable qui ressuscita pour ainsi dire la ville et le pays, après soixante années de misères affreuses?

m Evidemment d'abord une rue importante , une rue centrale ; une rue où les étrangers dussent passer, et dont ils ne pussent, en quelque sorte, s'era- . pécher d'acquérir connaissance. Ensuite, s'il y avait moyen, une rue qui se rattachât à quelques monuments du règne du Prince.

» Or , la seule qui paraisse remplir ces deux conditions , est la rue de la Constitution , autrefois de la Congrégation.

» D'une part elle touche à la place principale de la ville; elle continue, pour les voyageurs, la rue Stanislas; elle est, avec celle-ci , le grand chemin que suivent, en arrivant de Paris, les malles et toutes les voitures conduites en poste. De l'autre, elle a pour terme la Cathédrale, unique monument nancéïen de quelque importance qui date de l'époque de Léopold ; presque unique édifice subsistant ici , parmi ceux dont la construction avait eu lieu par ses ordres.

» Toutes les convenances se réunissent donc pour que la rue dont il s'agit soit désormais consacrée au souvenir de ce sage et vertueux monarque qui fut trente ans chez nos aïeux le père de la patrie, et dont la gloire, que nul artifice n'a fait valoir, supporte mieux que tout autre l'épreuve de l'examen.

» Aucune raison sérieuse quelconque ne saurait mettre obstacle à ce que nous demandons. Car, supposé qu'on présentât comme objection la perte du nom politique donné récemment à l'ancienne rue de la Congrégation (future rue du duc Léopold), cette difficulté même n'en serait pas une, et disparaîtrait comme l'ombre. S'il arrivait, en effet, que l'on vit quelque avantagea conserver dans la nomenclature topographique de Nancy, le vocable de la Constitution (devenu peut-être inutile après dix années d'affermissement), rien encore de plus parfaitement aisé. H suffirait alors de restituer ce nom à la rue Saint-Dizier, qui l'a porté pendant vingt-cinq ans, et à laquelle il appartiendrait par des nœuds plus solides qu'à celle qu'on en a revêtue depuis 1830 seulement, et dont l'appellation actuelle n'est point entrée jusqu'ici dans les habitudes. »

DE LA SECONDE PARTIE

Des convenances presque aussi impérieuses assignent à Henri le Bon la part qui doit lui être faite. Construite en entier sous son règne, la rue Saint Pierre (ville vieille), — dont le nom ne signifie rien là, à trois mille métrés de l'église et du faubourg Saint Pierre, — est destinée mieux que toute autre à se nommer rue du duc Henri.

Enfin, comme il faut quelque chose qui, dans la Ville Vieille, consacre le souvenir du vainqueur des Rustauds , on pourrait se contenter de la courte rue qui joint celle du Maure qui trompe à la future rue René II. Elle s'appelle déjà rue Saint Antoine; elle se nommerait rue du duc Antoine, et la série des principaux bienfaiteurs locaux se trouverait à peu prés remplie.

N'y oublions pourtant pas une active protectrice de la ville et du pays : Marie Leczinska, qui, pendant sa vie, soutint de tout son crédit les habitants de Nancy, et qui leur légua son cœur après sa mort. C'est la rue même du faubourg Stanislas, par où ce cœur fut processionncllement apporté , qui doit rester dépositaire du souvenir nominal de la bonne reine.

N'omettons point non plus les deux chevaliers du peuple, les deux champions sans lesquels son courageux avocat Châteaufort eût vainement plaidé : Raigecourt et Bresscy , qui , en dépit du front sévère d'un monarque bon mais insouciant ou abusé, prirent en main la cause des malheureux , et réussirent à les soulager en partie. Tout désigne le lieu précis où doit être gravé l'hommage des Nancéyens à ces défenseurs généreux; c'est la rue Bailly, laquelle, d'une part, avoisine l'hôtel Raigecourt, et, de l'autre, forme le prolongement de la rue Châteaufort, déjà consacrée au souvenir de leur honorable compagnon d'armes ; du loyal magistrat exilé que leur vertu parvint à ramener en triomphe à Nancy.

Après eux, presque au même titre, vient un économiste habile, dont Necker apprécia les talents : Costcr, qui, lorsqu'on ne pouvait déjà plus sauver du despotisme de Versailles les provinces de l'Est , désormais absorbées dans la France, luttait au moins pour leur commerce , leurs intérêts , leurs habitudes , et méritait que leur reconnaissance lui décernât le titre de citoyen (a).

(a) Ce litre, on le lui donnait couramment, et comme s'il fût devenu inséparable de son nom. Dans une lettre que nous avons vue, et que lui écrivait en 1780 le président Sivry, ce secrétaire perpétuel de l'académie ne l'appelle que mon cher citoyen. Faute de savoir les faits qui sont particuliers à M. Gosier, quelque annaliste futur, en voyant celte pièce, pourrait s'imaginer que l'usage de la locution civique dont il s'agit, avait précédé de quinze ans en Lorraine l'époque républicaine.

NOTLS

Il est encore deux hommes que tout conseille de joindre à la liste pour lu compléter : Emmanuel de Cbauvinel et Vincent de Paul , qui soulagèrent, en des temps déplorables, l'un les misères de la capitale de la Lorraine , l'autre celles de la Lorraine entière. On devrait lire inscrit leur nom, l'un sur l'une des rues qui flanquent l'entrée de Saint-Charles , centre des soins hospitaliers pour les régions austrasiennes, l'autre sur la rue où demeurent les Sœurs de saint Vincent , et qu'on appelle déjà de Ut Cliarilé,

Un prêtre dont la sainteté ne fut pas moindre que celle du pâtre canonisé de Dax, et qui, né sous les Alérions, avait étendu sur les contrées d'entre Rhin et Meuse , une salutaire influence de réformation orthodoxe, le bienheureux Pierre Fouricr, mériterait qu'on lui dédiât, près du théâtre des œuvres de ses pieuses filles, la portion de la petite rue Saint Julien qui joint à la place d'Alliance la rue Léopold ou de la Constitution (ancienne rue de la Congrégation).

En fait d'âmes transportées par la plus haute pratique du christianisme à cette sphère suréminente où s'opèrent les prodiges , il y aurait à immortaliser, le long des murs ou s'était fondé l'asyle nommé le Refuge, la mémoire de l'humble Elisabeth de Ranfaing ; de cette femme extraordinaire qui , dans son sublime délire , réussit à faire exercer à Nancy un degré de charité supposé jusqu'alors impossible sur la terre ; de l'étonnante fondatrice qui , voulant sauver à tout prix des créatures perdues, avait su animer de son feu des compagnes assez généreuses pour accepter comme elle , devant la Croix , l'égalité des vierges et des prostituées ; l'inconcevable fraternité du dernier vice et de la plus pure vertu.

Nous voici sortis, il est vrai , du cercle des Nancéyens proprement dits; mais c'est qu'il est difficile de s'y restreindre. La ville ellemême a donné l'exemple de le franchir, lorsqu'elle a timbré l'une de ses rues du nom de Girardet, né à Lunévilie.

Dès qu'elle en venait là, et qu'elle admettait des célébrités lorraines non nancéyenncs, elle avait un peintre, un grand peintre, à adopter avant Girardet : c'est l'immortel paysagiste Claude Gelée ; Claude, qui n'a plus d'autre surnom que le titre même dont il s'honorait comme enfant de sa patrie.

Et de même, avant ses propres statuaires, elle avait à placer le Michel-Ange lorrain, l'incomparable Ligier Richier. Elle devait y joindre Guibal, l'auteur de la belle statue de Louis XV détruite par les Marseillais ; Cyfflée, celui des figures de la place d'Alliance ; et même le fameux Jean Lamour, ce serrurier- sculpteur qui, chargé du soin modeste «l'exécuter des ornements réputés secondaires , mais importants et originaux, fut le premier dans son genre, en mérite aussi bien qu'eu

DE LA SECONDE PARTIE. 227

date. Les architectes qui la décorèrent de monuments soit conservés soit détruits, avaient droit à un souvenir d'elle ; en particulier, Héré, à qui Ton doit l'élégante place Stanislas, — et avec lui, l'auteur du château de Craon, ce Boffrand sur les desseins duquel avait commencé de s'élever, lorsqu'on en décida l'abandon et la ruine, le magnifique palais ducal de Lorraine entrepris par Léopold.

Aux artistes elle était tenue d'associer, d'abord les deux poètes inarquants dont ses salons virent les débuts : Saint-Lambert et Gilbert, enfants des duchés qu'elle gouvernait; ensuite, les littérateurs ou nés lorrains ou appelés par l'attraction de la Lorraine , et dont l'esprit contribua plus d'une fois à faire briller Nancy, lorsqu'il en était encore la capitale : le chevalier de Boufflers, filleul du roi de Pologne; Tressan, rendu injuste par ses préjugés philosophiques, mais ingénieux quant au parti qu'il sut tirer des romans de chevalerie; Jameray -Duval, l'enfant des bois, homme d'une instruction variée; Mory d'EIvange, moins écrivain que numismate, mais animé par son patriotisme dans des pages estimables ; Solignac , qui fut le premier secrétaire perpétuel de l'académie de Nancy; enfin, un homme plus éloquent et plus profond que tous ceux-là , bien qu'il n'ait presque rien laissé : le Père Guénard, ce large et libéral penseur dont on ne connaît que le coup d'essai, mais de qui l'œuvre principale , s'il ne l'eût pas livrée aux flammes pendant la Terreur, eût été la plus solide démonstration èvangélique composée jusqu'alors, et le travail le plus approchant de l'idéal que Pascal a tracé d'un livre d'apologétique (a).

Elle devait donner droit de bourgeoisie honorifique aux savants du pays : à Sonnini, de Lunéville, le voyageur, le naturaliste et l'agriculteur (6) ; à L'Hoste, à Lévrechon peut-être, — à Vayringe très-certainement ; — au mécanicien Vayringe , dont le génie , trop peu connu , est tout-à-fait digne d'être mis en lumière par une mention dans le vocabulaire odographique de Nancy.

Elle devait faire prendre à la rue Notre Dame , artère principale du quartier qui fut celui des hommes de loi, le nom du fameux jurisconsulte Guinet, et placer aussi dans le voisinage de l'ancien

(a) Le nom de l'apôtre Guénard a sa place naturelle prés de l'ancienne maison centrale des Missions ; ceux des littérateurs qui le précédent, dans le voisinage de l'Université, où se trouve la Bibliothèque, quoique tel n'ait pas été le local primitif des séances de l'Académie.

(6) C'est au faubourg Saint Pierre que doit être placé le mémorial de Sonnini; sur la route de ce Manoncourt qu'il aimait tant, et où il fit de si curieux essais agricoles.

228 NOTES

palais de justice un mémento pour Bréyé , le fondateur des conférences entre avocats nancéïens (a).

Elle avait à examiner si la même faveur ne pouvait pas être décernée soit à des hommes d'Etat lorrains, tels que le grand Bourcier, le fameux président Le Febvre et le garde des sceaux Le Bègue , qui fut premier MINISTRE et président du conseil de régence ; soit aux historiens de la nation lotharingicnne, comme Riguet, l'introducteur d'une saine critique dans ses annales, avant lui si obscures; comme Hugo, Doin Calmet et le bon Lionnois, — trois hommes dont le souvenir est topiquement assigné : pour le premier, auprès des Prémontrés, église de l'ordre dont il faisait pnrtie, en qualité d'abbé d'Etival ; pour le second , dans la partie reculée de la rue des Ponts où il fut cinq ans supérieur des Bénédictins (b) ; pour le dernier, au

(a) Il est impossible de prononcer ici le mot à' avocat» sans se l'appeler les deux contemporains éminents qui, au commencement de noire siècle, élevèrent si haut à Nancy l'art magnifique de la parole; les deux hommes rares , irès-rares , aux lèvres desquels on demeurait suspendu , et qui , joignant à la richesse de la pensée la beauté du style , la perfection du débit , et des nuances de prononciation correcte que presque personne ne connaît plus , — convenables tous deux , brillants tous deux , purs et classiques tous deux, — l'un avec plus de force, l'autre avec plus de grâce, — furent, pour ainsi dire, le Corneille et le Racine, le Dourdaloue et le Massillon des luîtes judiciaires, cl permirent au public naucéïcn, témoin de l'attrayant spectacle de leurs passes-d'armes oratoires , de s'enorgueillir de la possession de deux athlètes tels que nul autre barreau (pas même celui de Paris) n'en présentait alors , et n'en a simultanément présente depuis.

Peut-être faul-il, pour la production d'orateurs semblables, la réunion de circonstances, plus morales encore qu'artistiques , dont le concours n'a dû exister qu'un instant, et se réaliser qu'en Lorraine. Mais l'explication de ceci nous mènerait trop loin.

Au dehors on a peu vanté ces deux grands et parfaits orateurs, connus presque uniquement de ceux qui ont eu le délice de les entendre : ils étaient trop simples, dans leur admirable talent, pour quêter la faveur des journaux , dont le charlatanisme leur répugnait, et sans l'appui desquels ils sont devenus magistrats à la cour de cassation. Mais quand le seul survivant du couple aura suivi son rival dans la tombe , Nancy, nous l'espérons, s'empressera d'inscrire dans ses fastes oculaires deux hommes qui lui firent tant d'honneur. Il pourra nommer rue Bressan et Fabvier une de ses rues : la plus voisine, par exemple, de la maison qu'habitait le premier des deux; c'est-à-dire ce tiers de la rue de la Primaliale qui, parlant de celle de la Faïencerie, va jusques à la rue Saint Julien.

(fi) Dom Calmet fut abbé de Sainl-Léopotd de Nancy depuis 1718 jusqu'à 1723. Si l'on ne faisait pas de lui le patron de celle partie de la rue des Ponis , il faudrait l'appeler rue des Bénédictins , pour conserver quelque mémoire de l'église de ce nom , si déplorablement détruite ; la plus belle église de Nancy , la seule qui eût des tours carrées.

Iws des tours de tu porte de la Craffe , dont l'ombre vénérable et gothique réjouissait son cœur d'antiquaire.

Elle avait à voir si nulle mention ne devait être faite par elle des guerriers qui défendirent la patrie lorraine; par exemple, de Lignivillc, de Choiseul d'Iche, de Cliquot; avant eux, de ce grand Mercœur qui sut maintenir contre les Turcs la barrière de la Hongrie, et après eux, de ce sublime Charles V qui les repoussa de devant Vienne; avant eux encore, de ce François de Guise, le compagnon d'armes des Français , qui avait délivre leur sol des attaques de l'Allemagne et de l'Angleterre : politique et soldat du premier ordre ; homme dont l'âme était plus grande encore que les talents; héros chrétien adoré des peuples , assassiné par les brigands qui n'avaient pu le vaincre , mais mort encore en pardonnant à son meurtrier («).

Panni les chevaliers et gens de guerre , elle était certainement débitrice d'un hommage éclatant à un autre ami de la France : au vaillant et bon duc Raoul , ce héros de taille homérique, tué à la bataille de Crécy, où les Anglais eussent été vaincus si tout le monde se fût comporté comme lui; à ce souverain qui, premier auteur de l'importance de X oppidum de Nancy, y avait bâti un palais vers les jardins du Gouvernement et la terrasse de la Pépinière, et y avait fondé la patriotique collégiale de Saint-Georges (6).

N'indiquerait-on absolument aucun des princes qui portèrent avant lui la couronne ducale ? Quoique plus modestes et moins connus , les premiers âges lorrains, les temps du berceau de la ville, ont besoin d'un représentant; et dans le nombre, on n'en peut pas choisir de plus convenable que Ferry III , fondateur de la maison des Dominicains ou Dames précheresses ; Ferry III , dont le vieux palais (anliquum palatium) , véritable noyau de Nancy, occupait et la rue de la Monnaie et les terreins qui la joignent à la place des Dames. C'est son vocable que réclame la percée faite a travers les lieux qu'il habita, percée qui joint la rue Dammerval à la place des Dames (c).

(a) On sait que les sublimes paroles prêtées par Voltaire à Guzman dans son Alzire, sont tout simplement celles que prononça François de Guise en pardonnant à i'oltrot, ce cauteleux assassin qui avait feint de s'attacher à lui , et de qui tous les Huguenots vantèrent alors l'action , dans des chansons scélérates dont la connaissance n'est pas assez répandue.

(6) Ce qu'il convient de dédier au duc Raoul , c'est la rue Saint Michel , ainsi nommée d'une église qui fut bâtie vers 1330 ou 13*0, par conséquent du temps de ce prince.

(c) La future rue Ferry III s'appelle en ce moment rue La Fayette, or

NOTKS

Aux ducs de Lorraine, il y aurait iujustice à n'associer aucunement le corps auguste qui soutenait jadis leur puissanec tout en la modérant. L'histoire commande de citer avec eux, soit en masse 1' Ancienne Chevalerie, soit au moins ses quatre familles primitives, les Quatre grands Chevaux. On ne peut guère, en outre, se dispenser d'une indication particulière pour quelques unes des maisons qui la composaient, pour celles auxquelles il fut donné d'illustrer le pays par plusieurs générations d'hommes marquants : comme lesBassompierre ou les Bcauvau (a).

Comment oublier aussi la plus belle gloire du pays, ses héroïnes! Jeaune d'Arc, la première des femmes historiques, et dont le nom seul enferme tous les éloges ! Henriette de Lorraine , princesse de Phalsbourg, dont les généreux conseils auraient sauvé l'indépendance de sa patrie, si les gouverneurs qui commandaient à Nancy les eussent écoutés davantage (6); et Marie Stuart, née de sang lorrain, reine aussi pure que charmante, dont chacun plaint les malheurs, mais dont on ne connaît point assez la vertu, et qu'il est temps de faire sortir

La Fayette , célébrité postérieure à la réunion de la Lorraine à la France, est dans des conditions normales pour pouvoir figurer à Nancy sans anachronisme; et c'est un nom bon à conserver, parce qu'il représente un principe que l'on oublie trop, la liberté pour tous. Mais , justement , il n'y aurait pas lieu de l'effacer; la place d'à côté (ancienne place Vioménil) le porte déjà : elle le garderait. Une place La Fayette suffit , sans que l'on y joigne encore une rue. L'hôte des Etait-Unis n'a pas besoin de deux mentions dans une même ville.

(a) La mémoire des premiers s'attache, par toutes les convenances, au voisinage des anciens Minimes, fondés à Nancy par Christophe de Bassompierre, le père du maréchal. Quant aux Beauvau , comme l'hôtel de Craon est devenu le palais de justice , c'est quelque autre part (près de la rue Boufflers, par exemple) qu'il faut dédier une rue aux souvenirs historiques de celte famille, qui eut l'honneur de fournir jadis à la Lorraine un atnbas sadeur auprès de Rome, un gouverneur pour Charles V, un ami pour Léo pold, et à laquelle appartenait plus tard (étant né à Craon d une Lignivillc) ce maréchal de Beauvau.., le seul grand seigneur qui, environné d'une auréole toute exceptionnelle, décernée par l'équité populaire, ait pu, sans avoir commis de bassesses pour acheter sans repos , mourir dans sou lit en 93, tranquille à la fois et respecté.

(b) Le lieu qu'il convient d'appeler rue Phalsbourg pour rendre à l'aimable et courageuse princesse Henriette l'hommage auquel elle a droit , c'est la rue des Dames ; d'abord , à cause du nom tout féminin que porte déjà cette voie, et puis, surtout, parce que la maison qui en forme l'entrée (à gauche quand on se dirige vers Saint-Epvre) est justement la demeure de I héroïne, l'ancien bote! du prince de Phalsbourg.

DE LA SECONDE PARTIE

enfin, rayonnante, du sein des nuages calomnieux répandus autour de sou innocence (a).

Nous venons de parler des gouverneurs de la ville. Dans l'enceinte où s'exerça leur pouvoir, autrefois si important, quelques lieux devraient être affectés au souvenir des plus notables d'entre eux , — de ceux qui furent le plus considérés : de Balthazar de Haussonville , de Jean de Salin, d'Elisée de Haraucourt, et de ce comte de Custinc dont la rentrée à Nancy, sous Léopold, après la paix d'ttrecht et le départ des étrangers, fut accompagnée de telles démonstrations de joie (6).

En même temps , on ferait porter aux portions subsistantes des anciens chemins de ronde , ou aux rues les plus voisines du pourtour de cette place de guerre , jadis renommée comme formidable , — où l'ennemi ne put pénétrer qu'en se parjurant , — les noms des ingénieurs qui l'avaient si solidement et si magnifiquement fortifiée : Orphée de Galéan, L'Uôte et D'Estabili (c).

Et sa défense s' étant mariée aux actives inventions de la ballistiquc lorraine , célèbres en Europe il y a deux cents ans , — la rue qui longe l'Arsenal, sur le flanc de l'hôtel des Loups, parait naturellement destinée à présenter un indice , un signe de rappel de cette science militaire, dont les travaux pyrotechniques, à l'époque culminante de la gloire locale, se personnifiaient surtout dans le professeur d'artillerie Appier-Hauzelet.

Enfin, et comme la principale force de la capitale de la Lorraine fut le patriotisme de ses habitants.., ceux qui la peuplent aujourd'hui, pour peu qu'ils aient de sang sous les ongles , ont à s'acquitter envers leurs aïeux d'un hommage collectif, en décidant, par vote unanime, que l'emplacement de l'ancien hôtel de ville, — que leterrein, à présent vide , où s'élevait, devant Saint-Sébastien, l'édifice civique des Nancéyens, rasé sous Stanislas sans l'ombre de nécessité, — prendra le nom ou de Place Urbaine, ou plutôt de Place des Vieux Bourgeois , terme qui nous semble avoir plus d'énergie.

(a) Voir note a , page 82.

(6) Rues d Haussonville, de Salm, de Haraucourt, ne sont point à Nancy dés lieux à chercher, ni dont la fixation soit arbitraire ; le choix en est délermioë par la proximité des terreins où s'élevaient les bastions qui portaient ces trois noms. Quant à la future rue de Cusline, on ne saurait prendre pour la faire que la rue du Cheval Blanc, sur laquelle l'hôtel de Cusline (devenu la Recette générale, place des Dames) appuyait auircfois son flanc.

(c) Ce L'Hôte, mentionné à double titre, est le même que nous citons à l'article des savants, à côlé de Vayringe et de Lcvrechon.

NOTES

Aux additions donc et aux corrections près , on pourrait , ce semble, dresser ainsi le tableau alphabétique des noms donnés ou à donner aux places et rues de Nancy, pour que cette ville, comme toutes les autres de son genre, prenne sa physionomie propre, et porte enfin le cachet de son histoire.

Nous y avons marqué d'un astérisque, et inscrit en petites capitales , les noms sur l'adoption desquels il n'y a point de doute , c'està-dire ceux des bienfaiteurs de la ville. Sur les questions de gloire les opinions peuvent varier, mais il n'y a point à discuter sur les devoirs de reconnaissance (a).

Petite rue Saint Antoine * Rcu dc dcc Antoine.

Une de la Manutention Rue yippier-IIanzelet.

Impasse des Ecoles Impasse Raxsompierre.

Premier tiers dc la me de l'Hôpital, compris entre ,1a rue des Dominicains et la rue Saint Julien Rue Rellange.

Petite Carrière Place Roffrand.

Premier tiers de la rue des Ponts, entre la rue Saint Jean et l'église Saint-Sébastien Rue Roujfflers.

Première portion de la rne Notre Dame, comprise entre la rue Saint Jean et la rue Saint Thiébaut Rue Reauvau.

Rue Mably Rue Bourcier.

Extrémité de la rue Notre-Dame, entre la rue de la Hache et les anciens Beue'dictins Rue Bréyé.

Rue Callot (déjà reconnue) Rue Vallot.

Portion de la rue des Orphelines comprise entre la rue Jcannot et la rue Sainte

(a) On remarquera que nulle proposition de changement ue se trouve faite, dans ce tableau, pour certains noms principaux, monétisés et populaires à Nancy : Place Saint-Epvre, place des Dames, place de Grève, rues Saint Jean , Saint George, Sainte Catherine, Saint Julien , Saint Thiébaut, du Ponl Mouja, du Maure qui trompe, des Dominicains, des Carmes, des Quatre Églises, delà Faïencerie, de la nache, du faubourg Saint-Nicolas. 11 ne faut pas, en effet, en voulant donner des gloires à une ville , fût-ce même les siennes propres, la rendre méconnaissable, lui ôter sa figure ordinaire, et n'y plus rien laisser subsister de ce cachet qu'aiment à retrouver dans leur vieillesse les gens qui se plaisent a revenir mourir aux lieux où fut leur berceau.

DE LA SECONDE PARTIE

Anne ou Ligier Richier Rue César Hagard.

Portion de la rue Saint Thiébaut qui longe

Saint- Sebastien Rue Cluiligny.

Bue du Four sacré Rue Chancelier Le Bègue.

Place du Marché * Place Charles III.

Partie haute de la rue de la Pépinière , entre la place de Grève et le trottoir

Dammerval Rue Charles V (a).

Rue du Manège , depuis la place Saint

Georges jusqu'à la rue des Tiercelins.. * Rte Chatbacfort.

Rue du Petit Bourgeois Rue Choiseul tt/cfie.

Petite rue des Carmes Rue Claude le Lorrain.

Rue Saint-Dizier Rue de la Constitution d'abord ,

s'il en est encore besoin pour calmer des restes de défiance ; mais ensuite (lorsque les résultats de 89 et de 1850 ne |>ara liront plus à personne pouvoir être mis en question), rve Charles III.

Portion de la rue Montesquieu comprise entre la rue des Tiercelins et celle de la

Primatiale Rue Coster le citoyen.

Rue du Cheval Blanc Rue Custine.

Rue des Champs Rue Cyjflèe.

Place Dombasle (déjà admise) Place Dombasle.

Impasse de l'Opéra Imposte Drouin.

Rue Drouot (déjà admise) * Rue Drocot.

Le dernier tiers de la rue des Ponts, entre la rue de la Hache et celle de FEqui talion Rue Dom Calme t.

Tète de la rue des Artisans , comprise entre les rues Saint Jean et Saint Thiébaut (b) * Rue Emmahcet. Chaivikei .

(a) Dormis «a portion Inférieure, réservée pour être baptisée rue d" HauuonvîlU [en mémoire de la glorieuse courtine qol portait ce nom et que l'on tient do démolir), la rue de la Pépinière doit évidemment avoir l'honneur de prendre le grand nom de Charles V, puisqu'elle est de tontes la plus voisine de l'ancienne porte Saint-Nicolas, récemment détruite , par où avait fait son entrée le corps de ce magnanime souverain , ami de Sobieski et libérateur de la Chrétienté. Au reste, dans l'onbli où est tombée l'histoire locale, même qoanl a un personnage si brillant et d'une renommée tellement européenne, force sera peut-être de dire rue du due Charles V, de peur que les ignorants ne se figurent qu'il s'agit du prétendant d'Espagne.

(I) Quant à la rue Saint Thiébaut, qui passe derrière Saint-Charles comme derrière la caserne des chevaux-légers de Léopold, tl faut se bien garder de lui olcr son nom, lié à tons les souvenirs nancéyens. C'est celle rue qui, partant de Saint-Sébastien, va finir dans une sorte de carrefour solitaire, au bas des restes du bastion Saint Thiébaut, dont la masse sert de piédestal a l'hôpital mililairc, cl prés de la fameuse fontaine du même nom : source profondément encaissée, presque dans le lit dn ruisseau de décharge de l'éUng Saint Jean, main dont la salubrité proverbiale déterminait jadis les bourgeois de Nancy à y envoyer chercher souvent de l'eau, < usage soutenu, pour dissiper les maux de peu d'importance.

23i NOTES

Première moitié de la rue de* Jardins, depuis ta rue des Fabriques jusqu'à celle des Tiercclins Rue (tEslahiti.

Rue La Fayette Rus Penny III.

Rue du Point du Jour Rue François de Guise.

Quart inférieur de la rue de Grève , entre la rue du faubourg Saint-Nicolas et la rue Ligier Richier ou Sainte Anne.. .. Rue Gilbert.

Rue Girardet (déjà admise). Rue Girardet.

Dernier quart de la rue de PEquilalion , entre la rue des Ponts et celle des

Quatre Eglises Rue Giulbert-Piserécourt.

Second quart de la rue de PEquitation,

compris cotre la rue Saint Thiébaut et

la rue de la Hache Rue Gra ffîçny.

Rue du Collège Rue Grandvilte.

Petite rue d'Alliance («) Rue Guibal.

Centre de la rue Notre Dame..... Rue Guinet.

Rue des Fabriques Rue de Haraucourt.

Moitié basse do ta rue de la Pépinière

entre la rue Dammerval et Parc de

triomphe Rue cTHaussonville (b).

Rue Saint Pierre (ville vieille) * Rok du duc Hkhki.

Trottoir Stanislas Trottoirs Héré.

Rue Saiot Joseph ou des Prémontrés Rue Hugo tTEtival.

Secoud tiers de la rue des Ponts, entre

Saint-Sébastien et la rue de la Hache.. Rue Israël Sylvestre.

Rue du Cloître de la Cathédrale Rue Jacquart(c).

Root de la rue du Manège, au delà de la

rue des Tiercelios , jusqu'à la rue de

Haraucourt ou des Fabriques Rue Jameray-Duval.

Moitié centrale de la partie haute de la

rue de Grève , entre la rue Charles III

(Sainl-Diiier) et la rue Dom Calmet ou

des Ponts Rue Jeanne d'Arc.

Portion de la rue Saint Julien bornée par

la rue de la Primaliale et par celle des

Tiercelins Rue Jean Lamour.

Rue Saint Sébastien Rue Jennetson (d).

:«) Parmi lei roc» dont on peut changer le nom, celle-là c»t la plus voisine de* lieux où s'élevait le cuef-d'oBuvre de Guibal, la statue du gendre de Stanislas. (4) Voir pages 214 et SIS, et leur note finale.

!e) Les peintures de la coupole de la Cathédrale, dues an pinceau de C La ode Jacquart, sont c« qu'il j a de plus notable dans cet édifice, bâti sur les plans de Saint-Urbain , homme moins extraordinaire comme architecte que comme graveur, cl qui d'ailleurs suivit là les idées italiennes, se contentant d'un genre qui était alors trouvé beau.

{d) Jennetson, comme on sait, fut l'architecte de Saint-Sébastien

DE LA SECONDE PARTIE

Rue de la Constitution, autrefois de la

Congrégation * Ri« Lkok.id.

Premier quart de la rue de l'Equitation,

longeant l'hôpital Saint Charles, entre

la rue Saint Jean et la rue Saint Thié-

baut Itue Le Pois.

Seconde moitié de la rue des Jardins, depuis la rue des Tiercelins jusqu'à la

porte Saint Georges Rue L'HSte.

Rue de la Citadelle, eotre les deux portes

Notre Dame Bue Lionnois.

Rue Sainte Anne Hue Ligier Richier.

Troisième quart de la rue de PEqoitatioo,

entre la rue de la Hache et l'extrémité

de la rue des Pont» ou Dom Cal met. .. Rue Maimbourg.

Rue du faubourg Stanislas Rue Marie Leczinska.

Quart supérieur de la rue de Grève , entre

la rue des Ponts et celle de l'Equitation. Rue Marie Stuart. Portion de la rue de la Source comprise

entre celle de Custine (do Cheval Blanc)

et celle du duc Raoul (Saint Michel)... Rue de Mercaeur.

Rue de» Morts Hue de Moi (a).

Rue de la Vénerie Ru

Rue du Champ d'As y le Rue Orphée de

Rue de la Poissonnerie Rue Palissot.

Petite rue Saint Pierre (au faubourg). .. . Rue du Pire Guénard. Portion de la rue de l'Hôpital Saint Ju-

lien, compris entre la rue Léopold (ancienne rue de la Congrégation) et la

place d'Alliance Rue B. Pierre Fourier.

Bout septentrional de la rue Saint Julien, entre la rue de l'Hôpital et le derrière

de l'Hôtel de ville Impasse Paiement.

Rue des Chanoines Rue Président Le Feb*>re.

Rue des Dames Rue PUalsbourg.

Impasse de la Poissonnerie ou des Petites

Carmélites Impasse Provensal (l>).

Rue du Haut Bourgeois Rue des Quatre grands Chevaux.

Extrémité de la rue des Quaire relises, depuis la rue de Grève jusqu'à la Salpè-

Rue Ranfaing.

(•) Là élafi tiuc, au coio de la place de l'Arsenal, te grand bétel de* prince* de Moi (branché de la maiton ducale) delruil par an incendie en 1735.

(») De» peintures de Provvntal ornent encore r*«lite de? Peuici Carmélite», que le culte redemande.

NOTES

Bailly * BtE Raicecoi-bt et Bresset.

Grande Rue (ville vieille) * Rue Rest II.

Ruelle des Artisans (qui s'élargira) Rue Riguet.

Rue du Moulin (ville vieille) Rue Rose de Mitr/.

Première moitié de la partie inférieure de la rue de Crève, entre la rue Saint-Dizier ou Charles III et la rue de l'ancien

faubourg Saint-Nicolas Rue Saint 'Lambert.

Rue du Bon Pays Impasse Saint- Urbain.

Rue Derrière (ancienne rue Nàchon)

Seconde partie de la rue des Orphelines , comprise entre la rue Jeannot et celle du Manège Rue

Portion de la rue de k Primatialequi part de la rne Jacquart ou du Cloître, prés du chœur de la Cathédrale, et va aboutir à la rue Châteaufort ou du Manège. Rue Sivry-Va

Rue de la Visitation Rue Solignac.

Rue Dauphiue (faubourg Saint Pierre) . . . Rue Sonnini.

Second tiers de la rue de l'Hôpital , pris entre la rue Saint Julien et la rue Léopold (rue de la Constitution ou Congrégation) Rue Spierre.

Rue et place Stanislas (déjà admises) .... * Rdb et place Stanislas.

Impasse du Collège Impasse Tressant

Passage dé la Pépinière (à droite des trottoirs Herc ) , et place située au bout en retour, derrière la fontaine d'Am-

phitrite Rue et place Vaudémont (a).

Rue du Four (ville neuve) Rue Vayringe.

Place Mengin (partie du marché actuel située devant la rue des Ponts) Place des Vieux Bourgeois.

Rue de la Charité (ville vieille) * Rie Vihceht de Pael (/»)•

Par l'adoption d'une nomenclature telle à peu près que celle dont nous venons de crayonner le projet , Nancy, nous le répétons , ne ferait qu'imiter ce qui se pratique ailleurs (à Rouen, à Dijon, partout), et qu'entrer à la fois dans le cercle des convenances et dans

la) Vaudémont, co grand nom, aussi glorieux, aussi ancien que la Lorraine même, exige à Nancy un souvenir, qui ne «aurait être «mieux placé qu'au pied de l'ancien bastion donl on vient d'achever de démolir la conrline. (Voir ci-avant, note A, page 313.)

(a) Itoe fincent de Pou/, et non Snint Vinrent de Paul, attendu qn'icl il M serait point considéré comme habitant du ciel, mais do la terre; honoré non point pour le* mérites religieux qui l'ont fait canoniser, mais pour son rôle historique lovl -à-fait iprcial en Lorraine, k l'époque où seal il flt arriver, avec un aèle sans bornes, des aumônes multipliées; secours immenses , quoique bien insuffisants encore pour les maux d'alors.

DE LA SECONDE PARTIE

celui de la coutume générale , dont récarie jusqu'à présent une absence d'orgueil patriotique aussi singulière que peu louable. En se résolvant à honorer enfin ceux qui l'honorèrent, et en prenant par la son propre rang, l'ancienne capitale de la Lorraine aurait la rare bonne fortune de tout gagner a bien agir , et d'obtenir, pour une détermination avantageuse, prise au profit de sa gloire, les témoignages de l'assentiment universel. ,

Peu importe que dans le nombre des noms à saluer ainsi , quelques uns appartiennent aux ancêtres de dynasties devenues étrangères au pays, — peut-être même ennemies un jour de la patrie française, dont les Nancéycns font à présent partie, et à laquelle ils veulent fortement rester fidèles. — Il n'y a pas là de raison pour se montrer ingrat envers ce qui fut , ni pour renier quant à soi de nobles gloires. L'amour de la France n'exige ni l'iujustite, ni la platitude, ni l'anachronisme. Rien ne commande, — rien même ne permet — aux gens de Nancy, sous prétexte de zèle pour la fusion , d'oublier de grands et beaux noms , que la vertu a consacrés, et dont la suppression, aux lieux où ils régnèrent, ne serait qu'une toUUe rétroactive.

C'est ce que montraient fort bien, en 1840, les souscripteurs du monument Léopold, lorsque, parmi ces mesures honorifiques et réparatrices que l'on attend , ils réclamaient au moins la plus urgente : le placement d'une rue de Nancy sous le vocable de l'excellent prince à la mémoire duquel ils venaient d'ériger à leurs frais un cénotaphe.

« Par cet hommage, que rien ne doit arrêter, » disaient-ils, — « rien, pas même l'ébranlement actuel de l'Europe (a), — nos départements du Nord- Est feront preuve de cette mâle équité qui se marie si bien à l'énergie. La Lorraine, juste a l'égard du passé comme à l'égard du préseut, doit et peut sans crainte, fut-ce en face des baïonnettes autrichiennes, admirer ce qui put admirable. Devenue profondément française sans avoir cessé d'honorer ses longs siècles de gloire propre, — elle connaît l'art d'allier sans let confondre ces deux nobles ordres d'idées. Que les drapeaux d'Austerlitz se trouveut demain déployés : et l'on verra de nouveau , à la vigueur de son élan pour les suivre, qu'elle sait mener de front le culte de ses devoirs et celui de ses souvenirs. »

(a) Les complications d'Orient faisaient regarder comme possible alors une guerre générale, qui n'eut pas lieu.

NOTES

Note 25, page U3.

« Les trois belles portes militaires bâties sous Charles III , et si supérieures à leurs deux sœurs modernes. »

Malgré leur petit air théâtral , les deux joujoux symétriques qui servent d'entrée aux rues Stanislas et Sainte Catherine , ne sauraient sérieusement être comparés aux trois nobles portes murales élevées sur les dessins d'Orphée de Galéan, savoir, les portes Saint Jean et Saint Georges , et la porte Saint-Nicolas de la ville neuve (a).

Ces pylées imposants, moitié riches et moitié sévères, étaient d'un style parfaitement approprié à leur position, à leur destination, qu'il ne faut point perdre de vue. On s'en ferait la plus fausse idée si on se les représentait comme des constructions superflues et de parade. C'étaient des portes très-réelles de place forte, à herses et à ponts levis , auxquelles il ne faut chercher de rivales que dans leur propre genre. Or, en les comparant aux portes de Metz, de Lille, de Strasbourg, on voit ressortir leur supériorité; et, toutes déshonorées , toutes méconnaissables qu'elles sont, on devine encore pourquoi elles furent si justement admirées.

Au reste , Israël Sylvestre les a gravées. Dans sa collection , elles figurent au naturel , avec leurs ponts et leurs fossés ; elles se montrent comme elles étaient , non mutilées , non enterrées ; et c'est là que l'on juge bien de l'aspect majestueux qu'elles présentaient.

Note 2C, page 144.

« Les beaux ombrages de la Pépinière , etc. »

Celte promenade , qui s'étend sur toute la longueur de l'un des côtés de la Ville Vieille, occupe, avec la largeur des anciens fossés, celle du lerrein qui , situé au delà de ces fossés , servait aux exercices de tir des buttiers de Nancy, jadis si renommés pour leur adresse et leur bravoure.

(a) Pour celle dernière, qui conduit au faubourg Saint Pierre, nous ne parlons que de sa face externe. Son côté tourné vers la ville est insignifiant.

DE LA SECONDE PAnTlE.

On y remarque une superbe allée de tilleuls, appelée la Terrasse, qui va du bastion de Vaudémont (jardin de l'Evêché) jusqu'au réduit du bastion le Duc (calvaire ou gymnase). Elle dessine encore la ligne du rempart, ou plutôt elle est le rempart lui-même , quoique rabaissé par la tète et enterré par le pied (a). Seulement, nul indice n'y reste pour laisser voir où se trouvait le plus beau bastion de l'Europe, le haut, le large, l'élégant bastion sculpté, nommé des Dames ou de la Cour, — lequel, construit sur l'emplacement du vieux palais de Raoul , servait de second parterre au magnifique château ducal d'Antoine et de Charles III.

Créée sous Stanislas , la Pépinière avait pris ce nom de sa destination primitive; car ses carreaux étaient remplis de jeunes arbres, dont la vente formait l'un des petits revenus de la Ville. Assez de gens faisant fleurir ce commerce aux environs de Nancy , on a eu le bon esprit de renoncer au mince profit de la spéculation urbaine; on a fait, avec raison, disparaître cette foule de menues tiges, qui n'ornaient point du tout les lieux , qui les attristaient au contraire, parce que, placées sur un sol bas, elles y entretenaient l'humidité. Aujourd'hui l'on n'y sent plus ces menaces de rhume qui éloignaient les promeneurs ; et rendue aux heureuses influences de l'air et du soleil, la Pépinière (qui pourrait désormais s'appeler autrement) , est devenue le rendez-vous de la population honnête , laquelle naguère la fréquentait peu.

Ce beau parc à pousses vigoureuses, varié quoique régulier, imposant quoique sans statues, et dont l'un des mérites est peut-être même de n'offrir que des beautés végétales et délivrées de l'attirail mythologique , — est arrivé à un état satisfaisant , que l'on aurait tort de changer. Sous l'ombrage de ses grands arbres , au bord de ses gazons parfumés , les lecteurs et les rêveurs se complaisent , les parents viennent s'asseoir à l'aise et voir jouer leur jeune famille. Il y aurait manque de jugement à vouloir, par une recherche inopportune des formes anglaises , — formes en désaccord avec les conditions d'un terrein plat et carré, — détruire de magnifiques allées, qui, les unes vertes, les autres sablées, ont chacune leur caractère; ayant été plantées d'arbres d'essences diverses, dont les dômes verts ne se ressemblent point.

Telle qu'elle est actuellement, c'est-à-dire devenue riante et demichampêtre sans avoir tourné au colifichet, la Pépinière de Nancy est une charmante promenade. L'aspect, sans doute, en conserve quelque

(a) Eo y arrivant par 1 hémicycle de la Carrière , on s'aperçoit encore un peu , au reste de talus qui subsiste, que l'on monte sur un rempart.

NOTES

chose de royal, — mais dont le genre convient par fa il ornent à une ancienne cité souveraine , appelée à garder un peu son rang, et non à courir au devant des modes, comme les villes sans consistance... qui font des frais de coquetterie pour les Anglais et les baigneurs. De tous les projets imaginés pour le perfectionnement de ce parc, un seul serait une amélioration réelle ; c'est celui qui consisterait à ouvrir enfin à deux battants, selon le désir général, la grille du fond, donnant sur les Grands Moulins , Essey et Malzéville : issue qui se réduit, jusqu'à présent , à un guichet pratiqué pour les piétons.

Bien entendu que pour maintenir là une élégance nécessaire , cornmandée par la nature des choses , et réclamée par les plaisirs du pauvre aussi bien que du riche , la grille dont nous parlons ne serait point assimilée aux portes ordinaires delà ville, par où tout véhicule peut entrer. Le passage en resterait interdit aux chars de service , et ne serait livré qu'aux gens à cheval ou qu'aux voitures suspendues.

Il va sans dire , aussi , que , limitée des deux côtés par une banquette de gazon à hauteur d'appui, l'allée centrale, celle qui vient déboucher en droite ligne à l'hémicycle de la Carrière , serait la seule ainsi transformée en roule. Toutes les autres, comme aujourd'hui , demeureraient absolument réservées pour les promeneurs à pied.

Note 27 , page \ 44.

« La place Stanislas que ses grillages, à deotelles, ses fontaines bronzées se dessinant sur des fonds de verdure, etc., etc., rendaient autrefois une merveille étonnamment jolie. »

Nous n'entrerons dans aucun détail sur ce charmant ensemble architectural , bien connu par les dessins de l'architecte Héré. Mais ce qui en doublait le riche effet , et dont l'équivalent n'existait nulle part ailleurs , c'était les ouvrages du fameux serrurier Lamour , homme de qui l'on a dit qu'il sculptait le fer avec son marteau.

« Les magnifiques fontaines de Neptune cl d'AmphiUïle, les incomparables grillages qui les accompagnent, les portiques de fer si délicatement ouvrages qui dissimulent avec adresse l'irrégularité de certaines rues (a) ,

(a) Ceci n'est juste que pour la rue îles Dominicains cl pour celle do la Constitution ou Congrégation, dont la déviation est d'ailleurs peu sensible.

DE LA SECONDE PARTIE

2il

déAeol Tiniaginaiion, et surpassent encore ce qui les entoure. Guibal et Cifflée fondirent les statues : Jean Lamour fut l'inventeur et le forgeron de tout le reste. Le fameux Servandoni , accouru à Nancy sur la foi de ces merveilles , contempla longtemps les grilles de la Place Royale, s'écriant qu'il n'aurait jamais cru que l'art de la serrurerie pût être porté à ce degré de perfection. En effet, il n'existait point de modèles en ce genre, et le Nancéïen Lamour n'a pas non plus laissé d'héritiers de son géoie original et puissant. Pourquoi faut-il que, par la plus inexcusable ignorance de leur mérite, on ait laissé dégrader ces cbefs-d'œuvre , en permettant d'y enlever des couronnes , des pyramides à trophées, des bras de lanternes, et en laissant remplacer par un infâme badigeon les dorures des feuillages et des ornements (a) ! »

Hélas , que n'a-t-on pas gâté , mutilé , déshonoré de pareille manière à Nancy, soit au dehors, soit au dedans des édifices..? depuis l'arc de triomphe , par exemple , dont on a supprimé tout justement ce qui le rendait remarquable (les deux escaliers par où Ton montait sur une plate-forme culminante , qui permettait d'embrasser, en se tournant ou vers la Carrière ou vers la Place Royale , l'ensemble des constructions chéries du Roi de Pologne), jusqu'au grand salon du Gouvernement, dont on a remplacé le noble stuc blanc et les délicates peintures , — ornements d'un goût si distingué , — par les banales décorations d'une sorte de salle de restaurant (6) t

Détruire, détruire, toujours détruire, tel est le système qu'avait adopté Stanislas en Lorraine : on n'a que trop bien retenu ses leçons; souvent même, depuis sa mort, on les a tournées contre lui. Abattre et raser tant qu'on peut , — mutiler, aplatir, empreindre de vulgarité , tout ce qu'on ne renverse pas , — c'est devenu la triste habitude et la manie des Nancéyens.., de ceux du moins dont les conseils ont été malheureusement écoutés.

(a) J. Cayon, Histoire de Nancy, p. 285.

(6) Les beaux ornements en stuc blanc étaient des frères Mansiaux-Chevalier, de Ceinlrey ; les délicieux treillages à guirlandes de fleurs appartenaient au pinceau de Pillemenl. Dans les temps d'abandon du palais, pendant nos troubles, une gouttière, il est vrai , avait fait des taches au plafond ; mais, par un bonheur singulier, ces taches se trouvaient figurer des nuages; aussi tous les connaisseurs déplorèrent-ils le parti que l'on prit de sacrifier de si admirables choses, pour un accident qui les avait si peu altérées.

242 NOTES

« L'antique prieuré de Notre-Dame, antérieur à 1150, comme suffirait pour en donner la preuve le genre des ornements de son portail. »

Ce portail à plein ceintrc , dont les sculptures , dans leur grossière exécution , ne manquent ni d'effet ni de caractère, on peut encore le visiter : il existe. Lorsque la Révolution détruisait tout , on le préserva matériellement , mais en le détournant de sa destination religieuse. Acheté comme élément gothique propre à former une de ces ruines qui étaient devenues de mûde, et qu'on regardait comme indispensables alors pour décorer les paysages artificiels, il fut transporté non loin de Nancy, dans les pittoresques jardins de Remicourt, dont il est Tune des fabriques.

Grâce au progrès des convictions chrétiennes, le désir public reviendra chercher, le respect reviendra entourer, ces pierres bénies, qui virent passer sous leur voûte tant de générations croyantes. Le jour luira, n'en doutons pas, où les débris de Notre-Dame de Nancy seront rendus à un emploi sacré. Ce qu'avait commencé à faire, en les sauvant, le simple sentiment de l'art.., le sentiment de la foi l'achèvera, en les replaçant dans quelque temple.

Note 29, page 149.

« La pieuse Marie Leczinska , qui avait légué à la ville de Nancy cette preuve d eminenle affection. »

Peu de gens remarquent assez quel beau spectacle présenta , dans un âge tel qu'était le siècle dernier, l'honorable et douce conduite de Marie Leczinska : âme non seulement restée pure au centre des corruptions de Versailles , comme une Àréthuse chrétienne au milieu des mers du monde , — et non seulement parvenue (chose bien rare en un pareil temps) à se concilier l'affection avec l'estime universelle, — mais , de plus, assez influente autour d'elle pour que ses gens de service l'imitassent et se maintinssent irréprochables ; mais institutrice assez puissante pour avoir formé , par ses soins, un fils qui , s'il avait vécu , aurait rendu la considération au trône , et des filles

DE LA SECONDE l'AHTIE.

dont , malgré les périls que leur faisait courir chaque jour l'atmosphère où elles respiraient, pas une seule ne dévia; mais, aimable et spirituelle, en même temps que vertueuse; mais judicieuse, d'ailleurs, toujours calme, toujours d'à-plomb ; mais indulgente et digne à la fois ; mais sachant admirablement, — sans descendre des hauteurs morales où tout l'obligeait de rester, — pardonner et à son coupable époux, et même aux plus effrontées concubines de l'homme du Parc aux Cerfs (a).

Sans doute la vie de Marie Leczinska n'est pas écrite de la façon qu'il faudrait pour notre époque, — son zélé biographe ne s'étant point élevé au dessus de la zone des honnêtes idées de l'Ancien Régime. — Mais, s'il fait quelquefois sourire par certaines méprises, c'est au lecteur intelligent à élargir le cercle des pensées du royaliste abbé Proyart ; à modifier bénévolement celles qu'on ne peut admettre en entier, — et à ne pas faire souffrir, de l'insuffisance des vues d'un brave homme, le respect dû à la mémoire d'une princesse rare en mérites , qui fut louable à triple droit , comme femme , comme reine et comme mère.

Or c'est dans les contrées de l'Est , à Nancy principalement , que devrait être populaire le renom des excellentes qualités de Marie. Bonne Polonaise , bonne Française , bonne chrétienne , — elle fut en outre, par adoption, bonne Lorraine; elle éprouva pour l'Auslrasie plus de sympathie que n'en ressentait Stanislas.

Lors des vexations innombrables dont gémissaient sous lui les citoyens d'entre Rhin et Meuse , victimes qu'ils étaient du chancelier La (lalaizièrc (6), c'est elle qui se fit à Versailles l'introductrice des députés de la noblesse et de la magistrature de Nancy , défenseurs en cette occasion des intérêts du peuple; c'est elle qui, dérogeant alors à ses habitudes de réserve, — parce qu'il s'agissait moins là de politique que d'humanité, — osa prendre modestement en main, contre le tyranneau de Lunévillc , la cause des Lorrains opprimés , et faire valoir auprès de son époux les droits sacrés que négligeait de proléger son père.

Et quand Dieu la retira de la terre (au moment où sa première pâ-

te) Nous n'avons pas besoin de dire que la fille de Stanislas fut exempte de certaines pruderies imbécilles , qu'un petit nombre de calomniateurs lui ont prêtées. Sa piété était trop éclairée pour la porter à aucune espèce de sotiises ; et ce qu'ont voulu accréditer , pour la justification des débauches de Louis XV, les flatteurs des câlins de cour, n'avait pas même l'om bre de vraisemblance.

(6) Voir la noie 37, pages 97 à i 10.

Page 1