SECONDE LETTRE
La première démarche d'Antoine, messieurs , fut d'envoyer faire des ouvertures aux révoltés , par voie de sommations féciales. — C'était ne pas savoir encore assez a quelle sorte d'hommes on avait affaire. — Incapable des moindres scrupules , et n'ayant pas même assez de sentiments d'honneur pour ne point violer le caractère sacré des héraulls ( 1 ), les Luthériens tirèrent dessu s ; ils tuèrent Tune des cloches d'armes ( ainsi nommait-on les trompettes qui accompagnaient les parlementaires ). Cette gent ignoble et rustique , dit fort bien Volzir, méconnaissait les us de chevalerie et se jouait de tous les droits de la guerre. Pour la faire songer à résipiscence, le Duc se vit donc réduit à ne plus parler avec elle que la langue du glaive et du canon.
Mais à peine commençaient les travaux d'investissement, que Ton reçut avis de l'approche d'une division formidable. Dix mille paysans , vigoureux et bien armés , venaient d'arriver à quelques lieues : échantillon des hordes farouches qui se rassemblaient * et qui allaient accourir de toutes parts. Quoique suivis de femmes, et de voitures chargées de pillage, ces « mécréants voluptueux et lubriques , » comme les appellent les écrivains du temps (2), n'étaient nullement efféminés;
( \ ) Herculanus (Antoniivita, X).
(5Î) Volzir, chap. 43, etc.
au contraire : le vin , le vol ei la luxure, n'avaient fait que les enflammer, et l'enivrement du mal les rendait en quelque sorte irrésistibles. — Dans cette crise , le seul moyen de salut, pour l'armée sociale et catholique, était daller au devant du péril, au lieu de l'attendre. Aussi, et quoique les assiégeants ne fussent pas même égaux en nombre aux assiégés à qui venait le renfort, ils n'hésitèrent pas un moment. Ne laissant autour de Saverne que de quoi faire bonne contenance, ils se portèrent à la rencontre du corps ennemi , qui occupait déjà Loupestein (1).
Le choc fut terrible et douteux; cependant la fureur libérâtre ne put , jusqu'au bout , tenir tête au zèle du devoir, et le fanatisme finit par reculer devant la foi.
Mais on n'avait presque rien gagné, sinon le lerrein ; car les Luthériens défaits, au lieu d'entrer en pourparlor, allèrent prendre pour abri un double rang de charriots, flanqué de baies et de fossés, rempart de derrière lequel leur feu faisait grand
(1 ) L'armée sociale et catholique : nous laissons subsister ces mots, tels qu'ils avaient été écrits à la veille de la dernière révolution. Alors le terme de social conservait son sens naturel , et s'appliquait aux principes moraux et légaux sur lesquels repose la Société; on ne l'avait pas encore détourné de son acception pour lui faire qualifier les systèmes subversifs les plus incompatibles soit avec l'ordre , soit avec la liberté. En réalité, rien dans l'histoire ne mérite mieux celte noble épithéte que l'armée d'Antoine. Chrétienne, puisqu'elle défendait la foi, elle était éminemment sociale aussi, puisqu'elle protégeait tous les intérêts sociaux (la propriété , les moeurs, etc.), et qu'elle avait à sauver, comme le dit avec raison un auteur de l'époque, la chose publique , ébranlée partout; rem publicam , la république européenne.
ravage. Il fallut, à corps découvert , franchir ces obstacles puissants; Guise et Vaudémont s'y distinguèrent, et leur brillant courage parvint à faire disparaître ce que la lutte avait d'inégal. Toutefois , les lignes de défense enlevées, un troisième combat fut nécessaire, — les vaincus ayant couru , toujours obstinés, se barricader dans les maisons même de Loupestein. — On eut beau les sommer, en leur promettant la vie sauve : ils fermèrent l'oreille à la voix du trompette , organe de la clémence des deux princes. Tandis que le soldat catholique, malgré son ardeur et ses pertes , consentait encore à les épargner, ces entêtés ne voulurent jamais se rendre à un si magnanime ennemi ;
Hosti nec sac voluerunt dedere tanto , Herôumjusm prœco licet antè rogâstet. (\)
Il fallut donc les attaquer pied a pied, en les délogeant, par la flamme, de chacune des rues du village, où Ton ne pouvait pénétrer sans périr. Ce nest qu'au dernier, qu'au tout dernier moment , qu'un fort petit nombre d'eux fit signe de reddition , du haut du toit d'une église qu'ils avaient prise pour repaire. Malheureusement , l'incendie, communiqué de proche en proche , se trouvait les cerner déjà , et il ne fut plus possible à la générosité lorraine de se frayer passage pour les aller sauver. Là périrent , avec eux , et les gourgandines qui les accompagnaient, et tout l'amas des pieuses richesses qu'ils avaient arrachées aux temples, sur leur route, pour en doter ces impures bacchantes , apôtres femelles de l'Hérésie.
Revenus au camp, et réunis à leurs frères après avoir fait
( 1 ) Pilladii Rmtkiados lib. IV.
disparaître un si grave péril, les vainqueurs, tant Lorrains que troupes auxiliaires, ne formaient en tout, devant Saveroe, que dix mille hommes contre dix-huit mille; mais ils avaient le sentiment du bon droit et l'enthousiasme du succès. L armée du Désordre, au contraire, en apprenant le triste sort de ses camarades, taillés en pièces par les croyants, avait perdu courage : les fumées du crime se dissipaient comme une ivresse , et les remords arrivaient avec la peur. Aux préludes d'une nouvelle attaque , les assiégés demandèrent à capituler : trop heureux que l'on voulût bien , renonçant à la loi des représailles, les admettre à négocier, eux qui avaient ensanglanté l'auguste et conciliant office des héraults d'armes.
Grand et large dans ses procédés, Antoine, quoiqu'a la suite de tant d'horreurs, n'excepta personne du pardon. Il accorda aux paysans, y compris leurs plus coupables chefs, amnistie générale; il leur laissa, sans réserve, la vie, la liberté et les bagages ; pourvu qu'abandonnant l'ignoble cause dont ils s'étaient faits les soldats, et renonçant au cri de vive Luther, qui leur servait de ralliement, ils déposassent simplement les armes et retournassent chacun chez eux , où l'oubli complet de leurs actes leur serait garanti. Telle fut la condition posée et acceptée. — C'était le 17 mai 1525. — On stipula que le lendemain les révoltés évacueraient la place. En attendant, des officiers y furent envoyés, préparer la prise de possession; et pour leur sûreté au milieu des brigands, le Duc exigea cent ôtages.
Le 18 au matin, la retraite convenue devait s'opérer. L'armée d'Antoine, selon l'usage de tous les vainqueurs en cas pareils, était rangée en bataille; non certes pour assassiner les vaincus (comme vous l'avez tristement dit, messieurs, en répétant une déplorable invention des méchants), mais pour jouir de son triomphe et voir défiler la garnison.
A la pointe du jour, les sentinelles lorraines aperçoivent un homme qui s'échappait mystérieusement de la ville et gagnait des sentiers détournés. On le poursuit , on le cerne f on l'arrête ; on le conduit au quartier-général.
Fouillé en présence du Conseil, il est trouvé porteur d'une dépêche secrète, par laquelle les traîtres Rustauds, tout comme si de rien n'eût été, appelaient en hâte leurs compagnons de la Haute Alsace. Trop peu sûrs , disaient-ils , de gagner la bataille, ils feignaient de se rendre, mais afin de conserver leurs bras au drapeau du soulèvement. Que l'on se pressât d'arriver : rien de plus facile encore que de surprendre et d'écraser la troupe catholique. Eux, ils renforceraient les bandes, pourvu qu'on leur fournit des armes, puisque, d'après le pacte conclu, ils déposaient les leurs. Avoir soin, par conséquent, de leur en apporter (1).
Tant de perfidie , messieurs , étonna les princes et les généraux. — Ils auraient dû en être moins surpris. Qu'avait d'étrange, chez des êtres à doctrine infernale et a conduite conforme à leur doctrine, une scélératesse de plus, après dix mille autres !
Plusieurs personnages militaires proposèrent au Duc de regarder comme nul le pardon accordé , et d'exiger que les rebelles, pris en flagrant délit de parjure, se rendissent à discrétion. De cette façon, on aurait puni de mort les officiers au moins, et emmené la garnison prisonnière en Lorraine.
(\) Festinent et arma secum afferant auxiliatoret ; ipsi enim, ex paeto, inermes es&cnl abituri. (Jean Hcrquel , XIII). Voyez aussi Volzir , Pilladius , Boucher, etc.
A leurs yeux , le droit , le juste droit d'agir ainsi , n offrait pas un doute, — parole ne devant pas être gardée à qui venait de violer la sienne :
Fidem frangenti, fides frangatur eidem.
Et il fallait d'autant moins hésiter, disaient-ils, à prendre ce parti , que le moment pressait , et qu'à raison des dangers futurs, une résolution vigoureuse était nécessaire. Effectivement, le départ commençait, les Rustauds sortaient de la ville, et bientôt le fruit de leur ruse allait leur être acquis.
Antoine, cependant, ne voulait pas entendre parler de rigueur. Tout en reconnaissant rompue la capitulation, il répugnait à en abolir le bienfait, et I on ne délibérait plus que sur les précautions à prendre pour y suppléer. Mais tandis que la clémence prévalait, et que l'on discutait en ce sens les choses en Conseil, — Dieu, selon l'expression d'Emond du Boulay, « les avait décidées autrement , au consistoire de son éternité. » Une circonstance minime, imprévue, lit prendre soudain aux événements la face la plus terrible.
En tête de l'une des bandes qui défilaient devant l'armée , certain jeune gars, à face réjouie, se distinguait par sa taille, sa corpulence, et par des airs d'homme content de soi. « Camarade, » lui dit un facétieux lansquenet du pays de Gueldres (1), « toi qui passes si fièrement, n'oublie pas que tu l'as échappée belle. » A ces paroles le rustre chatouilleux répond brusquement par des injures , osant jouer assez gros jeu pour traiter
( 1 ) Facétieux est de N. Boucher, qui déclare avoir mis le plus grand soin à recueillir au complet les récits des gens bien informés.
le Gueldrois de schelm, c'est- à- dire non seulement de coquin, ainsi qu'on l'entend aujourd'hui , mais ( selon l'ancienne valeur du mot) de charogne.— Celui-ci, fort peu endurant, lève son arme , en homme qui va frapper. Le téméraire villageois, au lieu de prendre au sérieux la menace, lui crie au nez « Vive Luther! » A peine avait-il lancé cette insolente provocation, qu'il tombe atteint de la pertuisane du soldat... Une voix, partie des rangs gueldrois, s'était fait entendre : « Frappe , va; frappe , c'est permis; » et le lansquenet irrité n'avait pas attendu d'autres ordres.
Mais voici bien pis. En voyant choir leur compagnon blessé, les paysans s'émeuvent, se groupent; et tous ensemble, comme pour lui donner raison, ils répètent « Vive Luther ! »
C'était le comble de l'imprudence. A cette odieuse clameur, si bien connue de ceux qui l'avaient ouï pousser dans le combat , et à qui leurs oreilles ne la rappelaient que comme cri de guerre (1), les soldats, se regardant comme nargués et défiés, jugent les hostilités reprises; ils s'élancent contre les Rustauds avec une ardeur aveugle, et font main basse sur eux.
Zuriick, Zuriick (en arrière !), s'écrient ces malheureux. Et vile ils courent s'abriter près des remparts, où leurs camarades, avertis par le bruit, leur apportent des hallebardes. Réarmés comme 1 ceux-ci, qui ressaisissent par milliers leurs piques ou leurs arquebuses déposées, ils font volte-face, ils prennent l'offensive , et les premiers assaillants succombent ; les gens de Gueldres allaient être écrasés. Mais pendant ce temps, un mouvement électrique s'était communiqué de rangs en rangs ; il avait passé aux Italiens, aux aventuriers, et fina-
(1) Vive Lutlier! fut encore, trois jours après, le cri de combat des anarchistes à Cherviller.
lement aux Lorrains; car, une fois l'élan donné, chacun s'était cru obligé de suivre, et la fièvre belliqueuse avait gagné tout le monde. En vain les chefs avaient rappelé leurs troupes ; en vain les princes s'étaient jetés au milieu d'elles pour les retenir : impossible a eux de dominer cet entraînement inexplicable. La mêlée devint générale.
Cependant, si les portes de Saverne avaient pu se fermer, il en fût résulté un temps d'arrêt, qui eût permis à la raison de se faire entendre, et à l'autorité, de reprendre le dessus. Mais, par malheur, la herse, qu'on voulait baisser, s'arrêta dans sa chute ; l'entrée demeurait accessible. Dans cet état de choses, le passage fut forcé, et les assaillants, pénétrant dans l'enceinte, s'y regardèrent comme dans une place enlevée d'assaut, où tout appartient aux vainqueurs , où les vaincus sont passés au fil de l'épée. Ceux-ci, d'ailleurs, s'étaient pareillement échauffés de leur côté; ils avaient la supériorité du nombre , et la résistance était âpre. On combattit de rue en rue ; le carnage fut horrible , il atteignit même beaucoup d'habitants. Victimes de la complicité qu'on leur savait avec l'ennemi, les bourgeois auraient partagé le sort de celui-ci, sans les efforts et de plusieurs marchands lorrains , qui se jetaient a la traverse pour les protéger, et de divers chevaliers, envoyés exprès par le Duc ; notamment , du seigneur Nicolas de Ludres , qui parvint avec peine à faire éteindre le feu . déjà mis en plusieurs endroits de la ville (1). — Au milieu de cette boucherie , les princes de Guise et de Vaudémont , ministres de la bonté de leur frère , s étaient épuisés dès l'origine à vouloir calmer et comprimer la troupe. Personnelle-
(1) Quod $eniel ut vidére duces , mox , impete facto , Hoc cessnrej'ubent , grandi non absque tumultu.
( Pillad. llustic. V. )
ment ils sauvaient bien quiconque se trouvait à leur portée ; mais, pour obtenir davantage , il fallut qu'à leur humanité la fatigue de tuer vint en aide. Ce n'est qu'à la fin qu'ils réussirent à reprendre quelque ascendant ; — heureux alors de pouvoir, quoique bien tard, mettre un terme au massacre, et de faire du moins encore six mille prisonniers.
Sur la manière dont commença cette déplorable bagarre , c'est-à-dire sur la querelle du lansquenet et du paysan , il y a quelque variété dans les récits; et certes , rien de plus simple. Si, au sujet d'une scène tellement locale, qui, par sa nature , ne put avoir pour témoins oculaires que cinq ou six voisins, à peine attentifs à des faits si imprévus et de si courte durée, un peu de divergence ne régnait pas, — les lecteurs auraient lieu de se défier. Trop d'uniformité, en pareil cas , résulterait d'un accord factice.
Mais à travers la diversité des récits, une chose ressort, ressort jusqu'à l'évidence; c'est l'absence de préméditation , voire même de commandement. Qu'on lise Volzir, Du Bouiay, Pilladius, Boucher, Herculan même , qui est là dessus le plus vague dans ses termes (1) : il est impossible de conserver le moindredoulesurle caractère tout-à-fait accidentel d'un combat engagé à l'improvisle; d'un combat auquel, cinq minutes auparavant, personne ne s'attendait; d'un combat dont l'élan spontané, bizarre, fiévreux , loin d'être parti d'un ordre et
(1) Hostes , manifestatœ siiœ proditionis nescii, incipiunt oppido cedere; et inter emergendum , neseio quid jurgii ortum est inter milites Antonii et Lutheranos , quod tandem in ccedem evasit.
( Hcrculon. XIV ).
d'uu calcul, se déploya en dépit de tous les ordres et déjoua tous les calculs; d'un combat, enflo, opéré par l'aveugle volonté du soldat, de qui les chefs ne parvinrent point à calmer l'espèce de rage;
Cujus non potuêre duces scdare furorem (1).
Maintenant, messieurs, comment se rendre compte, et d'une pareille colère , et de l'impuissance où se trouvèrent les chefs d'en arrêter les résultats? lorsqu'ils « travaillaient si fort » à s'y opposer (2)! lorsque le duc Antoine était si a merveilleusement marri » de ce sanglant spectacle (3), «gui émouvait à pitié les princes et la gendarmerie (4) ! »
D'abord, humainement parlant, on peut dire que, l'affaire n'ayant point commencé par les Lorrains (qui ne s'y lancèrent que les derniers, et quand ils y crurent engagé le sort du drapeau), mais bien par des étrangers, — lansquenets, estradiots , albanais ou aventuriers, — auxiliaires dont il n'avait pas été possible, vu l'imminence du péril, de refuser l'assistance dans l'expédition d'Alsace : il n'y a guère à s'étonner que cette sorte d'hommes, contrariée peut-être de ne plus avoir a se battre , et de voir perdue pour elle , par la bonté du Duc, l'occasion d'un assaut, — ait saisi le plus léger prétexte pour rompre le pacte, afin de profiter de la loi des armes; car on sait quelle était alors l'ampleur du code de la guerre, surtout pour les gens qui en faisaient métier.
Voilà l'explication, telle quelle, que fournil le point de vue
( 1 ) Pillad. Rmticiad. lib. V.
( 2) N. Boucher, Conjonction des lettres et des armes.
( 3 ) Emond du Boulay.
( 4 ) C'est-à-dire la chevalerie. ( Idem. )
purement terrestre. Elle éclaircit déjà beaucoup le nuage; mais n'est-elle pas insuffisante? — Les contemporains de l'événement, messieurs, en ont tous entrevu une autre, plus élevée, dont l'indication perce dans leur langage.
Dès l'époque païenue,'on avait remarqué la nature singulière de certains entraînements, non raisonnés, et qui tiennent du prodige. Effets trop étendus, — disproportionnés avec la petitesse de ce que Ton prend pour leur cause, — ils sont caractérisés par une force irrésistible , supérieure à l'empire de l'homme. Les Anciens y avaient vu quelque chose de surnaturel; ils les attribuaient a une divinité mystérieuse et suprême : à ce grand Pan dont chacun sait que la mort symbolique fut annoncée en divers lieux , au moment du sacrifice du Calvaire. — Et l'ébranlement dont nous parlons, messieurs, peut se manifester aussi bien par des colères extravagantes que par des effrois sans mesure. Il peut y avoir indifféremment, des terreurs paniques ou des fureurs dignes du même nom.
Or, si jamais fureur panique s'est montrée quelque part , * c'est en 1525 a Saverne, où trois mots, prononcés au hasard, par on ne sait quelle voix , « fatale ou déïfique ( 1 ), » se trouvèrent avoir sur-le-champ une suite si épouvantable. — Non qu'il soit nécessaire de s'imaginer miraculeuse au sens propre, ni précisément descendue du ciel, la funeste voix dont il s'agit; mais lorsque trois mots fortuits, partis de la bouche du premier venu, suffisent pour produire de tels effets..., on ne saurait guère se refuser à voir derrière eux une formidable impulsion providentielle.
(t ) Volzir, diap. 18.
Est-il donc étrange, après tout, que le courroux céleste, qui se révèle quelquefois dès ce monde, ait laissé prendre à la malédiction une forme visible? Est-il si étonnant que l'acte de clémence du prince lorrain n'ait pas été ratifié au tribunal éternel! et que le Seigneur dieu des vengeances (Deu$ u/fmnum Dominus ), dont les justices souveraines diffèrent tant de nos idées.., ait abandonné tout à coup aux rigueurs de l'antique anathôme, — comme une peuplade de Ghanaan, — cette armée dé libertins sanguinaires et sacrilèges , dont le diabolique amour du mal était allé jusques a déterrer les morts.., et qui avait fait boire, en ricanant, les prostituées dans les calices !
Souvent il arrive ainsi, dit Pilladius, que Dieu, déposant sa patiente miséricorde, frappe d'un châtiment terrible les coupables, et qu'atteignant dès ici-bas certains crimes d'une nature hideuse, il ne les laisse point passer impunis, comme l'on s en était flatté.
Scepè Deus soutes , sic, mansuetudine missà , Castigat , fœdumque scelus non linquit inultum.