LES RUES
Comme nous l'avons exposé plus haut, les quatre rues principales de Nangis sont formées par le croisement au carrefour des deux routes départementales n° r et 19. La route de Melun forme la principale artère; elle traverse Nangis du levant au couchant. Elle prend à l’entrée le nom de faubourg de Melun, puis celui de rue de la Poterie; après avoir traversé le carrefour, elle devient la rue Noas-Daumesnil, et enfin prend le nom de faubourg Saint-Antoine, devenu depuis peu faubourg Notaire. Ce nom n'a pas été choisi, comme on pourrait le croire, pour rappeler le notariat nangissien qui na joué aucun rôle en cet endroit, mais en souvenir d’un don fait à la ville par une dame veuve Notaire, don qui servit à édifer la maison du gardien du cimetière.
La rue de la Poterie, où se concentre en grande partie le commerce de détail de la ville, à été, ainsi que nous l’avons exposé au début de ce récit, la première rue créée lors de la formation de Nangis. Ce nom de Poterie paraît remonter à une haute antiquité, car nous l'avons rencontré dans les plus vieux titres; il provient sans doute d’un établissement de potier établi en cet endroit. Sous l’ancien régime, la rue de la Poterie ne s’étendait que du carrefour à la halle marchande; la petite place formée devant cette halle s'appelait la place au Beurre; à la suite, venait la rue de l’Etapeau-Vin, allant de la halle à la porte de Melun, sur les fossés. C'était dans cette rue que les nombreux vignerons de Saint-Ouen, de Fontenailles et de la Chapelle-Gauthier apportaient les vins de leur récolte les jours de marché et de foire. Puis au delà des fossés s'étendait le faubourg de Melun, et, à son extrémité, à la suite du parc du château, le faubourg des Granges-à-Poulain. Sous la première République, les rues de la Poterie et de l’Etape-au-Vin s’appelaient rue de l’Egalité.
La rue Noas-Daumesnil qui fait suite, s'appelait, sous l’ancien régime, rue Neuve, depuis le carrefour jusqu’au tournant de l’Hôtel- Dieu; là elle prenait le nom de Grande-Rue, et s'appelait, vers son extrémité, le faubourg des Bretonnières. En 1793, la réunion de ces troïs tronçons reçut,le nom de la rue de la Fraternité. Après la Révolution, elle s’est appelée rue Saint-Mathurin, du nom de la chapelle Saint-Mathurin dépendant de l’Hôtel-Dieu, puis rue Paul- Bert, du nom de l’ancien gouverneur de la Cochinchine. On lui a
donné enfin le nom de Noas-Daumesnil pour rappeler le magnifique don du domaine de la Boulaye, commune de Closfontaine, fait à l’hospice de Nangis par Madame de Noas, née Daumesnil, petite-fille du général Daumesnil, défenseur de Vincennes lors de la chute du premier Empire. Le carrefour au croisement de la route de Rampillon et de celle de l’embranchement s'appelait le carrefour de la Croix-des-Bretonnières. La porte, qui défendait le passage des fossés, s'appelait la porte de Rampillon. Au delà se prolongeait le faubourg Saint-Antoine.
La route de Montereau, qui traverse Nangis dans l’autre sens, forme aujourd'hui la rue des Ecoles, celle de l’Hôtel-de-Ville, la rue et l’avenue de la Gare. |
La rue des Ecoles s'appelait anciennement rue du Tournebride, sans doute à cause des deux tournants de cette voie et rue de Montereau. Sous la République, c'était la rue de la Raison. La rue de l'Hôtel-de-Ville s'était toujours appelée rue de l'Eglise; ce n'est que depuis quinze ans environ qu'elle a changé de nom. Sous la Révolution, elle s'appelait rue de l’'Egalité.
La rue de la Gare actuelle était la rue du Gué, qui conduisait au gué de la ville et rejoignait la grande route de Paris à Bâle. Elle renfermait un grand nombre d'hôtels et d’auberges, notamment les hôtelleries de Saint-Nicolas, de Saint-Louis, de la Corne-de-Cerf, de l'Ecu et du Lys. Au delà des boulevards, commence l’avenue de la Gare, quartier nouveau et de construction récente, Au croisement de la rue du Gué et de la grande route de Paris, un hameau, appelé la Baraque, était formé de plusieurs auberges pour le service du roulage alors si important. Ce hameau se trouve aujourd’hui incorporé à Nangis et a conservé le nom de la Baraque, qui lui provient d’une petite masure qui, au moyen âge, se trouvait seule au croisement des deux routes, et était occupée par le receveur des droits de péage dus au seigneur. Dans une niche, au-dessus de la porte, était placée une sainte Vierge, devant laquelle le clergé se rendait en procession le jour de Saint-Marc.
La rue actuelle de la République, qui relie la rue des Ecoles à Ia rue Noas-Daumesnil, s'appelait, dans sa partie vers le château, la rue Reverselieu, et, à l’autre extrémité, les Petites Rues.
La rue actuelle du Dauphin s'appelait, avant la Révolution, rue au Beurre-et-aux-Fromages. Pendant l'ère révolutionnaire, elle prit le nom de rue des Droits-de-l’Homme ; sous la Restauration, on lui donna le nom de la rue du Dauphin, enseigne d’un hôtel situé en cette rue. La rue du Mouton tire son nom fort ancien de l'auberge du Mouton qui se trouvait dans cette rue, en face de celle du Dauphin. Sous la République elle portait le nom de rue de l’Union, puis reprit son ancien nom, qui vient d'être remplacé par celui de Pasteur.
La rue des Fontaines actuelle portait anciennement le nom des
Petites-Creusottes jusqu’au boulevard, puis, au delà, rue des
Grandes-Creusottes, enfin, à son extrénuté, rue de l’Ecorcherie, à
cause sans doute d’abattoirs qui étaient déjà établis vers cet endroit.
Sous l’ancien régime, la ville trouvait bien lourd pour son petit budget le loyer qui lui incombait pour le logement des gendarmes. En 1786, la ville, représentée par Blaise Mercier, grand-maire de Donnemarie, baïlli et maire de Nangis ; Claude Oudot, médecin, premier adjoint, et François Fadin, marchand épicier, deuxième adjoint, acheta des héritiers de Jean Robert, cordier, deux maïsons. contiguës, formant un seul accint, avec jardin et aisances, le tout situé audit Nangis, au bout de la rue du Gué, près des boulevards, moyennant 600 livres. L'Etat vint sans doute en aide pour le paiement de cette somme; et la ville, en y logeant ses gendarmes, fut débarrassée de l’une de ses plus grosses charges, le loyer de la gendarmerie.
Anciennement, la halle marchande tenait du couchant aux bâtiments de l'hôtel de la Croix-Blanche, qui avait même une entrée sous cette halle. Aïnsi, par acte de Périer, notaire à Nangis, du 20 septembre 1745, nous voyons le sieur Loriot, hôtelier de la Croix-Blanche, louer à Antoine Rode, garçon boucher, le premier de la dynastie des Rode, bouchers à Nangis, une boutique dépendant de l'hôtel, et ayant son entrée sous la halle. Afin de dégager les abords de cetre halle, M. Gremeau, agissant comme maire, acheta, par acte reçu de Gervais, notaire à Nangis, du 19 mars 1828, des héritiers de Jean Thouzard, hôtelier, les vieux bâtiments de la Croix-Blanche, et sur leur emplacement, fit percer la rue du Minage, pour la partie qui longe la halle au couchant. La ville revendit le surplus dudit emplacement, à l’exception d'un petit bâtiment situé à l’angle de la place du Commerce, qu'elle conserva pour servir de corps de garde à la garde nationale, puis de resserre pour le marché.
Il existait alors un passage couvert qui, de la rue de la Poterie, près du puits du Temps-perdu, conduisait à la place du Commerce, en passant par une cour commune appelée la cour de l’Etape-au-Vin ; comme ce passage faisait double emploi avec la rue nouvelle, le conseil, dans sa séance du 3o août 1836, en ordonna la vente « comme réceptable d’ordures et repaire de gens mal famés ». Il fut vendu 700 francs à M. Gervais, maire à cette époque.
A l'angle de la rue de la Poterie et de celle de l’Hôtel-de-Ville, au Carrefour, se trouve une vieille maison qui a été mise récemment à l'alignement. Cette maison, appelée la maison des Piliers, qui datait du xvi° siècle, se prolongeait sur la place du Carrefour par une arcade reposant sur piliers et supportant un premier étage: C'était sous cette arcade que la ville, en 1792, avait installé le corps de garde de la garde nationale. Au premier examen, il était facile de voir que cette arcade était un ancien passage couvert ser-
vant autrefois d'entrée à une ruelle qui se prolongeait entre les
NANGIS c 115
maisons actuelles de la rue de l’Hôtel-de-Ville (côté des numéros pairs) et un pâté de constructions depuis longtemps disparu. Un acte de décès du 6 novembre 1644, déjà cité, peut nous donner une explication sur ces constructions rasées pour faire place au large carrefour actuel. Cet acte dit que ledit jour est décédée la femme de Simon Pelletier, marguillier, « laquelle mourut en son logis des Piliers, près les halles ». Cette maison des Piliers était-elle la même que celle qui nous occupe et qui porte le même nom ? En cas d’affirmative, les halles marchandes s’élevaient donc, au xvu° siècle, au Carrefour, sur la petite place actuelle. Comme ces halles devaient rétrécir la rue à l'endroit le plus fréquenté de la ville, elles furent peu après changées de place et transportées à l'endroit où elles se trouvent actuellement.