‹ NangisChapitre 11 sur 24 · BOULEVARDS ET FOSSÉS · texte numérisé non relu

BOULEVARDS ET FOSSÉS

Nous avons exposé l'origine des fossés et fortifications de Nangis. Il résulte de l'inspection des lieux que le plan primitif des fossés avait été établi sous la forme d’un carré. Mais la charge imposée par le seigneur de comprendre dans l’enceinte le faubourg des Bretonnières avait forcé de modifier la face au levant dudit carré. De ce côté, les fossés devaient primitivement s'arrêter environ à l’endroit où vient d’être créé un nouveau lavoir communal, et, de là, se diriger en droite ligne à la rencontre des fossés du boulevard Lebrun, laissant en dehors de l'enceinte la partie extrême de la rue Noas-Daumesnil, qui portait alors le nom de faubourg des Bretonnières, et partie des Petites-Rues.

De même, à l’autre extrémité, on avait laissé en dehors le faubourg de Melun. Pour enclore ce faubourg des Bretonnières, les fossés formèrent au levant une pointe aboutissant à la porte de Rampillon.

Il existait sur les fossés quatre portes principares avec ponts et

piliers : les portes de Melun, de Montereau, de Rampillon et de

Paris, ou du Gué.

Tant que les temps furent troublés, les habitants de Nangis firent bonne garde le long de leurs fossés, maïs lorsqu'avec Richelieu et Louis XIV le calme fut revenu, les fossés cessèrent d’être entretenus, et leur chemin de ceinture devint une promenade publique plantée d'arbres. Vers le commencement du xvin° siècle, les seigneurs de Nangis reprirent possession de la partie des fossés qui traversait leur parc, peut-être du consentement de la population qui reconnaissait que la clôture était devenue inutile.

Le 16 mars 1762, la ville obtint permission de l’administration forestière de couper 262 arbres épars dans les fossés et sur les remparts, pour en employer le prix en réparation du pavage et des puits communs, à la charge de planter pareil nombre d’arbres.

Le 11 janvier 1782, une délibération du conseil et des habitants condamna les fossés à disparaître. Voici les termes de cette délibération

« Nous, officiers municipaux et principaux habitants de la ville de Nangis-en-Brie, désirant occuper pendant cet hiver des ouvriers, et les occuper d’une manière utile pour eux et pour la ville; ayant remarqué que ladite ville est entourée de fossés toujours pleins d'une mauvaise eau cCroupissante, qui occasionne souvent des maladies dangereuses dans le pays, ce qui a donné lieu à plusieurs représentations desdits habitants à ce sujet. Que pour la salubrité de l'air, il serait nécessaire de les remplir de la terre qui en été autrefois tirée pour faire les remparts, ce qui donnerait plus de largeur aux promenades et donnera une décoration plus belle à la ville, en obviant à l'inconvénient desdites eaux et du défaut de leur écoulement. Mais comme les moyens de la ville ne permettent pas d’entreprendre tout à la fois, il a été arrêté qu’il n’en serait fait cette année que pour environ quatre ou cinq cents livres, en commençant par le coin derrière chez Robert, et, de là, aux Creusottes; dans laquelle dépense sera comprise la plantation des arbres qu'il conviendra. Et seront les travaux suivis par M. Perret, échevin, qui veut bien se charger du soin de veiller les ouvriers qui y seront occupés, et d’en tenir un état exact des journées qu'il rapportera par semaine à l'assemblée du corps de ville, pour être en état de connaître la dépense, et l’arrêter, si besoin est, en cas d'insuffisance de fonds. |

« Et sera la présente délibération remise à Monseigneur l’intendant pour obtenir sur ce, son agrément et autorisation au receveur syndic de ladite ville de payer les ouvriers, dont lui en sera tenu compte en rapportant les mandements quittancés.

« Fait et arrêté audit conseil le 14 février 1782; signé : Mercier, maire; Gransault, procureur fiscal; Perret, échevin; Barbier, Hardouin, greffers; Guillochin, receveur syndic, et Oudot, médecin. »

La partie indiquée des fossés fut comblée pendant cet hiver. Les travaux du nivellement commencés près la rue du Gué, derrière la maison Robert, qui devait bientôt devenir la gendarmerie, furent poussés jusqu’à la rue des Creusottes, mais le surplus desdits fossés devait mettre plus d’un siècle à disparaître complètement

En 1784, les fossés et remparts de la ville sont déclarés réunis au domaine de la couronne (archives de Melun, liasse 9, n° 1430), mais à la Révolution, ils furent rendus à la commune.

Le 26 juillet r79r, le conseil ordonna la démolition et la vente du pont de la porte de Rampillon, des piliers, et de onze tilleuls et ormes pour établir un carrefour sur ledit emplacement et faire com-

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muniquer les Petites-Rues à l’embranchement du Pré-Boudrot qui venait d’être percé.

L'administration de la ville sous la première République ne paraît pas avoir recherché l’embellissement des boulevards; ayant peu de ressources, elle semble n'avoir eu pour but que d’en tirer un profit. Tous les ans, il était procédé à la vente de l’herbe accrue dans les fossés et sur les boulevards, et, quand le fourrage était cher, le produit était assez élevé.

Le 9 germinal an III, le conseil ordonne la plantation de 600 plantards de saules sur les boulevards, et le travail est adjugé au sieur Dauvé, moyennant trois livres dix sols du cent de plantards. Cette plantation devait être faite sans doute dans les fossés. |

Le 22 germinal an IX, le conseil loue aux citoyens Claude Cour tereau, et Etienne Maréchaux, pour quatre années, la partie du boulevard entre la Croix de Saint-Roch et la rue du Gué, dont le fossé était alors comblé, à charge de faire un fossé pour empêcher le passage des bestiaux, d’ensemencer ledit boulevard en bonne luzerne, de labourer, fumer en conséquence, et de planter gratuitement des plantards de saules qui leur seront fournis.

Le 4 germinal an XII, on procède à l’adjudication de l'herbe des boulevards et des tontures de saules et ormes accrues audit endroit.

Ce ne fut qu'après les invasions du premier Empire, lorsque la municipalité dut remplacer les arbres rongés par les chevaux de la cavalerie des alliés, que la ville fit niveler le sol et planter les tilleuls actuels.

Les fossés, dont on ordonnait en 1782 la destruction, ne furent entièrement comblés que de nos jours, et ce n'est qu'en 1902 qu'on a terminé le nivellement des fossés du boulevard Lebrun.

Une grande voie a été créée longeant du côté nord les boulevards, et, depuis une quinzaine d'années, cette voie s’est rapidement garnie de jolies habitations, ce qui fait regretter qu’une rue parallèle n'ait pas été créée de l’autre côté de ces boulevards. Une bordure de belles maisons, de chaque côté, eût rendu ces promenades plus coquettes et plus animées.

Il est regrettable aussi que, guidé par un esprit d'imitation, on ait donné à ces boulevards de grands noms, certes, mais étrangers au pays. On a donné à ces voies les noms de Voltaire et de Victor- Hugo, et, récemment, à la rue du Mouton, celui de Pasteur, grand nom que l’on retrouve sur les plaques des moindres bourgades et qu’on finit par rendre banaux. Cet hommage de Nangis pour ces illustres personnages n’ajoute rien à leur prestige et à leur gloire; il eût été préférable de sauver de l'oubli des noms locaux qui méritent d'être rappelés au souvenir des générations futures, tels que ceux de Pierre Britaud, véritable fondateur de Nangis, car, sans lui, cette ville serait peut-être aujourd'hui un simple village; de Guillaume de Nangis, l’historien, dont on consultera toujours les chroniques ;

de Denis de Chaïlly, qui chassa les Anglais de la Brie au xv° siècle, et devint seigneur de Nangis après l'avoir repris aux ennemis ; d’Armand de Brichanteau, maréchal de France, connu dans l’histoire sous le nom de maréchal de Nangis, qui prit part à de nombreuses campagnes sous Louis XIV et fit de larges dons à l'Hôtel-Dieu ; de Claude de Guerchy qui, à la tête de son régiment, chargea trois fois la terrible colonne anglaise à la bataille de Fontenoy, et laissa une si belle réputation toute d'équité, d'humanité et de justices et enfin, du général du Taillis, l’un des héros de l’épopée napoléonienne. On n'efface pas l’histoire : et une ville s’honore toujours en prouvant qu’elle connaît son passé et en rappelant le souvenir des hommes remarquables qu’elle a produits.

Aujourd’hui, un autre esprit plus pratique paraît souffler. Les noms des rues deviennent la récompense des dons faits à la ville. Donnant et donnant; et pour un don de 5 ooo francs on a son faubourg. Une plaque dans la salle de Ia mairie n’eût-elle pas été suffisante ?

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