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LES EAUX

Nangis, sur son plateau élevé, n’est baigné par aucun cours d’eau; aussi, depuis sa fondation, la question de l’eau a dû jouer un grand rôle pour sa population. Jusque dans ces dernières années, le régime des eaux était réduit à Nangis à neuf puits publics, sans parler, bien entendu, des nombreux puits existant dans les propriétés particulières. Ces puits étaient situés, savoir :

1° Place du Carrefour ;

2° Près la halle aux grains;

3° A l'entrée de la rue du Commerce;

4° Dans le faubourg de Melun;

5° Place du Commerce;

6° A l’angle des rues du Mouton et de la Gare;

7° Vers le milieu de la rue Noas-Daumesnil, en face la rue du Nouveau-Lavoir ;

8° Vers le milieu de la rue de la République;

° À l’angle de la route de l’embranchement et du faubourg Saint-Antoine, lieu dit autrefois la Croix-des-Bretonnières.

L'un des plus fréquentés était le puits près la halle, auquel on avait donné le nom de puits du Temps-perdu. C'était sans doute là que se réunissaient les ménagères pour échanger les nouvelles du jour.

Comme abreuvoir public, la ville n'avait que le gué, grande pièce

d’eau carrée, entourée d’une avenue de tilleuls, et s'étendant le long

de l’avenue de la Gare, depuis l’impasse de la Grenouillère jusqu’au

tournant de la route menant à la gare. Ce gué servait aussi de lavoir public, mais mal entretenu, et rarement curé, il était envahi par la vase, et ses eaux fétides répandaient des miasmes fiévreux.

Au xIx° siècle, lorsque le calme fut revenu, le conseil municipal songea à remédier à cet état de choses. Le 8 avril 1827, la ville acheta, des héritiers Angenoust, un terrain situé rue de l’Ecorcherie (aujourd'hui rue des Fontaines) et y fit établir un lavoir pour remplacer le gué dont les eaux devenaient trop malpropres.

Le conseil chercha également à doter les habitants de meilleure æau potable. Vers 1837, à l’époque où Paris forait le puits de Grenelle, où les puits artésiens étaient dans toute leur vogue, l’administration traita pour le percement d’un puits artésien au centre dela ville. Il résulte des rapports dressés alors que ce puits fut foré sur la place du Carrefour et atteignit 66 mètres de profondeur, ou 33 m. 50 au-dessous de l’étiage; mais les travaux furent abandonnés par la difficulté du passage dans le calcaire siliceux. Les eaux de puits furent rencontrées à une profondeur de 5 mètres environ, retenues sur des couches d'argile et de marne recouvrant le calcaire caverneux. Le prix de ce travail ne dépassa pas onze mille francs.

On ne trouva pas d’eau potable jaillissante comme on l'avait espéré; seulement, il y eut une particularité qui mérite d'être connue, et dont ‘on peut faire son profit en matière de recherche d’eau souterraine dans notre localité. La sonde rencontra sous le calcaire siliceux un courant rapide qui ne lui permit plus de rapporter les matières qu'elle broyait, tous les détritus étant emportés par le courant souterrain. Les mêmes rencontre et constatations furent faites à Montgermont, commune de Pringy, près Melun, dans un semblable travail. ;

A Nangis, à 39 mètres de profondeur, la sonde descendit subitement de 3 m. 80, et fit reconnaître un courant d’eau très rapide qui lui communiquait une vive oscillation. On se trouvait en présence d'une caverne souterraine donnant passage à un torrent violent, comme on en trouve dans les Cévennes et dans les gorges du Tarn. Au moment du percement de la roche, qui recouvrait cette caverne et son torrent, il se dégagea un courant d'air qui soufflait avec une telle force que tous les objets qui furent mis sur la tête de la buse du travail furent enlevés et rejetés au loin.

Il est donc bien établi qu'à une quarantaine de mètres de profon-

deur, il coule sous la ville, dans une caverne dont on ne sait

l'étendue, une rivière souterraine, d’un débit considérable, se dirigeant vers Melun, ou venant de cette direction. Aïnsi, les habitants de Nangis qui, pendant des siècles, ont souffert du manque d’eau, avaient sous leurs pieds un torrent pouvant non seulement fournir à tous leurs besoins, mais encore leur donner une force motrice con-

sidérable. On ne peut s'expliquer qu’on n'ait pas songé à tirer parti

de cette importante découverte. On reboucha le trou de forage, et la population dut continuer à aller puiser l’eau à ses neuf puits. Bien mieux, le souvenir de cette découverte survécut peu à cette déconvenue ; il n'en fut même pas question lors de récents travaux d’adduction d’eau.

Depuis la création de la ligne de Mulhouse, l’avenue de la Gare commençait à se couvrir d'habitations, et les occupants des maisons se trouvant en face le gué se plaignaïent vivement de ses émanations et des maladies qui en résultaient. En 1862, le conseil décida la suppression du gué; il fit écouler les eaux et remblayer le terrain, qui fut vendu en 1864, et bientôt couvert d'habitations. Pour remplacer le gué, un abreuvoir fut alors établi sur le terrain de la rue des Fontaines, près le lavoir public.

En 1877, une nouvelle tentative de puits artésien fut faite dans l’usine à gaz de Nangis. La ville ne devait payer que si le forage produisait telle quantité d’eau. La quantité exigée n'ayant pas été atteinte, ce puits fut encore abandonné. Cette fois, on n’avait pas rencontré la rivière souterraine dont le souvenir avait entièrement disparu. C’est alors que la ville, désespérant de pouvoir trouver souterrainement la quantité d’eau nécessaire aux besoins du pays, traita avec une société particulière qui, à grands frais, amena à Nangis les eaux d’une source qui émerge dans la vallée de Bécherelle, canton de Donnemarie, et jusqu'alors se perdait dans la rivière d'Auxence. La ville, moyennant une redevance annuelle de 6 000 francs, est aujourd'hui bien alimentée d’eau potable et ne peut plus comprendre comment, au siècle dernier, ses ancêtres ont pu vivre avec neuf puits publics. Maïs que de frais en moins, si, au lieu d’aller chercher l’eau à Bécherelle, on l’avait puisée dans la rivière souterraine !

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