ADMINISTRATION
Après l’affranchissement des communes, celles-ci nommèrent généralement des maires chargés de représenter et défendre leurs intérêts auprès des seigneurs, de présider les réunions des habitants, d’administrer les affaires spéciales à la commune et d’en gérer les finances. Ordinairement ces charges étaient vendues au profit du seigneur. Mais, à Nangis, le titulaire de cette fondation s’appela d’abord procureur des habitants; le nom de maire portait parfois ombrage aux seigneurs qui craignaient de constituer un pouvoir rival.
A l’époque où l’on creusa les fossés de la ville, nous avons vu que le sjeur Dalençon était désigné dans les arrêts comme procureur des habitants de Nangis. C’est à lui que l’arrêt du bailli de Melun confia la mission de faire exécuter les travaux et de lever les fonds pour les payer.
La dame Marie de Vères, qui détenait alors la seigneurie de
n: Nangis, avait bien inséré dans sa transaction avec les habitants : F « Qu'ils ne pourraient rien entreprendre pour les affaires d’icelle ville et gouvernance d’icelle, comme à créer procureurs, échevins, ï, gardes des portes et autres choses qui concernent les droits préhé- Br: minents de ladite dame, comme dame du lieu. » Cette précaution L fut inutile. Dalençon se plaignit de ne pouvoir suffire seul à la 00 | mission qui lui était confiée, et le baïlli de Melun, par sentence du 8 avril 1545, ordonna « l'érection et nomination d'échevins au nombre de quatre pour aider le procureur de la ville à régir et gouverner les affaires d'icelle ».
La mairie étant ainsi constituée, le titre de maire devait bientôt suivre. Depuis cet arrêt, les échevins furent maintenus, et la ville fut désormais administrée par un maire et quatre échevins, dont l'un prenait le titre de premier échevin, le second de deuxième échevin, le troisième de syndic receveur, et le quatrième de secrétaire-greffer. Ils étaient ou titulaires ou brevetés, c’est-à-dire nommés à vie ou pour un temps déterminé.
Leurs pouvoirs, comme les finances qu'ils géraient, étaient bien minimes. Veut-on connaître la situation de la ville de Nangis et son budget de 1780, à la veille de la Révolution? Un rapport adressé le 30 novembre de cette année par l’intendant de la province à M. Picault, subdélégué à Rozoy-en-Brie, va nous donrer tous ces renseignements. Dans cette lettre, l’intendant répond à un questionnaire dressé par son supérieur, en voici les termes :
Première question : « Sur la nature et l’espèce des revenus et des charges de la ville et sur les moyens d'augmenter les uns et de diminuer les autres. »
Réponse : « La ville de Nangis jouit par ancienneté et par un don du roi, dont elle n’a pas les titres, de la seconde moitié des octrois, louée, suivant le bail fait en décembre 1780, y compris le
Me CR... . DANS ACT A UE 045 livres « Le gué-marais dudit lieu loué à Nicolas le Vif. . roo » « Plusieurs parties des fossés loués à divers. . . . 30 2 « Et plusieurs arpents de pâtures dites Filmain, non louées et qui font une partie de pâturage des bes- A LD MER IN Néant «iTotal des revenus. /1.12 410005 Mo NnEs
« Il n'y a aucuns moyens apparents d'augmenter ces revenus ; que la majeure partie sont les octrois qui, dans le nouveau bail, n’ont pas éprouvé une révolution avantageuse, puisque le dernier bail, expiré au 31 décembre dernier, était au même prix.
L LA 1x de. * Fes \ %
« Charges de la ville
«0 Casermne Ionée mar ami ee VUS 250 livres «129 "Vingtième (des ‘revenus. UE TASER VAE 99 » « 3° Rerite' que a:la fabrique. "te RTE se «' 47 Gages du valet de ville. 1 SIREN 60 »
« 5° Gages du secrétaire-greffier, suivant l’ordonnance de NL Tintendanti ir rite ORNE I0O »
ç 07 Gages Cu tambour\ Ur UNE SRE 10.»
« 7° Gages du syndic-receveur, 1° par livre. . . .. SEE « 8° Entretien des arbres des remparts, et terrasse. 40 » « 9° Entretien de neuf puits’de la \y1lle 1068; 90 »
« 10° Charges militaires, bois, paille, chandelles pour le corps de garde, formule, feux de joie et illu-
dinatiOnS ee Een ee AT NON EEE 80 »
«11°, Appointements du, maire. Vi IONNNeSSS 60 » «12%; Entretien. du: pavé} CNRS 150 »
« 13° Entretien des seaux, crochets et autres ins-
truments pour incendie: 1001; NubeR ER eNRE 304 0n « 14° Frais extraordinaires pour construction de
DORE PACS NOEL LAN LL TEA RE A ASE NRTAr RS 60 »
Totale SE ANNE OS
« Les objets de déduction sont sensibles : 1° Les casernes sont d’un prix trop cher pour loger quatre cavaliers, encore qu’il n'y en ait que trois et le brigadier; qu'il ne paraît pas juste de faire supportér à la ville, avec un revenu aussi minime, le poids entier du loyer des casernes, puisque le service de la maréchaussée s'étend dans un département étendu et la majeure partie de l'élection.
« 2° Les vingtièmes sont exorbitants pour un revenu absorbé par les charges. Il semblerait naturel de ne les faire supporter que sur la portion libre quand il sera possible de la fixer.
« 3° Que l'entretien du pavé et sa construction ont ruiné les ressources de la ville et l’'épuiseront toujours, si on ne la décharge de ce fardeau. »
Deuxième question : « Sur les différentes espèces d’impositions qui se perçoivent, soit au profit de la ville, soit au profit du roi, en. y comprenant même la taille, la capitation, les vingtièmes, les droits d’aides, d’inspecteurs aux boucheries et tous autres de ce genre.
Réponse : « Il n’y a aucune autre perception au profit de la wille que la seconde moitié des octrois dont le prix est d’autre part.
La taille et impositions accessoires qui se lèvent,
y run OA DAMON ES RER RE NC de A6 Tes « Vingtième et industrie. . . . ... Qui 6408 » « Les droits d'aides, y compris la prémièré moe Un ou ere »
Ceux d'’inspecteurs aux boucheries. . . . . . . . 2400 » SACS LE A MR LE 700 »
47 968 livres
Troisièm2 question : « Sur l’administration municipale depuis 1771, en y joignant le tableau des officiers qui la composent soit qu'ils soient titulaires ou brevetés. »
Répons: : « Depuis l’édit de 1771, la municipalité est composée : « 1° D'un maire, M. Mercier;
« 2° D'un premier échevin, M. Messageot ;
« 3° D'un deuxième échevin, M. Perret ;
.« 4 D'un syndic-receveur, M. Guillochin ;
« Tous par brevets ou commission de M£r l’intendant;
« 5° D'un secrétaire-greffier, M. Barbier, qui seul est titulaire. »
Quatrième question : « Sur les ouvrages de nécessité absolue et d'embellissement qu'il convient de faire. »
Réponse : « A chacun des puits, il conviendrait d’y placer une chaîne pour tirer l’eau, parce que les cordes sont insuffisantes, et souvent 1l faut les renouveler. — Plusieurs parties de pavé dans a ville. »
Cinquième question : « Et enfin sur les moyens à employer pour augmenter l'abondance et le commerce, et vos observations particulières sur les différentes questions. »
Réponse : « Le moyen le plus efficace pour augmenter l’abondance et le commerce de Nangis serait : 1° de diminuer les tailles, etc., qui accablent les agriculteurs et les artisans; 2° de faire achever le chemin déjà commencé de Nangis à Melun, et passé au conseil. f\ procurerait, pour le commerce des blés, une circulation facile avec
la rivière de Seine, rendrait à une multitude de cultivateurs l'accès i 2
de deux marchés, et singulièrement de Nangis, et établirait avec la route d'Orléans, pour la Champagne, une communication très désirée pour Nangis et pour toute la province. M£T l’intendant avait promis, l’année dernière, de donner ses soins pour prendre les alignements et le plan, sur les offres qui avaient été faites de faire les charroïs de pierres. » À
Heureuse ville, à laquelle il ne manquait que des chaînes de puits pour parfaire son bonheur !
Il résulte de ce rapport, qui résume si nettement la situation de la ville vers la fin de l’ancien régime, que sur les impôts payés par Nangis, l'Etat percevait 48 ooo livres et ne laissait à la ville, pour ses besoins, que 1075 livres; et cependant, malgré un si minime revenu, la ville n'avait pas de dettes. On se demande comment, avec ces faibles ressources, le conseil pouvait subvenir aux frais généraux d’une ville. Aujourd'hui, une pareille somme ne suffrait pas pour les besoins imprévus. Ce rapport nous apprend également qu'aucune route n'existait encore, en 1780, entre Nangis et Melun, elle fut construite environ vingt ans après.
Vers cette époque de 1780, le marché de Nangis, mal approvisionné par suite des difficultés de transports, ne recevait que deux à trois muids de blé. Le cultivateur était obligé de mener sa marchandise au marché de Montereau, qui, lui, recevait de quatrevingts à cent muids de blé. |
Ce fut d’abord par ordonnance du roi, de 1695, que les communes reçurent l’ordre de terminer la construction de la route de Montereau à la Ferté-sous-Jouarre, qui avait été commencée en 1532, et de celle de Villeneuve-les-Bordes à Bray ; la Grande-Maison de Villeneuve devint alors un relais de poste (1597).
En 1763 fut construite la route de Nangis à Rozoy-en-Brie, passant par Quiers. La grande route de Paris à Bâle était devenue chemin royal par arrêt du conseil du 7 janvier 1421.
Enfin, le 27 nivôse an XI, le conseil approuva le projet d’établissement de la route de Nangis à Melun. A la suite de cette construction, le marché de Nangis prit promptement un grand accroisse-
- ment.
Nous avons vainement recherché les noms des maires de Nangis; nous ne connaissons que Dalençon en 1545, Jacques-Philippe Taveau en 1776, et Mercier en 1780.
Le maire n’était que le représentant des habitants; de son côté, le pouvoir royal était représenté par le gouverneur de Champagne et de Brie, qui avait sous ses ordres, dans chaque élection, un intendant et un subdélégué. Nangis dépendait de la subdélégation de Rozoy-en-Brie.