‹ NangisChapitre 18 sur 24 · ODA CE MES · texte numérisé non relu

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L'église ne paraît pas avoir subi d’autres travaux importants jusqu'à la Révolution. Le 13 juillet 1707, nous trouvons le procèsverbal de la bénédiction de la grosse cloche de l’église; elle pesait environ 5 000 livres. Elle fut nommée Marie-Marguerite par messire François de Brichanteau, comte-baron de Gurcy, et dame Marguerite Fortin de la Hoguette, épouse du marquis Armand de Brichanteau. Cette cloche fut descendue et détruite à la Révolution.

Le 25 août 1763 fut bénite la cloche qui appelle encore les fidèles aujourd'hui; cette cloche porte l'inscription suivante

« L'an 1763, j'ai été bénite par M° Charles-Pierre de Biencourt, bachelier en théologie, curé de Nangis, et nommée Louise-Gabrielle- Lydie, par très haut et très puissant seigneur Claude-Louis-François Régnier, comte de Guerchy, marquis de Nangis, chevalier des ordres du roi, lieutenant général de ses armées, colonel-lieutenant et inspecteur de son régiment-infanterie, gouverneur d'Huningue et ambassadeur en Angleterre, et très haute et très puissante dame Gabrielle-Lydie d'Harcourt, son épouse, représentés par M° François-Alexandre Legras, avocat en parlement, bailli et subdélégué à Nangis, et D° Jeanne-Barbe Barrois, son épouse. Nicolas- Toussaint- Perret, et Antoine Lucian, marguilliers; Pathelin, charpentier, et Grelles, carillonneur. »

Nous arrivons à la Révolution qui fut pour l’église une terrible épreuve. Le curé alors en exercice était M. Leseurre de Chantemerle, appartenant à une ancienne famille nangisienne. Le dernier acte de l'état civil dressé par lui est celui du mariage de Bernard Chautard et de demoiselle Marguerite Ramard, du 17 décembre 1792. Le même jour, le maire Roze, assisté des officiers de la commune, Colleau et Banssillon, vint, en vertu de la nouvelle loi, arrêter ces registres et s'en emparer. Désormais, ils sont tenus par les officiers publics Dumanchin et Mignot.

L'église fut bientôt fermée au culte et servit de lieu de réunion pour les clubs et les nombreuses élections d'alors. Les statues et les monuments funéraires qu’elle renfermait furent mutilés, les vitraux brisés. La partie de l’édifice qui paraît avoir le plus souffert des troubles de cette époque est le grand portail qui fut mutilé. Depuis, on s’est contenté, pour panser ses blessures, de l’enduire de plâtre.

Le presbytère, qui était à cette époque le même que celui actuel, appartenait aux curés de Nangis, par suite du don que leur en avait fait un ancien curé de cette paroisse. Il fut confisqué et vendu comme bien national, le 2 thermidor an IV, au sieur Denis Blondelot, moyennant 5 400 livres. On procéda aussi à la vente comme biens nationaux des autres propriétés de la fabrique, et, détail peu banal, l'ancien marquis acheta à cette vente plusieurs pièces de prés.

De même que l’ancien seigneur, l’ancien curé de Nangis continua

à vivre au milieu de ses anciens paroissiens et ne paraît pas avoir cherché à dissimuler ni sa présence, ni son attachement à la religion qu'il avait servie; bien plus, le 9 décembre 1792, il est nommé à l'élection, le premier de la liste, notable de la ville. Nous trouvons sur le registre des délibérations du conseil, la déclaration suivante :

« Le 3 germinal an III, comparaît le S' Edme-Marc Leseurre, ex-curé de cette commune, lequel a déclaré que, pour se soumettre aux dispositions de la loi, il exercerait le jour de demain, à la réclamation de la majeure partie du public de cette commune, le culte catholique ainsi et de la manière qu'il l’a fait par le passé; de laquelle déclaration il a requis acte. »

À la suite, le vieux curé a écrit sur le registre, d’une main bien tremblante, ces mots presque illisibles :

« Citoyens officiers municipaux, je soussigné reconnais que, sur la demande que je leur ai faite, ils ont remis un missel, trois livres de l'office des morts, les trois canons servant à l’autel, un rituel, pour servir au culte, conformément à un décret de la loi. Le 16 germinal an III de la République une et indivisible. (Signé) Leseurre, ci-devant curé de Nangis. »

Il fit pareille déclaration le 16 prairial an III : « Ledit jour est comparu le S° Marc Leseurre, ministre du culte catholique en cette commune, lequel a déclaré pour se conformer à l’article 5 de la loi du 11 de ce mois, il nous requérait de lui donner acte de l'intention où il était d'exercer son culte dans le temple de Dieu, l’Etre suprême, de cette commune, non aliéné ; et de la soumission qu'il faisait de se conformer aux lois de la République, dont acte a été octroyé. (Signé) Leseurre, Jacquinot, Pannier, Colleau Mathieu. »

Par cette déclaration de civisme, le vieux curé espérait échapper à la prestation du serment imposé aux prêtres constitutionnels. Nous ne trouvons en effet jusque-là aucune trace de serment prêté par lui. Il était tellement aimé et vénéré par la population, qu'aucune des municipalités qui s'étaient succédé jusqu'alors n'avait relevé cette infraction à la loi. Maïs, en l’an IV, sans doute par suite de dénonciation, il fut appelé, le 21 vendémiaire, devant le conseil de la commune pour prêter le serment imposé. Le serment restrictif qu’il prêta alors était celui d’un simple citoyen et non d'un prêtre; personne ne releva cette insuffisance, Ce serment est ainsi libellé sur le registre de la commune, et n’est suivi d'aucun commentaire :

« Je reconnais que l’universalité des citoyens français est le souverain, et je promets soumission et obéissance aux lois de la République, (Signé) Leseurre. »

Or, par bref du 5 juillet 1796, le pape Pie VI déclara licite le

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serment des prêtres contenant soumission aux lois de la République.

Nous trouvons encore sur les registres la déclaration suivante :

« Le 7 floréal an VII, par-devant Pierre Détroges, agent municipal de Nangis, ont comparu les citoyens François Desthieux, ministre du culte catholique de la commune de Villeneuve-les- Bordes, et Ponce-Péchenard, ministre de la Chapelle-Rablais, lesquels nous ont déclaré vouloir exercer ledit culte en cette commune de Nangis, pour ce jour seulement; c'est-à-dire assister le ministre du culte en cette commune, dans le service qu’il doit dire et célébrer pour le citoyen Biencourt, ci-devant ministre en cette commune. »

Lorsque Bonaparte signa le Concordat et rouvrit les églises, le vieux curé était encore là. Elles sont rares les communes qui, à cette époque, auraient pu, comme Nangis, représenter leur ancien seigneur et leur ancien curé ayant vécu librement au milieu de la population.

M. Leseurre de Chantemerle fut de nouveau nommé à la cure de Nangis et fut réinstallé le 15 germinal an XI (1803), ainsi qu'il résulte du procès-verbal suivant :

« L'an de grâce 1803, le 15 germinal an XI, devant nous Ponce Péchenard, prêtre du diocèse de Meaux, en vertu de la commission à nous adressée par Mer l'évêque de Meaux, s'est présenté M: Leseurre de Chantemerle, lequel après avoir exhibé l'acte de son institution canonique, en date du dix ventôse dernier et l'acte de son serment de fidélité prescrit par la loi du 18 germinal an X, en date du 9 du présent mois, nous a requis de le mettre en possession réelle et personnelle- de l’église paroissiale de Saint-Martin de Nangis, en vertu de l’autorisation et délégation à nous donnée par Mer l’évêque de Meaux.

« Nous nous sommes transportés à ladite église; après être entré avec lui par la porte principale, lecture préalablement faite à haute et intelligible voix de l'institution canonique ci-dessus mentionnée, nous l’avons conduit au maître-autel qu’il a baïsé avec respect à la place ordinaire du curé, où il a pris séance, aux fonts baptismaux qu'il a touchés, et finalement à la chaire dans laquelle il s’est assis.

« Desquelles cérémonies, servant à constater la mise en possession, nous avons dressé le présent acte en présence des témoins qui ont signé avec nous. (Signé) Leseurre de Chantemerle, Dumont, maire; Granger, adjoint; Lucian, Miliet, Camuset, Bardin, Han: nier, Merciole, Vion, Jacquinot, Chêne, Hardoïin, Robinet, Mercier, Thomas, Lombard, Blaye, Destroges, Péchenard, Roze. »

Il fallut alors réparer l’église et la remettre en état pour les cérémonies du culte. Le 12 messidor an I* de l’Empire, on procéda à

l’adjudication au rabais de la construction et établissement d’une croix de fer à placer sur le clocher de l’église et sur laquelle sera. posé un coq, en remplacement de la flèche portant le bonnet de la liberté. Il sera gravé sur le bras de la croix : « L’an premier de l'Empire français ». L’adjudicataire fut le sieur Gouvion, serrurier, moyennant 88 francs. La dépose de la flèche et la pose de la croix furent adjugées au sieur Chautard, moyennant 184 francs.

Le 30 thermidor an XIII, le conseil autorisa la réparation des vitraux de l’église jusqu’à concurrence de la somme de 800 francs que possédait la fabrique.

Le 24 juillet 1806, on décide l'établissement de deux bancs dans. l’église pour recevoir les autorités et les fonctionnaires publics.

Mais jusqu'alors l’église n'avait été que superficiellement réparée, une restauration sérieuse s’imposait ; elle eut lieu en 1820. Malheureusement cette restauration fut aussi nuisible à l’église, au point de vue archéologique, que les excès de 1793. Pour refaire le carrelage, on enleva, sans aucune exception, les anciennes dalles funéraires qui rappelaient les noms des vieilles familles nangisiennes les murs étaient consolidés, maïs 1ls étaient nug Tout ce qui rappelait le passé avait disparu.

Les récentes restaurations de l’église de Nangis ont été commencées par M. Buval, architecte à Melun, en 1853-1854. M. Buval a fait réparer la première travée de l’église et la rose du portail; il a fait rétablir les baies avec leurs meneaux, consolider le comble et commencer le remplacement de la couverture en tuiles par celle en ardoises. Interrompus pendant de longues années par l’insuffisance des ressources, les travaux ont été repris par M. Presles, architecte à Provins de 1866 à 1870, et notamment en 1869. M. le comte Henri Greffulhe, alors maire de Nangis, fit, à ses frais, une réparation plus artistique et remit l’église dans l’état où nous la voyons aujourd’hui. M. Presle a continué l’œuvre de son prédécesseur et mené à bonne: fin un travail important et minutieux. Nous lui devons la restauration des bases et des chapiteaux mutilés, le remplacement d’une grande partie des colonnes et des nervures des voûtes, l’ouverture, dans le triforium du chœur, de cinq roses, depuis longtemps murées ; la réfection des voûtes de deux chapelles absidiales et celle de tout le carrelage de l’église. Enfin, il a heureusement accompli le remplacement des lourds piliers de l'entrée du chœur. Ce travail présentait de grandes difficultés et a été achevé sans accident par M. Bourlier, entrepreneur à Nangis. La guerre de 1870 ayant fait interrompre les travaux, on n'a pas encore entrepris le remplacement des derniers piliers derrière le chœur, et il reste à déboucher quatre fenêtres ogivales au-dessus du portail, pour rendre à ce bel édifice sa physionomie primitive. (Note du Bulletin de la Société des architectes de Seine-et-Marne, 1876-1878.)

Malheureusement, ces travaux avaient été précédés, quelques.

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