‹ NangisChapitre 19 sur 24 · LUN · texte numérisé non relu

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années avant, de la démolition de l’ancienne chapelle des marquis. Peut-être la municipalité d'alors avait-elle trouvé trop dispendieuse la restauration de cette chapelle, ou la trouva-t-elle gênante, à cause de l’encoche qu’elle faisait dans le parc du château.

Cette chapelle, d’après les anciens récits, avait été plus richement déposés. C'est là que reposent aujourd’hui les restes des anciens marquis peintes à fresques sur le mur. Deux portraits étaient également peints, représentant, l’un, Alphonse de Brichanteau, tué au siège de Bergues en 1658, et l’autre, son fils, Louis-Faust, tué à Offenbourg en 1690. Enfin, autour de la Lavelan à Haute d'appui, était représentée une suite de jeunes seigneurs et damoïselles, en costumes Louis XIII; ces,portraits représentaient les nombreux enfants de l’amiral de Brichanteau.

On dut alors faire exhumer de cette chapelle les restes des anciens seigreurs que les habitants de Nangis avaient respectés pendant l’effervescence révolutionnaire. Une crypte fut construite dans la chapelle Saint-Joseph et les cinq ou six cercueils exhumés y furent déposés. C’est là que reposent aujourd'hui les restes des anciens mar. quis de Nangis.

Une dernière restauration fut faite à l’église par M. le chanoine Petithomme, curé de Nangis; il fit couvrir d’une voûte la chapelle de la Vierge qui jusqu'alors n’avait qu’un plafond en plâtre, et il fit établir un calorifère dans la vieille sacristie.

En résumé, au point de vue religieux, les habitants de Nangis paraissent avoir été très attachés à la religion de leurs ancêtres. Les nouveautés des prédications luthériennes ne paraissent pas avoir fait de prosélytes parmi eux; et si, pendant les guerres de religion, ils eurent à souffrir, dans leurs champs et leurs récoltes, des passages des armées et des bandes de partisans, du moins ils vécurent à l’abri de toutes luttes intestines, sous la protection de leurs fossés Jusqu'en 1793, nous voyons la municipalité faire intervenir la religion dans tous les grands actes de la vie civile et faire chanter des 7'e Deum chaque fois qu’il s'agissait de fêter des événements heureux. |

Un singulier acte de décès, que nous trouvons dans l’état civil de Nangis, nous montre l’état des esprits au xvin* siècle. Voici en quels termes il s'exprime :

« Pierre Meusnier, âgé de 16 ans, ou environ, fils de défunt Edme Meusnier, ci-devant cabaretier à la Croix-Rouge (l’hôtel de la Croix-Rouge était situé aux numéros 6 et 8 actuels de la rue de l’'Hôtelde-Ville à Nangis) et de Jeanne Robert, ses père et mère, est. mort le 17 février 1715, d’un cruel assassin, par des voleurs, selon toute apparence, qui, par une barbarie inouïe, lui ont ouvert le ventre, lui ont arraché son cœur, et une feuille de son foie, après l’avoir . percé d’une infinité de coups d'épée. Son corps fut levé par la jus-

tice et transféré dans les prisons pour garder les formalités ordinaires, où il est resté jusqu'au quatre mars, auquel jour nous lui avons donné la sépulture ecclésiastique dans le cimetière de ce lieu, avec tous les suffrages, prières et cérémonies ordinaires. Et avons célébré le lendemain, pour le repos de son âme, le sacrifice de la messe; parce que c'était un jeune enfant, de bonnes mœurs, qui aimait l’église, où il a servi comme enfant de chœur, et n’a rien fait que d’édifiant pendant le cours de sa vie, que Dieu a permis qu'on lui ait abrégée pour ne pas exposer son innocence à la corruption du siècle où nous sommes et garder son âme.

« Mais pour Edme Meusnier, son père, âgé de 50 ans environ, ayant été trouvé dans la même chambre, percé de coups d'épée en plusieurs endroits, le ventre ouvert, les entrailles flottant hors de son corps, enseveli dans son sang, ayant eu la même destinée que son fils, n'a pas eu les mêmes honneurs que son fils, puisque les portes de l’église lui ont été fermées après sa mort, que nous lui avons refusé la sépulture ecclésiastique, l'ayant fait enterrer sans sonner les cloches, hors le cimetière, dans l’endroit où l’on a accoutumé de mettre les enfants morts-nés, sans croix, sans luminaire, sans eau bénite, sans chants ni suffrages ordinaires ; et nous l'avons conduit sans surplis ni étolle, porté sur une civière par quatre hommes au lieu de la fosse où on l’a jeté sans cérémonie, selon l’ordre de ME£r l’archevêque de Sens, Hardoïn Fortin de la Hoguette, ayant dit seulement un De profundis tout bas, parce qu'il y avait huit ou neuf ans qu'il n'avait été à confesse, ni satisfait à son devoir pascal, et qu’il menait une vie très déréglée et très scandaleuse. Une multitude de peuple de tous sexes et de tous âges qui assistèrent à cette lugubre cérémonie, entendirent en tremblant, avec des visages pâles, tristes et défigurés, la lecture que je leur fis de la lettre de mon dit seigneur l’archevêque, à la porte de l’église et regardèrent sa décision comme le jugement d’un autre Salomon. M. Cornillet, vicaire et sacristain, avec Charles Gresles, sonneur, ont signé cet acte avec moi, les jour et an susdits. (Signé) Cornillet, Huerne, vicaire, Gresle et J.-B. Chaumoret, curé. »

Et pourtant cet homme était la victime! Cet acte nous en dit plus long que tous les commentaires sur les idées religieuses du pays à cette époque, malgré les mœurs si relâchées de la Régence.

Voici la liste des curés de Nangis sous l’ancien régime, dont nous avons pu retrouver les noms : LA

En 1545. Denis Godin, curé de Boississe-le-Roï, est vicaire de Nangis. Les chanoines de Sens conservaient alors la cure et se faisaient représenter par un vicaire.

De 1575 à 1570, l'abbé Danveau.

De 1579 à 1590, l’abbé du Choque.

De 1590 à 1622, l'abbé Guyot.

De 1622 à 1633, l'abbé E. Jouard.

De 1633 à 1646, l'abbé Eloi Maunoyer, qui fit construire les chapelles. Il décéda le 28 juillet 1646. L'acte de décès le désigne comme prêtre-vicaire, desservant la cure de Nangis, et constate qu'il a fondé les matines durant l’Octave, et la dédicace de l’église avec un salut du Saint-Sacrement.

De 1646 à 1695, l’abbé Egan.

De 1695 à 1704, l'abbé Denis.

De 1705 à 1722, l'abbé Jacques Chaumoret.

Il apparaît le 14 janvier 1705 et signe, ce jour, un acte qu'il fait suivre de ces mots : « J'ai pris possession de la cure de Nangis ce jour-là. » Il décéda à Nangis le 7 mars 1722, âgé de 75 ans, et fut inhumé dans le chœur de l’église.

De 1722 à 1724, l'abbé Pigeon. Il signe comme curé le 11 mai 1722 et disparaît peu après en 1724. Ne serait-ce pas le même que François Pigeon, qui meurt curé de Gumery, en 1741, léguant à l’église de Nangis 400 livres pour une messe perpétuelle et 20 livres pour les pauvres ?

De 1724 à 1760, l’abbé Jean-Baptiste Boudet. Il signa son premier acte le 28 avril 1724 et mourut à Nangis, en exercice, le 13 janvier 1760, à l’âge de 78 ans. Il fut inhumé dans le chœur de l’église.

De 1760 à 1766, l’abbé Charles-Pierre de Biencourt. Il signe son premier acte le 29 mars 1760 et résigne sa cure, en 1766, en faveur de l’abbé Leseurre de Chantemerle, son vicaire. Il mourut à Nangis pendant la Révolution, le 6 floréal an VII.

De 1766 à 1811, l'abbé Edme-Marc Leseurre de Chantemerle. Le 25 septembre 1766, il est nommé curé de Nangis. Il appartenait à une famille qui avait joué à Nangis un rôle important; son père y avait exercé la profession de notaire. Il était précédemment vicaire dans la même église. Toute sa vie s’écoula à l’ombre de son clocher natal, elle n’en fut pas moins fort troublée; la Révolution le chassa de son église et de son presbytère. Une anecdote nous a été rapportée sur ce bon curé qui n'avait pas voulu quitter ses paroissiens, et s'était retiré dans une maison, rue de l'Eglise, aujourd'hui n° 8. Chaque soir, avant de se mettre au lit, après avoir mis ses papillotes et sa fontange, il ouvrait sa fenêtre et donnait sa bénédiction à tous ses anciens paroissiens, leur souhaitant une

onne nuit. Lors du Concordat, il fut réinstallé dans sa cure, et mourut à Nangis le 18 novembre 1811. Il était le cousin du général de division de l’Empire, comte du Taillis.

Aux archives de Melun se trouve une liasse d’actes (G. 327 et 322) comprenant les titres de nombreuses donations faites à l’église Saint- Martin de Nangis avant la Révolution. II n'est pas sans intérêt de rappeler ces dons que la confiscation révolutionnaire a fait depuis

longtemps tomber dans l'oubli; et les noms de ces bienfaiteurs de l'église, dont plusieurs sont encore représentés aujourd’hui.

Le 18 avril 1502, Jehan Godin, substitut à Nangis du tabellion de Melun, fait don d’un demi-arpent de pré à charge d’une messe RENC haute et d’un Zibera. à :

4 juillet 1509, Christophe Allaume donne un demi-arpent de pré rE à charge d’un service annuel.

21 juin 1519, legs par Jacquette, femme de Gervais Richard, d'un demi-arpent de pré pour deux messes basses.

18 mars 1544, Pierre Truchon lègue un tiers d'arpent de pré, à la charge de quatre obits. T4 $

25 juin 1564, legs par Catherine Tondu d'un quartier de terre, 2” à charge d’une messe basse.

22 avril 1568, Jehan Bellanger, notaire, lègue un demi-arpent de pré, à charge de deux messes à notes et d’un Zzbera.

1% décembre 1573, donation par M° Antoine Godin, notaire, de quatre livres tournoïs de rente, à charge d’une messe de Xequiem.

6 août 1571, legs par. Etienne Ménard d’un arpent de terre, à charge de deux messes hautes.

5 août 1578, donation par Perrette Lecocq, fille de Martin Lecocq, chirurgien, de quarante-cinq sols de rente, à charge de trois messes h à notes, et d’un Z1bera sur sa sépulture. "st

30 juin 1584, Denise Fleury donne un demi-arpent de terre, à charge de deux messes basses.

11 septembre 1595, legs par Claude Gésu d’un arpent et six perches de terre et trois quartiers de pré pour un salut le jour de Pasques, un Zzbera et deux obits..

31 mars 1609, Denis Jolly lègue un demi-arpent, à charge de deux obits bas.

14 décembre 1611, Jean Milot, laboureur à Lady, lègue soixante-six perches de terre et un quartier de pré pour un obit haut.

21 avril 1612, don par Luc Roger d’un arpent de terre près la grande Rachée, à charge de deux messes hautes d’obit.

7 mai 1616, donation par Jacques Benchard, sergent au baïlliage, d’un demi- arpent de pré, à charge d’être DEN EE aux prières des fidèles.

3 décembre 1617, Marie Lemaire donne un demi-arpent de terre, lieudit Grandchamp, à charge d’un obit bas.

7 décembre 1617, Pierre Boutonné, laboureur, donne un demiarpent huit perches de terre, à charge d’un obit bas.

8 septembre 1623, donation par Antoine Caïllau, sieur de Cou tenin, de deux arpents de terre, à charge de trois obits hauts et de recommande au prône.

17 mai 1632, donation par Léonarde Denise (Denis) de quatre arpents de terre au finage de Boiïsguichet, à charge d’un salut Le jour de la translation de Saint-Martin, et, le lendemain, un obit.

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29 septembre 1632, legs par Quentin Fournier d’un arpent de terre, lieudit de Crouillis, pour un obit haut.

25 novembre 1635, don par Claude Pynturier de quatre livres de rente, à charge d’une messe haute.

22 juillet 1641, Jeanne Truchon fait don d’une maison appelée la Bertonnière (la Bretonnière), à charge d'un salut et d’une messe basse.

2 novembre 1645, legs par Edmée Georges de dix-neuf livres huit deniers de rente pour trois messes hautes annuelles.

25 juillet 1646, donation par Eloi Maunoyer, prêtre, curé de Nangis, de huit cents livres (précédemment prêtées par lui à l’église pour construire les chapelles) et sept arpents de terre sis au fief de Bonval, à charge de faire chanter les matines et un salut en service complet et trois grandes messes à perpétuité.

10 septembre 1646, legs par Jeanne Moreau, femme de Balthazard Burteaulx, tailleur d’habits, d’un arpent et demi de terre, à charge de trois obits.

7 février 1661, Charles Richard, arpenteur royal, fait don d’une maison avec jardin, sis près la porte des Granges-à-Poulain (porte de Melun), à charge de cinq messes basses.

1667, legs par François Denis, maître-charpentier, d’une rente de quatre livres cinq sols, à charge d’un obit haut.

24 septembre 1673, donation par Edmée Gervais de cent livres, à

charge d’une messe basse et d’un Zbera à perpétuité.

15. juillet 1678, Edmée-Françoise Cerneau fait don de douze livres de rente à prendre sur une maison attenant aux Petits-Piliers, vis-à-vis la Cloche, à charge d’un service solennel, composé d’une grande messe et vigiles.

29 mars 1680, legs par Nicolas Bureau, avocat, de huit livres de rente, à charge d’un service annuel et d’un salut.

16 juillet 1687, don par M de Campremy d’une maison sise rue de l'Eglise, tenant au petit jardin du château et à la maison de l’église (la maison d'école), sans doute la maïson portant aujourd'hui le numéro 18, pour le logement du vicaire, à charge d’un service annuel et solennel, composé de trois grandes messes.

7 août 1707, donation par honnête femme Denise Lambert, veuve de maître Pierre Lambert, vivant tabellion à la Fermeté, de 72 livres 10 sols de rente, capital de 1 450 livres, payables par messire Georges d'Entraigues, seigneur de la Chapelle-sur-Crécy, et dame Thérèse de Brichanteau, sa femme. Ladite donation ayant pour

objet de fonder en l’église de Nangis « les prières des Quarante- Heures aux expositions du Saint-Sacrement, pendant le dimanche de la Quinquagésime et les deux jours suivants, pour porter le peuple à passer ces trois jours dans les exercices de piété, au lieu des réjouissances publiques qui souvent dégénèrent dans des excès que les mauvais usages semblent avoir autorisés ».

21 mai 1719, fondation par Nicolas Hucher, laboureur, de quage obits, moyennant le don de quatre cents livres.

Juillet 1726, don de 120 livres par Jeanne Dusel, à charge d'un salut le jour de saint Jean et d'une messe basse Je lendemain.

23 août 1746, constitution de 35 livres de rente par François Saleur, conseiller du roi, assise sur la ferme de l’Orme-du-Bouin, à Rampillon.

Tous ces biens donnés, qui avaient contribué à former le patrimoine de l’église, furent confisqués en grande partie lors de la Révolution de 1793, et les terres furent vendues comme biens nationaux.

Il manque à notre belle église d’être classée, comme on le demande, parmi les monuments historiques. Nous voulons espérer qu'interviendra bientôt cette solution qui lui permettrait d’éc échapper à à la ruine.

Avant de clore cet article, une remarque s'impose, c'est qu'on ne trouve à Nangis aucune trace du séjour d’un ordre religieux soit d'hommes, soit de femmes. Les vieux titres sont muets sur l'existence dans cette ville d'aucun couvent. Il y avait bien dans ses environs les Manteresses, sur le territoire de Nangis, les Biliettes au finage de Fontains, la Moinerie, sur Baiïlly-Carrois, et une autre Moinerie, près Rampillon; mais dans Nangis même, nous n'avons pas trouvé trace de maison religieuse. Ce fait est d'autant plus singulier que les premiers seigneurs de Nangis firent de grands dons aux ordres religieux, aux églises et aux couvents de Provins et des contrées avoisinantes, et qu'au moyen âge, il n’y avait pas de ville qui n’eût ses monastères des deux sexes. Cette singularité reste sans explication.

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