HOTEL-DIEU ET LÉPROSERIE
Ainsi qu'il a été exposé plus haut, la création de l’Hôtel-Dieu et de la léproserie de Nangis doit être attribuée aux Britaud, seïgneurs du lieu, qui en furent les fondateurs au cours du xIn° siècle et les dotèrent de revenus suffisants pour les besoins de cette époque. Par son testament, en date de 1263, le dernier Britaud, Jean, donna à chacun de ces établissements cinquante livrées de terre. C'est le premier acte que nous trouvons où il soit question de ces deux fondations charitables.
Nous n’avons trouvé aucune trace de l'endroit où fut établi l'Hôtel- Dieu à son origine. Dans la suite des temps, lorsque les foires de Champagne et de Brie eurent perdu de leur vogue et de leur importance, l’hôtel de Changart, devenu sans emploi, devint l'Hôtel-Dieu.
Quant à la léproserie, afin d'isoler les gens atteints de cette horrible maladie rapportée des croisades, elle fut établie en dehors de la ville, sur le chemin de Rampillon. Une chapelle dédiée à saint
Antoine, qui y fut annexée, donna son nom à l'établissement, puis au terroir environnant, et enfin aux maisons en bordure sur cette route. On voit encore, en face le cimetière actuel, quelques vieux bâtiments provenant de cette léproserie.
L'Hôtel-Dieu était toujours resté sous la surveillance et l’administration des seigneurs. Âu mois de juin 1682, le marquis Louis- Faust, pour conserver à ses vassaux les bienfaits de ses ancêtres, obtint des lettres patentes qui le maïntinrent à la tête des administrateurs de cette maison. Nous avons vu que sa mère, veuve de Claude-Alphonse, avait fait don de 150 livres de rente à l’Hôtel- Dieu.
La léproserie fut sans doute gérée par les mêmes administrateurs jusqu'à la fin du xv° siècle, époque à laquelle François I% mit les léproseries sous les ordres du grand-aumônier de France. Mais la maladie de la lèpre, qui fit de si grands ravages au moyen âge, grâce à une meilleure hygiène, avait toujours été en décroissant, et le temps était venu où les léproseries n'avaient plus que de rares malades. Par suite du nouvel édit, le reliquat des revenus allait grossir la caisse de la grande-aumônerie et ne servait plus à la population pour laquelle ils avaient été constitués.
En 1664, il y eut une nouvelle organisation qui ne fut pas plus favorable aux populations. Le roi Louis XIV ayant approuvé la fusion de l’ordre de Saint-Lazare avec celui du Mont-Carmel, leur accorda l'administration perpétuelle des maladreries et léproseries et autres hopitaux qui n'avaient plus de malades et, avec les revenus de ces maisons, il forma plusieurs commanderies dont il se réserva la libre disposition. Ce nouvel état de choses provoqua les plaintes et réclamations des municipalités qui soutenaient que ces revenus, provenant de biens donnés au pro’it des malades et pauvres de leur ville, ne pouvaient servir à rétribuer des services rendus à la royauté.
Sur ces plaintes, un nouvel édit royal de 1693 prononça la désunion de l’ordre de Saint-Lazare des biens des léproseries qui y avaient été unis pour servir au soulagement des pauvres, et lesdits biens furent attribués aux Hôtels-Dieu de chaque pays, avec jouissance du 1° juillet 1693.
Le marquis Armand de Brichanteau, pour mettre fin aux prétentions de l’ordre de Saint-Lazare, qu voulait encore s’immiscer dans l'administration des biens de la léproserie, obtint un arrêt du conseil du 5 avril 1695, attribuant la masse des biens et revenus de la Maladrerie et de la chapelle Saint-Antoine à l’Hôtel-Dieu de Nangis Sur cet arrêt, des lettres patentes furent expédiées au mois de juin 1698 ; mais ces lettres n'ayant pas été homologuées dans l’année, le marquis obtint, le 28 août 1713, des lettres de surannation en vertu desquelles les lettres patentes furent homologuées en parle-
ment de Paris le 19 juillet 1714. Ces lettres patentes, ainsi que l'arrêt d'homologation, portent :
« Par ces mêmes présentes, nous avons joint, réuni et incorporé, joignons, réunissons et incorporons audit Hôtel-Dieu de Nangis, les biens et revenus dudit lieu et chapelle en dépendant, pour être lesdits revenus employés à la nourriture et entretien des pauvres malades dudit Hôtel-Dieu. » C’est donc à compter de cette époque que cet établissement a commencé à jouir des biens de la léproserie et de la chapelle Saint-Antoine.
Il y eut alors une nouvelle organisation de l’Hôtel-Dieu. Un règlement fut dressé par l'archevêque de Sens, Fortin de la Hoguette, le 22 mars 1706, pour le gouvernement de ladite maison. Nicolas Mye, notaire, en fut nommé trésorier, et Jacques Leégros, installé comme chirurgien des pauvres, après acceptation du tarif suivant :
« Un sol six deniers pour chaque saignée du bras, du pied trois sols, de chaque remède quatre sols, et de chacune médecine dix sols. »
Le maréchal de Nangis, qui s'était au cours de sa vie intéressé au bon fonctionnement de l’Hôtel-Dieu, ne l’oublia pas dans ses dernières dispositions. Son testament, du 31 mai 1742, Contient un legs important à cet établissement. Cette disposition est ainsi conçue :
« Nous ordonnons qu'il soit fait, dans la terre de Nangis, une fondation de trois Sœurs de la Charité qui occuperont la maison déjà destinée à un hôpital, pour le soulagement des malades et f’instruction des jeunes filles de ma terre; qu'il en soit passé acte selon l’usage en pareille fondation, et que l’on joigne au revenu dudit hôpital celui qui sera nécessaire pour la subsistance desdites Sœurs et pour les bouillons et les médicaments des malades; qu'on leur donne un assortiment de meubles et autres choses que l’on a coutume de leur donner en pareil établissement, et quil soit fait audit hôpital un supplément de revenu nécessaire pour le soutien de ladite fondation. »
Pour exécuter ledit testament, le marquis de Guerchy, auquel cette charge incombait, comme succédant au donateur dans le marquisat de Nangis, voulant de sa part non seulement satisfaire aux intentions dudit maréchal de Nangis, mais même mettre ledit hôpital en état de soulager plus convenablement les pauvres et rendre l'instruction des jeunes filles plus exacte et plus solide, déclara préférer, pour le bien de cette donation, délaiïsser et abandonner audit hôpital des fonds dont leurs administrateurs, par leur économie, trouveront plus de secours que dans un revenu fixe.
En conséquence, par acte reçu par M° Gilbert, notaire à Nangis,
| ACL — Je g mai 1745, le marquis de Guerchy, en présence de M. Pierre AD"! HE i + F ù 4 4. Grassin, chevalier, seigneur-châtelain de Mormant, exécuteur testa- % mentaire dudit maréchal de Nangis, déclare céder, quitter, trans- 4 porter et délaisser, à titre d’aumône et de fondation pieuse, les } biens et rentes ci-après, venant de la succession dudit maréchal, us ;
- étant dans la mouvance dudit marquisat de Nangis, audit hôpital | et Hôtel-Dieu de Nangis, ce accepté par M. Louis Gaspard Martin, À avocat en parlement, baïlli de Nangis; Jean-Baptiste Boudet, curé; ‘ Louis-Marie Leclerc, procureur fiscal; Simon-Jacques Taveau, Jean Herluison, échevins en charge; Barthélemy Charpentier, procureur; Pierre Cadot, Louis Messageot, Nicolas Poiret, marchands; Claudex Joseph Roussereau, greffier ; Jean-Baptiste Loriot, hôtelier ; Louis
| Gavardeau, charpentier; François Camuset, serrurier, et Louis
Duval, cribleur, demeurant tous à Nangis, gouverneurs dudit Hôtel.
Dieu, aussi administrateurs principaux et notables habitants de
ladite ville de Nangis, assemblés à cet effet, au bureau dudit Hôtel-
Dieu, au son de la cloche, en la manière ordinaire et représentant le
général des habitants de ladite paroïsse de Nangis
« Premièrement, les fonds et propriété de la ferme de Rogenvilliers, située en la paroisse de Rampillon, dépendant de l’ancien domaine dudit marquisat de Nangis, consistant en bâtiments, jardin, terres labourables et prés, le tout tenu à loyer par Jean Boucher,
laboureur, et Jeanne Coffart, sa femme, pour la somme de 400 livres
et six fromages à la crème; sous réserve de tous droits de haute,
moyenne et basse justice, et de cinq sols de cens payables chaque À année.
« Deuxièmement, les fonds et propriété d’une pièce de pré dépen- 4 dant aussi du marquisat, appelée la pièce du pré de l'étang de la e . Grange, située près du hameau de ce nom, terrain de Fontains, con- ; sistant en treize ou quatorze arpents tenue à loyer par Jean Lebrun, laboureur au Pré-Boudrot, moyennant soixante livres.
« Troisièmement, la quantité de soixante-douze boïisseaux de blé froment, mesure de Nangis, due en rente foncière seigneuriale, perà pétuelle et non rachetable, à prendre sur les bâtiments et terres + de la ferme du Saussoy.
« Quatrièmement, plus deux cents livres de rente foncière, non rachetable, à prendre par chacun an sur la terre et ferme des Farons, située finage de la Chapelle-Rablais, consistant en 120 arpents de terre et 17 arpents de prés.
« Cinquièmement, trente livres de rente foncière, non rachetable, à prendre chaque année sur les maïson et pressoir de Sognolles, due par Jean Colleau, sieur de la Foucharde, grainetier au grenier à sel de Brie-Comte-Robett.
« Sixièmement, 34 boisseaux, un picotin et un huitième de picotin de blé froment, mesure de Nangis, de rente foncière perpétuelle,
non rachetable, à prendre sur les terres et ferme du Bas-Chaïllot,
situées paroisse de Nangis et due par le S' Nicolas Gridé, con-
seiller et secrétaire du roi. i « Septièmement, suit l'énumération de quinze autres petites
rentes foncières et perpétuelles, formant un total de 63 livres de …
rente annuelle. »
Par suite de cette donation, le testament du maréchal reçut son exécution. M°° Mye, femme du notaire, supérieure en charge de la Charité des pauvres de Nangis, rendit compte de sa gestion, et remit 500 livres restant sur la somme de 1 200 livres que le maréchal avait donnée pour aumônes aux pauvres, et trois Sœurs, envoyées par la communauté des Filles de la Charité : Marguerite Lecomte, Jeanne Alis et Catherine Bedou, furent installées à l'Hôtel-Dieu, le 16 mai 1746, pour avoir soin des malades et instruire les filles du marquisat.
Plusieurs autres donations furent faites au profit dudit Hôtel- Dieu; nous trouvons parmi les plus importants ies legs suivants :
Par contrat passé devant Charpentier, notaire à Nangis, le 7 août 1707, la dame Denise Lambert, veuve de Pierre Lambert, en son vivant tabellion et greffier à Quiers, fit don à l'Hôtel-Dieu d’une maison située à Nangis, rue Neuve (actuellement rue Noas- Daumesnil), composée de trois travées, cour et jardin. Cette maison ne serait-elle pas la même que celle située dans cette rue et louée par ledit Hôtel-Dieu, le 14 novembre 1809, au sieur Bourry, médecin, par bail emphytéotique de quatre-ving-dix-neuf ans, moyennant un loyer de 120 francs ?
En 1687, Charles Sobol, prêtre-curé du Châtel et chapelain de l’'Hôtel-Dieu, et Pierre Sobol, son frère, aussi prêtre et sacristain de l’église de Nangis, firent une donation entre vifs au profit dudit Hôtel-Dieu, maïs nous n'avons pu constater son importance.
Le sieur Antoine Rigo, propriétaire, demeurant à Nangis, en sa maison des Carneaux, légua 300 livres audit hôpital.
Une rente de quinze livres fut donnée par Antoine Caillau, seigneur de Courtenain.
Enfin, en 1774, Nicolas-François Desprez, ancien vicaire de Nangis, et ancien curé de Carrois, fait don audit établissement de diverses rentes.
Les anciens bâtiments de l’Hôtel de Changart, qui avaient été transformés en Hôtel-Dieu, et remontaient au xIn° siècle, tombaient en ruine; il fallut transporter ailleurs les malades et l’école des filles. Vers la fin du xvu° siècle, les administrateurs achetèrent de Marie et Pierre Séguin et de la veuve Pierre Lambert, des immeubles avec grand jardin, situés rue Neuve, pour y transférer l'Hôtel- Dieu. Cette acquisition dut avoir lieu vers 1696, car nous voyons que cette année Pierre Bureau, administrateur de l'Hôtel-Dieu et
bailli, obtint de l'archevêque de Sens, Fortin de la Hoguette, la
permission de démolir la chapelle Saint-Antoine, qui aussi tombait
en ruine et n'était pas réparable, pour en employer les matériaux qui se trouveraient en état de servir à l'achèvement de l’'Hôtel-Dieu, à la condition que le service serait fait et les messes de fondations acquittées à l'avenir en la chapelle Saint-Mathurin.
Cette chapelle, dédiée à saint Mathurin, venait d'être construite dans le nouvel Hôtel-Dieu ; de là, le nom de Saint-Mathurin donné à la rue Neuve et son prolongement la Grande-Rue.
Sous la Révolution, il ne fut pas touché aux biens de l'Hôtel- Dieu ; on s2= borna à changer son nom et son administration. [1 prit le nom de Maison de santé, et eut pour administrateur M. Louis- François Colleau, officier municipal, et, pour directrice, Marie-Julie Potéleret.
Sous la royauté, les administrateurs décidèrent la vente de la
ferme de Rogenvilliers, provenant du legs du maréchal de Nangis,
et ce à cause de la difficulté de trouver un locataire ; et après approbation du conseil municipal en date du 26 novembre 1838, cette ferme fut vendue.
Il en fut de même d'une autre ferme que l’hospice possédait aux Veaux, conimune de Rampillon,; la vente eut lieu, soit pour le même motif, soit à cause des réparations qu'exigeaient les vieux bâtiments. Les administrateurs vendirent également, à cause de leur vétusté, les bâtiments restant de l’ancienne léproserie. En sorte qu'il ne resta plus à l'Hôtel-Dieu que des pièces de terre détachées, sises sur les territoires de Nangis, Baïlly-Carrois et Rampillon qui, avec les titres de rente, constituaient alors un revenu de douze mille francs.
Ce revenu a été récemment plus que doublé par la donation faite, en faveur de cet établissement, du domaine de la Boulaye, sis terroir de Closfontaine, par M°° de Noas, née Daumesnil, petite-fille du général Daumesnil, défenseur de Vincennes, lors de la chute du premier Empire. Ce legs a porté les revenus à 28 000 francs.
Les bâtiments de l’Hôtel-Dieu sont encore devenus insuffisants et noffrent pas les garanties d'hygiène que l’on exige aujourd’hui
pour un établissement de ce genre; leurs déplacement et reconstruc-
tion s'imposent, et sont déjà l’objet de projets et d'examens.