TROISIÈME DU NOM
Bouchard de Montmorency (troisième du nom) fut seigneur de Saint-Leu, Deuil, la Motte-Beauvais, Champcenest et la Houssaye, conseiller et chambellan du roi. Il épousa Jeanne de Changy.
Changy était un fief situé sur la commune actuelle de Courcelles (canton de Montereau-Faut-Yonne), compris dans la seigneurie de Marolles-sur-Seine et relevant de la tour de Bray. Jeanne, qui portait le nom de ce fief, paraît avoir été la parente et peut-être la fille
de Erard de Thianges, seigneur de Marolles et de Courquetaine. Ce.
fut par ce mariage que le domaine de Changy, et peut-être la place forte de Beaumont-en-Brie, située à Courquetaine, passèrent entre les mains des Montmorency-Nangis.
Bouchard devint grand-maître des eaux et forêts de France, et inquisiteur, pour le roi, sur tous les maîtres de cette administration. Lorsqu'il fut promu à cette nouvelle charge, il se démit de celle de grand-pannetier de France, qui passa entre les mains de Charles de Montmorency, alors chef de la branche aïnée de cette maison.
Bouchard fut désigné en 1335 par le roi, avec Jean du Châtel, pour fixer les limites des justices de Preuiily et de Montigny-Lencoup. Il mourut antérieurement à 1344, et sa veuve en 1362. Ils furent inhumés tous deux à Paris, dans l’église Sainte-Catherinedu-Val-des-Ecoliers. Les Montmorency-Nangis avaient établi leur sépulture dans cette église, et avaient obtenu ce droit d’inhumation en faisant don au couvent de Sainte-Catherine du tiers des droits de rouage et de péage par terre perçus par les seigneurs de Nangis en vertu de la charte établissant le marché de cette ville, et le don des fiefs de Malnoue et des clos. Ces donations furent rachetées au xvI° siècle.
Jean de Montmorency
Son fils aîné, Jean, épousa Marguerite d'Andrezel, fille de Jean, sire d’Andrezel, chambellan du roi, mort en 1367. Cette même année, Jean et sa femme figurent dans une charte. Il mourut sans enfant le jour de la Saint-Barnabé (1370). Il fut inhumé aussi à Paris, dans l’église Sainte-Catherine.
Guillaume de Montmorency
Son frère Guillaume fut son héritier. Il était seigneur de Saint- Leu, Deuil, la Motte-Beauvais, Champcenest, la Houssaye, Changy et Champlevois. Il suivit le roi Jean dans la guerre contre les Anglais et prit part à la bataille de Poitiers où le roi fut fait pri-
NANGIS | #e
sonnier. Dans le traité de paix de Brétigny qui suivit cette défaite, le roi d'Angleterre avait exigé la remise de quarante otages pour assurer l'exécution du traité; au nombre des otages, avec les ducs d'Anjou et de Berry, fils du 1 et le duc d'Orléans, son frère, figuraient Charles de Montmorency, chef de la branche aînée, et son cousin Guillaume, sire de Beauvais-Nangis. Ils restèrent prisonniers en Angleterre de 1360 à 1363.
Guillaume mourut le dimanche après la fête des Rois (1385) et fut aussi inhumé en l'église Sainte-Catherine. Ii avait épousé Jeanné d’'Andrezel, sœur de Marguerite, femme de son frère aîné. Il laissa de ce mariage trois enfants : Jean, deuxième du nom, qui lui succéda; Jeanne, mariée à Gaucher de Thorotte, seigneur de Chastelier, puis à Eustache de Gaucourt, seigneur de Viry, grandfauconnier de France, et Denise, dame de Saint-Leu, femme de Gaucher d’Arzillières, morte sans enfant.
Jean de Montmorency [DEUXIÈME DU NOM] Jean, deuxième du nom, qui avait joint aux domaines paternels
celui d'Andrezel lui provenant de sa mère, avait épousé Isabeau de Villesauvètre et de Prouilly. Il mourut sans postérité en 1402.
Avec lui s'éteignit la descendance masculine des Montmorency-
Nangis et la famille qui avait donné à Nangis, depuis sa création, cette longue suite de seigneurs ; car si les noms ont changé plusieurs fois, ce fut par suite d’alliances.
Jean de Parois, Jean de Cramailles et Jean de Noez
Jean de Montmorency laissait pour héritières ses deux nièces, filles de sa sœur Jeanne de Thorotte, et mariées, l’une à Jean de Parois, et l’autre à Jean de Cramailles.
Ces deux derniers, à la mort de leur oncle, se hâtèrent de s’emparer de sa succession et de prendre possession de ses places fortes et domaines, puis ils offrirent de prêter foi et hommage au roi; mais leurs prétentions furent repoussées comme contraires au droit féodal, et, à défaut de foi et hommages, tous les fiefs furent déclarés en déshérence. saisis et confisqués au nom du roi Charles VI.
Les terres de Saint-Leu et Deuil, dans l’Ile-de-France, également saisies, furent rendues par le roi à la branche aînée des Montmorency ; quant aux domaines briards, le roi ne paraît pas en avoir pris possession et en avoir disposé. Peut-être y eut-il contestation,
procès ou résistance de la part des héritiers; peut-être l'état de démence du roi, la situation précaire de ia France, déchirée alors par les factions des Bourguignons et des Armagnacs, ne permirent pas au pouvoir royal de faire acte d'autorité. Toujours est-il que les deux héritiers paraissent s'être maintenus dans leurs places fortes jusqu'au moment de l'invasion de la France par les Anglais. Alors ils embrassèrent le parti des envahisseurs qui reçurent leur foi et hommage, et les maintinrent en possession de leurs domaines usurpés. C'est grâce, sans doute, à ces circonstances que le château de la Motte-Beauvoir ne paraît pas avoir soutenu de siège. *
Jean de Parois eut dans le partage la seigneurie de la Motte- Beauvoir, et Jean de Cramailles la forteresse de Beaumont-en--Brie, située à Courquetaine, et l’hôtel de Changart, du Marché-les-Nangis ; cela résulte d’un acte de 1437 que nous rapportons plus loin.
D'après le nobiliaire de l'abbé Vthier, qui se trouve à la bibliothèque de Provins, le seigneur de la Motte de Nangis, en 1421, était Jean de Ncez, écuyer, se disant en outre seigneur de la Houssaye, Andrezel, Champcenest et Villiers-Damp-Georges. Ce Jean de Noez qui s'était taillé une si large part dans la succession du dernier Montmorency-Nangis, était sans doute aux lieu et place de Jean de Parois et peut-être son gendre.
D'un autre côté, nous voyons par ce même acte de 1437, dont copie est donnée plus loin, que le fief de Changart et la place forte de Beaumont-en-Brie étaient passés vers la même époque entre les mains de Louis de Cramailles et de Michel Le Signe, chacun pour moitié. Ces deux derniers étaient sans doute les héritiers de Jean de Cramailles.
Mais lorsque Jeanne d'Arc eut relevé les courages, que Charles VII, victorieux enfin des Anglais, les eut chassés des principales places fortes de la Brie, le roi, mettant à exécution la confscation proroncée par son père, se saisit de tous les domaines dépendant de la succession de Jean de Montmorency, et s’en servit pour récompenser les services de ses meilleurs lieutenants dans la Brie.
Il donna à Denis de Chaïlly, qui n'avait jamais cessé de combattre l'étranger dans notre contrée, les places fortes de la Motte- Beauvoir et de Beaumont-en-Brie, les fiefs de Changart et de Bussang et autres. Nous n'avons pu trouver la date de ces dons, mais il existe aux archives de Melun (E. 277) un acte de foi et hommage qui a dû suivre de bien près cette donation et en fut la conséquence.
Par cet acte, reçu par Jean Pasquier, écuyer, garde de la prévôté de Melun, le 3 octobre 1437, le roi Charles VIT reconnaît que Denis de Chaïlly « lui a rendu les foi et hommages que tenuz lui estait de faire à cause des choses qui s’ensuivent et estant : de la haulte justice de la ville de Chaïlly-en-Bière, ainsi qu’elle s’estend et comporte par tous les lieux et terrouers d'icelle tenuz et mouvant de nous à cause de notre chastel de Melun. De la place et forteresse de la Mote-de-
Nangis, avec la première basse-cour et fossés, et de la haulte justice moyenne et basse appartenant à icelle, et des deux parts de péage par terre avecques les droits quis y appartiennent, de trente livres ou environ de menus cens deubz à plusieurs fêtes, de dix-sept arpents de terre et quatre arpents de prés, avec plusieurs rentes de bléds et advennes, appelées les mines et mineaux, et environ trente fiefs que arrière-fiefs tenuz et mouvant à cause de ladite Mote, de environ deux cents arpents de bois assis près dudit Nangis et Hayesde-Brie et en plusieurs autres lieux, avecques environ cinquante poules et chapons, tenuz et mouvant de nous à cause de notre dit chastel de Melun, de dix livres ung muy de blé de rente qu'il a droit de prendre sur la terre de Cora. -les-Nangis ;
« De la terre et seigneurie de Montanglaut-les-Coulemiers-en-Brye, avec Castel, jardins, fossés et appartenances; toute la haulte justice, moyenne et basse, avec la jurée qui est due par chacun an par les hommes d’icelle, ensemble deux estangs qui y appartiennent, tenuz et mouvant de nostre chastel de Coulemiers ;
« De toute la terre qui fut et appartint à Michel Le Signe : c’est à savoir l’hostel de Changart du Marché-les-Nangis, de l'hostel de Busseaulx-en-Brie, et de toutes les appartenances quelconques de sol, hostels, que nous avons donnez audit de Chailly et nous appartenant parce que ledit Michel Le Signe les a confisqués envers nous ;
« De toute la terre qui fut à Louis de Cramailles, que pareillement lui avons donnée, et nous appartenait à cause de confiscation ; c'est à savoir : les deux parts de la place de Beaumont-en-Brie, avec les terres, cens, rentes, revenus et justice appartenant audit ostel; de la moitié de l’ostel du Marchiéz-les-Nangis, et des appartenances, haulte justice, terres, prés, bois et censives tenuz et mouvant de nous à cause de nostre dit chastel de Melun, auxquels foy et homaige nous l’avons recu, sauf nostre droit et l’autrui.
« Donné en nostre ost, devant Montereau, le tiers jour du mois d'octobre 1437 et de nostre règne le quinzième. »
Cet acte jette une grande clarté sur les faits que nous avons plus haut rapportés, et nous révèle ce qui s’est passé à Nangis pendant les désastres de l'occupation anglaise. Il nous montre également toute l'importance qu'avait déjà à cette époque la seigneurie de la Motte- Beauvoir.
Ce qui, à première vue, paraît singulier dans cet acte de 1437, et m'a occasionné bien des recherches, c’est qu'après avoir confisqué l’hôtel de Changart du Marché-les-Nangis sur Michel Le Signe, le roi paraît confisquer encore le même hôtel sur Louis de Cramailles. Ce double emploi n’est qu’apparent. Il ne faut pas confondre l'hôtel de Changart du Marchés-les-Nangis que détenait Michel le Signe, avec l’hostel du Marchiez-les-Nangis repris sur Cramaiïlles. Le'premier fief était, comme nous l’avons dit, situé dans l'intérieur de Nangis, et était formé d’un quartier de la ville; l’autre, appelé plus
tard le Marchais-les-Nangis, était un fief composé d’un manoir et de bâtiments de culture et de terres ; il était situé à l'extrémité du vieux parc du château, en face la garenne du Moulin-des-Vignes, et près le moulin de ce nom; ce n'était plus qu'une ferme lorsqu'il disparut vers la fin du xvurr* siècle.
Que devint Nangis pendant cette longue guerre de Cent ans? Souffrit-il autant que les autres bourgs de la Brie où la plus grande partie des habitations étaient en ruines, où les terres sans culture étaient retournées à l’état sauvage et recouvertes de broussailles et de bois, où toutes les fermes étaient rasées, et la population en fuite devant la misère et la famine ? Nous n'avons pas trouvé trace du siège de l’un ou l’autre de ses châteaux. Les seigneurs d’alors, ayant suivi le parti des Anglais et ouvert à ces derniers les portes de leurs châteaux, Nangis ne connut sans doute pas les horreurs d’un siège et d’une prise d'assaut. D'un autre côté, après leurs défaites, et les reprises de Melun et de Provins, les Anglais ne paraissent pas avoir résisté dans Nangis où la situation n'était plus tenable; peut-être, grâce à ces circonstances, la ville n'eut-elle à supporter que le pas-sage continuel des troupes et des bandes vivant de pillage.
Cependant son territoire faillit servir de champ de bataille En août 1429, Charles VIT, accompagné de Jeanne d'Arc, revenant du sacre de Reims, se dirigea sur Paris, et, après une tentative sur Bray, vint camper avec son armée à Provins dont il chassa la garnison anglaise. Celle-ci, en se repliant sur Nangis, brûla Sognolles, Lizines, Landoy et Vanvillé. L'armée françaisela poursuivit jusqu’à Nangis et vint camper dans la plaine qui s'étend devant le château de la Motte-Beauvoir, faisant face aux Anglais de Bedford qui occupaient Nangis et offrant la bataille. Maïs ce dernier refusa le combat, ne se sentant pas en forces suffisantes, et se retira dans les plaines de la Brie.
Denis de Chailly
Denis de Chaiïlly était seigneur de Chaïlly-en-Bière ; il appartenait par sa mère, Jeanne de Villiers, à la famille de Villiers qui devait donner encore le grand-maître Villiers de l’Isle-Adam. Son père, Guillebaut de Chaïlly, maître forestier en la forêt de Bière, fut tué au début de la guerre en combattant contre l'étranger. Denis se leva aussi pour la défense de son pays dès le début de l'invasion anglaise. Son premier fait d'armes connu fut la défense de Moret, dont il avait été nommé gouverneur. Il ne fut pas heureux. Manquat:l d'hommes, de vivrés ou de moyens de défense? Toujours est-il qu'il résista peu de temps et dut livrer la ville. Ce premier insuccès lui fut vivement reproché. Mais il se jeta dans Melun avec ses troupes et prit une part très active au siège long et meurtrier de cette
ville ; puis on le vit, par une lutte sans trêve de plus de vingt
années, venger sa première défaite. Avec Nicolas de Giresme, commandeur pour l’ordre de Rhodes de la Croix-en-Brie, il fut à la tête de la défense dans la Brie, fut de tous les sièges, de tous les combats dans cette contrée. Si les noms de Chailly et de Giresme n’ont pas dans l’histoire la notoriété des Lahire et des Xaiïntrailles, c'est que, tandis que ces derniers combattaient près du roi, commandaient à de véritables armées et avaient un théâtre d'action beaucoup plus vaste, nos deux héros briards, n'ayant d’autres troupes que les bandes qu'ils recrutaient et entretenaient eux-mêmes, confinés dans la province de Brie qu'ils connaissaient si bien, ne pouvaient livrer que des combats partiels et faire la guerre de surprises et d'embuscades. Mais leurs services n’en furent pas moins réels et considérables. C'est ainsi qu'ils reprirent le château de Blandy aux Anglais en 1420, Melun en avril 1430, Provins en 1432 et repoussèrent les Anglais de Coulommiers en 1433 pour ne parler que des places RE " de Nangis
Le roi, qui avait apprécié les services de ce hardi capitaine, lui fit plusieurs dons, même au cours de la guerre. Aïnsi, par lettres royalés de mars 1422, le roi déclare vouloir que Denis de Chailly, son chambellan et bailli de Meaux, tienne la ville de Crécy-en-Brie, en jouisse du revenu, jusqu'à ce qu’il lui eût payé en une fois la somme de deux mille livres. Cette somme avait été avancée par Denis pour l'entretien de ses troupes.
Par autre lettre royale de 1431 (archives de Melun, E 280), roi octroie à Denis de Chailly, en récompense de ses services dans la guerre contre les Anglais, le droit de haute, moyenne et basse justice sur la seigneurie de Chaïlly-en-Bière, dont un de ses prédécesseurs avait été privé pour en avoir fait abus envers le roi. Cette justice était depuis lors jointe à celle de Melun.
Le roi avait pris en amitié ce vieux chef de routiers qu’il appelait « son amé et féal chevalier ». Outre les nombreux dons de seigneuries comprises dans l’acte de foi et hommage ci-dessus rapporté, il le nomma conseiller, chambellan, baïlli de la ville de Meaux. Si on récapitule les nombreux fiefs qu'il devait à la libéralité royale, nous voyons que Denis était seigneur de Chaïlly-en-Bière, de Beauvais-Nangis, de Montigny, de Bourron, de Changy, de Montanglaut, de Beaumont-en-Brie. Le don viager des droits féodaux de Crécyen-Brie lui fut confirmé par le roi en 1440. Copie de cette donation se trouve aux archives de Melun (carton E 1914).
Par cet acte, le roi Charles VII fait donation à Denis, pendant sa vie, de l'office de garde et capitaine de Crécy-en-Brie, avec les revenus et émoluments de la seigneurie, « pour acquitter, dit cette charte, la loyauté, les biens qu’il a perdus, la réduction en obéissance royale du chastel de Crécy, occupé par les Anglais, pour son pourchas qui a aussi réduit en la même obéissance plusieurs autres villes ; et IIM (2000) livres tournois à lui deubes tant pour sommes avan-
cées par lui pour ravitailler la ville de Laigny-sur-Marne (Lagny) pendant le siège des Anglais, et, en outre, IIS (200) moutons d’or et IIIC (300) francs. Les II moutons d’or en récompense du chastel de Chinon par luy conquis sur les Anglais, où il a grandement dépensé du sien, et qu'il bailla sur le commandement royal au comte de Richemont, connestable de France, et les III francs payés du s'en pour sa recouvrance de plusieurs aultres places, pour ses bons, louables, continuels et recommandables services, sans avoir eu du roi aulcune récompense, et les grandes pertes et dommaiges qu'il a supportés ».
Charles VII avait aussi nommé Denis gouverneur des chasteaux et hostels des fiefs du Montois. Après sa belle défense de Provins en 1437, le roi, én récompense, lui fit don de ces mêmes châteaux du Montois qui se trouvaient la plupart sans maîtres, soit que ces derniers aient péri dans cette longue guerre, soit qu'ayant suivi la fortune des Anglais, ils eussent été dépouillés de leurs fiefs. Denis, à son tour, fit don, en 1445, de la plupart de ces châteaux du Montois aux officiers qui avaient servi sous ses ordres, et qu'il avait chargés de leur défense pendant la guerre.
C’est ainsi qu'Antoine du Roux, l’un de ses lieutenants, qui avait fait une défense désespérée du château de Sigy, et avait forcé les Anglais à en lever le siège, reçut en récompense le domaine de Sigy (canton de Donnemarie), don qui fut ratifié par le roi, avec autori-
sation d'employer les manants du Montois pour relever le château:
qui n'était plus qu'une ruine. Nous verrons plus tard les du Roux de Sigy, qui ont conservé jusqu'à notre époque le domaine donné à leur ancêtre par le roi et de Chaïlly, contracter des alliances avec les seigneurs de Nangis.
Parmi les lieutenants de Chaïlly, qui furent par lui pourvus de fiefs, nous trouvons le sire de Saint-Phalle, qui reçut les domaines de Parousseau, Bourbitou, Villenavotte et Pantourtel, petits fiefs situés au centre du Montois, et peut-être aussi la seigneurie de Chalautre-la-Reposte. La famille de Saint-Phalle, implantée ainsi dans
la Brie, y prospéra, et joua un rôle important jusqu'à la Révolution. …
Dans cette distribution, nous voyons apparaître un nom nouveau dans la contrée, celui de Jean de Brichanteau, officier dont les services étaient peut-être peu importants, Car sa part fut de peu de valeur; Denis lui donna le fief de la Millière, métairie située près de Gurcy. Il donna encore à son neveu, Jean de Hémery, commandant des hallebardiers du Montois, le château-fort de la Motte-de- Gurcy. Nous retrouvons plus loin ces deux personnages et verrons les suites de ces dernières donations. Ces dons furent faits à charge pour les nouveaux seigneurs de reconnaître qu’ils relevaient de la grosse tour de Bray, et à charge de quelques cens et honneurs”au profit du doriateur. C’est ainsi que les seigneurs de Pailly (Yonne), descendants de Denis, eurent des droits seigneuriaux sur certains
domaines du Montois, notamment sur la basse-cour de Gurcy. (Voir Delettre, Æistoire du Montois.)
En présence de ces dons, nous ne pouvons ne pas remarquer quelle profonde perturbation la guerre de Cent ans avait jetée dans la propriété. Combien de châteaux du Montois changèrent ainsi de maîtres, au gré de Denis de Chaïlly, que de fiefs abandonnés ou confisqués pour forfaiture, passèrent ainsi en des mains nouvelles sans bourse délier ; combien d'anciennes familles nobles se trouvèrent ruinées ; et, sil en fut ainsi dans la noblesse, que ne se passa-t-il pas dans
le peuple ? Les terres, abandonnées depuis de longues années, tom-
bèrent aux mains du premier venu, ou récompensèrent des services de guerre. La population presque entière avait fui loin de notre contrée sans cesse sillonnée par les armées belligérantes et surtout par les compagnies, composées de gens sans aveu, qui tuaient et pillaient sans merci. Quand la guerre prit fin, on doit penser dans quel état se trouvait Nangis, lorsque après en avoir chassé les Anglais, Denis de Chailly en prit possession comme nouveau seigneur. Heureusement, la ville tombait entre les mains d’un homme influent et entreprenant, dont le nom seul pouvait rendre la confiance. Il rappela les anciens habitants disséminés et en recueillit de nouveaux, sévertua à relever les maisons, et à rendre aux anciennes familles les biens qu'elles avaient possédés, et, grâce à l’appui de son nouveau seigneur, Nangis se releva peu à peu de ses ruines.
Il s’attacha d’abord à restaurer l’agriculture, maïs il n'était plus possible aux rares possesseurs qui restaient de retrouver les limites de leurs champs. Il dut nommer des commissaires pour recueillir les renseignements et tracer au profit de chacun l’abornement des parcelles. Cette tâche fut confiée par lui à Jean Normand, Simon Pierre et Jean Meusnier, mesureurs-jurés au baïllage de Melun.
Denis de Chaïlly avait épousé Denise Pisdoë ou Pidoux, d’origine columérienne, qui mourut le 16 mars 1442, et fut inhumée dans l’église Notre-Dame de Melun, à laquelle elle avait fait avec son mari des libéralités comme lieu de sépulture de la famille de Chaiïlly.
Denis se remaria, étant plus que sexagénaire, avec Agnès de Moy. En 1456, il fit don aux religieux du prieuré de Saint-Nicolas des Basses-Loges, près Fontainebleau, de sa seigneurie de Changy (Avon)
avec tous droits seigneuriaux, à charge de célébrer cinq messes par semaine et deux obits Fe année.
Le 31 mars 1453, il donna, en sa qualité de tail de Meaux et Provins, des statuts aux maîtres-tailleurs de cette dernière ville. (Voir Æistoire de Provins, par F. Bourquelot.)
Denis mourut dans un âge fort avancé, environ quatre-vingts ans, vers 1464, puisqu'il fut remplacé en 1465 comme baïlli de Meaux et comme usufruitier de Crécy. Il habitait alors à Meaux l'hôte] Saint- Jean, rue du Château.
Il voulut aussi être inhumé dans l’église Notre-Dame de Melun,
auprès de sa première femme, sous la même pierre funéraire. Cette pierre se voit encore en cette église; elle a été relevée contre l’un des murs latéraux. Cette dalle porte les deux effigies de Denis et de sa femme; elle a dû être gravée lors des funérailles de cette dernière dont elle indique la date du décès, tandis que celle du mari est restée en blanc. Cette lacune n'ayant été remplie ni par la famille, ni par les chanoines, cette pierre ne peut nous renseigner pour trancher la question controversée de la date du décès de Denis.
Jean de Chailly
Denis de Chailly laissait deux enfants : Jean, qui se fit chevalier de Rhodes, et Jeanne, qui épousa Mathieu, bâtard d'Harcourt, seigneur de Reugny en Touraine et de Valjoaan: près Nangis. Il était fils naturel de Jacques d'Harcourt, comte de Tancarville-en- Brie. Le roi Charles VII l'avait lui-même armé chevalier en son ost devant Montereau, avant l'assaut de cette ville, en présence de Denis de Chaiïlly dont il devint le gendre.
Par lettres royales, en date à Laon d'avril 1440, Charles VII, qui ne pouvait rien refuser à son féal Denis, déclara légitimer Mathieu d’Harcourt; ce dernier, peu après, rendit hommage au roi de ses fiefs personnels, de Valjouan, de Vienne et de Saint-Martinen-Brie, qui mouvaient du château de Melun.
À la mort de Denis de Chaïlly, son fiis recueillit notamment les seigneuries de Chaïlly et de la Motte-de-Nangis ; d’autres fiefs furent la part de Jeanne d'Harcourt.
Le seul acte que nous connaissions de Jean de Chaiïlly est une donation en date du 7 décembre 1475, au profit des chanoïnes de Notre-Dame de Melun, de toutes les dimes sur ses domaines de Chaïlly, et d’une masure située dans la rue de la Bretonnière, à Melun, à convertir en grange dimeresse, et ce, en reconnaissance de ce que ses père et mère sont inhumés dans cette église collégiale. Les seigneurs de Chaïlly étaient très attachés à cette éslise Notre-Dame ; il résulte même de titres se trouvant aux archives de Melun (E. 288) qu’ils avaient le droit de se qualifier chanoines de cette église et de prendre place dans les stalles pendant les offices.
Jeanne d'Harcourt
Jean de Chaïlly paraît n'avoir survécu que peu de temps à cette donation ; comme chevalier de Rhodes, il n'avait pas contracté mariage et laissait pour. héritière sa sœur Jeanne, qui réunit entre ses mains tous les domaines paternels.
Celle-ci, déjà veuve, était sans doute, dans les dernières années de sa vie, impotente et malade de corps ou d’esprit, car ül résulte d'un acte de 1488 qu’elle avait comme curateur de sa personne et
de ses biens, noble homme Anthoine de Berriet, écuyer, qui administrait ses domaines.
La guerre de Cent ans avait laissé des traces si profondes dans la contrée que, cinquante ans après la fin de cette guerre, les seigneurs discutaient encore entre eux sur les limites de leurs domaines. Pierre de Saint-Phalle, seigneur de Chalautre-la-Reposte, eut alors un débat très vif avec le curateur de Jeanne d'Harcourt, à cause de sa seigneurie de Valjouan, et le comte de Roussy comme possédant le fief de Villeneuve-l’Abbé, pour retrouver les limites de leurs seigneuries respectives. |
Cette discussion se termina par une transaction « suivant acte reçu par Jean Godin, clerc-juré à Nangis, pour et en l’absence de Didier Gittard, clerc, tabellion-juré, établi de par le roi, notre sire, au tabellionage d’icelle prévoté de Melun, le 6 novembre 1488, les parties reconnurent et confessèrent que comme proces fut meu, ou espéré à mouvoir entre elles, pour raison et à cause des séparations de leurs seigneuries, et pour ce que, par la fortune des guerres, tout le pays est venu en ruines, non valoir et désolation, pour quoi on ne peut pas bien savoir et connaître les séparations, divisions, fins et limites d’icelles seigneuries. Et aussi pour avoir, nourrir et entretenir toujours paix et amour entre elles parties, ont en présence de noble homme Gilbert de Béguyeu, écuyer, seigneur de
Paroy, tracé de nouvelles limites. » Ils procédèrent alors à la plan-
tation de trois chênes sur un même point, pour marquer les limites desdites trois seigneuries. L’un de ces chênes, qui a traversé quatre siècles, existe encore à l'extrémité du bois de Gurcy, lieu dit la Croix-Durbet.
Jeanne d'Harcourt mourut aussi sans enfant, en 1496.
A son décès, la seigneurie de la Motte-Beauvais, ainsi que tous les autres domaines, furent saisis au nom du roi, comme vacants, mais deux des plus proches parents, Antoine et Jean de Vères, seigneurs d'Amillis, nés sans doute d’une sœur de Denis de Chaïlly, ayant demandé mainlevée de cette saisie, elle leur fut accordée. Les services de Chailly étaient encore trop récents pour qu'il y eût refus. Ces deux réclamants furent admis par le roi à foi et hommage comme héritiers de leur cousine Jeanne.
Le partage de la succession eut lieu alors entre Antoine et Jean de Vères, héritiers du côté paternel, et Etienne de Villiers, seigneur de Livry et de l’Isle-Adam, héritier du côté maternel ; nous avons vu en effet que la mère de Denis de Chaïlly était née de Villiers. La seigneurie de Beauvais-Nangis échut à Jean de Vères, celle de Chaïlly-en-Bière tomba en partage à Etienne de Villiers et resta dans la famille de ce dernier jusqu’à la fin du xvi° siècle; la forteresse de Beaumont-en-Brie paraît être échue au même; les autres fiefs furent la part d'Antoine de Vères.
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À Jean de Vères, qui tirait son nom di fief de vue actuellement
Hat canton de la Ferté-Alais, s’intitulait seigneur de la Motte-Nangi in, ARE RCE de Vienne, de Valjouan, de Bailly, d'Encuens (Ancœur Ir), de TRE Nesles-la-Gilberte, de Cerqueux, de Beauvoir et d’An millis. Il avait 10 VAE épousé Marie de Coustes, fille de Jean de Coustes, seigne: r de FANS Nesles-la-Gïlberte et d’Antoinette de Launoy. C'est dns Phé LAPS de ‘ces derniers qu'il recueillit les seigneuries de Nesles et de queux qui furent vendues peu après par sa fille Marie, dont il CARS être parlé. | AN Hot Dupean te Vères. laissa trois enfants : Geoffroy et Michel de Vère
NATURE dame ch de Foix, rgjne de ons et d'A oi a | Coulommiers, à cause don onte droits et devoirs non rendus 1 Et QUES tie sujet, il intervint deux ordonnances du roi François I*, l’un : date, à Saint-Germain-en-Laye, du 9 mai 1523, donnant pe
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NA RAS __ de la saisie sur les terres de Geoffroy et Michel de Vères, en fav La OUTRE de Marie de Vères, leur sœur; l’autre en date, à Compiègne, pten ÿ 22 septembre 1527, ordonnant l'exécution de la lettre précédente | "at concernant Marie de Vères. Par suite de ces deux décès, Marie ot x AN . Vères, dame de Brichanteau, réunit entre ses mains tous 1e domaines LAS Gr dépendant de la succession de son père. ot
LES BRICHANTEAU Leur origine
Avec la famille des Brichanteau, nous entrons dans l’histoire des temps modernes. Elle à joué un si grand :ôle, elle a tellement contribué à la prospérité et au bon renom de la ville de Nangis, que nous trouvons utile de suspendre notre récit pour remonter à ses origines.
Les Brichanteau tirent leur extraction d’un fief de ce nom situé en Beauce, près de Maintenon, et mouvant de la terre de Villersle-Morhier. Leur noblesse est très ancienne.
Le premier dont on trouve trace est Etienne de Brochantel, qui
figure dans un aveu de 1139, puis l’on voit successivement appa-
raître dans les chartes :
En 1225, Robert Neptun de Brochantel.
En 1265, Robert, puis Ferry de Brochantel.
En 1331, Jean de Brochantel et Mabille, sa femme.
En 1362, Jean de Brochantel, leur fils, fait aveu de son fief à Philippe Morhier. |
En 1386, un Jean de Brichantel est écuyer au service de l’évêque de Beauvais.
En 1389, Philippe de Brichantel fait aussi aveu à Etienne Morhier.
Le 13 mars 1398, nouvel aveu de ses fiefs par Beaudoin de Brichantel. Ce dernier suivit le parti des Anglais, comme Simon Le Morhier, prévôt de Paris, son oncle. En 1435, il était capitaine pour les Anglais de la tour de Venin, à Saint-Denis, lorsqu'il apprit le meurtre de Simon Le Morhier, dans un mouvement populaire ; il voulut s'échapper, mais il fut pris par la population soulevée de Saint-Denis, et massacré.
Le 7 juillet 1396, aveu par Robert de Brichantel de ses seigneuries des Granches et de Chastres, près Montlhéry.
En 1440, Jean de Brichanteau épouse Jeanne de Bourron, fille de Simon, seigneur de Bourron. On voit cette famille, par ses alliances, se rapprocher peu à peu de la Brie.
Ce Jean de Brichanteau, peut-être cadet de famille et officier de fortune, servit sous Denis de Chailly pendant la guerre des Anglais, il fut l’un de ses lieutenants dans le Montois. C’est lui qui, lors de la distribution par Denis des seigneuries du Montois, reçut en partage la métairie de la Millière, près Gurcy. Il s’attacha ensuite à Jean d'Hémery, neveu de Denis de Chaiïlly, qui avait reçu
de ce dernier le château-fort de la Motte-de-Gurcy, et il en devint le gouverneur. Nous le voyons, le 14 mars 1440, limiter ses biens de la Millière avec les seigneurs de Chalautre-la-Reposte, de la Haïe- Jutard et de la Malmaison.
Son fils, Charles de Brichanteau, épousa Jeanne d'Hémery; il acheta le 14 juin 1486 de Gilles d'Hémery, seigneur d'Hémery et de Sergines, son beau-frère, ses droits indivis dans la succession de Philippe de Chailly, leur tante, dans laquelle figurait la seigneurie de Vertron, sise sur la commune actuelle de Montacher (Yonne). Puis, dans un partage fait avec le même Gilles, le 27 août 1487, il reçut pour sa part, dans la succession de Hémery père, « le château de la Motte, près Provins (la Motte-de-Gurcy), qui relève du roi, et la basse-cour de Gurcy, qui relève de la terre de Pailly (Yonne) ». Ces domaines étaient alors plus importants par leur étendue que par leur valeur, puisque nous les voyons plus tard, pendant la minorité d’un Brichanteau, loués avec les fiefs de Beauguïichet et de Poigny, moyennant 400 livres. Vers le milieu du xvi® siècle, la terre de la Millière fut plantée en bois, et le nom disparut.
En 1491, Charles de Brichanteau plaida contre les religieux de Preuilly, relativement à leurs prétentions sur la Motte-de-Gurcy. Son testament, en date du 19 mai 1496, nomme pour exécuteurs Louis de Brichanteau, son fils, Jean du Roux, seigneur de Sigy, mari de sa fille Catherine, et Louis de Saint-Phalle, seigneur de Cudot, marié à Marie de Brichanteau, ses gendres. Il mourut le -11 décembre 1496 et fut inhumé à Gurcy, où on lui éleva un monument. Il laissait une troisième fille, Pernelle, épouse de Pierre Leprince, sieur de la Bretonnière.
La famille de Brichanteau avait donc des alliances et des
domaines aux portes de Nangis lorsqu'eut lieu le mariage de Louis
de Brichanteau avec Marie de Vères; ils étaient, du reste, cousins par Jeanne d'Hémery, mère de Louis, et petite-nièce de Denis de Chaïlly.
Louis de Brichanteau et Marie de Vères
Louis s'intitulait seigneur de Brichanteau, de la Motte-Gurcy, de Germainville, d’Orienville, de Serville, de Vertron, de la Brosse et de Montrigault, etc. Il avait épousé le 20 juillet 1503, en premières noces, Agnès de Choiseul, qui mourut sans enfant, et en secondes noces, le 16 août 1507, Marie de Vères qui lui apporta en dot les terres d'Amilly, de Bailly, de Beauvoir, de Valjouan et de Vienne. Mais après la mort de ses deux frères, Geoffroy et Michel, elle réunit entre ses mains tous les biens de la famille et s’intitula dame de Nangis, de Valjouan, de Vienne, de Bailly, d’'Encuens, de Nesles-la-Gilberte, de Cerqueux, de Beauvoir et d’Amillis.
Louis fit son testament le 15 mai 1519 et mourut peu après, en 1522. Sa veuve se remaria le 26 mai 1523 à François d'Anglure. Par suite de ce second mariage, la tutelle des neuf enfants du premier lit fut confiée à Jean de Bresne, seigneur de Bombon.
En 1532, Marie de Vères obtint de François 1° que Nangis prit le nom de ville. Ce privilège pouvait flatter l’amour-propre des habitants, mais ils le trouvèrent insuffisant pour leur sécurité.
La population de la Brie avait éprouvé les plus effroyables souffrances pendant la guerre de Cent ans, qui n'avait laissé que des ruines et arrêté pendant de longues années toute culture des champs ; et le souvenir en était encore tout vif. Nos contrées avaient enfin trouvé un peu de calme sous Louis XII et au commencement du règne de François 1%, et en avaient profité pour relever les habitations et les métairies, et remettre lentement les terres en culture, lorsque le désastre de Pavie et le commencement des troubles précurseurs des guerres de religion vinrent de nouveau jeter l'alarme. Les temps paraissaient s’assombrir ; aussi les habitants de Nangis, après sêtre concertés, prirent une grande détermination.
Le 15 août 1544, il y eut une grande assemblée des habitants de Nangis, et il fut arrêté entre eux « qu'à cause de plusieurs larcins, vols, pilleries, rançonnements, violences de filles et autres efforts et violences qui se commettaient par chaque jour audit bourg de Nangis, ils demanderaient au roi des lettres de permission d'imposer sur un Chacun des habitants dudit bourg, y ayant maison ou autres biens, une somme de trois mille cinq cents livres pour subvenir aux frais de fortification et de fossés dudit lieu ».
Sur cette demande, le roi François [°', par lettres patentes qui furent enregistrées à Melun le 17 octobre 1544, autorisa la ville de Nangis à se clore et à se fortifier pour se mettre à l’abri des larcins, vols et pilleries et à s'imposer de la somme de 3 500 livres tournois.
Les habitants étaient triomphants et croyaient n'avoir plus qu'à
exécuter les travaux, mais ils n'étaient pas au bout de leurs peines.
L’entérinement des lettres royales provoqua une longue procédure.
Le 26 septembre 1544, intervint une sentence du baïlli de Melun, qui, avant faire droit, ordonna que les habitants comparants feront apparoir le consentement de tous les habitants en général et permit de faire une nouvelle assemblée pour demander leur avis.
Le 29 septembre suivant, les habitants donnèrent procuration pour poursuivre l’entérinement des lettres du roi.
Le 19 octobre suivant, le bailli donna acte du consentement des seigneurs de la Motte-Beauvais et du Châtel à la clôture de la ville, comme aussi des protestations et des réserves élevées par ces derniers. Dans leur consentement du 12 octobre 1544, Marie de Vères, dame de Nangis, et le sire de Louviers, seigneur du Châtel, soutinrent que les travaux proposés portaient atteinte à leurs droits
seigneuriaux et à leurs propriétés. En effet, le château de la Motte- Beauvais, compris dans la future enceinte, se trouvait coupé de son parc; et d’un autre côté l’accès du château ne se trouvait plus libre de jour et de nuit.
Les habitants, comprenant qu’ils ne pourraient triompher de l’opposition des deux seigneurs, entrèrent en composition avec eux; il y eut un rapprochement et la transaction suivante intervint entre la | dame de Nangis et les habitants :
« Par-devant Jean Bellanger et Richard Saussoy, notaires royaux à Nangis, le Chatel et es environs, furent présents en leurs personnes : vénérable et discrète personne M° Denis Grdin, prêtre, curé de Boissise-le-Roi et vicaire de Nangis; honorable homme Claude Chaudet, Pierre Sauvaige, Nicolas Cressin, Michel Noël; Michel Fleury, Jean Dalenson, Louis Pelletier, Claude Testallaut, Gilles Gesu, Martin Le Coq, François Arnoul, Remond Sauvaige, Nicolas Hadrot, Etienne de la Serve, Jean Pigré, Jean Prévot, Jean Rischer l'aîné; Denis Gillier, Jean Lambert, Antoine Cerveau dit de Saint-Brisson, Guillaume Dumondé, Jean Dumondé, boucher; Jean Canat, Etienne Truchon, Etienne Menard, Louis Camelin, Sébastien Guyot, Pierre Hardy, Pierre (Chatelain, Mathieu Grillon et Jean Goussart, tous manants et habitants dudit bourg et village de Nangis, faisant et représentant la plus grande et saine partie des habitants dudit lieu; disant qu'ils ont obtenu lettres du roi, notre sire, afin de pouvoir faire faire clore et fortifier ledit bourg et village de Nangis, desquelles lettres ils demandaient et requéraient l’entérinement par-devant M. le baïlli de Melun ou son lieutenant, à l'encontre de noble dame Marie de Vères, dame dudit Nangis, Vienne, Valjouan, Fontains, Bailly, Nesles, Serqueux, Arcis, Beauvoir et Admillis, veuve de feu messire François d'Anglure, en son vivant chevalier, seigneur vicomte d’Estoges, baron des baronnies de Boursault et Givry-en-Argonne, conseiller chambellan du roi, notre dit seigneur, gouverneur de Mouzon, capitaine de cinquante hommes d’armes des ordonnances dudit seigneur, et des villa et chatel de Saïinte-Ménéhould, laquelle dame aurait empêché l’entérinement d’icelles pour plusieurs raisons par elle alléguées, et voyant par iceux habitants qu'ils ne sauraient faire clore ledit bourg et village dudit Nangis sans le congé et consentement de ladite dame, et que le château, lieu seigneurial et maison-forte que ladite dame a audit Nangis, qui est franche, libre et sans aucune subgestion ni servitude à ladite dame, ne soit comprise dedans l’'enclos et circuit que lesdits habitants entendent faire.
« À ces causes, lesdits habitants, de leur bonne volonté et sans contrainte aucune, ont promis et promettent, en consentant par icelle dame l’entérinement desdites lettres, par-devant M. le baïlly et son dit lieutenant, purement et simplement, sans aucune charge ni Con- i dition, ce nonobstant qu'eux et leurs hoirs, successeurs et ayant à
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