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cause, à toujours, seront tenus et à ce se sont obligés et obligent par ces présentes :
« D'entretenir à toujours les ponts et chaussées es endroits des grands chemins et passages où ils feront faire fossés, portes et ouverture de terre, jusqu'à une toise outre lesdits ponts, fossés et ouvertures de terre, tant dehors que dedans seulement, en sorte que toutes personnes, denrées et marchandises, tant de cheval, harnais que à pieds y puissent sûrement passer et repasser pour raison du péage dudit Nangis, à ladite dame appartenant, lequel s'étend tant audit lieu de Nangis que plusieurs autres lieux circonvoisins.
« Item, qu'ils ont promis et seront tenus faire une porte bonne et convenable au lieu et endroit où il leur sera montré par ladite dame, ou autre pour elle, laquelle servira pour l’aisance dudit château et maison-forte de ladite dame seulement, et de laquelle icelle dame, ou ses gens étant dedans ledit château, auraient les clefs en leur possession.
« Item, que en faisant faire ladite cloture, fossés et circuit, ils seront tenus et ont promis enclore le lieu de la Bretonnière dedans le circuit de ladite ville qu'ils entendent faire et es autres endroits passer par les lieux les plus commodes, ainsi qu'il y sera avisé ciaprès par ladite dame ou commis pour elle et lesdits habitants.
« Item, que ci-après ils ne pourront rien entreprendre pour les affaires d'icelle ville et gouvernance d’icelle, comme à créer procureurs, échevins, gardes des portes, et autres choses qui concernent les droits préhéminences de ladite dame, comme dame du lieu, sans” y appeler icelle dame en son château audit Nangis, ou son procureur, Ou Commis pour elle, et sans son consentement.
« Et aussi de récompenser ladite dame des dommages et intérêts qui lui pourraient être faits en faisant ladite clôture et fortification ; et que, en défaut de ce faire et accomplir par iceux habitants, ladite dame les pourra royaument et de fait contraindre à ce faire, et empêcher la clôture fortification, et perfection d’icelle ville comme auparavant ledit consentement par elle fait de l’entérinement desdites lettres. Et aussi l'ont voulu, promis et accordé les dessus dits habitants, si, comme ils disaient, promettant, obligeant et renonçant.
« Fait et passé par-devant nous notaires soussignés, l’an mil cinq cent quarante-quatre, le seizième jour du mois de mars (16 mars 1545, nouveau style). Et nous notaires soubsignés promettons entretenir les choses ci-dessus dites. (Signé) Bellanger et Saussoy, notaires, avec paraphes. »
Le même jour, 16 mars, intervint une ordonnance du bailli de Melun, ordonnant de produire les lettres patentes et de les faire entériner.
Le 23 mars 1544 (1545) intervint enfin une sentence du bailli, Jacques le Vigneron, qui prononçait l’entérinement des lettres du roi.
Et enfin, le 8 avril 1545, le même bailli nommait le seigneur Dalençon, procureur des habitants de Nangis, pour la recette et l'administration des deniers nécessaires à la clôture de la ville.
Il y eut plus tard une nouvelle transaction entre le seigneur et la ville de Nangis, en date du 9 avril 1589, qui fut ratifñiée par sen-
tence rendue le 12 mars 1617, par Pierre Caïllau, seigneur de Cour- :
tenain, baïlli de Nangis.
En 1577, la clôture n'était sans doute pas achevée, car les habitants se pourvoient auprès du roi Henri III pour être autorisés à s'imposer de 1 293 livres restant sur la levée de 3 500 livres précédemment autorisée, et ce, pour la continuation des fossés et murs de la ville. Sur cette nouvelle demande intervint un arrêt conforme du Conseil du roi en date du 8 mars 1577.
Bien en prit aux habitants de Nangis d'avoir décidé cette mesure: énergique, et de l’avoir menée à bonne fin, car ils évitèrent ainsi de sanglants désastres. Les Nangissiens qui, de nos jours, ont vu remblayer ces pauvres fossés, réceptacle d’immondices, à moitié comblés, ne peuvent se figurer à la suite de quelles alarmes continuelles et de: quelles souffrances leurs ancêtres se sont décidés à creuser à leurs frais cette faible défense, et quels services elle a rendus.
Les guerres de religion n'avaient pas tardé à éclater, mettant les.
populations aux prises, et la France à feu et à sang. S1 nous nous reportons aux: mémoires du curé, Claude Hatton, qui vivait à cette époque, nous voyons qu'aux fêtes de Pâques 1563, les habitants de Nangis, Rampillon, la Croiïx-en-Brie, et de tous les villages voisins, -coururent s'enfermer dans Provins avec famille, bestiaux et récoltes, fuyant l’approche des reîtres, appelés par les protestants. La clôture de Nangis n'était sans doute pas terminée alors. Ce fut une fausse alerte, les reîtres ayant changé de direction.
Dèjà, en 1560, l’église de Vanvillé avait été détruite par les pro-
testants. En 1562, le prince de Condé, n'ayant pu surprendre Provins, se retira sur Coulommiers, en brûlant au passage Cucharmoy et Saint-Just.
En 1567, ce fut plus terrible; l’armée protestante, vaincue”à
Saint-Denis (le ro novembre 1567), fut rejetée sur la Brie. Elle
pilla Montereau, Bray et Nogent-sur-Seine, et menaça Provins, défendu par du Roux de Tachy, qui força les huguenots à se retirer. Ces bandes brüûlaient sur leur passage les monastères et les églises. Elles brûlèrent le prieuré et le clocher de Voulton et pillèrent Villenauxe-la-Grande. Une bande détachée pour renforcer Ja garnison protestante de Bray-sur-Seine, dévasta au passage Chalautre-la-Petite et en détruisit l’église, ainsi que celle de Chalmaison, dont elle massacra le curé, Jean Pesloë, vieillard de 70 ans:
Une autre bande de 1 500 huguenots vint camper à la Croix-en- Brie qu’elle mit au pillage, maltraîtant les habitants et emmenant les prêtres prisonniers à rançon.
Le 35 août 1572, les habitants du Montois et des pays voisins, qui n'avaient pas versé dans le protestantisme, firent, après la Saint- Barthélemy, chanter un 7'e Deum pour remercier Dieu de les avoir délivrés des huguenots. Cette guerre impie, suscitée par l’ambition des grands seigneurs et entretenue dans les masses par l’appât du pillage, avait jeté la terreur dans tout le pays, même chez ceux qui étaient restés étrangers aux querelles religieuses. Hélas! ces troubles devaient durer encore longtemps.
Le passage des troupes royales était aussi néfaste que celui des protestants. Le 9 août 1574, la reine-mère, allant à ]a rencontre de Henri III, qui revenait de Pologne, traversa avec ses troupes la Brie et le Montois; les soldats d’escorte pillèrent au passage Rampillon, Varivillé et Landoy.
Le 25 novembre 1576, ce fut le tour des protestants. Un corps: de troupes, détaché de l’armée du prince de Condé, surprit Rampillon pendant la nuit; les maisons furent pillées, les femmes violentées, l’église saccagée. Le lendemain, après avoir mis le feu aux habitations, les pillards regagnèrent Mormant où était le principal corps d'armée.
Provins avait été pillé en 1572 par une troupe de huguenots commandée par le seigneur de Beauchery. En 1578, le clergé de Provins adresse des remontrances au roi, constatant que Rampillon et Courlon venaient encore d’être pris et pillés.
Puis vinrent les troubles de la Ligue. En 1587, le capitaine Beaulieu, chef d’une bande de vagabonds, jette la terreur autour de Provins et dans le Montois. Les troupes du ban de ces contrées parvinrent à exterminer cette bande en la poursuivant jusqu’à Joigny. En 1582, Villeneuve-les-Bordes fut pillée et son église incendiée.
En 1584, neuf cents pénitents blancs, hommes et femmes et enfants, allant de Paris vers Provins, causèrent de grands dégâts dans les villages se trouvant sur leur passage.
Provins, tombé au pouvoir de la Ligue, est pris en 1590 par le duc de Longueville, chef de l’armée royale, puis repris d'assaut par le duc de Mayenne en octobre 1590, et enfin se rend à Henri IV le 4 septembre 1592. S'il retrouva alors du calme, il ne revit jamais sa splendeur passée.
Henri IV, puis Richelieu, avaient pacifñé le pays, mais la minorité de Louis XIV amena les troubles de la Fronde; ils furent sanglants et désastreux pour notre contrée. Ce fut surtout dans la Brie qu'évoluèrent les trois armées en présence, celles de Condé et du duc de Lorraine, et les troupes royales commandées par Turenne. Le pays, à trente lieues à la ronde de Paris, fut de nouveau pillé, brûlé et rançonné.
Ces troupes quoique ennemies s’entendaient parfois très bien pour piller. En juin 1652, les troupes royales, commandées par le maréchal de la Ferté-Sénectère, vinrent camper dans les plaines de Vim-
pelles, après avoir pillé sur leur passage Chalautre, Sourdun, Jutigny, Chalmaison, Everly et autres villages. D'un autre côté, les soldats lorrains avaient forcé le pont de Bray, et tous pillaient de conserve le Montois. Les troupes du ban de Nangis et du Montois marchèrent contre eux pour en débarrasser la contrée. Le 28 juin 1652 ils les joignirent campés sur la voie de Chantemerle, près Vimpelles, ayant leur droite appuyée au fort d'Heurtebise, et leur gauche à celui de la Pescherie. L'attaque fut rude, mais à la fin de la journée, l’aile droite des ennemis fut coupée et acculée à la Seine. Les Lorrains durent, dans la nuit, repasser le fleuve au gué de Chatenay, mais non sans avoir pillé l’abbaye de Preuilly.
L'armée du duc de Guise menaça Provins qui se racheta moyennant trois mille livres. Le duc opéra sa retraite en pillant et brûlant les villages et les églises au nord de la route de Nangis. Le ban du Montois, posté à Vanvillé et appuyé au château de ce village, l’'empêcha de ruiner le pays au midi de cette route. Il se retira sur Mormant en évitant Nangis, mais non sans avoir pillé et ruiné encore une fois. Rampillon.
Que devenait Nangis pendant cette sanglante époque, tandis que les armées et les bandes de partisans évoluaient autour de lui Fautil croire que ses fossés en imposèrent aux bandes de pillards qui préféraient se jeter sur les villages ouverts, et que, grâce à leurs nouvelles défenses, les habitants purent traverser sans trop souffrir cette longue période de troubles ? Toujours est-il qu'aucune chronique ne fait mention de la prise et du pillage de Nangis. Ses habitants ne durent pas alors regretter les lourdes charges qu'ils s'étaient imposées, surtout en voyant autour d'eux tous les villages dévastés et pillés, principalement Rampillon qui n'avait pas pu terminer sa clôture. Si Provins est riche en vieilles chroniques, il n’en est pas de même de Nangis. Aucun habitant n’a songé à transmettre à la postérité les événements qui se sont passés dans ses murs pendant cette sombr2 époque; est-ce le cas de répéter le vieil adage : « Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire... »?
Nous avons groupé, pour les rendre plus saisissants, les tragiques événements qui, pendant les guerres de religion et la Ligue, ensanglantèrent ce coin de la Brie, et se passèrent aux portes de Nangis, bien abrité derrière ses fossés. Revenons en arrière et reprenons notre récit à l’époque où nous l'avons interrompu.
Marie de Vères, par un premier testament en date du 30 juin 1527, avait donné la Motte-de-Nangis, avec le Buisson et Montrimble, à Claude d’Anglure, son fils du deuxième lit, mais deux ans après elle révoqua cette donation pour que tous ses biens fussent partagés entre ses enfants des deux lits selon la coutume. Par son dernier testament, en date du 13 mars 1553, elle donna à Nicolas de Brichanteau, son fils aîné, le domaine de la Motte-Nangis, Ecuens (Encœur), Baïlly-le-Buisson, les Clozeaux, la Psauve, les Loges Villerot, Cor-
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benant, Vienne, Montrimble et Amillis, et demanda à être inhumée à Saint-Antoine-d'Estoges, près de son deuxième mari, dont la mort fut antérieure à 1545, puisqu'elle était déjà veuve lors de la transaction avec les habitants de Nangis, rapportée plus haut. C'est donc à tort que l’Almanach de Seine-et-Marne, dans sa notice sur Dagny, donne le 1% avril 1554 comme date de la mort de François d'Anglure,.
Marie de Vères mourut à Amillis le 20 août 1554; son cœur fut inhumé en l'église de Nangis, et son corps en l’église d'Estoges. Outre Nicolas, dont nous parlerons ci-après, elle laissait de nombreux enfants : |
Jean, mort en bas âge.
Crespin, né en 1514, qui fut sous-prieur de l’abbaye de Saint- Denis. Ce fut un prêtre de mérite. Il fut choisi pour être confesseur du roi François II, qui lui donna l’abbaye de Saint-Vincent de Laon, et le fit nommer en 1559 à l'évêché de Senlis; mais ce prélat mourut en 1560, avant d'avoir pris possession de son siège. Il fut inhumé en l’église de Nangis, où 1l avait été sacré évêque. Avant la Révolution, on voyait dans la chapelle des seigneurs une dalle très richement ornée qui portait cette inscription :
« Cy gist révérend Père en Dieu, Crespin de Brichanteau, docteur en théologie, évêque de Senlis, abbé de Saint-Vincent de Laon, confesseur et conseiller du roi François II, lequel trépassa le XIII jour de juin MDLX, priez Dieu pour son âme. »
Michel et Claude, morts enfants.
Geoffroy, qui se fit chevalier de Malte et fut tué au combat de Zoara en Barbarie, le 14 août 1552.
Marie, qui épousa le 25 mai 1525, Gilles d’Anglure, puis Louis de Billy.
Anne et Jeanne, mortes enfants, et Geneviève, religieuse aux Dames du Montcel, près Saint-Maïxant.
Et de son second mariage
Jean Saladin, mort enfant, et Claude d’Anglure, qui eut dans la succession de sa mère le domaine de Beauvoir, près Mormant.
Dans le Bulletin de la Société de l’histoire de Paris, 1893, M. E. Goyecques, dépouillant les minutes de Jean Crozon et Pierre Crozon, notaires à Paris, signale une minute du 6 mai 1522, contenant : « Marché entre Jean Lemoine, tombier à Paris, rue Saint- Jacques, à l’enseigne du Lion d’or, et Marie de Vères, dame de Beauvais et Nangis-en-Brie, veuve de Louis de Brichanteau, sieur du lieu, de Gurcy et de Vertron, pour l’exécution d’une tombe de liais, de sept pieds de longueur et trois et demi de largeur, figurant un homme d'armes entre deux piliers remplis d'images: à ses pieds, un levrier; sur sa tête, un tabernacle garni d’un Abrabam et de deux anges; un écusson aux quatre coins; livrable en Grève ou à la Tournelle, moyennant quatorze livres tournois. » Ce monument
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devait être transporté par bateau à Montereau, et, de là, à Gurcy.
A la Bibliothèque nationale, collection de Champagne, manuscrit tome 25, f° 335 (1554) se trouve l’épitaphe de Marie de Vères, qui est dans la chapelle des seigneurs de Nangis :
« Cy gist le cueur de deffuncte et puissante dame Marie de Vères, en son vivant dame de Nangis, Vienne, la (Croix-en-Brie, Valgouën, Fontains, Bailly, Nesles-la-Guilberde, Serqueulx, Amillis, Dagny, Mortanglost, Beauvoir, Arcis, et du fief de Tancarville, laquelle a eu deux maris : |
« Le premier, haut et puissant seigneur M'° Loys de Brichanteau, en son vivañt, chevalier-seigneur dudit lieu, et de Vertron, Gurcy, Chalautre, Pugny et Everly.
« Le second, haut et puissant seigneur M°° François d'Anglure, aussi en son vivant chevalier, seigneur, vicomte d’Estoges, et capitaine de cinquante hommes d'armes.
« Laquelle décéda au lieu d’Amillis le vendredi, 20° jour du mois d'août mil VCIIII. Son corps est inhumé dans l’église d’'Estoges. Priez Dieu qu'il en aïît l’Ââme. »
Dans la même collection de Champagne, à la Bibliothèque nationale (volume 25, page 333) se trouve la copie de l’épitaphe du petit
Saladin d’Arglure, qui est dans l’église de Nangis, à l'entrée de la
chapelle de la famille de Brichanteau, sur une tombe où est la figure d’un enfant au maillot :
« Cy gist noble personne Jéhan Saladin, fils de noble homme M”° François d'Anglure, vicomte d’Estoges, baron et sieur de Boursault et de Givry-en-Argonne, et de dame Marie de Vères, sa femme, dame de Nangis, Valjouën, Beauvais, Amillis, Nesles, Serqueux et Arcis, trépassé à l’âge de trois mois, le 3 octobre 1530. » (Voir M. Maurice Lecomte, Votes sur Nangis.)
Nicolas de Brichanteau
Nicolas, fils aîné de Louis et de Marie de Vères, naquit le 30 juin 1510. Ce fut lui qui commença la réputation militaire de la maison de Brichanteau.
Il servit près de trente ans dans la compagnie des ordonnances du roi, sous les ordres d'Antoine de Bourbon, depuis roi de Navarre, et prit part à toutes les guerres de la fin du règne de François I® et sous ses successeurs. Il fit campagne surtout dans les Pays-Bas,
défendant le nord de la France contre les invasions des armées.
de Charles-Quint ; il se signala dans la défense de Thérouenne et dans les sièges de Landrecies et de Boulogne.
Il fut nommé en 1553 gentilhomme de la chambre du roi, et en août 1557, capitaine de cinquante hommes d'armes. Le 3 mars de la même année, il fut nommé commandant de la ville de Guise, et gratifié d’une pension de 2 oo livres. Il fut fait chevalier des ordres
du roi à Poissy, le jour de Saint-Michel 1560, et enfin nommé au commandement de la ville de Tours en juillet 1562.
Il prit une part active dans l’armée royale aux guerres de religion qui ensanglantèrent la France à cette époque, et fut gravement blessé à la bataille de Dreux, le 19 décembre 1562, où il commandait la cavalerie royale, et resta prisonnier. Sa rançon fut de 3 000 écus. Il se retira à Nangis pour soigner sa blessure, mais elle l’emporta le x1 des calendes de septembre 1564; il était âgé de 54 ans. Il fit un testament en date du 19 août précédent, et fut inhumé en l’église de Nangis, où l’on voyait son tombeau.
A la même bataille de Dreux périt, à la fleur de l’âge, son neveu, René d’Anglure, baron de Givry et comte de Tancarville-en-Brie, petit-fils de Marie de Vères et de François d’Anglure, son second mari.
Nicolas laissa la réputation d’un capitaine audacieux et habile. Moréri, dans son ZXc#onnaire généalogique, dit de lui : « Homme qui avait beaucoup de courage et de prudence, et savait très bien la guerre. » On a trouvé de lui un jeton frappé en 1558, portant cette devise : Quod semel assumpsit, nunquam demisit, c'est-à-dire : « Ce qu'il prit il ne le rendit jamais ». N'est-ce pas là l'équivalent du « J'y suis, j'y reste » du maréchal de Mac-Mahon?
Il assista en 1558 à la rédaction de la coutume de Melun dont Nangis ressortait. ;
Un chroniqueur de l’époque, André Thevet, en son ouvrage intitulé Portrait des hommes illustres, et dédié au roi Henri IIT, n'hésite pas à placer Nicolas au nombre des meilleurs officiers du roi, et s'exprime ainsi à son égard dans le langage ampoulé et boursouflé de l’époqu?
« Je m'esbahis de quelques-uns de nos historiens qui, parmi leurs discours et longs narrés, ne font retentir que les glorieux exploits de ceux qui, avancés es grandeurs, ont fait de grandes choses; mais de particulariser la spécialité des faits magnanimes de ceux qui n'étaient connétables, grands-maîtres, ducs ou grands, ils en ont fait conscience. Telle considération a certainement fait que je me suis déporté d’icy entasser plusieurs éloges. Mais aussi quand j'ai trouvé personnages qui méritaient, je me suis estendu. Du nombre desquels j'entends que soit le seigneur de Beauvais, les gestes duquel si nous considérons, nous trouverons qu’en toutes sortes, il est fort recommandable.
« Il était si adroïit aux armes, qu’à l’âge de dix-huit ans, au tournoy qui se fit à Paris pour la reine Eléonore, il porta l’un des plus roides chevaliers de France par terre, et en tombant se froissa une jambe. Par la continue de ses martiaux exploits, s’acquist-il telle réputation, qu’il était tenu pour l'un des plus gaillards et dispos seigneurs de France. Cela fit qu’en l’année 1536, le comte de Marle, qui depuis fut roi de Navarre, le fit guidon de cinquante hommes
d'armes qui lui avaient été donnés, dignité qu'il méritait bien pour avoir souvent fait preuve de sa personne en maints endroits, même en la présence d’icelui seigneur. La hardiesse n'était-elle pas grande d'être entré dans Thérouenne, assiégée par le comte de Bure, lieutenant de l'empereur Charles-Quint, où il fit trois non pareilles et très hasardeuses saiïllies en l’année 1537. En la première fut prins le sénéchal de Hainaut et Frédéric de Melun, maître de l'artillerie des Bourguignons. En la seconde, sachant que Claude d’'Annebaut, admiral de France, venait pour lui donner secours, et lequel y fut prins, il sortit avec quinze chevaux, passa au travers du camp de l'ennemi, et tua neuf ou dix capitaines allemands. En une autre se trouva ledit sieur de Beauvais, près Guinegatte, où furent défaits beaucoup de gens de pieds. L’an 1542, il se trouva aussi à la prise de l’Andrecy, et, depuis, au ravitaillement d’icelle ville, à la prinse de Trélon, Glaion et Couvins. Durant le siège de Boulogne, en l’an 1544, Monsieur de Vendôme s'en alla sur l’advenue du camp des Anglais, où notre guerrier de Brichanteau eut charge de mener tous les coureurs, qui chargea si brusquement et de si près les Bourguignons, que la plupart d'eux demoura sur la place, d'où il rapporta un los incroyable tant envers les Français que les Bourguignons, qui redoutaient grandement sa présence et magnanimité. N'est-ce pas lui qui fut cause aussi de la prinse de trois pièces d’artillerie avec les munitions de tout leur camp? Si très fort était-il redouté au camp ennemi que les plus hardis d’entre eux, entendant le vent de sa furieuse approche, aïmaient beaucoup mieux faire largue, et laisser fendre la presse... », etc. (A. Thevet, livre V, chapitre 60.)
Nous arrêtons notre citation sur cette phrase par trop hyperbolique, et tirons de ce récit la preuve que jusquau milieu du xv1° siècle, les seigneurs de Nangis portaient encore le titre de sires de Beauvais, ce qui n’est pas de nature à favoriser les recherches.
Nicolas avait épousé, le 15 mai 1539, Jeanne d’Aguerre, et eut d'elle cinq enfants :
° Antoine, l'aîné, dont nous parlerons ci-après ;
2° Claude, mort en bas âge;
3° Marie, mariée le 8 mai 1571, à Claude de Beaufremont, seigneur de Sénecey, auquel elle apporta en dot la terre d'Amillis, huit mille livres, et une rente de deux mille livres. Cette dame mourut en 1614, laissant deux filles, Catherine, veuve de Jean de Vieuxpont, et Madeleine, mariée à Cléry-Adrien de Vergy, comte de Champlitte, gouverneur et lieutenant-général de Bourgogne.
4° Madeleine, morte en bas âge;
5° Et Françoise, qui épousa, le 18 août 1580, Louis de Lhospital, marquis de Vitry, seigneur de Coubert, le même qui fut gouverneur de Meaux pour la Ligue et livra cette ville à Henri IV.
Elle fut mère de deux maréchaux de France, le maréchal de Vitry et le maréchal de Lhopital, qui laissèrent une grande réputation militaire. Elle mourut à Coubert le 6 janvier 1640.
Antoine de Brichanteau
Antoine, né le 6 janvier 1552, embrassa, comme son père, la carrière militaire et passa une grande partie de sa vie aux armées. Il fut d'abord guidon dans la compagnie du grand-prieur de France. Il prit part au siège de Mucidan, à la bataille de Moncontour et au siège de Saint-Jean-d'Angély.
En 1571, il se laissa entraîner, comme la jeunesse d'alors, dans une sorte de croisade, et accompagna le duc de Mayenne dans sa campagne contre les Turcs. En 1573, 1l suivit le duc d'Anjou, qui venait d'être nommé roi de Pologne, pour l'installer sur son trône; mais le roi Charles IX étant mort, laissant la couronne de France à son frère, le duc d'Anjou, Antoine contribua à faire évader ce dernier de la Pologne, et à le ramener en France (1574).
Il fut alors nommé maistre de camp et colonel du régiment de Picardie; se signala aux combats de Bois-Commun et de Dormans contre les reîtres allemands. En 1576, le roi lui donna le régiment des gardes. Il prit part, sous les ordres de Mayenne, à la campagne de 1577 contre les religionnaires, prit Nesles en Poitou et fit le siège de Brouage.
En 1570, il fut envoyé en ambassade près le roi de Portugal et fut fait conseiller du roi le 14 juillet de la même année. Il combattit les troubles de la Ligue, et commandait les troupes royales au cimetière Saint-Jean, à Paris, dans la journée des Barricades (1588).
Il fut désigné par le roi Henri III pour assister aux Etats généraux de Blois, et député aux mêmes Etats par la noblesse du bailliage de Melun. D'après les mémoires de son fils, il aurait été prévenu la veille du projet de tuer le duc de Guise, et l'aurait vivement combattu. Il croyait le complot abandonné, lorsqu'il apprit le lendemain matin le meurtre du duc.
Antoine fut pourvu de la charge d’amiral de France par lettre datée de Blois du 20 février 1589, dans laquelle le roi le qualifie de « cher et bien aimé cousin ». Cette charge, qui avait été tenue par Coligny, allait de pair avec celle de maréchal de France.
Antoine, fervent catholique, avait passé une grande partie de sa carrière militaire à combattre les protestants et leurs alliés les Allemands, mais, lorsque la cour traita avec les huguenots, il se jeta dans la Ligue et se joignit au duc de Guise. Cette manière de protester faillit lui être fatale, d’après le récit suivant que nous trouvons dans les mémoires de son fils.
Le parti de la cour ayant appris par un marchand de chevaux que l’amiral devait partir tel jour de Nangis pour rejoindre l’armée
du duc de Guise, résolut de lui tendre une embuscade, et de Le capturer mort ou vif. Une escouade des quarante-cinq, gardes du corps du roi, fut envoyée dans ce but. Ces derniers s’embusquèrent à la Croix-en-Brie, à l’angle de la Garenne, sur le bord du chemin que devait suivre leur victime. Mais après avoir attendu vainement toute la matinée, ils allèrent aux informations, et apprirent que l’amiral était passé dans la matinée en suivant la sente de Vienne. Ils poursuivirent ce dernier jusquà Villiers-Saint-Georges sans pouvoir le rejoindre. Ce ne fut que plus tard qu’'Antoine connut le danger auquel il avait échappé.
Les habitants de Nangis ne versèrent pas dans les idées nouvelles du protestantisme et restèrent attachés à la religion de leurs ancêtres. L'influence de leur seigneur n’y fut peut-être pas étrangère.
Après le meurtre de Henri IIT, Antoine s’attacha à la fortune de Henri IV, son successeur, se mit à la tête de cent vingt gentilhommes briards et se rendit au siège de Paris, où 1l fut mis dans le régiment du comte de Soissons. Il se trouva aux sièges de Chartres, de Rouen et autres villes, et suivit le roi de 1590 à 1592 à la tête de gens d'armes qu’il entretenait à ses frais.
Le 2 janvier 1592, il fut fait chevalier des ordres du roi, et fut reçu le 7 janvier 1595. Mais il tomba alors en disgrâce pour n’avoir pas voulu servir sous d'Epernon; il fut obligé de se démettre de sa charge d’amiral et refusa l’ambassade de Rome et le SOUFRE du Bourbonnais qu'on lui offrait en compensation.
Cependant, en juillet 1598, il obtint des lettres patentes du roi créant quatre foires chaque année à Nangis, outre celle existant déjà, savoir : la première, au jour de la mi-carême; la deuxième, le premier jour de mai; la troisième, le quatrième jour de septembre, et la quatrième, le vingt-cinquième jour de novembre, pour durer, chacune desdites foires, trois jours.
Après la mort de Henri IV, Antoine assista au sacre de Louis XIII, à Reims, en 1610, et obtint enfin, en novembre 1612,
en récompense de ses longs services à la cause royale et des énormes
sacrifices qu’il s'était imposés, des lettres patentes du roi portant érection de ses terres en marquisat de Nangis.
Les Brichanteau qui déjà, par leur seul mérite, s'étaient placés parmi les premiers de la noblesse de la Brie, devinrent par cette érection l’une des premières familles nobles de la contrée. Mésormais, les noms de la Motte-Beauvais et de Beauvais seul dispa-
raissent tout à coup complètement ; il ne sera plus question que des .
seigneurs de Nangis et du château de Nangis.
Est-ce à cette époque, et par suite de la création du marquisat, qu’Antoine, pour occuper ses loisirs pendant sa disgrâce, fit reconstruire le château de Nangis? Nous n’avons trouvé aucune pièce pouvant indiquer l’année de cette transformation. Nous penchons à croire que ces travaux eurent lieu quelques années plus tard par
suite de l'ordonnance que fit rendre Richelieu, le 31 juillet 1626, ordonnant le démantèlement de tous les châteaux-forts féodaux. Ce fut l’arrêt de mort de tous les vieux castels. Le donjon de Nangis dut être rasé; on n’en conserva que les soubassements et les tours d'angles, et sur le terre-plein fut élevé, dans le style de l’époque, le château dont une aile existe encore.
. Le vieux marquis fut encore député de la noblesse du bailliage de Melun aux Etats généraux de Paris en 1614 Il mourut à Nangis le 9 août 1617. Il avait épousé, le 19 février 1577, Antoinette de La Rochefoucauld, dame de Linières, fille de Charles de La Rochefoucauld, de la branche des La Rochefoucauld-Barbezieux, lieutenant-généra: au gouvernement de Champagne et de Brie, et grandsénéchal de Guyenne, et de Françoise Chabot, fille de Philippe Chabot, seigneur de Brion, amiral de France. Antoinette de La Rochefoucauld apporta en dot trente mille livres et la baronnie de Linières, avec les seigneuries de Meïllan, Bénégon, Mareuil, Fro-
lois, situées dans le Bourbonnais, d’une valeur de quatre mille livres de revenu. Elle mourut le 5 mai 1627, après avoir donné à son
mari quinze enfants :
1° Henri, 2° Charles, 3° Antoine, morts tous trois en bas âge;
4° Nicolas, devenu l’aiîné et dont nous parlerons ci-après;
5° Jean, mort en bas âge;
6° Philippe, baron de Linières, chevalier des ordres du roi, capitaine des Suisses, marié à Claude de Meaux, dame de Boïisboudran. Il fut la souche des Brichanteau, seigneurs de Boisboudran. Il mourut à Paris le 2 mars 1630; son cœur fut inhumé en l’église’ de Nangis, è# sepulchro patribus, dit l'acte dressé par le curé Maussoyer, et son corps inhumé à Linières ;
7° Françoise-Marie, non mariée ;
8° François, baron de Gurcy et de Bénégon. Il prit du service dans l’armée du duc de Savoie et mourut en 1656. Il fut la souche des Brichanteau, barons de Gurcy;
9° Benjamin, évêque et duc de Laon, et abbé de Saïinte-Geneviève. Il succéda sur le siège de Laon, en 1612, à Geoffroy de Billy, son parent (descendant de Louis de Billy que nous avons vu épouser, en 1525, Marie de Brichanteau) et mourut le 13 juillet 1619, laissant, dit Moréri, la réputation d'un prélat de grand mérite. Il fut inhumé en l'église Sainte-Geneviève où l’on voyait son tombeau.
10° Philibert, abbé de Saint-Vincent de Laon, succéda à son frère comme évêque de Laon et abbé de Sainte-Geneviève ; | 1° Alphonse, chevalier de Malte, fut tué à la prise de Saint- Maur en Barbarie, le 26 mai 1625;
12° Charles, chevalier de Malte, fut tué dans un combat livré près de Saragosse, entre les galères de Malte et les galiotes de Bizerte, le 26 juin 1625. Un monument lui fut élevé dans l’église de Nangis: il disparut à la Révolution;
13° Antoine, abbé de Barbeaux et d'Escurrey, mort en 1638.
14° Antoinette, qui épousa Renaud de la Roche-Aymon;
15° Et Lucie, qui épousa, le 16 février 1618, Claude de Régnier, baron de Guerchy, dont la famille avait possédé la seigneurie de Vaux-le-Pénil, près Melun. Ils furent la souche des Guerchy, que nous verrons plus tard recueillir l'héritage des Brichanteau, lors de l'extinction de la maison; extinction que cette nombreuse lignée ne laissait guère prévoir.
C'était cette nombreuse famille que représentait la fresque qui entourait la chapelle des marquis dans l’église de Nangis.
Nicolas de Brichanteau