DEUXIÈME DU NOM
Nicolas (deuxième du nom), marquis de Nangis, baron de Meillan et Charenton et autres lieux, fut chevalier des ordres du roi, capitaine de 50 hommes d’armes, puis maréchal de camp, et conseiller au Conseil d'Etat et privé. En réalité, il passa la plus grande partie
de sa vie dans la retraite et dans une disgrâce complète. [Il n'avait
pas su pressentir à la cour la fortune de Richelieu et s'était attaché au prince de Condé; Richelieu ne lui pardonna jamais et le traita toujours en ennemi. [Il tenta vainement d'obtenir quelque emploi à la cour, il ne fut que capitaine des toiles de chasse du roi, maigre fonction que son père avait conservée dans sa disgrâce. Il obtint cependant, le 5 août 1636, le commandement de la ville de Laon, et, le 25 juin 1641, le commandement de la ville de Troyes.
Aux archives de Melun se trouve une déclaration, faite par Nicolas, des nobles personnages habitant sur ses domaines et des fiefs qui relevaient du château de Nangis. Cette déclaration, en date du 3 août 1635, fut faite sur une ordonnance de Richelieu qui, venant de faire déclarer la guerre à la maison d'Autriche, avait besoin d'officiers et voulait connaître les gentilshommes qui n'étaient pas aux armées Si les nobles ne payaient pas l'impôt, en revanche ils étaient soumis, en tous temps, au service militaire, et Richelieu n'était pas homme à permettre des infractions.
Cette déclaration, fournie au bailli de Melun, faisant partie du rôle du baa et de l’arrière-ban dressé par Jacques Riotte, président du bailliage de Melun (B. jiasse 507), est ainsi conçue :
« Roolle des nobles demourant en dedans des terres deppendantes du marquisat et baïllage de Nangis, ensemble des fiefz qui en relèvent, les dictz fiefz extraictz et tiréz de l’adveu et dénombrement fourny au roi par feu M'° de Beauvais-Nangis, le dixième jour de febvrier, l’an mil cinq cent soixante et dix-neuf.
« Premièrement, les nobles et gentilshommes sont :
« Robert de Blond, escuyer, sieur de Boispoussin, à Fontains; son fief dudit Boispoussin relève du Chastel.
« Jacques Dollet, escuyer, sieur de Courmignoust, en la paroisse de Bailly, demeurant audit Nangis.
« Claude Caillau, escuyer, sieur de Courtenin. Son fief de Courtenin consiste en maison manable, grange, estables, court, jardin et accin, avec soixante de douze à quinze arpents de terres labourables, dont on rend deulx boisseaux et demy de bled froment l’arpent, mesure de Nangis, suivant la déclaration dudit sieur de Courtenin.
« Le sieur Damours, demeurant en son fief, terre et seigneurie de la Borde des Montilz, en la paroisse de la Chapelle-d'Arablay. (Cette seigneurie des Bordes-des-Montilz ne serait-elle pas le domaine actuel des Moyeux qui aurait changé de nom?)
« Nicolas Adenet, escuyer, sieur de Paroy, demourant en la paroisse dudit Nangis, tient sondit fief.
« Damoiselle Hélye de Saint-Paul, veuve de feu Charles, en son vivant escuyer, sieur d'Assy, demourante audit Nangis, n’a point déclaré quelle ayt aucun fief deppendant dudit marquisat de Nangis.
« Estat des aultres fiefz relevant dudit Nangis, dont les propriétaires ne sont demourant au dedans des seigneuries dudit Nangis :
« Premièrement, le fief, terre et seigneurie de Grand-Brizon, sis en la paroisse de la Croix-en-Brye, où y a moyenne et basse justice et droitz de cens. Il y une fermière dans le lieu.
« Idem, le fief de Closfontaine appartenant aulx religieux Chartreux de Paris, où y'a moyenne et basse justice avec cens. Jehan, notaire, demourant audit lieu, en est fermier.
« Le fief de Chantemerle, deppendant de la Boulaye, paroïsse de Closfontaine, appartenant à Jehan Tardif, advocat à Paris. La veuve Jehan Moreau en est fermière et demeure à ladite Boulaye.
« Idem, le fief du Presbytaire dudit Closfontaine, tenu par M° Thomas Cocherel, prebstre curé dudit lieu y demeurant.
« Idem, le fief d’Enfer, aultrement appelé Villemarie, en la paroisse dudit Closfontaine, appartenant au S' de Morin, à cause de sa femme, auparavant veuve de feu noble homme M° Pierre Duboys, vivant lieutenant général au siège présidial de Provins. Ledit Sr de Morin demeure audit Provins, et ledit fief est tenu par
‘Estienne Hadrot, fermier demeurant audit lieu. Il y a moyenne et
basse justice avec droitz de cens audit fief.
« Duquel fief dépend un aultre fief appelé le Petit-Enfer, qui appartient au S' Duru avec le fief de Chantemerle, près ledit Closfontaine, contenant six arpents de terres et six arpents de boys, appelé le bois des balliveaux, tenu aussi par ladite Moreau, fermière.
« Item, le fief du Petit-Brizon, appartenant au S° de Rocque-
mont, sis en la paroisse de la Croix-en-Brye, dont Thomas Poisson est fermier, demeurant dans ledit fief.
« Item, le fief de Tournebœuf, sis en la paroisse de la Cha-
pelle-d'Arablay, tenu par le S° de Boirond, à cause de sa femme,
auparavant veuve de feu M° Estienne Danyau, demeurant à la Chapelle-Gaultier.
«Item, le fief du Mez, en la paroisse de la Chapelle-d’Arablay, où y a haulte, moyenne et basse justice, cens et rentes seigneuriales, appartenant à Bordier, advocat en parlement, demeurant à Paris, auquel fief est demeurant Estienne Desnot qui en est fermier.
« Duquel fief sont tenus en plein fief, le fief de la Charmée et le fief de Bois-Peleux, appartenant à l'enfant myneur de deffunct M° Jacques Charlot, vivant Esleu à Melun; il y a haulte, moyenne et basse justice avec droitz de cens et rentes seigneuriales. François Buret est fermier, demeurant à ladite Charmée.
« Item, le fief et seigneurie du château du Pré et Fontenailles, appartenant à Claude de Brunfay, escuyer, seigneur de la Courouge et dudit Fontenailles. Il y a haulte, moyenne et basse justice avec droitz de cens et rentes seigneuriales. Laurent Boyer en est fermier, demeurant audit lieu du château du Pré. |
« Le fief de Cornillon, sis en la paroïsse de Fontains, appartenant à Louys de Crillan, escuyer, seigneur de la Brosse--Moceaux. Marthe Mousset en est fermier.
« Item, le fief de l’Hostel du Pré, sis en la paroisse de Chartrettes, où y a moyenne et basse justice.
« Item, le fief de Bressoy, en la paroisse de Mormant, avec moyenne et basse justice, et ung autre fief avec vingt-cinq arpens de terre, sis entre Bombon et Lady, le tout appartenant à M°° le général Lefebvre. |
« La moitié du fief de Courtelle en la paroisse de Mormant, avec moitié du Chastel.
« Item, le fief de Courtery (Courtry) avec haulte, moyenne et basse justice, duquel fief est tenu en plein fief, le fief de Massoris (Massouris) Auquel fief de Courtery il y a un autre fief de deux arpents de pré. Cela appartient à M. le marquis de Sourdis.
« Le fief de Milly-lez-Melun avec moyenne et basse justice.
« Le fief d'Aïlly, tenu par le sieur Donnoy, ou ses héritiers, contenant IIIT ** dix arpents de terre et préz assis entre les Grass et Milly-près-Melun.
« Item, le fief de Maincy, qui est la plus grande partye dudit lieu et villaige de Maïincy, appartenant à M'° le marquis de Sourdis:
« Item, un fief assis à Pecy, appelé la Fontenelle, qui se consiste en terres et prez, appartenant à à M”° de Beaulieu.
« Item, un fief assis à Chasteaubleau, appelé la Grande-Maison de Chasteaubleau, avec six vingt arpents de terre et prez, et dix solz de menus cens dont Rémy de Grandrue, demeurant audit Chas-
teaubleau en tient partie; il peult scavoir ceulx qui tiennent le reste.
« Item, le fief des Mautresses, paroisse de Nangis, appartenant aux Célestins de Marcoussis, où y a moyenne et basse justice, droitz et censives, et autres fiefs qui relèvent, notamment le fief de Chantemerle. Eloy Gervais demeurant aux Mautresses en est fermier.
« Item, le fief de Ponmellin, appelé les Petites-Mautresses, où y a moyenne et basse justice avec censives et autres fiefs en relevant. Ledit fief de Ponmelin appartient aulx enfants myneurs de deffuntz Nicolas Ryotte et de M° Pichon de Melun. Anthoine Guilvert en est fermier.
« Il y a encore plusieurs autres petits fiefz desquels on a peu de cognaïssance ; pour lesquels la propriété n’est déclarée au greffe dudit Nangis, quoyque nous l’ayons fait publier es églises de leurs paroisses, notamment à la Croix-en-Brie, Closfontaine, Baïlly, Fontenailles, Fontains, la Chapelle-d’Arablay et audit Nangis. Ce que nous, procureur fiscal et greffier au baillage dudit Nangis, soubzigné, certifions vray, et ne pouvoir donner les valleurs des revenus des fiefs ci-déclarés. Faict le troisième jour d’aoust, l’an mil six cent trente-cinq (signé) Dumond. »
Cette longue liste ne comprend pas les fiefs qui étaient la propriété du seigneur de Nangis et constituaient le marquisat, mais seulement ceux qui, appartenant à des tiers, relevaient du château de Nangis et devaient au marquis foi et hommage et sans doute aussi des redevances. On voit que ces droits seigneuriaux s’étendaient sur beaucoup de domaines entourant la seigneurie de Nangis, et dont plusieurs étaient assez éloignés, comme Courtry, Chartrette et Maincy.
Nicolas avait épousé en premières noces, le 15 septembre 1672, Aimée-Françoise de Rochefort, fille de Anne de Rochefort, seigneur de Moreuil et de Croisette, en Berry, d’une famille d’origine bourguignonne, descendant du chancelier de Louis XI. Le grandpère de la mariée, Claude de Rochefort, avait été tué en 1557, à la bataille de Saint-Quentin, et son aïeul, Jean, premier écuyer tranchant de François I, avait été fait prisonnier avec lui à la bataille de Pavie.
Le contrat de ce mariage se trouve aux archives de Melun (B. 434, page 149). Il présente un certain intérêt à cause des personnages qui y figurent, nous révélant quelles alliances avaient les Brichanteau dans la haute noblesse de France.
Cet acte, en date du 5 octobre 1612, reçu par Jehan Le Camus, notaire à Paris, constate comme présents, du côté du marié : ses père et mère, l’évêque de Laon et le baron de Gurcy, ses frères;
La princesse Marguerite Chabot, dame d’'Elbeuf, cousine, veuve du prince Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, comte d'Harcourt, de Lillebonne et de Rieux, pair, grand-écuyer et grand-veneur de France;
Messire François de la Baume, comte de Montrevel, lieutenant général des armées, cousin;
Messire Jacques, comte de La Rochefoucauuld, seigneur de Chaumont, maître de la garde-robe de Sa Majesté, cousin maternel ;
D° Françoise de Brichanteau, tante paternelle, dame de Vitry, veuve de messire de l’Hospital, marquis de Vitry, capitaine des gardes du corps du roi, gouverneur de Meaux.
Du côté de la mariée :
Messire Antoine d'Aumont, comte de Châteauroux, gouverneur de Boulogne et du Boulonnoiïs, cousin ;
Messire Jacques d'Aumont, baron de Chappes, gentilhomme de la chambre du roi, prévôt de Paris, cousin ;
Messire Philippe Hurault de Chiverni, seigneur du Marais, évêque de Chartres, cousin;
Messire Louis Hurault de Chiverni, comte de Limours, cousin, et dame Isabelle d'Escoubleau, son épouse;
Messire Charles’ de la Baume, marquis ‘de Rostaing, cousin par sa femme Anne Hurault de Chiverni.
Ces trois derniers fils et gendre du comte de Chiverni, chancelier de France.
La clause des apports de ce contrat est ainsi conçue :
« Ledit S° de Rochefort donne à sa fille la terre et seigneurie de Moreuil, sise au baïillage d’Issoudun, avec les bois qui en dépendent, ainsi que les forges et bois qui ont été distraits de la terre de Croisette, sauf réserve de l’usufruit au seigneur de Rochefort de la moitié des fruits de ladite terre. Ladite donation faite d’icelle terre pour la part que ladite demoiselle, future épouse, peut prétendre es biens et succession de la defuncte dame, sa mère, jusqu’à la somme de quatre-vingt-trois mille livres; de laquelle somme entrera en la communauté desdits époux quatorze mille livres.
« Ledit seigneur de Beauvais-Nangis et la D° Antoinette de La Rochefoucauld, son épouse, ont fait don au futur époux, leur fils, de la terre et seigneurie de Nangis, avec ses dépendances Bailly, la Chapelle-d’Arablais, Closfontaine, Vienne, Corrois, le Marchais, Malnoue et les Clos. Ladite terre donnée franche de toutes dettes, excepté des droits et devoirs seigneuriaux, et de cent livres de rente foncière non rachetable, due au couvent de Sainte- Catherine-du-Val-des-Ecoliers, de Paris, et 600 livres de rente dus au prieur dudit couvent pour le prix desdites terres de Malnoue et des Clos acquises desdits sieurs de Sainte-Catherine.
« Ledit seigneur de Nangis donne, en outre, au futur époux la terre et seigneurie de Meillan, sise en Bourbonnais, ensemble la baronnie de Charenton et de Chandueïil, réservée la coupe de bois de haute futaie que le donateur se réserve pour une fois. Ledit sieur
' À x ei à “ ñ HA / LR # NT DE APT
NANGIS 65 époux assure à sa femme un douaire de 3 000 livres de revenu avec une habitation en la terre de Meillan. »
Cet acte nous apprend qu'Antoine de Brichanteau s'était dépouillé de son vivant de toutes ses seigneuries au profit de son fils aîné Nicolas, espérant sans doute que ce dernier, devenu marquis de Nangis, réussirait mieux à la cour ; mais ces projets d'avenir devaient se heurter à la volonté hostile de Richelieu.
Nicolas eut de sa femme, Aimée de Rochefort, six enfants :
1° François;
2° Charles;
3° Claude-Alphonse, qui tous trois furent successivement marquis de Nangis;
4° Antoinette, mariée à François de l'Hotel, marquis d’Escos, seigneur de la Chapelle-Gauthier et de Landoy, qui laissa deux fils : François-Gaston, marquis d’'Escos, colonel du régiment d’Artois,
marié à Elisabeth de Flécelles de Brégy, et Philippe-Bernard, che-
valier de Malte. Devenue veuve, Antoinette se remaria, le 8 janvier 1657, avec Philibert Sbire de la Motte-Seurlin ;
5° Anne, religieuse à Provins, dans la Congrégation de Notre- Dame. Elle était assistante à la supérieure, lorsqu'en 1688 eut lieu la bénédiction de la nouvelle chapelle de cette communauté ;
6° Et Madeleine, religieuse au même ordre.
Retiré à Nangis, Nicolas occupa ses loisirs en écrivant ses mémoires, connus sous le nom de Mémoires du marquis de Nangis : « Des favoris français depuis Henri II. » La Société de l'Histoire de France les a fait réimprimer au cours du siècle dernier. Ces mémoires ne sont, en réalité, qu'une longue Jamentation sur la disgrâce qui a frappé si injustement son père, et sur l'oubli dans lequel le laisse la tenace rancune de Richelieu:
Nicolas perdit sa femme en 1638; son acte de décès, dressé par Maunoyer, curé, est ainsi conçu
« Le samedi, dix-septième jour de septembre, fête de Ia dédicace de l’église de Nangis, mourut au château dudit lieu, après quatre heures du soir, haulte et puissante dame Avymée-Françoise de Rochefort, épouse de hault et puissant seigneur, messire Nicolas de Brichanteau, conseiller du roi, chevalier de ses ordres, elle était âgée de 44 ans seulement. Son corps fut honorablement inhumé dans sa chapelle, le dimanche dix-neuf du courant, à quatre heures du matin, (signé) Maunoyer. »
Voyant sa carrière brisée sans espoir, Nicolas voulut lancer jeunes ses fils à la cour. Il fit ce que son père avait fait à son égard. Pour l'aider à figurer, il donna à François, son fils aîné, son marquisat de Nangis, Fontaine (Fontains), Baïlly, la Chapelle-Arablais, Closfontaine, Vienne, Montrimble, Carrois, Marchais, Malnoue, les
Clos, Lizine, Sognolles et Brichanteau-les-Chartres, et vécut dans
la retraite, retiré à Paris dans l'hôtel Saint-Denis, près l'hôtel de Guise.
Il s'était remarié, le 16 décembre 1640, avec Catherine Hennequin, dame de Champcenest, veuve de Charles de Balzac, seigneur de Dunes, et de César de Balzac, seigneur de Gié. Cette dame mourut quelques années après, le o juin 1644, à l’hôtel Saint-Denis, à Paris, paroisse de Saint-Nicclas-des-Champs. Son corps fut inhumé à Nangis, dans la chapelle seigneuriale, et son cœur porté à Champcenest. pe
Nicolas vit encore ses vieux jours empoisonnés par les décès successifs de ses deux fils aînés.
Nous avons vu dans la ferme de la Poste, à Maison-Rouge, une pierre carrée, incrustée dans le mur d’une bergerie et portant cette: inscription :
LE SP MOT OSSI TEE
« Haut et puissant seigneur messire Nicolas de Brichanteau, chevalier des ordres du roi, conseiller en ses conseils d'état et privé, marquis de Nangis, baron de Lignières, Meillan, Mareuil, Fro-. lois, etc. Faït le 23 avril 1643. »
Cette pierre provient de la démolition des bas-côtés de l’église de Tizines. Elle rappelait que ces bas-côtés avaient été construits en 1643 par Nicolas, qui avait acheté récemment cette seigneurie et celle de: Sognolles.
François de Brichanteau
François, né le 4 octobre 1618, prit le titre de marquis de Nangis, du vivant de son père, par suite de la donation à lui faite par ce dernier. Il fut cornette des chévau-légers, mestre de camp d'un régiment d'infanterie connu sous le nom de Nangis. Le 27 août 1640, il fut nommé mestre de camp du régiment de Picardie, maréchal de camp le 13 juin 1643, et enfin conseiller du roi le 27 février 1644.
I1 épousa, le 24 février 1644, Marie de Bailleul. Voici, du reste, ce que le curé de Nangis consigna à ce sujet dans son registre des mariages, bien que la cérémonie ait eu lieu à Paris :
« Le mardi 24 février 1644, à dix heures du matin, et ce dans la deuxième semaine du carême, fut marié par dispense hault et puissant seigneur François de Brichanteau, marquis de Nangis et maréchal de camp du régiment de Picardie, fils de messire Nicolas de: Brichanteau, marquis de Nangis, et de défunte dame Aymée-Françoise de Rochefort, ses père et mère, et madame Marie de Bailleul, fille de messire Nicolas de Bailleul, président à mortier, chancelier de la reine régente, et son intendant des finances de France, et de dame Elisabeth Marie Maïllier, ses père et mère. Icelui mariage fut célébré dans l’église des Pères de la Mercy, anciennement appelée la chapelle des Braques, proche l'hôtel de Guise à Paris,
par le ministère de messire Pierre de Maïllier, révérendissime évêque de Troyes et abbé de Saint-Père à Melun. (signé) Maunoyer. »
Ce mariage devait être de bien courte durée. François, ayant dû rejoindre son régiment qui prenait part à la guerre dans les Flandres, fut tué au siège de Gravelines le 14 juillet de la même année, cinq mois environ après son mariage. Nous laissons encore la parole au curé Maunoyer qui a relaté cet événement sur son registre des décès :
« Le mercredi 20 juillet, on célébra le quarantain de feue madame Catherine Hennequin, marquise de Nangis, décédée à Paris le 9 juin précédent, et le même jour on reçut la triste nouvelle de Ia mort de messire François de Brichanteau, marquis de Nangis, mestre de camp du régiment de Picardie et maréchal de camp de l'armée, pour lors au siège de Gravelines, auquel lieu il fut tué, autour de neuf à dix heures du soir, d'un coup de mousquet à l’œ1l gauche, étant sur les tranchées. Son corps fut amené à Nangis avec pompe et solennellement inhumé en l’église de Nangis, dans la chapelle seigneuriale, le lundi 25 du courant, autour huit à neuf heures du soir, non sans de grandes lamentations publiques, un chacun regrettant la mort d’un si gracieux, et sy tot; car alors, il n'était âgé que de 25 ans, 9 mois et r2 jours. Madame Anne d'Autriche, reine régente en France, lui fit célébrer un service solennel dans l'église de Paris. Et le lendemain de son inhumation, on en a célébré un en l’église de Nangis, où il y avait grande assemblée de prêtres et de religieux, et aussi toute la noblesse circonvoisine. Le tout selon les ordres de noble homme Nicolas Caillau, écuyer, seigneur de Courtenain, maître-d’hôtel de la reine régente, et baïlli de Nangis, lequel avait toute charge de messire Nicolas de Brichanteau, père: dudit seigneur défunt, restant du jour à l’hôtel Saint-Denis, à Paris. (signé) Maunoyer. »
Suivent l’épitaphe du jeune seigneur et des vers latins composés en sa mémoire par le même curé. Puis il ajoute :
« Et le mardi, 23° jour d’août 1644, fut célébré en grande munificence le quarantain de messire François de Brichanteau, décédé ainsi qu'il est dit ci-dessus. Il y eut plus de 60 prêtres séculiers et au moins 25 religieux, tant de la Mercy, des pénitents de Bréau, Carmes, Cordeliers et Jacobins. V assistaient aussi M. l’abbé de Preuilly, messires de Chenoise, des Aulnois, des Montjay et plusieurs autres seigneurs et gentilshommes, damoiseaux et damoiselles. Il y eut chapelle ardente. Les prêtres officiaient à la grande nef, où il y avait des bancs disposés. La grande et dernière messe fut célébrée par moi, ainsi que ci-devant en pareille circonstance; et l’oraison funèbre dudit seigneur marquis fut prononcé par le Révérend Père Castaigne, commandeur des Pères religieux de la Mercy-les-Chenoise, lieu anciennement appelé Notre-Dame des Ermites. Et après,
on célébra et chanta un Zibera sur la sépulture ; et à sept heures du soir, on fit encore des prières à l'intention du seigneur défunt; sur ce, prie Notre-Seigneur avoir pour agréable (sil sui plaît). Aïnsi soit-1l. (Signé) Maunoyer. »
Sa veuve, Marie de Bailleul, qui ne lui avait pas donné d'enfant, se remaria au marquis d'Huxelles et fut mère du maréchal d'Huxelles. Elle mourut en 1712, à l’âge de 86 ans, et toucha pendant 7o ans six mille livres de douaire des marquis de Nangis.
« C'était, dit Saint-Simon, une femme de beaucoup d'esprit, qui avait eu de la beauté et de la galanterie, qui savait et avait été du grand monde toute sa vie, mais point de la cour. Elle était impérieuse et s'était acquis des droits d'autorité. Des gens d'esprit et de lettres s’'assemblaient chez elle, où elle soutenait une sorte de tribunal très décisif. »
Charles de Brichanteau
Charles, deuxième fils de Nicolas, était abbé de Barbeaux. A la mort de son frère aîné, il rentra dans-la vie civile, mais il ne paraît pas avoir suivi la carrière militaire de ses ancêtres.
Par acte du 16 mars 1648, Nicolas, son père, lui donna à son tour le marquisat de Nangis, tel qu'il avait été donné à François; et, par un autre acte du 29 juillet 1652, il ajouta à cette donation les terres de Mareuil-en-Berry, Meillan, Charenton, Pont-Dix, et Mareuil-en-Bourbonnaïs.
Charles, qui avait alors pris le titre de marquis, épousa, le 23 mai 1650, Marie Le Boutheiller de Senlis, fille de messire Le Boutheiller de Senlis, comte de Moncy, et de dame Isabelle de Prunelay. Ce mariage fut également de courte durée; Charles mourut deux ans après, sans enfants, au château de Nangis, le mardi 16 avril 1652, à l’âge de 29 ans. Il fut inhumé le lendemain dans la chapelle seigneuriale en l’église de Nangis.
Claude-Alphonse de Brichanteau
Il ne restait plus au vieux marquis Nicolas, qui vivait encore, qu'un fils, Claude-Alphonse, né le 21 décembre 1632, et baptisé à Nangis sous le nom de Claude seulement. Il ne se rebuta pas, et, par acte de 1652, il donna pour la troisième fois, à ce dernier fils, son marquisat et les terres précédemment données à ses frères. Claude était âgé de vingt ans lorsqu'il accepta cette donation:
Nicolas survécut peu à tous ces deuils, il mourut le 4 février 1654, et fut inhumé dans l’église de Nangis, en la chapelle seigneuriale, sous le marchepied sur lequel il avait coutume de se tenir lorsqu'il assistait aux offices. Il ne vit pas la fin tragique et prématurée de son troisième fils; la mort lui épargna ce dernier coup.
PLTENL “AU pet
Claude recueillit, dans la succession de son frère, la commande de l’abbaye de Barbeau. Il fut aussi mestre de camp du régiment de Picardie et gouverneur de Ham. Il commanda six ans le régiment de Picardie, et venait d’être nommé lieutenant général des armées lorsqu'il fut blessé d’un coup de mousquet à la tête, au siège de Berghes- Saint-Vinox, le 29 juin 1658. Il mourut à Calais, de sa blessure, le 15 juillet suivant, à l’âge de 26 ans.
Voici comment s'exprime son acte de décès :
« Hault et puissant seigneur messire Claude-Alphonse de Brichanteau, chevalier, seigneur, marquis de Nangis. Naquit au château de Nangis le vingt-unième décembre de l’année 1632, et ayant commandé l’espace de six ans son régiment de Picardie, fut blessé à la tête d’un coup de mousquet, au siège de la ville de Bergues, assiégée par le maréchal de Turenne, commandant l’armée de Sa Majesté en Flandres, le vingt-neuvième jour de juin 1658, duquel coup il décéda dans la ville de Calais le quinzième juillet suivant, et son corps arriva en ce lieu le mardi, dernier jour dudit mois de juillet et fut inhumé en sa chapelle, le lendemain, premier jour d'août. Le quarantain dudit seigneur se fit le mardi dixième septembre en suivant, avec un concours très grand de tous les ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers, et de toute la noblesse du pays. Lesdites cérémonies ayant été faites par moi, prêtre, curé de Nangis. (signé) Egan. »
Claude avait épousé, le 21 juin 1656, Anne-Angélique d’Alloigny de Rochefort. Le jour où il fut mortellement blessé était donc presque, jour pour jour, le deuxième anniversaire de son mariage. Sa femme, qui était alors enceinte, mit au monde, un mois après, un fils posthume qui reçut les noms de Louis Faust et fut baptisé er l'église Saint-Paul, à Paris, le 28 août 1658.
Louis-Faust de Brichanteau
Louis-Faust qui, en naïssant, se trouva marquis de Nangis, resta sous la tutelle de sa mère jusqu’en 1676, date de la mort de cette dernière.
Nous connaissons de la veuve de Claude-Alphonse, une donation de cent cinquante livres de rente au profit de l’Hôtel-Dieu de Nangis.
Nous avons également trouvé une déclaration par elle faite, comme tutrice de son fils, à la chambre du trésor, au parlement de Paris, des droits du marquis de Nangis, relativement aux foires et marchés et à la justice de cette ville. Cette déclaration a d'autant plus d'importance qu’elle paraît reproduire le texte même de la charte qui créa le marché de Nangis, aussi en donnons-nous une copie intégrale.
Par un règlement du 22 septembre 1667, la chambre du trésor, au parlement, avait prescrit qu'il serait procédé à la reconfection du papier terrier de la vicomté de Melun. La seigneurie de Nangis relevant du château de Melun, le marquis fut appelé à faire la déclaration des fiefs et droits seigneuriaux qu'il possédait, relevant de ladite vicomté. Voici le texte de cette déclaration, sous forme d'extrait :
« De la déclaration fournie à la chambre du trésor, au palais de Paris, le 20 novembre 1669, pour satisfaire à l'arrêt du conseil d'état du roi, du 28 décembre 1666, jugements et règlements de ladite chambre, donnés en conséquence les 7 et 22 septembre 1667 et 3 mars 1668, il appert qu'il appartient à ladite dame marquise de Nangis, comme tutrice de son fils :
« Le droit de marché, hallage, foirage, minage, étape de vins, aulnage, pieds fourché, lequel droit de marché s'étend tant dans la ville et faubourgs de Nangis que dans les hayes de Brie. Et pour la commodité des marchands forains et autres, y a au milieu de la ville de Nangis une grande halle couverte en tuiles appartenant à ladite dame. Et est tel ledit droit de marché, qu'à cause d'icelui marché, qui se tient par chacune semaine, à jour où ladite dame a tous droits de haute justice au dedans desdites hayes de Brie, et sur tout ce qui est aux environs de ladite ville, depuis le mardi, heure de vêpres, jusqu'au jour du jeudi, neuf heures du matin, il n'est loisible à autre qu'à ladite dame de faire aucuns exploits de justice, fors et excepté en la maison seigneuriale du Châtel, bassecour et accins du Chatel, où ladite dame n’a et ne prétend aucun droit de justice, ledit jour de mercredi ni autre jour.
« Item, le droit de quatre foires par chacun an, a toujours accordées par lettres patentes, signées Henri et scellées du grand sceau de cire verte, en date du mois de juillet 1598, dûment publiées et enregistrées, savoir : la première au jour de la mi-carême, la deuxième le premier jour de mai, la troisième le quatrième jour de septembre et la quatrième le vingt-cinquième jour de novembre, pour durer chacune desdites foires trois jours, aux droits et privilèges accoutumés ; l’établissement desdites quatre foires ainsi fait, outre celle qui y était déjà établie le quatrième jour de juillet, jour et fête de Saint-Martin-Bouillant, et le marché tenu et établi en ladite ville de Nangis le jour de mercredi de chaque semaine.
« [tem, appartient à ladite dame, le droit de péage sur toutes marchandises, harnais, chevaux, gens passant et repassant les détroits desdits péages, fins et limites de la terre et seigneurie, et étendue d’icelui péage, qui est depuis le grand chemin Paré, qui passe par Chateaubleau, et de là tenant à Pécy, et depuis Pécy jusqu’à Courpalais, et dudit lieu par devers Grandpuits et le hameau de Feuillet, qui est de la terre des religieux et abbé du couvent de
NANGIS fT
Saint-Denis, en France, et, de là, suivant le long de la Haye-de- Brie, jusqu'à la pierre du Compas, et dudit lieu, en suivant toujours la haie de Brie, jusqu'à Valjouan, et dudit lieu, en retournant, jusqu'à la Maison-Rouge et jusqu’au lieu de Chateaubleau. Et à cause du droit de péage, appartient à ladite dame la connaissance par justice sur toutes, et une chacune, les personnes et les denrées qui auront passé et repassé lesdits détroits sans payer les droits de péage ; avec les droits de les poursuivre par tous les lieux pour être amenées audit lieu de Nangis, par-devant le baiïlli et officiers dudit marquisat de Nangis et par-devant eux répondre actes et droits, jusqu’à ce qu'elles aient payé lesdits droits de péage qu’elles pourraient devoir pour lesdites denrées, chevaux, harnais et autres choses et en l’amende d& soixante sols Parisis pour le défaut qu'ils Ou chacun d’eux pourront avoir fait de passer et repasser lesdits détroits de péage, et en tous les frais et dépens qui se pourraient faire. Lesquels droits sont savoir
« Pour le chariot ferré, seize deniers parisis; pour charrette ferrée, huit deniers parisis, et s'ils ne sont pas ferrés, doivent ledit droit savoir : ledit chariot, huit deniers parisis, et ladite charrette, quatre deniers parisis.
« Item, un cheval de marchand passant par lesdits détroits, doit quatre deniers parisis, et, s’il n’est ferré, ne doit que deux deniers parisis.
« Îtem, un cheval panneau passant par lesdits détroits, étant chargé, doit quatre deniers parisis. Item, un cheval ayant bats et panniers chargés de denrées comme huile, œufs, fromages et autres denrées, doit quatre deniers parisis ; et, s’il a bats et charge de panniers et qu'ils soient vides, ne doit rien.
« Item, le porc doit un denier parisis ; la truie, un denier parisis ; le bœuf ou taureau doit un denier parisis; la vache, obole parisis. Item, la douzaine de moutons ou brebis doivent trois deniers parisis.
« Item, un lit, traversin, oreillers de plumes, garnis de taies, doivent chacun un denier parisis, et, par pièce, quatre deniers parisis. Item, une lumière, chacun lumeron doit un denier parisis. Item, un tripied, chacun pied doit un denier parisis. Item, futaille, pointe ou rallée, portant à col ou vallée, doit comme les autres derrées, et si elle nest point cordée, doit obole parisis.
« Item, toutes chèvres passantes par lesdits péages doivent chacune dix-huit deniers, et s’il y a un bouc avec lesdites chèvres, il les affranchit toutes, payant dix-huit deniers.
« Item, un cheval sellé, portant ficelles, cordes, doit deux deniers parisis. Item, un mulet, chargé de ficelles, cordes, doit douze deniers parisis. |
« Item, tous marchands passant à cheval, portant cordes, épiceries, draps de soie, fils, soies et autres marchandises, doivent quatre deniers parisis.
« [tem, s'il passe aucuns marchands le mercredi, jour du marché de Nangis, et s'ils se présentent et demeurent depuis huit heures du matin jusquà douze heures au marché, ne doivent rien; mais s'ils passent outre, sans s'arrêter ledit temps, doivent péage entier des denrées qu'ils mènent.
« Toutes personnes qui achètent denrées dans lesdits péages, tant chevaux qu’autres choses, doivent demi péage. Item, tous ceux qui demeurent es limites desdits péages, les denrées et marchandises qu'ils mènent hors desdits péages, doivent demi péage.
« Item, les habitants de Grandpuits et Feuillet, qui sont de la terre de Saint-Denis, ne doivent rien de leur cren, parce qu'ils ont Charte-Dieu, mais s'ils vendent ou achètent l’un à l’autre et le mènent hors du péage, et pareïllement tous marchands étrangers qui vendent ou achètent en ladite terre marchandises, et les mènent hors d’icelle, doivent ledit péage de ce qu'ils conduisent.
« Lequel péage ensemble ladite dame tient les deux tiers en scel du roi, et l’autre tiers des religieux de Sainte-Catherine-du-Val-des- Ecoliers, à Paris, le tout de longtemps appartenant à ladite dame, audit nom. »
A la lecture de cet acte, on a la certitude qu’il n’a pas été rédigé au XVII siècle, mais que sa rédaction remonte à une époque très reculée. La copie que nous avons trouvée contient beaucoup d’erreurs ; on sent que l'écrivain a eu beaucoup de difficultés pour déchiffrer le texte originel. Cet acte est, à notre avis, la reproduction rectifiée, un peu rajeunie et mise au point de la charte créant le marché de Nangis, donnée en 1185 par Adam de Melun. C’est dire toute l'importance de ce document qui nous révèle l'étendue et les limites du vaste territoire sur lequel les seigneurs de Nangis exerçaient leur droit de péage, et le montant des droits, parfois singulièrement fixés, que payaient nos ancêtres.
Dans cette déclaration, il est souvent parlé des haies de Brie; il résulte de sa rédaction qu'il y en avait au moins deux : l’une, dont nous parlons au début de ce travail, qui commençait vers Closfontaine, gagnaïît la Psauve, passait entre Nangis et Rampillon, et, par la Boulaye, s'étendait jusqu'à Valjouan. Nous avons dit qu’elle fut détruite au cours du siècle dernier, et qu’on en voit encore les traces sur les terrains qu’elle occupait. L'autre, d’après l’acte cidessus, commençait vers Feuillet, qui est aujourd'hui une ferme sur la commune de Grandpuits, se dirigeait, enveloppant la commune de Fontenailles, vers la pierre au Compas, qui se trouve à l’extrémité des Montils, à l'entrée de la forêt de ce nom, et, de là, gagnait Valjouan, où elle rejoignait sans doute la première. Aïnsi, ces bois longs et étroits que l’on appelait les haies de Brie, enveloppaient de tous côtés le territoire de Nangis.
Ce qui frappe aussi à la lecture de cette déclaration du
20 novembre 1669, c'est qu’elle se trouve en contradiction avec la
transaction de 1317, intervenue entre Bouchard de Montmorency (deuxième du nom) et Pierre du ARR dont nous avons donné copie plus haut. Dans l'acte de 1317, la perception des droits et l’exercice de la justice pendant le jour du marché du mercredi appartenait au seigneur du Chatel, même sur les domaines de la seigneurie de la Motte-Beauvais, excepté dans l'intérieur dudit château, et Pierre du Chatel soutenait ses prérogatives avec une certaine âpreté. Au contraire, dans la déclaration de 1669, ces mêmes droits sont déclarés appartenir depuis longtemps aux marquis de Nangis et s'étendre sur les domaines du Chatel, excepté dans l’intérieur de ladite maison seigneuriale. Comment s’est de nouveau opérée cette interversion des rôles ?
Nous avons vu que le marché de Nangis fut créé par une charte de 1185 de Adam de Melun, qui avait épousé en secondes noces la veuve de Pierre Britaud; les droits de péage, de marché et de justice appartenaient donc alors aux seigneurs de la Motte-Beauvoir. Ils appartinrent à la famille Britaud tant que celle-ci posséda
Nangis. Nous en avons la preuve dans le procès qui surgit entre
Henri Britaud et les moines de Jouy-l'Abbaye, dont nous avons parlé plus haut, relativement à un droit de rouage et de péage contesté sur les routes avoisinant la ferme de Monthiboust, commune de Gastins. Comment ces droits ont-ils passé aux seigneurs du Chatel? Nous n'avons rien trouvé à ce sujet.
Mais comme cette mutation s’est opérée sûrement après la mort du dernier Britaud, après la prise de possesion de son gendre, Bouchard de Montmorency, et avant l'avènement de Bouchard IT, ne pouvons-nous pas en conclure avec raison que, lorsque Bouchard, premier du nom, vendit une partie de ses domaines, pour subvenir aux frais de son expédition de Naples, il vendit aussi au seigneur du Châtel le péage et la justice du marché de Nangis ? Ce changement, qui froissait de vieilles habitudes et d'anciens intérêts, ne put sans doute s’opérer sans tiraillements ; des contestations surgirent qui amenèrent la transaction de 1317 entre les deux seigneurs
Ces droits seraient donc restés la propriété des seigneurs du Chatel jusqu’en 1437, époque à laquelle nous avons vu le roi Charles VIT confisquer l'hôtel de Changart du Marché-les-Nangis sur Michel Le Signe, qui le tenait des Hot pour le donner à Denis de Chailly, déjà possesseur du domaine de la Motte-Beauvoir. Ainsi les droits de péage et la justice du marché qui dépendaient de ce fief de Changart auraient fait retour aux seigneurs de la Motte Beauvoir. Du reste, dans l’acte de foi et PE de 1437 donné ci-dessus, parmi les dépendances de la Motte-de-Nangis figurent « les deux parts de péaige par terre avec les droits qui y appartiennent ». Nous savons que la troisième part dudit péage appartenait alors aux religieux de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, à Paris, qui l’avaient
sans doute reçue en don de Bouchard (premier du nom) et de Phi lippe, sa femme, pour prix d’une chapelle, en leur église, devant servir de sépulture à cette branche des Montmorency. &
Ainsi, d’après la déclaration ci-dessus, tels étaient encore, en 1669, “4 les droits du seigneur sur le marché de Nangis, pendant la mino- RAR rité de Louis Faust. ÿ
Ce dernier n'attendit pas sa majorité pour suivre la carrière mili- Re taire, qui avait été si néfaste à tant des siens. Le 4 août 1676, il était nommé colonel du régiment royal de marine infanterie ; le 5 jan- 14 vier 1682, il était nommé brigadier général des armées du roi. . En 1600, il servait dans l’armée du Rhin, sous les ordres du maréchal de Lorges, lorsqu'il fut blessé à la tête dans un combat de fourrageurs livié dans les plaines d'Offenbourg. Il fut transporté à <a Strasbourg, où 1l mourut le 22 août 1690. Son cœur fut rapporté à Nangis et fut inhumé dans l’église après trente jours d'exposition. Il était âgé de 33 ans. Voici ce que contient à ce sujet l’acte mortuaire :
« Cejourd'hui, jour de la Nativité de la Saïnte Vierge, huitième jour du mois de septembre de l’année 1690, fut apporté dans cette à ville de Nangis le cœur de défunt haut et puissant seigneur, messire Louis-Faust de Brichanteau, chevalier, marquis de Nangis, etc. ; lequel, d’un coup de mousquet qu'il reçut à la tête, est mort le 22 août de la présente année à Strasbourg, et fut déposé en cette église, dans le chœur, sous un pavillon noir, ledit jour huit sep- ‘fi tembre, pour y attendre l’inhumation au bout de quarante jours; regretté et pleuré de tous ceux qui avaient l’honneur de le connaître, mais particulièrement de ses officiers et de ses vassaux, à qui il a toujours pendant sa vie témoigné un amour et une affection d'un véritable père. (signé) Denis, curé de Nangis. »
« Et ce jourd’hui, onzième jour du mois d'octobre de l’année 1690, a été inhumé dans la chapelle de Messieurs de Nangis, le cœur de haut et puissant seigneur messire Louis-Faust de Brichanteau, après. avoir reposé dans le chœur de l’église de Nangis, sous un lit ææ parade, l’espace de trente jours, par moi, curé de cette église {signé) Denis. »
Louis-Faust avait épousé Marie-Henriette d’Alloïigny de Rochefort, sa cousine germaine, dont il eut trois enfants, deux fils :
Louis-Armand, dont nous parlons plus loin;
Et Pierre-César de Brichanteau, né le 6 novembre 1683, qui devint chevalier de Malte; il fut successivement enseigne, lieutenant et capitaine de vaisseau. Ayant perdu son bâtiment, il fut acquitté par le conseil de Toulon, le 23 août 1719, mais il quitta l’ordre de Malte, fut chevalier de Saïnt-Louis et mourut à Soliers (Provence), le 14 juin 1728, sans avoir été marié.
Et une fille, Madeleine-Louise-Thérèse, qui épousa Georges d'En- | traigues. Di
Louis-Armand de Brichanteau
Louis-Armand, marquis de Nangis et du Chatel, naquit le 27 septembre 1682. Il se trouva tout enfant sous la garde de sa mère, Marie-Henriette d'Alloigny de Rochefort, qui donna à ses enfants, comme tuteur onéraire, Claude Bureau, avocat au parlement, et ancien baïlli de Nangis. Cette dernière était fille du marquis d’Alloigny de Rochefort, maréchal de France, et appartenait par sa mère à la maison de Montmorency, branche de Laval. Ne serait-ce pas de ce marquis de Rochefort que descend notre grand pamphlétaire Henri Rochefort, qui porte aussi le titre de marquis? L'esprit paraît du reste héréditaire dans cette famille, si l’on en croit Saint- Simon, qui, dans ses mémoires, fait de la marquise de Nangis ce portrait peu flatté : | « On ne pouvait avoir plus d'esprit, plus d’intrigue, plus de douceur, d’insinuation, de tour et de grâce dans l'esprit, une plaisanterie plus fine et plus salée, ni être plus maîtresse de son langage, pour le mesurer à ceux avec qui elle était. C'était en même temps de tous les esprits le plus méchant, le plus noir, le plus dangereux, le plus artificieux, d’une fausseté parfaite, à qui les histoires entières coulaient de source, avec un air de vérité, de simplicité qui était prêt à persuader ceux mêmes qui- savaient, à n’en pouvoir douter, qu'il n'y avait pas un mot de vrai; avec tout cela une sirène enchanteresse dont on ne se pouvait défendre qu’en la fuyant, bien qu’on la connût parfaitement. Sa conversation était charmante et personne n’'assénait si plaisamment ni si cruellement les ridicules, même où il n'y en avait point, et comme n’y touchant pas. »
Saint-Simon avait sans doute passé sous sa langue perfide, et en avait gardé un souvenir cuisant, car il n’est jamais tendre lorsqu'il s'agit d'elle ou de son fils. Il reproche notamment à la marquise d’avoir, sans qu'il y parût, ruiné son fils qui était fort riche, en lui dévorant plus de deux millions.
Elle s'était bientôt remariée au comte de Blansac, lieutenant général des armées, de qui elle eut deux enfants : une fille, qui devint la comtesse de Clermont-Tonnerre, et, en secondes noces, comtesse de Donges, et eut un fils qui fit son chemin à la cour, et obtint le brevet de duc d’Estissac, en épousant une fille du duc de La Rochefoucauld. Il fut la souche des ducs de La Rochefoucauld-d’'Estissac.
Louis-Armand fut destiné comme ses ancêtres à l'état militaire. Le trois septembre 1690, à huit ans, il fut nommé colonel-lieutenant du régiment de marine-infanterie. Le 15 janvier 1700, il devint colonel du régiment de Bourbonnais, et comme tel, prit part à la campagne d'Allemagne, se trouva à l’attaque du pont d'Huningue, au combat de Friedlingen, où, d’après le rapport au roi du maréchal de Villars, « il montra une valeur infinie » ; puis à la malheu-
reuse bataille d'Hochted; et le 26 septembre 1704, 1l fut nommé brigadier des armées du roi. 3
Dans l'intervalle, le 7 janvier 1704, il s'était marié à Marie Marguerite Fortin de la Hoguette, fille du marquis de la Hoguette, lieutenant-général des armées du roi, qui possédait le domaine du Houssaye, près Provins, érigé pour lui en marquisat, et nièce de l'archevêque de Sens.
Saint-Simon, qui relate ce mariage, en disant que Nangis, ce favori des dames, épousa une riche héritière, trace de lui ce portrait aigre-doux, dans lequel il éclabousse jusqu’à la duchesse de Bourgogne, femme du Grand Dauphin ::
« Nangis, que nous voyons aujourd'hui fort plat maréchal de France, était alors la fleur des pois; un visage gracieux, sans rien de rare, bien fait, sans rien de merveilleux, élevé dans l'intrigue et la galanterie par la maréchale de Rochefort, sa grand mère, et Madame de Blansac, sa mère, qui y étaient des maîtresses passées ; produit tout jeune par elles dans le grand monde, dont elles étaient une espèce de centre, il n'avait d'esprit que celui de plaire aux dames, de parler leur langage, et de s'assurer les plus désirables par une discrétion qui n'était pas de son Âge, et qui n'était plus de son siècle. Personne que lui n’était alors plus à la mode; il avait eu un régiment tout enfant, il avait montré de la volonté, de l’application et une valeur brillante à la guerre, que les dames avaient fort relevée et qui suffisait à son âge. Il était fort de la cour de ME£r le duc de Bourgogne, et à peu près de son âge, et il en était fort bien traité. Ce prince, passionnément amoureux de son épouse, n'était pas fait comme Nangis, mais la princesse répondait si parfaitement à ses empressements, qu’il est mort sans soupçonner jamais qu’elle eut des regards pour un autre que pour lui. [Il en tomba pourtant sur Nangis, et bientôt ils redoublèrent. Nangis n’en fut pas ingrat, mais il craignit la foudre, et son cœur était pris. Madame de la Vrillière, qui, sans beauté, était jolie comme les amours, et en avait toutes les grâces, en avait fait la conquête. »
Malgré ses succès à la cour, le marquis ne négligeait pas sa carrière militaire ; 1l continua à servir sous les maréchaux de Villars et de Broglie, et se signala dans la campagne d'Allemagne de 1706.
Il fut fait maréchal de camp le 19 juin 1708, au camp de Brunelaleu, servit cette année en Flandre sous les ordres du duc de Bourgogne et du duc de Vendôme, et s'illustra dans cette campagne. Dans la retraite qui suivit le malheureux combat d'Oudenarde, sans ordre, il parvint à former une arrière-garde, et sauva ainsi un Corps de troupes abandonné. Voici, du reste, comment Saint-Simon, qu'on ne peut accuser de partialité à son égard, rapporte ce fait d'armes :
« L'armée surprise se trouva enveloppée. Tandis que les chefs
NANGIS té délibéraient, le vidame d'Amiens, à la tête de son régiment, perça une ligne d2 cavalerie ennemie, puis une autre d'infanterie, dont il essuya tout le feu, mais qui s'ouvrit pour lui donner passage. A l’instant, le reste de la maïson du roi, profitant d’un mouvement si hardi, suivit cette compagnie, puis les autres troupes qui se trouvèrent là, et toutes firent leur retraite ensemble et en bon ordre jusqu'à Gand. Les autres débris se retirèrent comme ils purent, avec tant de confusion, que le chevalier du kRozel, lieutenant-général, n’en eut aucun avis, et se trouva le lendemain matin avec cent escadrons qui avaient été totalement oubliés. Sa retraite ainsi esseulée, et en plein jour, devenait très difficile, mais il n'était pas possible de soutenir le poste qu'il occupait jusqu'à la nuit ; il se mit donc en marche.
« Nangis, ainsi tout nouveau maréchal de camp, aperçut des pelotons de grenadiers épars, il en trouva des traïîneurs, bref de pure bonne volonté, 1l en ramassa jusqu'à quinze compagnies, et, par cette même volonté, fit avec ses grenadiers l’arrière-garde de la colonne du chevalier de Rozel, si étrangement abandonné. Les ennemis passèrent les haies et un petit ruisseau, l’attaquèrent souvent, il les soutint toujours avec vigueur. Ils firent une marche de plusieurs heures qui fut un véritable combat. A Ia fin, 1ls se retirèrent par des chemins détournés que l'habitude d'aller à la guerre avait appris au chevalier du Rozel, grand et excellent partisan. Ils arrivèrent au camp après avoir causé une cruelle inquiétude pendant quatorze ou quinze heures qu’on ignora ce qu'ils étaient devenus. »
Pendant la même campagne, Nangis donna la mesure de sa valeur et de ses capacités militaires par un autre fait d'armes presque semblable au premier.
L'armée était près de Tournay dans une tranquillité profonde, lorsqu'il vint plusieurs avis de la marche des ennemis. Le duc de Vendôme, qui commandait, décida que l’armée marcherait à la rencontre le lendemain matin; mais dans la nuit même, l'ennemi, commandé par le prince Eugène, passa l’Escaut, coupant l’armée française. Mais laissons la parole à Saint-Simon
« Hautefort (commandant d'un corps d'armée) se voyant pris par ce passage des ennemis par sa droite et par sa gauche, se retira sans avoir pu être entamé. Souternon, lieutenant général, voisin du lieu du passage, et averti de quelques mouvements, manda à Nangis, maréchal de camp, de marcher à lui avec le détachement qu'il avait,
qui était de neuf bataillons et de quelque cavalerie. Il obéit et reçut
en chemin l'avis d’un gros corps ennemi qui le séparait du quartier d’où il sortait, par conséquent du gros des autres quartiers. Les avis continuèrent. Il arriva au quartier de Souternon et n'y trouva personne. Il prit donc un grand tour pour retourner d'où 1l était venu dans l'obscurité de la nuit.
« Le jour venu, il continua sa marche sur les quartiers voisins,
de proche en proche, pour essayer de joindre Hautefort. Il fut attaqué et fit une vigoureuse défense, toujours marchant et gagnant du terrain sur une chaussée, entre des marais, et ramassant les traipeurs des autres quartiers qui filaient devant et après. Dépêtré enfin de cette rude escarmouche, il rencontra du canon abandonné, qu'il ne voulut pas laisser et qu'il emmena. Ce retardement donna lieu à une zutre attaque plus vive, et qui, plus ou moins vigoureusement poussée et repoussée, selon qu'il pouvait se retourner dans l’incommodité de ce long défilé, dura, avec une grande valeur et beaucoup de pertes, jusquà ce qu'il eut joint la queue de quelques autres quartiers, qui s'arrêtèrent pour l'attendre. Souternon était avec ceuxlà. Ils furent encore suivis et toujours attaqués jusqu’à un ruisseau au delà duquel Hautefort s'était posté pour les attendre et protéger leur passage par le feu qu'il fit de derrière le ruisseau, qu'il avait bordé d'infanterie à droite et à gauche. Là finit le combat désavantageux qui fit perdre beaucoup de monde. Les quartiers épars, ainsi rassemblés là, s'y rafraîchirent un peu, et à quelques jours de là, rejoignirent l’armée. Hautefort fut fort approuvé, même des ennemis qui louèrent fort sa retraite. Souternon, au contraire, perdit la tramontane, et fut fort blâmé; Nangis, au contraire, aujourd'hui maréchal de France, s'en tira avec tête et valeur. »
Eh! mais, pour un jeune officier de cour, que Saint-Simon nous représentait comme n'ayant d'esprit que celui de plaire aux dames, il nous semble que, dans les deux circonstances ci-dessus relatées, il se montra à la hauteur de la situation difficile qui lui était faite, qu’il déploya beaucoup de présence d'esprit, d'énergie et de courage, et que sa ténacité fut telle qu'un vieux général n'aurait pu mieux faire. Quel tapage aurait fait Saint-Simon s'il avait eu dans sa carrière militaire, à son avoir, un seul fait d'armes pareil à nous raconter |
Nangis fit, sous le maréchal de Villars, la campagne de Flandre de 1709 et assista le onze novembre de cette année à la bataille de Malplaquet. Villars, qui: l’aimait et avait voulu, pendant l’action,
l'avoir à sa gauche, sous sa main, sentant l'importance d'envoyer |
au roi un homme qui avait du crédit et des appuis à la cour, le choisit pour aller rendre compte au roi du détail et du succès de la bataille, et présenter les drapeaux pris à l'ennemi. Nangis, dit Saint-Simon, rendit bon compte, mais concis, ne se piqua pas de parler de ce qu’il n'avait point vu, évita par là force questions, et se tira d'affaire sans s’en être fait avec personne. Il assista aussi à la bataille de Denaim, aux sièges de Douai, du Quesnoy et de Bouchain.
En 1711, le roi, lassé de voir son régiment d'infanterie dans un assez mauvais état, l’ôta à du Baraiïl et le donna à Nangis. Cela parut un grand commencement de fortune parce que le colonel de ce régiment avait fréquemment tête-à-tête avec le roi, qui se croyait le
colonel particulier de ce corps, avec le même goût qu’un jeune homme qui sort des mousquetaires. (Voir Saint-Simon.)
Mais Louis XIV étant venu à mourir, le marquis pensant que le régiment du roi ne lui serait plus d'aucune utilité, à cause du jeune âge du nouveau suzerain, demanda la liberté de le vendre, bien qu'il ne lui eût rien coûté. Le régent, toujours facile, le lui permit.
. Par suite, il vendit au comte de Pezai, en 1719, le régiment du roi
moyennant 120 000 livres, sur lesquels il employa 65 000 à l'achat du gouvernement de Salces, en Languedoc, dont le revenu fut alors porté à 16 000 livres, en sorte, dit Saint-Simon, que Nangis tira plus de 15 ooo livres de rente de ce qui ne lui avait jamais rien coûté. |
Le marquis de Nangis fut fait, le 8 mars 1718, lieutenant général des armées du roi; le 1% mars 1722, il fut nommé directeur de l'infanterie française ; le 30 mai 1725, il fut choisi comme chevalier d'honneur de la jeune reine que devait épouser Louis XV; puis il fut fait, le ro mai 1728, chevalier des ordres du roi; enfin il fut élevé en 1741, à la dignité de maréchal de France.
Ce seigneur avait réuni au marquisat de Nangis, confirmé par lettres patentes du roi, du mois de novembre 1712, les terres du Verger, au terroir de Vanvillé, et la seigneurie de Valjouan. Il acheta aussi la seigneurie du Chatel, et réunit enfin entre ses mains. les deux domaines seigneuriaux de Nangis, qui, jusqu'alors, avaient toujours eu leurs seigneurs particuliers. Mais, d’un autre côté, sans doute pour payer ses nouvelles acquisitions, il vendit ses terres et baronnies du Bourbonnais, Meillan, Charenton, Chandeuil, Pont- Dix, Mareuil, la Croisette, Bois-Jaffier, et Saint-Dominique, à Pierre-Georges d'Entraigues et Madeleine-Louise-Thérèse de Brichanteau, sa femme, ses beau-frère et sœur, moyennant 387 ooo livres.
D’après une quittance qui se trouve aux archives de Melun (B. 3), l'Hôtel-Dieu de Nangis toucha, sur le prix de cette vente, la somme de 4949 livres, pour rachat des 150 livres de rente constituée au profit dudit Hôtel-Dieu par Anne-Angélique de Rochefort, veuve de Claude-Alphonse de Brichanteau, ainsi qu’il a été dit plus haut.
Le maréchal de Nangis s'intitulait dans les actes, marquis de Nangis, comte de Gien, baron de Semontier, seigneur de Brichanteau et de Brienon, engagiste des comtés de Mantes et de Meulan; après la mort de son beau-père, il ajouta marquis du Houssay.
Il mourut sans postérité à Versailles, le 8 octobre 1742. Voici ce que dit à ce sujet l'acte d'état civil de Nangis :
« Le vendredi 12 octobre 1742, avant midi, le corps de très haut et très puissant seigneur, Monseigneur Louis-Armand de Brichanteau, marquis de Nangis, maréchal de France, chevalier des ordres du roi, gouverneur, pour Sa Majesté, des ville et château de Salces, chevalier d'honneur de la reine, seigneur de Brichanteau, de Semou-
tier, de Brienon et par engagement des comtés de Mantes et de Meulan, décédé au château de Versailles le 8 du présent moiïs, âgé de soixante ans, apporté en cette église le jour d'hier, a été inhumé dans la chapelle de sépulture de sa maison, en ladite église, avec les cérémonies accoutumées par nous, curé soubsigné, en présence de Nicolas-François Espaulart, écuyer, gentilhomme-servant de la reine, intendant des maison et affaires de mon dit feu seigneur maréchal de Nangis, demeurant à Paris, rue de l’Eperon, paroisse Saint- André-des-Arts, et M° Louis Gaspard Martin, avocat en parlement, baïlli de la présente ville, et autres témoins soussignés. (signé) Espaulart, Martin, Boudet, curé de Nangis, Desprez, ancien cuté du Chatel, curé de Sigy ; Boudier, curé de Closfontaine; Pain, curé de Rampillon, Meignen, curé de Valjouan. »
Avec le maréchal s’éteignit la branche aînée des Brichanteau, marquis de Nangis. Nous verrons, quelques années après, la branche cadette des Brichanteau-Gurcy s’éteindre également par la mort, sans postérité, de Louis, dernier baron de Gurcy ; quant aux Brichanteau, seigneurs de Boisboudran, ils étaient disparus au commencement du xvirr® siècle, se fondant par alliances dans les familles des Roches- Herpin et de Sigy. Ainsi, malgré la nombreuse lignée de l’amiral, ce nom qui, pendant plus de deux siècles, avait figuré avec éclat à la cour et dans l’armée, disparut complètement de l’armorial de la noblesse.
De nos jours, Victor Hugo a ravivé ce nom de Brichanteau en le transportant au théâtre. Il le donna à l’un des personnages de son drame de Marion Delorme, dont une partie de l’action se passe au château de Nangis; mais cette introduction à la scène ne lui fut pas favorable. Aujourd'hui, triste ironie du sort, ce nom de Brichanteau si noblement porté pendant plusieurs siècles, et arrosé du sang de tant des siens, n’évoque plus que la silhouette ridicule d’un vieux cabotin tout farci de ses triomphes de théâtre. Dans l’argot des coulisses, Brichanteau donne la réplique à Matuvu.
En résumé, Nangis, depuis son origine jusqu’à la Révolution, n'a vu que deux familles se succéder dans son château. La première, descendant du fondateur de cette seigneurie, de Flore, fils naturel du roi Philippe I*, s’est appelée successivement, par suite d’alliances, Venizy, Britaud et Montmorency. La seconde, descendant de Denis de Chailly, a changé aussi de nom, par suite d’alliances, et a pris successivement ceux de d'Harcourt, de Vères, de Brichanteau, et nous allons voir apparaître les de Guerchy, leurs héritiers.
Louis de Guerchy
Le maréchal de Nangis laissait un testament reçu par Doyen, notaire à Paris, le 31 mai 1742, faisant le partage de sa succession.
Dans la ligne paternelle, il ne laissait que deux héritiers de parenté éloignée : le plus proche était Louis de Regnier, comte de Guerchy, Cousin par représentation de son aïeule, Lucie de Brichanteau, fille de l'amiral, que nous avons vu, en 1618, épouser Claude de Régnier, baron de Guerchy. Le second était Louis, marquis de Bri chanteau, baron de Gurcy, venant par représentation de son bisaieul François, baron de Gurcy et de Bénégon, fils aussi de l’amiral de Brichanteau.
La ligne maternelle était représentée par Louis-Armand-François de Roye de La Rochefoucauld, duc d’Estissac et comte de Blansac, et Marie-Louise de Roye de La Rochefoucauld, vicomtesse de Meaux, veuve en premières noces de Eynard, comte de Clermont- Tonnerre, et épouse en secondes noces de Guy-Marie de Lopiat, comte de Donges, frère et sœur utérins du maréchal, comme nés du second mariage de Marie-Henriette d’Alloigny de Rochefort avec Charles de Roye de La Rochefoucauld, comte de Blansac.
Aux termes de ce testament, le maréchal de Nangis, entre autres dispositions, créait une fondation pour l'installation de trois Sœurs de charité à l'Hôtel-Dieu de Nangis, à l'effet de soigner les malades >t d'instruire les jeunes filles, et léguait la somme que son exécuteur testamentaire jugerait nécessaire pour subvenir aux frais de cette fondation et à l'entretien de l’'Hôtel-Dieu. L’exécuteur testamentaire était Pierre Grassin, seigneur châtelain de Mormant. Nous verrons plus loin, à l’article Hôtel-Dieu, l'exécution de cette partie du testament.
Ce fut au comte de Guerchy que fut attribué le marquisat de Nangis. L'acte de partage ne lui donnait pas le domaine dans son intégralité, plusieurs parties en étaient distraites au profit des autres co-héritiers ; le comte de Guerchy parvint, par des rachats successifs, à rattacher au marquisat les parties qui en avaient été disjointes. I1 racheta les droits du baron de Gurcy par acte passé devant Briscault, notaire à Paris, le 7 avril 1743, et ceux du duc d'Estissac et de la comtesse de Donges, par acte devant M° Laïdeguive le jeune, notaire à Paris, en date du 13 avril de la même année, et, par suite, recomposa dans son entier l’ancien marquisat.
Louis de Régnier, comte de Guerchy, le nouveau marquis de Nangis, petit-fils de C'aude et de Lucie de Brichanteau, et fils de Henri de Guerchy et de Marie de Brouilly de Piennes, était âgé de quatre-vingts ans environ lorsqu'il recueillit la succession du dernier Brichanteau. Il était lieutenant général des armées du roi, baron de la Guerche, seigneur de Bazarne, de Fresne et autres lieux, chevalier des ordres du roi et gouverneur de Huningue; tels étaient les titres qu'il prenait dans les actes.
Les de Régnier descendaient d’une vieille famille originaire d’Auvergne, qui paraît remonter assez loin dans l’histoire de ce pays et y avoir occupé des postes importants. Un Philippe Régnier, écuyer,
était seigneur de Saint-Pourçain; plus tard, cette famille fut transplantée en Bourgogne, par le mariage, en 1456, de Jean Régnier, fils de Philippe, avec Marie Régnier, dont le père était seigneur de Guerchy et grand baïilli d'Auxerre. Nous trouvons encore un Georges Régnier de Guerchy, chevalier de Malte, qui devint grandprieur de France; il était fils de Claude Régnier de Guerchy, l’un des cent gentilshommes de la chambre du roi.
Les de Guerchy portaient d'azur à la croix dentelée, cantonnée de quatre molettes d’or; mais, en héritant des Brichanteau, le nouveau
marquis prit leurs armoiries d'azur à quatre besans d’or.
Par lettres patentes de juillet 1749, le titre de marquis de Nangis.
fut confirmé par le roi, au profit du comte de Guerchy, mais déjà celui-ci était décédé. Il mourut à Paris le 1°* février 1748, âgé de 85 ans. De son mariage avec Jeanne-Louise Marion de Dray, il laissait un fils, Claude-Louis-Françoïis, qui prit le titre de marquis de Guerchy et de Nangis.
Avant de mourir, le vieux marquis avait vu son château honoré d’une illustre visite. Le 6 février 1747 fut un jour de grande liesse à Nangis. Madame la Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, fille du roi de Pologne, se rendant à Paris, où devaient avoir lieu les fêtes de son mariage avec le Dauphin, qui fut père de Louis XVI, s’ar-
rêta ce jour à Nangis et y fit séjour. Il y eut grande réception au
château. On prétend même que le Dauphin vint incognito à Nangis, au-devant de sa future femme, et la servit, déguisé en page, pendant le banquet qui lui fut donné dans le château.
La ville ne resta pas en arrière : pour donner à cette princesse des marques de la joie publique, il fut tiré, du consentement des habitants, dans le parterre du château, vis-à-vis des, appartements occupés par la Dauphine. un feu d'artifice, pour le paiement duquel il fut accordé au S' Ruggiéri, artificier italien, une somme de 1 500 livres à prendre sur les fonds des octrois de la ville. IL fut en outre payé pour cette fête, à M. Berthelin de Neuville, illuminateur des menus plaisirs du roi, la somme de 4 000 livres pour prix des illuminations.
Claude-Louis-Françcois de Guerchy
Claude-Louis-François, marquis de Guerchy et de Nangis, seigneur du Chatel, de Vienne, de Guerchy, Cordeil et autres lieux, dont toute la vie se passa aux armées, laissa une belle réputation militaire. Né en 1715, il épousa, le 3 mai 1740, Gabrielle-Lydie d'Harcourt, troisième fille du maréchal duc d'Harcourt. Nous me pouvons mieux faire que de donner le contenu d’un article fort élogieux que lui consacre la Biographie universelle (tome 19, page 22) :
« Guerchy (Claude-François-Louis Régnier, comte de), chevalier
des ordres du roi, et lieutenant général de ses armées, naquit en 1715, d'une famillle de Bourgogne très bien alliée. Un de ses ancêtres avait été tué à la Saint-Barthélemy. Il entra au service en 1729, et fit ses premières armes sous le marquis de Guerchy, son père. En 1734, il passa en Italie, où était le théâtre de la guerre, en qualité de capitaine de la guerre; il fut blessé à Guastalla; peu après, le roi lui donna le régiment de Royal-Vaisseaux qui était en Bohème. Il sempara d'Ems, y soutint un siège, et, sur le point de voir donner le dernier assaut à la place, il s’ouvrit un passage à travers une troupe ennemie bien supérieure en nombre, joignit l’armée, et entra dans Lintz qui fut bientôt assiégé. Après quelques jours de défense, ayant appris quil était question de se rendre, le comte de Guerchy proposa des sorties dans l’une desquelles il reprit une barrière dont l'ennemi s'était emparé. Enfin on capitula malgré son avis, mais il refusa de signer. Employé ensuite en Flandre, dans l’armée commandée par le maréchal de Saxe, on le vit à Fontenoy charger trois fois, à la tête de son régiment, la formidable colonne anglaise, et trois fois être repoussé. Maurice de Saxe, remarquant dans le fort de la bataille un régiment dont les rangs entiers tombaient, et qui ne se dérangeait pas, reconnut que c'était Royal-Vaisseaux et son colonel Guerchy. « Comment se peut-il faire, s’écria-t-il, que de telles « troupes ne soient pas victorieuses ! » Tous les officiers furent mis
hors de combat, mais quoique son habit fût criblé de balles,
« Guerchy n'est point blessé, la vertu peut te plaire »
dit Voltaire au dieu Mars, dans le poème de Fonteroy.
« Sa valeur, son humanité pendant la guerre, son amour de l’ordre et de la discipline, ure probité également incorruptible dans les armées, à la cour, et dans les affaires, enfin la réunion des qualités d’un brave officier et d’un bon citoyen, ont justifié le jugement en quelque sorte prophétique de Voltaire. Comme il se rendait, après la bataille de Fontenoy, au quartier du roi, ce prince lui dit, sans lui laisser le temps de parler : « Guerchy, vous venez me demander « mon régiment? Je vous le donne. »
« Dans la guerre de 1756, il eut part à la victoire d'Haslemberg, et se distingua encore à Corbach, où il commandait la brigade de Navarre. Il se signala surtout dans la retraite de Crevelt, où il sauva l'hôpital des blessés. A la malheureuse affaire de Munden, voyant les Français près de céder le terrain, il gagna la tête de l’armée, Parrêta, puis jetant sa cuirasse et découvrant sa poitrine, 1l dit aux soldats : « Vous voyez que je ne suis pas plus en sûreté que vous. Allons, Français, suivez-moi! Venez combattre des gens que vous avez vaincus plus d’une fois. »
« Six mois après la signature du traité de paix de 1763, il partit pour Londres, où il était nommé ambassadeur. Il ÿ arrivait dans les
circonstances les plus critiques, lorsqu'une lutte terrible existait entre l’ancien et le nouveau ministère, et lorsque la haine des Anglais pour les Français était dans toute son effervescence. Les services du chevalier d'Eon avaient été récompensés, après cette paix de 1763, par l’emploi de ministre plénipotentiaire de la cour de France auprès de celle d'Angleterre, emploi qu’il occupa par intérim en l’absence du duc de Nivernais. Mais l’arrivée d’un nouvel ambassadeur le faisant rertrer dans un rôle subalterne, Eon ne s’y résigna pas sans murmures. Des provocations de tous genres le rendirent un adversaire formidable pour le comte de Guerchy. Louis XV, pris pour arbitre dans ce débat, que les mémoires injurieux du chevalier d'Eon prolongeaient et envenimaient, approuva tout haut son ambassadeur, qui s'était attiré la considération du roi d'Angleterre et de sa nation, mais chargea Eon de le surveiller. On sait que c'était l’usage de ce monarque de donner sa confiance à des agents secondaires en diplomatie. Guerchy, écœuré, demanda son rappel au bout de quatre ans, et peu de mois après fut attaqué à Paris d’une maladie dont il mourut en 1767, emportant avec lui ies regrets des deux cours. »
Un des premiers actes du marquis de Guerchy, en prenant possession du château de Nangis, avait été d'y faire construire une chapelle. Par commission en date du 22 août 1749, délivrée par Joseph, archevêque de Sens, le curé de Nangis, Boudet, fut chargé de visiter ladite chapelle, et s’il la trouvait de forme décente et suffisamment décorée, et garnie d’ornements, d'en faire la bénédiction. Cette cérémonie eut lieu le 14 novembre 1750, ainsi qu'il résulte d’un procèsverbal dressé par le curé Boudet, et ses deux vicaires, Bonnefoy et Gou.
Claude augmenta encore le marquisat que son père avait reconstitué. Par acte du 1% avril 1750, il acheta de Louis de Brichanteau, baron de Gurcy, qui, vieux et sans enfants, s'était retiré à Melun, les seigneuries de Gurcy, Dontilly, Chalautre-la-Reposte, Charmoy, Saint-Praisles et les fiefs en dépendant, moyennant le prix de 100 000 livres. Ce domaine, si longtemps détaché au profit d’une branche cadette, vint ainsi se réunir de nouveau à la “out familiale, mais ce FE pour peu de temps.
Le 20 juillet 1763, il acheta encore la ferme de la Boissière, située près de Gurcy, moyennant 8 000 livres, et la fit replanter en bois de 1768 à 1775.
Le château de Nangis alors dans sa splendeur, entouré d’un magnifique parc, avait sans doute été mis en relief à la cour par la visite de Madame la Dauphine. Etait-ce à cause de sa situation à proximité de la route d'Italie? Etaitce par sympathie pour son propriétaire très apprécié à la cour? Toujours est-il qu'il fut choisi par le prince de Bourbon, comte de la Marche, pour la célébration
entrée
é de 1
— La MarRtE (côt
arc)
NANGIS. — La Mairie (vue prise du p
& Cie, EDITEURS
PARIS