‹ NangisChapitre 8 sur 24 · H; DELARUE · texte numérisé non relu

H; DELARUE

idence des Seigneurs de Brichanteau et de Guerchy, Marquis de Nangis

ncienne res

de son mariage avec la princesse Fortunée-Marie d'Est. L'acte de ce mariage portant les signatures des membres de la famille royale et des personnages qui y assistèrent, figure sur les registres de l'état civil de Nangis, et est ainsi conçu :

« Cejourd'hui 27 de février 1759, après qu'il nous a été représenté la dispense de parenté accordée par un bref de N. S. P. le pape Clément XIII, en date du 10 novembre 1758, les certificats de la publication d’un ban à Paris, dans la paroisse Saint-Sulpice, faite le 20 de janvier dernier, et dans celle de Sainte-Marie du Temple, le 20 de ce mois, pour le futur mariage entre très haut et très puissant prince M£8r Louis-François-Joseph de Bourbon, comte de la Marche, prince du sang, fils de très haut et très puissant prince Mer Louis-François de Bourbon, prince de Conti, prince du sang, et de défunte très haute et très puissante princesse Louise-Diane d'Orléans, princesse de Conti, princesse du sang; et Sérénissime princesse Fortunée-Marie d’Est, fille de très haut et très puissant prince Marie d’Est, prince de Modène, et de très haute et très puissante princesse Charlotte-Aglaé d'Orléans, princesse du sang;

« Ensemble la dispense accordée par Mr l’archevêque de Paris, de faire les fiançailles et le mariage, le même jour, dans telle église ou chapelle, par tel prêtre ou évêque, même #7 pontificalibus, qu'il plaira à Sa Majesté, ladite dispense du 22 de janvier dernier;

« Vu aussi l'acte dudit mariage célébré par procureur, en présence de Son Em. M£r le cardinal Pozobonelli, archevêque de Milan, lequel à constaté que la publication d'un ban, pour ce qui regarde Sérénissime princesse Fortunée d’Est, en a été faite le quatre du présent mois dans l’église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste de Modène, et dans l’église métropole de Milan, la publication des deux autres bans ayant été omise du consentement des ordinaires ;

et que la permission pour se marier, hors du diocèse de Modène,

a été accordée le 23 dudit mois de janvier par le seigneur évêque diocésain ;

« Vu enfin dans ledit acte le consentement donné audit mariage par très haut et très puissant prince Marie d’Est, duc de Modène.

« Nous, Paul Albert de Luynes, cardinal-prêtre de la sainte Eglise romaine, archevêque et vicomte de Sens, primat des Gaules et de Germanie, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, premier aumônier de Madame la Dauphine, en vertu de l’agrément que nous avons reçu verbalement de Sa Majesté, et de la permission susdite dudit seigneur, archevêque de Paris;

« Et après avoir pris de nouveau desdits futurs leur consentement mutuel par paroles de présent, et leur avoir fait ratifier, en tant que de besoin, le mariage par eux contracté par procureur à Milan, le sept du présent mois, les fiançailles faites les mêmes jour et an que dessus; en présence et du consentement de Mer Louis-

François de Bourbon, prince de Conti, prince du sang, nous avons. donné, dans une chapelle qui a été préparée à cet effet, dans le château de Nangis, en notre diocèse, la bénédiction nuptiale à Mer Louis. François-Joseph de Bourbon, comte de la Marche, et à la princesse Fortunée-Marie d’'Est.

« Et ont assisté pour témoins audit mariage, du côté de l'époux : Mer le prince de Conti, et M. le comte de Guerchy; et, du côté de l'épouse : M£r le duc de Penthièvre, et M. le marquis de Chauvelin, qui ont signé. Signé : L. F. J. de Bourbon, Fortunée d’Est, L. F. de Bourbon, L. J. M. de Bourbon, Guerchy, Chauvelin, Paul, cardinal-archevêque de Sens. »

Ce ne fut pas le seul mariage princier que le château de Nangis vit contracter dans ses murs; huit ans plus tard, un autre couple àe la famille royale vint aussi à Nangis faire consacrer son union. Ce fut sans doute à la suggestion du comte de la Marche ou du duc de Penthièvre, qui assistèrent encore à ce nouveau mariage, que cette résidence fut choisie; ils avaient cohservé bon souvenir de l’hospitalité du château de Nangis. Une chapelle avait été préparée dans la tour ronde se trouvant à l’angle antérieur du château à l’extrémité de la longue galerie, occupée aujourd’hui par les bureaux de la mairie et la salle des mariages. Cette tour fait partie maintenant du logement du concierge. L'acte dressé par le curé Biencourt, sur le registre des mariages, est ainsi CONÇu :

« Cejourd'hui, 3r janvier 1767, après qu'il nous a été représenté le certificat de la publication d’un ban faite au prône de la messe paroissiale de l’église de Saïnt-Eustache de Paris, pour le futur mariage entre très haut et très puissant prince M£T Louis-Alexandre- Joseph-Stanislas de Bourbon, prince de Lamballe, fils de très haut et très puissant prince Mer Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, et de défunte très haute et très puissante princesse d'Eu;

« Et très puissante princesse Marie-Thérèse-Louise de Savoie de Carignan, fille de très haut et très puissant prince Victor-Amédée- . Louis-Joseph de Savoie, prince de Carignan, et de très haute et très puissante princesse Christine-Henriette de Hesse-Rheinfeld- Rotembourg ; ensemble la dispense accordée par M7 l'archevêque de Paris de la publication des deux autres bans, et la permission dudit seigneur archevêque de faire les fiançailles et le mariage le même jour, dans telle église ou chapelle, par tel prêtre ou évêque, même in pontificalibus, qu’il plaira à Sa Majesté, ladite dispense en date du sept de ce mois.

« Vu l'extrait dûment signé et légalisé du mariage célébré entre les parties susnommées, très haut et très puissant prince, M£r le prince de Lamballe, représenté par très haut et très puissant prince Mer Victor-Amédée-Louis de Savoie, prince de Carignan, en vertu de la procuration à lui donnée en date du 3r décembre de

l’année 1766, par acte passé par-devant Fourcault et Lecuyer, notaires à Paris, par lequel il appert qu'après la pubiication des bans faite dans la chapelle royale et paroissiale du Saint-Suaire de Turin, la célébration dudit mariage a été faite dans ladite chapelle par Son Eminence Mgr le cardinal des Lances, archevêque de Nicosie, grand aumônier de $. M. le roi de Sardaigne, du consentement des père et mère des parties, et que toutes les autres formalités en pareil cas requises ont été remplies.

« Nous, Paul d'Albert de Luynes, cardinal prêtre de la sainte Eglise romaine du titre de Thomas in Parione, archevêque vicomte de Sens, primat des Gaules et de Germanie, commandeur de l’ordre du Saint- Esprit, premier aumônier de Madame la Dauphine, en vertu de l’agrément que nous avons reçu verbalement de Sa Majesté, et de la permission susdatée dudit seigneur archevêque de Paris, et après avoir pris de nouveau desdits futurs leur consentement mutuel par paroles de présent, et leur avoir fait ratifier, en tant que de besoin, le mariage contracté, comme dit est, par procureur à Turin, le 17 du présent mois, les fiançailles faites les mêmes jour et an que dessus, en présence et du consentement de M£r Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, nous avons donné, dans une chapelle qui a été préparée à cet effet dans le château de Nangis, en notre diocèse, la bénédiction nuptiale, à Mgr Louis-Alexandre-Joseph-Stanislas de Bourbon, prince de Lamballe, et à la princesse Marie-Thérèse-Louise de Savoie de Carignan.

« Et ont assisté pour témoins, du côté de l'époux, ME£r le prince de la Marche, prince du sang, et M£r le marquis de Chauvelin, et, du côté de l’épouse, M£r le duc de Penthièvre et M. le chevalier de Lastic, qui ont signé. Signé : L. A. J. S. de Bourbon, Thérèse de Savoie, L. J. M. de Bourbon, L. F. J. de Bourbon, Chauvelin, le chevalier de Lastic, Paul, archevêque-cardinal de Sens. »

Pauvre princesse de Lamballe, si heureuse, en quittant Nangis, d'être initiée aux splendeurs de la cour de France, quels déboires devait-elle y trouver, et quelle tragique fin!

Si le marquis de Guerchy ne fut pas témoin dans ce dernier mariage et fut remplacé par le chevalier de Lastic, c'est qu'il était alors atteint de la maladie qui devait l'emporter. Il mourut en effet la même année 1767, laissant de son mariage avec Lydie d'Harcourt un fils, Anne-Louis, et une fille, Antoinette-Marie.

Son oraison funèbre fut prononcée par l’abbé Oudot, curé de la Croix-en-Brie. Il avait été précédé dans la tombe par Louis de Brichanteau, baron de Gurcy, qui mourut à Melun, dans cette même année, sans postérité. C'était le dernier des Brichanteau de la. branche de Gurcy, descendant de François, l’un des quinze enfants

de l'amiral. Le marquis de Guerchy, par représentation de son

aïeule, Lucie de Brichanteau, recueillit pour partie sa succession.

Anne-Louis de Guerchy

Anne-Louis, marquis de Guerchy et de Nangis, né le 3 février 1755, était mineur lors de la mort de son père. Il fut placé sous la tutelle onéraire de Pierre Noël de Prémarest que nous voyons, en 1770, faire une déclaration de défrichement dé terres incultes.

Le 15 mai 1768, à l'expiration du deuil de son père, Antoinette- Marie de Guerchy épousa le comte Louis-Armand Clairon d'Haussonville, brigadier des armées du roi, issu d’une vieille famille lorraine faisant partie des Petits Chevaux de Lorraine.

La mariée reçut en dot le domaine de Gurcy que son père avait acquis récemment du dernier Brichanteau. C’est ainsi que ce domaine, qui, depuis 1487, était resté dans la famille de Brichanteau, passa en celle d'Haussonville, qui le conserva jusqu'à une époque toute récente.

Louis débuta, comme ses ancêtres, dans la carrière militaire; il devint colonel du régiment d'Artois et chevalier des ordres du roi, mais bientôt il se laissa séduire par les idées humanitaires des philosophes de la fin du xvim° siècle, et surtout de Jean-Jacques Rousseau. Il quitta l’armée et se livra à l’industrie. Il fit élever dans le

parc de son château de Nangis, près la route conduisant à Monte-

reau, une fabrique dans laquelle il établit une manufacture d’étoffes de coton, une filature et des métiers à bas, et y occupa de nombreux ouvriers ; malheureusement, il n’avait pas été préparé à cette nouvelle profession, et les temps n'étaient guère propices à l’industrie; aussi y dévora-t-1l peu à peu la grande fortune laissée par ses ancêtres.

Il épousa, le 6 mars 1780, Françoise-Louise du Roux de Sigy. Cette union avait été précédée d’un contrat reçu le 1% mars 1780 par Chavet, notaire à Paris, contenant les conditions du mariage projeté entre le marquis de Guerchy et de Nangis, colonel en second du régiment Lyonnais, gouverneur et lieutenant pour le roi de la ville de Nangis, du consentement de Madame Gabrielle-Lydie d'Harcourt, comtesse de Guerchy, sa mère; et haute et puissante demoiselle Françoise-Louise du Roux, fille de dame Marguerite Avoye des Roches-Herpin, veuve de Louis-René-Emmanuel du Roux, chevalier, marquis de Sigy, demeurant en son château de Sigy. Audit contrat de mariage était présent Ambroiïise-René des Roches, chevalier seigneur de Boïsboudran, Fontenailies et autres lieux, ancien officier au régiment des gardes françaises, chevalier de l'ordre de Saint-Louis, demeurant en son château de Boisboudran, oncle de la future épouse, lequel a déclaré vouloir lui donner la somme de cent mille livres, à prendre sur les terres de sa succession. Ce fut dans la chapelle du château de Boisboudran qu’eut lieu la cérémonie du mariage. De cette union naquirent quatre enfants. La marquise recueillit plus tard, dans la succession de la dame de

Sigy, sa mère, les fermes de Sermuise et de la Madeleine, sises au terroir de Rampillon.

Bientôt les événements se précipitèrent à pas de géants; la nuit du 4 août 1789 emporta les privilèges de la noblesse et du clergé, et les bouleversements qui en furent la suite eurent vite leur répercussion à Nangis. La ville, échappant tout à coup à l’administration du bailli, représentant le seigneur, nomma les membres de la municipalité qui devait appliquer le nouveau régime. Jean-Charles Mongrolle, cultivateur à la ferme des Manteresses, paroisse de Nangis, fut nommé maire; les officiers municipaux qui lui furent adjoints étaient : MM. Colleau, Messageot, Gouvion, serrurier; Nadal, chirurgien; Perrot, Lantoine, Lucian, “Morin, Garnier, commerçants, auxquels se joignirent les notables Durand, Poiret, Destroges, Baulant, Fouquet, Jacquinot, Dumont, pour composer le conseil général de la commune, lequel avait pour procureur Blaise Rozé, pour receveur syndic, Perret, et pour greffier, Barbier, huissier.

Le premier soin du nouveau conseil fut d'organiser la garde nationale. L'ancien marquis, qui accepta ouvertement le nouvel état de choses, et n'était plus que le citoyen Régnier-Guerchy, fut nommé commandant de cette garde nationale.

En parcourant les délibérations de cette municipalité, on y ressent tous le: contre-coups des événements parisiens. Nous voyons que le jeudi 17091, sur la demande des officiers de la garde civique, un service eët célébré à l’église pour rendre hommage aux mânes du célèbre Mirabeau, et le maire est requis de donner acte de cette célébration, pour en tenir une époque certaine; et le greffier laisse la date en blanc.

Le dimanche 3 juillet 17501, « sur la manifestation du peuple, et le requis du procureur de la commune, le corps municipal désirant toujours montrer son zèle et amour pour le bien public, et faire connaître aux bons citoyens de cette ville combien il leur est agréable de partager leurs justes sentiments de satisfaction pour l’heureuse arrestation du roi, qui a arrêté les fâcheuses suites que la France avait à redouter et attendre de la fuite du premier fonctionnaire du royaume, a choisi ce moment aussi préséant pour demander qu'il fût exécuté un 7'e Deum en l’église de cette paroisse Saint-Martin de Nangis, cejourd'hui, issue des vépres de paroisse, en action de grâce d'un événement aussi intéressant pour le peuple et empire Français. Lequel acte de grâce a été célébré avec la pompe due au sujet et aux cantiques qui ont inspiré la joie et l’allégresse aux bons Français ; en présence de MM. Crespin, Béjot et Picault, membres du Directoire du département de Seine-et-Marne, députés en cette ville au sujet du passage du corps de Voltaire et assistés de la garde nationale de cette ville, qui s’est mise sous les armes en grand nombre, et s’y est comportée avec la décence et le recueillement que demande une telle cérémonie, à laquelle ils ont mêlé leurs chants de joie et

d’alléeresse avec ceux des ministres du culte divin, et le peuple = ) peEup

qui s y est trouvé en grand nombre. Cette fête, digne de la mémoire .

des Français, sera terminée par des illuminations dans toute la ville ; et pour en rendre l’époque mémorable, il a été dressé le présent acte de délibération en la chambre de la commune. » Signé : Mongrolle, maire ; Nadal, Garnier, Zantoine, Perrot, Lucian, Morin et Barbier, grefher.

Le 7 juillèt 1791, 1l y a grande fête à Nangis à l’occasion du passage en cette ville du cortège conduisant dans les caveaux de l’église Saïinte-Geneviève, à Paris, les restes de Voltaire exhumés de l’abbaye de Scellière, près Romilly. Deux officiers municipaux, MM. Nadal et Perrot, et trois notables, MM. Baulant, Morin et Dumont, et Bozé, procureur, avaient été préalablement désignés pour se joindre à ce cortège, mais laissons la parole à Barbier, grefher

« Aujourd'hui sept juillet, d’après l’avis de MM. les officiers municipaux de la ville, chef-lieu de district, de Provins, sur le requis du procureur de la commune, à l'effet de convoquer la présente assemblée, MM. les officiers municipaux de cette ville de Nangis, pour constater sur le registre de cette ville l’arrivée et départ du cortège des mânes du Grand homme Voltaire, arrivant de Romilly, et passant en cette ville pour être déposés en l’église Sainte-Geneviève de Paris, conformément au vœu de nos augustes Législateurs, qui ont su rencontrer, apprécier et prévenir les sentiments du peuple et de la nation. Ce cortège, sous la conduite de M. Charon, commissaire nommé pour cette translation précieuse, par l’assemblée nationale, accompagné de M. le maire de Romilly, a été aussi accompagné, partant de Provins, de deux officiers municipaux, quatre de MM. les notables de la commune, et d’un détachement de quarante hommes de la garde nationale de la ville de Provins.

« À l’arrivée du cortège en cette ville sur les deux heures et demie 56 + M. Charon a été reçu par le corps municipal et un détachement de la garde nationale, à la tête duquel était M. Louis Guerchy, colonel commandant la garde nationale. Le corps municipal a prononcé un discours à M. Charon, qui en a exigé le dépôt entre ses mains, vu la modestie, la vérité et la vénération exprimées pour le grand homme qui en ont fait l’ensemble. |

Après y avoir répondu avec une éloquence et des expressions choisies et distinguées et du plus rare mérite, le corps municipal a passé la soirée avec M. Charon, le maire de Romilly, et MM. de Provins. MM. de la garde nationale de Nangis en ont fait autant à leurs frères d'armes de Provins; et, le lendemain, le cortège est reparti de Nangis, pour aller à Mormant, accompagné du corps municipal de cette ville à pieds et d’un détachement de la garde nationale au nombre de 50 hommes. M. le colonel commandant à sa

tête avec les autres officiers. Le corps municipal, les citoyens de Nangis et de la garde nationale ont eu lieu d’être pleinement satisfaits de la conduite et prestance de M. Le Charon, qui a prononcé un discours à la garde nationale, avant de partir de Nangis, qui ne respirait que des expressions et des sentiments vraiment patriotes, qui ont excité le plus vif regret de le quitter. Ses adieux ont été des offres de service pour la ville de Nangis des plus étendus et des plus obligeants.

« Le corps municipal faisant droit sur le requis du procureur, en a fait et dressé le présent acte de délibération, pour être inscrit sur le registre, pour rendre ces événements mémorables à jamais. Signé : Mongrolle, Nadal, Perrot, Lucian, Garnier, Lantoine, Morin et Barbier. »

Le 14 juillet 1791, le conseil se rassemble, convoqué par le 5! Henri Augé, citoyen originaire de Nangis, fils du S' Augé, maître periuquier en cette ville, « lequel veut faire un don patriotique entre les mains de MM. les officiers municipaux, de l’image et représentation de ce redoutable formidable château édifié de la Bastille, qui existait pour le malheur tyrannique des Français, en notre capitale de l'empire des Français, assis près la porte Saint-Antoine et l'arsenal, et lequel servit de prison pour la première fois au nommé Aubriot, qui en fit lui-même la Bastille et construction. Ce jeune citoyen, rempli de mérites de ses sentiments d'amour et de tendre fraternité pour ses concitoyens, a pris plaisir à exercer ses talents, et à faire des sacrifices sur son repos pour rendre aussi parfait cet ouvrage, par la ressemblance qui présente à la vue un contraste frappant, par un objet aussi triste à l’humanité..… »

Suit un long factum dans le style et le goût de ce qui précède

« Sur quoi, la matière mise en délibération, nous avons donné acte au S' Augé de la présentation qu'il nous fait pour la ville de l'image et représentation de la Bastille, fruit de ses travaux, veilles et soins, laquelle nous agréons et acceptons pour Îa ville, comme étant l’offrande d’un bon citoyen patriote, ainsi qu'il le fait connaître et entendre par les expressions de son discours qui sera inscrit sur le présent registre, ensuite du présent acte. Arrétons que cette image de la Bastille sera présentée à l’église pour y être bénie, qu’elle sera placée dans le fond de cette chambre de la commune, sur une console scellée dans le mur, au-dessus de la place des juges, qu’elle ne sortira de cette chambre que dans le cas de cérémonie, et assistée, et sous les armes et drapeaux de la garde nationale de cette ville, de laquelle elle sera inséparable, comme étant le signe de la liberté gagnée par la force et la victoire des Français. Laquelle dite image de la Bastille sera remise à sa place chaque fois; qu’elle ne pourra

être transférée ailleurs que sur un acte de délibération. Et que n'ayant qu'à nous louer et estimer heureux de la rencontre d’un citoyen tel que le S' Augé, digne de la reconnaissance de la patrie par ses sentiments, qui le tiendront toujours présent à notre mémoire, et d’avoir eu à célébrer cette fête aujourd’hui, pour l’anniversaire de la fédération, nous trouverons notre satisfaction dans nos vœux de continuer à l'avenir cette fête avec la même solennité et suivie de feux de joie, de la danse et d’illuminations dans toute la ville. Fait et délibéré lesdits jour et an et signé : Mongrolle, Leroy, Lucian, Lantoine, Perrot, Nadal, Morin, Dumont, Begat, Augé et Barbier. »

Comme les événements, les fêtes alors se succèdent vite à Nangis. Le lundi 15 août, le conseil donne acte de ce que la cérémonie du vœu de Louis XIII a eu lieu avec la pompe ordinaire en présence des officiers municipaux et de la garde nationale.

Le neuf octobre suivant, la ville fête la proclamation de la constitution. Tous les bons citoyens de Nangis sont convoqués à se réunir ce jour, à l'issue de la messe, au conseil général de la commune et à la garde nationale pour se rendre au pré du Gué. Là, un feu de joie est allumé, et la proclamation de la Constitution et de la lettre du roi y relative est faite par M. le maire; puis le public va ensuite assister à un 7'e Deum chanté en actions de grâce de l’heureux achèvement de la Constitution.

A la lecture de ces délibérations, de ces comptes rendus de fêtes moitié patriotiques, moitié religieuses, qui se douterait que 1793 est si proche, que bientôt les églises seront pillées et profanées, et les prêtres pourchassés et proscrits ?

La situation commençait à devenir inquiétante pour l’ancien marquis de Nangis, qui pourtant s'était rallié ouvertement au nouveau régime et cherchait à faire oublier ses anciennes prérogatives. Des gens hostiles lui demandaient des comptes des temps passés, et la restitution de la partie des anciens remparts situés entre la route de Montereau et le faubourg de Melun, et cherchaient à ameuter les masses. Nous avons vu un long mémoire contenant toutes les réclamations de la commune auxquelles l’ex-marquis répondait point par point. Une solution était urgente.

Le 12 novembre 1701, le conseil de la commune se réunit pour.

trancher le débat sur ces réclamations. Il fut exposé par le procureur Ropgé :

« Qu'il existe entre la commune et M. de Guerchy, propriétaire en cette ville, plusieurs objets de discussion, qui, depuis deux ans, ont déjà fait l’objet de différentes délibérations.

« Que la commune réclame plusieurs parties des anciens boulevards et fossés de la ville, formant une quantité d'environ cinq à six arpents qui se trouvent enclavés dans le parc dudit S' de Guerchy,

avec le prix des arbres qui existaient sur ladite portion des boulevards, et qui ont été vendus par feu M. de Guerchy, son père. Laquelle réclamation est fondée sur ce que la totalité desdits boulevards et fossés appartient à la commune en vertu d'achats particuliers dont l’authenticité ne peut être contestée.

« Que la commune réclame encore plusieurs rues, chemins et places vagues supprimés par ledit S' Guerchy, père et fils, tant dans l'intérieur de la ville qu’en dehors, et dont une partie a été donnée à nouveau cens par le S° Guerchy fils.

« Qu'il a été aussi élevé par la commune une prétention de propriété sur les terrains sur lesquels sont construites les deux halles que le ST Guerchy possède à Nangis, comme faisant ledit terrain partie de celui qui composait anciennement la place du marché de ladite ville. "

« Et qu'il est encore formé par ladite commune plusieurs autres réclamations, mais beaucoup moins importantes, telle, par exemple, que celle qui a pour objet certain nombre d'arbres abattus par le S' Guerchy père, dans l'intérieur de la ville, particulièrement dans la place du bas marché.

« Que sur toutes ces réclamations il a été répondu par le S’ Guerchy entre autres choses, savoir

« Quant aux portions des boulevards, que, si véritablement comme on le prétend, elles furent réunies à son parc, cette réunion doit dater au moins de plus d'un demi-siècle, et que, par conséquent, aux termes du décret rendu par la législature nationale en date du 22 novembre 1790, art. 5° du titre 1°, il ne pourrait être évincé aujourd'hui desdites portions, surtout sa possession et celle de ses auteurs n'ayant été troublée par aucun acte judiciaire.

« Que quant aux chemins, rues et places vagues réclamés par la commune, lui et M. de Guerchy, son père, en ont disposé dans un temps où leur qualité de seigneur haut justicier leur en donnait le droit. Que la commune ne s'étant pas opposée alors à la disposition qu'ils en ont faite, le silence qu’elle a gardé à cette époque prouve qu'elle a reconnu elle-même l'existence du droit qu'il prétend avoir été attaché à la qualité de seigneur haut justicier. Que, d’ailleurs, il a remplacé plusieurs des chemins supprimés par d’autres chemins plus beaux et plus commodes.

« Que relativement aux deux halles, il a de celle au blé, tant par

lui que par ses auteurs, une possession presque centenaire, sans

aucun trouble ni interruption, et qu’il est à la connaissance de la ville entière que celle aux veaux a été construite à ses frais, sur la demande des marchands fréquentant cette halle, et en vertu d’un arrêt du conseil d'état du 12 janvier 1785, et que, depuis, les droits qui lui ont été attribués par cet arrêt ont été perçus à son profit, sans aucune réclamation de la part de la commune, au moins jusqu’à

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l'époque de la Révolution. D'où le S' Guerchy conclut qu’il ne peut être dépossédé ni de l’une, ni de l’autre desdites deux halles.

« Et qu’enfin, à l'égard des arbres que l’on prétend que lui et son père ont fait abattre dans l’intérieur de la ville, il n’a aucune connaissance de ce fait, et que, dans tous les cas, ils n'auraient fait, l’un et l’autre, en cela, qu'user du droit qu'ils avaient alors.

« Est alors comparue dame Louise-Françoise du Roux de Sigy, épouse de M. Louis Régnier Guerchy, maistre de camps et armées nationales, de lui autorisée et fondée de pouvoir, à l'effet de tous actes d'administration et même d’aliénation des biens dudit S° son mari. (Ce dernier était alors en Angleterre pour les besoins de sa fabrique.)

« Laquelle après avoir exprimé le désir de voir cesser toutes les réclamations que la commune de Nangis forme contre ledit S" Guerchy, réclamation dont l’un des effets à été jusqu’à présent d'entretenir une fermentation toujours inquiétante même pour la généralité des habitants. Après avoir ensuite rappelé par combien de propositions diverses ledit S° de Guerchy a déjà cherché à se concilier avec la commune sur les différents points en discussion, ladite dame de Guerchy dit qu'elle se présente, à l’effet non seulement de réitérer les offres précédemment faites par le S° de Guerchy, mais encore dans le dessein d'y ajouter.

« En conséquence, elle à, au nom et comme fondée de pouvoirs dudit S' Guerchy, offert d'abandonner à la commune de Nangis tous les droits de propriété qui appartiennent audit S° Guerchy sur les deux halles qu’il possède à Nangis, avec tous les poids, balances, boisseaux et autres accessoires qui en dépendent et appartiennent audit S° Guerchy, soit que lesdits droits de propriété embrassent seulement la superficie desdites halies, soit qu'ils en comprennent et le fonds et la superficie. Pour par ladite commune jouir et dis-

poser desdites halles au même titre et de la même manière qu'auraït

pu faire le S° Guerchy, sans aucune exception ni réserve.

« Le tout en échange et compensation des différents objets et sommes que ladite commune réclame et répète contre le S° Guerchy, aussi sans aucune exception ni réserve; en ce compris l’arpent ou environ de terrain ci-devant donné à loyer par la ville de Nangis à François Leroy, boulanger, et maïntenant tenu au même titre de loyer par le

S” Guerchy, au moyen de la rétrocession qui lui a été faite du baïl.

dudit Leroy. Duquel arpent de terrain il sera fait toute vente et abandonnement nécessaire au profit dudit S' Guerchy.

« Il a été de plus ici observé par la dame Guerchy que, quoiqu'il ui paraisse, et que, selon elle, il doive aussi paraître au conseil général, que les offres qu’elle fait en ce moment sont déjà infiniment avantageuses à la commune, néanmoins conformément aux intentions du S° Guerchy, elle y joint encore l'offre d’une somme de deux mille livres pour être employée et servir d'autant à la construction d’une

à, VE

chambre de ville, soit au-dessus de la halle au blé, soit partout ailleurs, laquelle somme sera par le S' Guerchy remise entre les mains du receveur de la ville dans la quinzaine qui suivra l’approbation à requérir des corps administratifs sur la délibération qu’elle prie MM. les officiers municipaux et notables de prendre relativement à ses offres et a signé : L. du Roux de Guerchy.

« Sur quoi, oui le procureur de la commune, après une longue et mûre délibération, il a été reconnu que les offres faites par la dame Guerchy sont véritablement avantageuses aux intérêts de la commune, et quelles doivent être acceptées comme en effet le conseil général les accepte, sauf approbation des corps administratifs.

« [Il a été ensuite convenu avec ladite dame que la jouissance desdites halles commencera au profit de la commune, à compter du jour où seront passés les actes qui seront la suite et l'effet des présentes, et que ladite commune continuera à jouir gratuitement de la chambre où se tient la présente assemblée, laquelle dépend d’une maison appartenant au S' Guerchy, et ce jusqu'à’ l'achèvement de la nouvelle chambre de ville qui doit être incessamment construite aux

frais de ladite commune, sans toutefois que ladite jouissance puisse

se prolonger au delà du 1° mars 1793 ; comme aussi des réparations à faire aux couvertures desdites deux halles, qui seront faites aux frais du S' Guerchy.

« En rerionçant à ne pouvoir rien prétendre à l’avenir sur les portions de boulevard, ainsi que sur les rues, chemins et places vagues ci-devant réclamées par la commune, le conseil général déclare qu'il n'entend pas garantir la possession desdits objets au profit du S' Guerchy. Tous les actes à faire par suite des présentes seront aux frais dudit S° Guerchy. |

« Et ont signé : L. Duroux de Guerchy, Mongrolle, Gouvion, Perrot, Nadal, Lantoine, Durand, Jacquinot, Garnier, Poiret, Morin, Fouquet, Baulant, Lucian, Roze, procureur, et Barbier, greffier. »

Ladite délibération fut homologuée tant par le district de Provins que par le directoire de Seineet-Marne les 15 et 16 novembre 1791, et par suite, les actes de cession furent passés devant notaire le 19 novembre, même mois.

Les 20, 21 et 22 novembre de la même année, les citoyens de Nangis procédèrent à l'élection d’une nouvelle municipalité pour se conformer à la nouvelle Constitution. Il y avait lieu de nommer un maire, cinq officiers municipaux, un procureur et cinq notables. Le résultat des élections fut le maintien de Jean-Charles Mongrolle comme maire; François Nadal, chirurgien, fut nommé premier offi-

cier ; le second fut Jacquinot, marchand; le troisième, Charles

Poiret, aubergiste; le quatrième, François Picoiseau, laboureur, et Etienne Bertrand, bourrelier, cinquième. Le S' Roze fut maintenu

comme procureur de la commune. Les cinq notables élus en rempla- «

cement des S® Jacquinot, Lucian, Garnier, Baulant et Détroges sortants, furent : Athanase Camuset, serrurier; Jean-Rémi Berthier, receveur de l'enregistrement; Claude Robert, bourrelier; François- Marie Gouvion, serrurier, et Antoine Lucian, marchand. Le S° Perret ayant donné sa démission de receveur de la commune, le S° Camuset fut nommé en sa place, et un nouveau 7'e Deum fut chanté pour fêter ce renouvellement du conseil.

Dans la séance du 15 décembre 1707, les halles étant devenues la propriété de la ville, le conseil vota un nouveau tarif des droits de place qui furent ainsi fixés :

Pour chaque véau Tee CRT ENS ESRNRERERE (Ce droit fut par la suite réduit à 1 sol.) Pour chaque setier de blé, seigle \méteil 1,1% 37s01s

Pour chaque setier d'avoine. \W 0m nEmOEEenens Pour chaque marchand exposant. . . . . . . 15 sols. Pour chaque marchand forain étalant autour

ét près les halles:.:2. /:412 HS MNANNENSSNSSR RE Pour bœuf, vache, cheval... RE IMeNeNSRRRRRS Pour chaque bête asine : . | 506 NORMES Pour chaque (cent de'brebis.).1 0 EMRmnnNSne Pour chaque:porce: Ho LE MRC Pour un porc de faits, Li PEN

Pour chaque boucher forain et charcutier. . . 2 sols. Par chaque panier de beurre, œufs, fromages, volailles et autres ,\i lu NN ENS NRA

Les élections sont pour ainsi dire à l’état permanent à Nangis. Le 17 février 1792, nouvelle organisation de la garde nationale qui nomme tous ses officiers et gradés à l'élection. Jean Millet père, entrepreneur des travaux publics, est nommé commandant en chef, et Adrien Dumont, commandant en second, l’abbé Bléneau est nommé aumônier, le S' Nadal, chirurgien, et Louis Jacquinot, porte-drapeau. La garde civique est divisée en cinq compagnies qui prennent les noms : la première de Mirabeau, la deuxième de Pétion, la trot sième de Brissot, la quatrième de Robespierre, et la cinquième d'Isnard.

Le 11 mars 1792, le S' Mongrolle donne sa démission de maire pour raisons de lui connues.

Le dimanche 18 mars, les S'® Gourrié et Lestumier, délégués du district de Provins, se présentèrent en l’église de Nangis pour inviter les citoyens à voler à la défense de la patrie, et offrirent un registre destiné à inscrire les engagements; mais ils restèrent vainement jusqu’à six heures du soir, sans qu’il se soit présenté aucun citoyen.

Le 9 avril suivant, le conseil mit à exécution un arrêté du département, en date du 16 mars précédent, prononçant la suppression de la paroisse du Châtel, et proclama sa réunion à la commune de Nangis, réunion qui, du reste, était demandée par les quelques

NANGIS 97 habitants composant cette paroisse. L'acte fut signé par Lebrun, curé du Chatel; Beaugrand, cultivateur, et Berryer, aubergiste à la Grande-Bertauche.

Nangis se trouvait toujours sans maison commune et même sans prison ; cette situation ne pouvait se prolonger. Le conseil, qui n'avait pas les fonds suffisants pour faire une construction, eut recours à l’ex-marquis pour sortir d'embarras. Le 16 août 1792, il intervint un arrangement par lequel « le citoyen Louis Régnier Guerchy, maréchal de camp des armées nationales, toujours prêt à prouver son dévouement pour le bien et avantage de la ville (il est à remarquer que lorsque le conseil communal a besoin de l'ex-marquis, elle lui donne ses titres non abolis, et lui prodigue des compliments, sauf à le traiter de citoyen Guerchy en temps ordinaire), cède, vend et abandonne, au profit de la ville de Nangis, la maison servant d'hôtel de ville, sise rue de l'Eglise, à lui appartenant en propriété, et dans laquelle se sont tenues les audiences de la ci-devant justice seigneuriale et toutes les assemblées de la ville, pour en commencer la jouissance le premier mars 1793. Plus, il cède et abandonne ledit S' Guerchy la petite cour derrière, jusqu’auprès de la grande porte de la grange, sise sur ladite cour, et une travée et demie de ladite grange tenant à ladite maison et hôtel de ville, allant jusqu'auprès de ladite grande porte et en y comprenant la petite porte. Lequel emplacement sera pour la construction et établissement des prisons et maison d'arrêt; ladite vente, exempte de tous droits de lods et vente, desquels mon dit S° Guerchy fait remise.

« Par le même acte, le S' Guerchy se trouvant en possession de quatorze perches de terre situées place de la porte de Rampillon, terrain devenu précieux pour la ville par sa situation, mondit S’ Guerchy, au lieu d'y faire construire une auberge, comme il en avait le droit et le projet, a offert de le céder et abandonner à 1a ville en échange de l'allée dite des Soupirs, régnant le long du mur du cimetière, et située sur la route de Montereau, en face de la maison et presbytère de cette ville, consistant ladite allée en environ 56 toises de superficie dans sa largeur, de onze pieds et demi sur sa longueur, plantée de deux rangées de tilleuls, au nombre de 34, que mon dit sieur abandonne au profit de la viile, aux offres d’y faire à ses frais une construction dans sa dite largeur et longueur, en forme de galerie couverte en mansarde pour servir de communication à sa manufacture. Ladite construction, à partir du coin dudit mur du cimetière, donnant sur la place de l'Eglise, jusqu’au coude et tournant de la route de Montereau, en observant de terminer ladite construction en pan coupé par le bout aboutissant audit coude de la route de Montereau ; et que la commune consent à ce que M. de Guerchy bâtisse sur le mur du cimetière, sauf à mondit sieur à obtenir telle ratification de qui il appartiendra.

« Plus, en faveur desdites conventions, mondit S'° Guerchy

demande qu’il lui soit abandonné une portion de la place de devant l’église, à partir dudit coin du mur du cimetière jusqu'à la grille d'icelui, en observant d'y bâtir parallèlement avec la maison du 5° Mocque, de se conformer à l'alignement prescrit et d'usage pour les rues, tant celle de l'Eglise que de la route de Montereau, en

laissant subsister, derrière sa bâtisse, une place publique, à partir.

de la grille dudit cimetière jusqu’à l’église, pour l’usage et besoin de la ville. Pour laquelle portion de place mondit S' Guerchy offre de payer vingt livres par chaque toise de superficie.

« Sera ensuite abandonné à M. Guerchy le prix qui pourra provenir des démolitions et adjudication des chambres et constructions établies au-dessus de la halle marchande, que nous avons fixé à huit cent livres, à la charge par mondit sieur de se charger des frais de démolition et de rétablissement de la couverture de ladite halle, ainsi que son pourtour. Laquelle somme de huit cent livres viendra en déduction du prix ci-après, ainsi que celle de deux mille livres actuellement entre les mains du S' Perret, ci-devant receveur, et provenant de la transaction du 30 novembre dernier.

« Le présent acte d'acquisition et transaction est convenu et accordé moyennant le prix et somme de cinq mille livres en papiers assignats ayant cours. Signé : Regnier-Guerchy, Nadal, Camuset, Lucian, Robert, Picoiseau, Fouquet, Morin, Bégat, Durand, Poiret, Dumont, Roze et Barbier. » Cet échange fut réitéré par acte devant Hardoin, notaire à Nangis, en date du o décembre 1792.

La maison vendue à la ville par l’acte précité, pour servir d'hôtel de ville, servait déjà sous l’ancien régime à la justice seigneuriale, et aux réunions des maire et échevins. Elle existe encore avec le même aménagement, et est située rue de l’'Hôtel-de-Ville, numéro 18 {anciennement rue de l'Eglise). Elle fut la mairie de Nangis jusque vers 1860, époque à laquelle la ville acheta la partie du château qui lui sert actuellement d’hôtel de ville. Cette maison est occupée actuellement par M. Marion, plombier, qui a converti en boutique la salle des séances. La cour située deïrière cette maison s'appelait anciennement la cour du Tripot, et la grange dont la ville achète partie portait le nom de grange du Tripot; nous ignorons l’origine de ce nom. Peut-être qu'autrefois les seigneurs avaient organisé dans cette grange une salle de jeu, peut-être un jeu de paume.

Le terrain situé place de la porte de Rampillon était nécessaire à la ville pour donner accès des Petites-Rues (actuellement rue de la République), à la route de l’embranchement du Pré-Boudrot alors nouvellement percée. Le pont de la porte de Rampillon venait d’être démoli et le fossé comblé, et, par suite, un carrefour venait d’être créé qui permettait de dégager l'entrée des Petites-Rues, fort étroite autrefois. C'était pour effectuer ces travaux que ce petit terrain était indispensable. |

L’allée des Soupirs, qui fut détruite à la suite de la cession ci-

dessus, lorgeait le cimetière, qui, à cette époque, était encore près de l’église, dans la place occupée aujourd’hui par les hôtels de l’Espérance et du Tournebride et les maisons à la suite. Cette allée occupait une partie de la largeur actuelle de la rue des Ecoles, qui, aujourd'hui, a de larges trottoirs. Elle commençait, ainsi que l’indique l'acte suscopié, à l'entrée du cimetière, en face le presbytère, qui occupait alors la maison où il est encore aujourd’hui, et se prolongeait jusqu’au tournant de la route. Cette avenue d’arbres avait sans doute été plantée pour masquer la vue du cimetière aux habitations voisines.

Le petit terraim cédé à l’ex-marquis sur la place de l'Eglise est occupé aujourd'hui par les maisons portant les numéros 2 et 4 sur la rue des Ecoles, et forme l’encoignure de cette rue et de la place de l'Eglise. Cette maison fut construite, comme le prescrivait l’acte précité, parallèlement à celle du S° Mocque, boulanger, aujourd’hui le numéro 15 de la rue de l’'Hôtel-de-Ville.

Le projet du marquis d'établir une galerie couverte sur ce terrain, pour conduire à sa fabrique, ne paraît pas avoir reçu d'exécution; et, plus tard, le terrain de l’allée des Soupirs à été tout simplement annexé à la route pour en rendre les tournants d’un accès plus facile. Il faut conclure de cet acte qu’en outre de la manufacture construite dans son parc, l’ancien marquis en avait une autre sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la maison d'école des filles et les

| maisons voisines, et c'était à cette fabrique que devait conduire le

portique projeté. Il avait également installé des métiers à bas dans la grande maïson qui lui appartenait longeant le boulevard Lebrun.

Nous apprenons aussi par cet acte que la grande halle marchande que nous avons connue avec ses lourds piliers de bois vermoulus, et son immense et affreux toit recouvert de tuiles, avait jusqu’à cette époque supporté, sous cette lourde carapace, des logements dont le marquis tirait revenu. Ce sont ces habitations que la ville, devenue propriétaire, fait disparaître sans doute à cause de leur mauvais état.

Les élections continuent à sévir à Nangis. Le 22 avril 1792, les habitants procèdent au remplacement de M. Mongrolle, maire démis-sionnaire, et nomment à sa place M. Pierre Détroges, négociant en cette ville; on nomme même à l'élection les trois gardes champêtres, les SS Pascou, Diot et Bégat.

Maïs les temps deviennent difficiles; la récolte à été mauvaise, ét au milieu de tous ces bouleversements, la famine se fait durement sentir. Des troubles continuels ont lieu sur les marchés; la population se plaint des accapareurs, et la municipalité ne s'occupe plus désormais que des visites de fermes et de l’approvisionnement du marché. Le 4 juillet 1792, la municipalité convoque les boulangers de la ville pour l’adjudication au rabais du pain‘à fournir à la population, à raison de 28 livres par setier de blé. Tous refusent ;

deux enfin se dévouent, ce sont les S'“ Alexis Lhotte et Claude Messageot, qui s'engagent à fournir, à raison de 28 livres par setier, et 27 sols, le pain de douze livres.

La guerre est venue joindre ses horreurs à celles de la famine. Le 5 août 1792, on proclame à Nangis la patrie en danger, et la garde natiorale se tient désormais en permanence. Comme il lui fallait un poste central sur le carrefour, pour surveiller toutes les routes traversant Nangis, on décide de l'établir à la maison des piliers, que nous avons vue tout récemment se transformer et se mettre à l'alignement. Le passage qui existait sous les piliers est clos par des lattis, et transformé ainsi en corps de garde. Plusieurs habitants, le S° Regnier-Guerchy en tête, avaient adressé une pétition à la commune pour que l’on fît descendre deux cloches du clocher de l’église, pour, avec leur prix, acheter deux canons. Mais la population, convoquée le 22 août, ne fut pas de cet avis. En conséquence de ce vote, la municipalfté décida que lesdites cloches seraient considérées et respectées comme monument du culte divin, et que, de la manière la plus irrévocable, elles resteraient pour le service du culte. Signé : Roger, Renard, Ramard, Roussereau, Geoffroy, Pacon, Vallot, Goujon, Rousseau, Caillot, Souchon, Guillaume, Bonnet, Martin, Leroux, Lantoine, Poiret, Roze. Cette décision irrévocable ne devait pas être de longue durée.

Le 5 septembre 1792, le conseil communal donne avis à l’Assemblée nationale des visites domiciliaires faites par la municipalité; elle demande où le curé de la Croix-en-Brie, arrêté dans lesdites perquisitions « comme suspect de réfraction à la loi », doit être conduit, pour lui être fait son procès ; et où seront conduits tous les effets, malles, papiers, chevaux, dont la garde nationale s’est emparée. Elle s’informe aussi de la marche à tenir pour l'inventaire de meubles restés dans une maison d’émigré et pour l'exploitation des terres abandonnées! Enfin elle réclame une part dans le prix des biens nationaux vendus.

Le o septembre, l’ex-marquis de Nangis offre à la municipalité, pour contribuer à la défense de la patrie, deux chevaux de carrosse et un chariot avec harnaïs, et un homme à ses frais pour le conduire. Il fait don en outre d’un habillement complet pou: un volontaire. Le conseil accepte et consent à ce que la voiture accompagne au camp les volontaires de Nangis, reste tout le temps qu'ils y seront et revienne avec eux. L'ancien seigneur s’efforçait de plaire aux masses, de maintenir sa popularité et faire oublier son ancienne situation ; ainsi, le 26 août 1793, nous.le voyons faire la déclaration, à la mairie, de la naïssance de Anne Brutus Dumanchin, fils de l'officier de l’état civil de Nangis. Il signe Regnier Guerchy, propriétaire et négociant. Le 21 septembre 1793, sa fille Ambroïse-Gabrielle- Lydie, âgée de 12 ans, signe la déclaration de naissance de Lydie Pannier, fille d’un officier municipal de la ville.

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NANGIS : IOI

Le 13 septembre 1792, le conseil décide que François Debriel, curé de la Croix-en-Brie, sera conduit par-devant M. Boudier, juré d'accusation de Provins, pour être par lui faits les interrogatoires, poursuites et diligences contre ledit curé.

Le 16 octobre, plainte des habitants dont la misère est aggravée par les passages continuels des volontaires, et surtout par le séjour du premier bataillon du Lot, qui reste en permanence à Nangis. Le procureur expose quil n'y a pas dans Nangis plus de deux cents

logements, que la plupart des citoyens étaient dans le cas de passer

les nuits dans leurs logements, sans être couchés, pour prêter leurs lits à leurs frères d'armes, ce qui les expose à tomber malades. Qu'il n'ést pas possible que le premier bataillon du Lot continue à rester à Nangis en station, alors que les casernes de Provins et de Donnemairie sont vacantes. Le conseil décide de députer M. Colmet, notaire, pour avoir une décision du ministère de la guerre.

Le même jour, le conseil vote une somme de 36 livres au profit de Jean-Louis Tulard, geôlier, à titre de gratification en récompense de ses peines et soins.

Le 21 octobre, à l'issue de la grand'messe, les habitants assemblés décident, sur la pétition de quatôfze citoyens, que désormais le marché aux grains, qui se tient sur la place du Carrefour, se fera sous la halle ordinaire, comme par le passé, à moins que les troubles obligent de le remettre sur la place du Carrefour.

Le 2 décembre 1792, on procède au renouvellement des corps administratifs et judiciaires; le S' Laurent Hardouin est nommé Juge de paix, et les citoyens Martin Guillochin, Gavardeau, Pierre Moreau et Fadin sont nommés assesseurs, et le S' Mathieu, greffier. Les électeurs des communes veulent alors nommer un juge de paix du canton, et, malgré la protestation du procureur de la commune qui sy oppose, parce que la population de Nangis est inférieure à deux mille âmes, ils nomment pour juge le S° Martin, et pour greffier, le notaire Colmet.

La municipalité est renouvelée à son tour le 9 décembre 1792; le S' Blaise Roze est nommé maire, les citoyens Henri Baussillon, Jean-François Lelourdy, Martin Baussillon, Louis-François Colleau et Edme Pannier sont nommés officiers municipaux. Le S° Dumanchin est nommé procureur de la commune; puis sont nommés notables, les citoyens Edme-Marc Leseurre, curé de la ville, Athanase Camuset, Joseph Bléneau, prêtre, aumônier de la garde nationale; Etienne Bertrand, Nicolas Bégat, Pierre Fouquet, tailleur ; François Fouquet, aubergiste; Claude Pacon, Pierre Détroges, Etienne Morin. Nicolas Barbier est maintenu greffer.

Ici, nous avons à constater une lacune regrettable dans les pièces qui nous ont initié à la vie de Nangis pendant la période révolutionnaire ; tous les documents concernant l’année 1793, an IT° de 1la- République, manquent complètement. Peut-être, sous l'Empire ou la

102 NANGIS Restauration, quelque personnage n'aura pas voulu laisser des témoins gênants de ses actes pendant la Terreur et a fait disparaître les cahiers et papiers de cette époque. Nous avons vu combien la population de Nangis s'est montrée jusqu'ici relativement sage et modérée, nous regrettons de ne pas pouvoir constater si cette modération s’est continuée en 1793, au moment des plus grands excès révolutionraires, et comment fut exécutée ici la loi des suspects.

Nous pouvons cependant affirmer que, tandis que le tribunal révolutionnaire faisait à Coulommiers et à Pommeuse tant de victimes, et quà Donnemarie la populace massacrait le meunier Lécuyer, Nangis ne livra aucun des siens à la guillotine. Nous ne relevons qu'un seul cas, et encore est-ce aux habitants de Nangis quil faut l'imputer? Un sieur Lambert, âgé de 28 ans, né à Guignes, garçon boucher, chez M. Rode, à Nangis, fut arrêté sur la dénonciation de deux dames patriotes de Mons, près Donnemarie, pour avoir crié : Vive le roi! Le malheureux était ivre. Le 27 avril 1704, il fut condamné en compagnie d’un charretier et de deux vignerons pour avoir tenté au rétablissement de la royauté, et exécuté le même jour.

Les événements avaient sans doute pris à Nangis une certaine gravité, car, au commencement de l’année 1703, la ci-devant marquise de Nangis, épouvantée par la tournure que prenaient les choses, et se sentant peu populaire, prit le parti de s'enfuir et de passer à l'étranger avec ses enfants. Sa fuite faillit être fatale à son mari; il fut arrêté et incarcéré dans les prisons de Provins comme complice de sa femme.

Le 13 frimaire, an 2°, un arrêté déclara la marquise définitivement émigrée. M. de Guerchy crut sortir de sa situation critique en demandant en conséquence le divorce.

L'état civil mentionne ce divorce en ces termes :

« L'an deux de la République Française une et indivisible, le trois nivôse, devant Claude Mignot, officier d'état civil de Nangis, comparut le S° Jean Riguet, homme de loi à Melun, au nom et comme fondé de procuration spéciale de Louis Régnier-Guerchy, propriétaire, demeurant à Nangis, actuellement détenu dans la maison d'arrêt de Provins, ladite procuration passée devant Chamblin et Lemoust de la Fosse, notaires à Melun, lequel, assisté de témoins, a représenté l’expédition d’un arrêté du département de Seine-et-Marne, en date du 13 frimaire dernier, signé Boucher, qui déclare que Françoise-Louise Duroux, épouse dudit citoyen Régmier- Guerchy, est définitivement émigrée et ordonne que toutes les lois relatives à l'émigration seront exécutées à son égard.

« Et attendu qu'aux termes de l’article x®% de la loir du 23 mars 1792, rendue postérieurement à la loi sur le divorce, les émigrés sont bannis à perpétuité du territoire français, et sont morts civilement, que, par conséquent, le seul fait d’émigration entraîne condamnation à une peine afflictive.

Lite PANNES de) RENE eu y. .

« Le citoyen Riguet, audit nom, a alors requis la dissolution du mariage d’entre ledit Régnier-Guerchy et ladite dame Duroux pour cause de condamnation à peine afflictive prononcée contre elle.

« Pourquoi nous, officier public, sur la réquisition dudit S' Riguet audit nom, nous avons prononcé la dissolution du mariage qui a eu lieu entre ledit Louis Régnier-Guerchy et ladite dame Françoise- Louise Duroux, dont acte. »

Ce divorce ne rendit pas à ‘l’ancien marquis la liberté espérée ; sa situation s’aggrava même un instant. Une lettre de lui, dans laquelle il demandait à son domestique ce qu’il faisait de son anglais (cest-à-dire de son cheval anglais), ayant été interceptée, il fut accusé d'entente avec l'ennemi, et n'échappa qu'avec peine au tribunal révolutionnaire. Il fut transféré à Melun et passa le 22 juin devant le tribunal criminel du département. Six témoins avaient été appelés de Nangis : MM. Pierre Destroges, Nicolas Levif, Martin

Guillochin, François Fadin, Charles Mongrolle et François Fouquet ; leurs dépositions furent sans doute favorables à l'accusé, qui avait conservé à Nangis beaucoup de sympathie, car il fut acquitté.

L’ex-marquis se remaria l’année suivante, le 1* brumaire an III, et épousa en secondes noces demoiselle Barbé Bourgeon, demeurant à Paris, fille de Jean-Nicolas Bourgeon, vérificateur des domaines nationaux, et de Barbe Rolin, demeurant à Paris, rue Louvois. Ce mariage ne me paraît pas avoir été, pas plus que le divorce, l'expression du libre arbitre de M. de Guerchy, si j'en crois

certaine phrase intercalée dans l’acte de mariage, et ainsi conçue « Vu l’acte de promesse de mariage dressé par l'officier public de l'état civil de la commune de Paris, nommé par le Comité de salut public ». Cette phrase en dit bien long.

Le ci-devant marquis fut encore arrêté au commencement de

l'année 1794 comme ayant des rapports avec les émigrés et conduit dans les prisons de Melun. Mais les habitants de Nangis, qui avaient conservé de l'affection pour leur ancien seigneur, toujours si bienfaisant à leur égard, envoyèrent de leur propre mouvement une députation à Melun pour réclamer sa mise en liberté. Le conseil du district, touché peut-être par l’étrangeté de cette démarche, rendit le prisonnier qui fut ramené en triomphe à Nangis. Le soir, il y eut grande fête dans le parc du château, illuminations, grand bal, et tonneaux de vin défoncés. Des vieillards m'ont raconté ces réjouissances improvisées dont leurs pères leur avaient fait le récit. Ce fut la dernière fête que vit le château de Nangis sous ses anciens maîtres ; ce fut la fête des adieux.

Les affaires industrielles avaient dévoré toute la fortune du marquis. Les domaines étaient entièrement grevés ; l'insécurité du moment

» venant encore aggraver la situation, il fut amené à liquider, et vendit, l’une après l’autre, toutes les fermes qui composaient l’an-

cien marquisat. Plusieurs domaines furent vendus à MM. Philippe et Germain Garnot; bientôt, il ne resta plus que le château et la ferme en dépendant.

Le 18 germinal an III, par acte passé devant M° Simon, notaire

à Provins, le citoyen Régnier-Guerchy vendit à Jean-Pierre Videl, ancien notaire, demeurant à Paris, le domaine de Nangis, composé :

1° D'un ci-devant château, entouré de fossés, cours, avenues, deux basses-cours, les différents logements qui en dépendent, en ce compris la grange, dont partie est découverte, et terrain adjacent, provenant du ci-devant curé de Nangis, plus le petit jardin attenant loué avec la boulangerie.

2° Dans l'avenue et avant-cour dudit château, se trouve un bâtiment qui fait partie de la présente vente, et qui aboutit à un autre bâtiment donnant sur la grande route, réservé par le citoyen Guerchy dans toute sa longueur, jusqu'à la partie intérieure des fossés.

3° Deux parties de potager affermées au citoyen Robinet, dans lesquelles se trouve comprise une portion des anciens fossés de la commune.

4° Le clos du parc, contenant avec les potagers ci-dessus et les basses-cours et fossés, la quantité de soixante arpents, non compris les anciens fossés de la commune, dont 25 arpents en terres labourables, 15 arpents en labours, 12 arpents en allées, et le surplus en pépinières et cours. Le tout entouré de fossés et murs.

5° La ferme dite du Moulin des Vignes, consistant en 150 arpents de terres louées au tiers franc au citoyen Séguin, 12 arpents de prés et 1o arpents de jardin, pâture, clos et avenues dans lesquelles se trouvent 300 pieds d’arbres fruitiers, et le logement du fermier avec tous les bâtiments nécessaires à l'exploitation.

6° Trois arpents de petite futaie appelée le bois du Moulin des Vignes ;

7° Et enfin une tuilerie avec bâtiments, jardin et halles en dépendant.

La vente fut faite moyennant la somme de 450 000 livres, dont l'acquéreur versa de suite au vendeur 25 o0o livres, tant en argent qu’en assignats ; le surplus devant être employé à payer, en l’acquit du vendeur, les créanciers qu'il indiquera.

Nous avons donné cette description des biens vendus pour faire connaître la situation du château et de ses dépendances à cette époque

Ainsi, lors de cette vente, il n’y avait pas de ferme attenant au château. Les vastes bâtiments situés en face l’église, entourant deux vastes cours, servaient aux besoins du château et formaient les communs et les logements du personnel. La grange, alors en ruine, qui se trouvait au fond de la première cour, faisant face à l'église, servait à recevoir les redevances en nature dues par les fermiers et

les censitaires. Gn parvenait du château dans ces basses-cours par un pont en pierres qui existe encore sur les fossés dudit château, et n’a plus d’issue.

Les bâtiments de culture et d’habitation du fermier étaient alors situés sur le bord de la route de Montereau, à l’angle du chemin du Moulin des Vignes. On voit encore l'emplacement de la mare de la ferme. Ce n’est que plus tard que le nouvel acquéreur, ne voulant pas réparer les bâtiments de la ferme du Moulin des Vignes, en mauvais état, les fit démolir et transporta cette exploitation dans les basses-cours du château. |

Près de la ferme du Moulin des Vignes se trouvait aussi une tuilerie importante qui a disparu avec elle. La grande excavation appelée les Marinières, située près du bois des Vignes, était le lieu d'emprunt où la tuilerie s’alimentait de terre glaise.

Enfin, près de la garenne, avait existé un moulin à vent qui avait donné son nom à la contrée, 1l était déjà disparu à cette époque; la maison du meunier était seule encore debout.

A la fin de l’acte de vente, le marquis déclare qu'il ne peut remettre les vieux titres de propriété, tous ayant été brûlés, aux termes de la loi, comme entachés de féodalité.

L'ex-marquis continua à résider à Nangis, dans la maison par lu réservée dans la vente ci-dessus, laquelle se trouvait sur l’emplacement de l’école actuelle des garçons, et laissa passer la tourmente révolutionraire. Lorsque le calme fut revenu, nous le trouvons receveur particulier des finances à Coni, en Piémont. Il mourut en 1806 à Montreuil-sur-Mer, où il était employé pour les subsistances de l’armée impériale.

. Que sont devenus les quatre enfants du premier lit du marquis, et les quatre enfants nés de son second mariage? Les seuls renseignements que nous avons pu trouver à ce sujet nous indiquent que l’une de ses filles, Ambroiïse-Gabrielle-Lydie de Régnier-Guerchy, épousa M. le comte Etienne Chabenat de Bonneuil. Une autre fille épousa M. de Haut, de Sigy, et fut la mère de M. Marc de Haut, que nous avons connu éloquent président du comice agricole de l’arrondissement de Provins. Un vieillard de Nangis nous a affirmé que l’un des fils avait été, sous la Restauration, architecte de l'Opéra, à Paris. Ce qui nous paraît certain, c’est que la descendance masculine des Guerchy est aujourd’hui éteinte. Cette famille ne revit plus que dans celles des comtes d'Haussonville, de Bonneuil, et du mar-

quis de Sigy. La marquise de Nangis, lorsqu'elle put rentrer de l’émi-

gration, se retira à Provins, rue de la Venière, où elle vécut encore de longues années, fort remarquée à cause de l'habitude qu’elle avait contractée à l'étranger de porter le costume masculin.

Le château de Nangis fut revendu en 1811 par M. Videl à M. Bourlet, et passa ensuite entre les mains du gendre de ce dernier,

M. Abraham-François-Louis, comte d'Echerny, d'origine suisse, dans la famille duquel il resta jusqu'à nos jours.

Mais revenons à la municipalité de. Nangis, qui est toujours aux prises avec les difficultés que lui suscitent les mauvaises récoltes. Elle est forcée, d'un côté, de surveiller l’approvisionnement de son marché et est tiraillée, d'autre côté, par les réquisitions du gouvernement qui, par ses commissaires, réclame toujours des grains pour l'alimentation de la capitale et des armées. En germinal an ILI, il est décidé que l’on ne donnera plus de bons aux citoyens pour avoir des grains chez les cultivateurs; que huit commissaires seront nommés pour se rendre chez ces derniers, constater la quantité de blé battu et non battu qu'ils possèdent, et les inviter à apporter sur le marché les quantités battues.

La mesure ne produit pas d’effet, et le marché reste mal approvisionné. Le 12 germinal, le conseil décide que des commissaires seront nommés, pour, conjointement avec un détachement de la garde nationale, se rendre chez les cultivateurs désignés à l'effet de faire emmener sur-le-champ la quantité de blé portée sur une liste. Les officiers municipaux. Jacquinot et Guillochin sont désignés à cet effet.

Sur la liste dont s’agit, le sieur Mongrolle, fermier aux Manteresses, est taxé pour 6 setiers.

Larousse, à la Chaussée, pour 2 setiers.

Dufrayer, à Pars, pour 18 setiers.

Tisserand, aux Equeuvres, pour 3 setiers.

Picoiseau, au Moulin, pour 6 setiers.

Guay, à la Psauve, pour ro setiers.

Le remède est encore impuissant. Sur la réquisition du député Lequinio, commissaire du gouvernement en Seine-et-Marne, le district de Provins organise un corps de cinquante gardes nationaux pour escorter les commissaires, faire battre et enlever de suite les grains et protéger les transports sur Paris. Pour le canton de Nangis, le citoyen Colleau, officier municipal, est nommé commissaire.

La situation des laboureurs, comme on les appelait alors, devient de plus en plus critique : menacés de pillage par la population qui voit partout des accapareurs, menacés et pressurés par la municipalité et les commissaires délégués, ils ne savent plus auquel entendre.

Les fermes des environs de Nangis étaient alors détenues par les cultivateurs dont les noms suivent :

MM. Naudier, à la Psauve; Pacon, au Corroy; Angenoust, aux Maillets, rue Neuve; Barat, à la Chaise;

. MM. Bénardeau, à Bouron; Baulant, au haut Chaillot; j Courcier, au bas Chaillot ; Picoiseau, à la ferme du Moulin des Vignes; Larousse, à la Chaussée ; Guay, à la Psauve; Notaire, aux Hayes; Quillard, au Buisson ; Dufrayer, à Pars; Mongrolle, aux Manteresses ; Beaugrand, à Courtenain; Moreau Jacques, à Malnoue; Beaugrand père, au Chatel ; Tisserand, aux Equeuvres; Et Moreau, à l’Epoisse.

Enfin on en arrive à mettre des gardes nationaux en station chez les fermiers. Le 23 germinal, quatre gardes sont placés chez le sieur Guay, à la Psauve, et quatre chez le sieur Dufrayer, à Pars. - Comme on apprend que des traînards se portaient en bande dans les fermes isolées et pillaient les grains, le 23 germinal le conseil décide d'inviter les cultivateurs à faire transporter leurs grains, aussitôt battus, en la maison commune de Nangis, et on établit un grenier d’abondance dont le sieur Blondelot est nommé gérant, et le sieur Corneille préposé à sa garde. La municipalité en permanence ne s'occupe plus que de la question des subsistances, répondant à toutes les réclamations et réquisitions par des nominations de commissaires.

Pendant cette lutte pour la vie, le 4 ventôse an III, le conseil obéissant à un décret de la Convention, en date du ro juin 1793, et pour venir en aide à la population, en permettant à tous de cultiver des légumes, décide le partage, entre tous les habitants de Nangis, des biens communaux situés aux pâtures Philmin et aux pâtures du Gué. Le partage fut effectué, non sans récriminations, par le sieur Angenoust, géomètre. Aujourd’hui, bien peu de familles nangissiennes ont conservé le petit lopin de terre qui leur a été attribué alors ; exemple saisissant du résultat que donnerait au bout de quelques années le grand partage de la propriété.

Les malheurs du temps n'arrêtaient pas le flot des élections à Nangis. Le 10 brumaire an IV, Martin Guillochin est nommé de nouveau juge de paix; Millet père est élu président de l’administration municipale; Pierre Moreau, François Pannier, Jean-Baptiste Perrot et Pierre Détroges sont nommés assesseurs, et Georges Mathieu, greffier.

Les fonctions changent souvent de nom comme de titulaires; le 15 brumaiïre an IV, Gabriel-Marie Richard est nommé agent muni-

cipal de la commune ; le 10 floréal an VI, il est de nouveau nommé aux mêmes fonctions, et, le 10 germinal an VII, le citoyen Pierre Détroges est nommé à son tour agent communal, et le sieur Pannier lui est donné comme adjoint.

Mais le ro prairial an VIII, les élections ont cessé; le sieur Dumont, l'aîné, est nommé par le gouvernement maire définitif de la ville de Nangis, et le sieur Claude-Louis Granger lui est donné comme adjoint. |

Le 27 messidor an XI, les membres du conseil et les fonctionnaires font chanter un 7'e Deum et des chants de réjouissance pour l'anniversaire de la naissance du citoyen Bonaparte.

Le 15 pluviôse an XIII, les membres du conseil prêtent serment à la nouvelle Constitution. Ces conseillers sont alors MM. Durand, Bertrand, Lucian, Camuset, Millet, Hannier, Perrot, Moreau, Fadin et Chapelle.

Le 19 pluviôse an XIII, le conseil, pour subvenir aux réparations des monuments et des chemins, vote un nouveau tarif de places sous les halles et dans les rues, places et carrefours de la ville. Le même jour, comme la foire du 17 messidor tombe au moment de la coupe des foins, le conseil décide la création d’une nouvelle foire le 3“ ven:démiaire, ou 22 septembre de chaque année, qui portera le nom de foire impériale et aura une durée de trois jours. Cette foire nouvelle ne paraît pas avoir eu de succès ; aussi, le 1° brumaiïre an XIV, le conseil décide de reporter, comme sous l’ancien régime, la foire du 17 messidor au 4 juillet de chaque année.

Le 4 mai 1809, le conseil, pour donner satisfaction à la réclamation du sieur Naret, juge de paix, qui habite une maison adossée au cimetière, et se plaint d'émanations dangereuses, décide le déplacement dudit cimetière et choisit, pour nouvel emplacement, un terrain où s'élevait le moulin de Saint-Antoine, récemment écroulé, appar-

tenant aux hospices de Nangis, et a à l’angle de la route détrs P £ 8

Rampillon et du chemin: de Montrimble, mais jusqu'à concurrence de 33 ares 34 centiares seulement.

Le maire Dumont mourut le 4 août 1810 et fut remplacé par Louis-Mathurin Lestumier, ancien maître de poste. Son administration devait être bientôt troublée par de terribles événements. La France était envahie, et Nangis vit les armées aux prises sur son territoire. Tandis que les Prussiens opéraient vers la Marne, l’armée russe et autrichienne qui s’avançait derrière la Seine, avait franchi ce fleuve à Montereau et à Bray et repoussé les corps des maréchaux Victor et Oudinot, qui s'étaient retirés derrière la rivière d’Yerres. Napoléon, qui venait de culbuter les Prussiens à Montmirail, accourut au secours de ses lieutenants pour rejeter l'ennemi au delà de la Seine et couper les corps de troupes qui s'étaient aventurés jusqu'à Fontainebleau. Le général Gérard surprit l'avant-garde ennemie qui s'était établie à Mormant, la chassa de cette ville l'épée

dans les reins, et la rejeta sur Nangis qui était occupé par un corps bavaroïs. Le combat continua dans la vaste plaine entre Mormant et Nangis; l'ennemi, toujours repoussé, fut chassé de Nangis et rejeté sur Montereau. La division bavaroïise Lamotte, rejointe entre Valjouan et Villeneuve-les-Bordes par les troupes du général Gérard, fut mise en déroute et sabrée. Ce sont ces faits d’armes précurseurs de la bataille de Montereau que l’histoire a appelés le combat de Nangis du 17 février 1814. Le moulin du Haut-Mondé, situé sur le mamelon qui domine Nangis, fut renversé par l'artillerie. Napoléon s'arrêta à la Baraque, à l'entrée de Nangis. C'est là qu'il donna ses ordres aux troupes qui défilaient devant lui, dirigeant le corps d'Oudinot sur Provins, celui de Macdonald sur Donremarie et le maréchal Victor sur Montereau. La vieille garde alla bivouaquer dans le parc du château et sur les boulevards. L'empereur, harassé de fatigue, passa la nuit au château. Il occupa, dit-on, la petite pièce qui fait suite à la salle du conseil actuelle. C’est là qu'il écrivit cette lettre datée de Nangis, du 18 février, au ministre de Caulaincourt, pour lui retirer ses pleins pouvoirs. | Mais Nangis fut bientôt réoccupé par les troupes ennemies. Une bizarrerie de cette occupation fut la disette de bois de chauffage. La guerre avait empêché de faire les coupes ordinaires de bois, les chantiers étaient vides, et, vers la fin de l'hiver, la population se trouva sans bois, et dans l'impossibilité de s’en procurer. Déjà les soldats démolissaient les vieilles constructions dans les faubourgs pour en prendre les solives ; il fallut aviser. Le 1° avril 1814, le conseil, pour remédier au manque de bois de chauffage dont souffrent les habitants, ne pouvant satisfaire aux demandes des ennemis qui démolissent des maisons, décida de faire abattre les arbres se trouvant sur la route de Paris, depuis l’embranchement jusqu’à la commune de Baïlly-Carrois, et d’en effectuer la vente aux habitants. Cette vente eut lieu et produisit la somme de 4 897 francs. Le 4 octobre 1814, la mairie passa entre les mains de M. le comte d'Echerny, par suite du décès de M. Lestumier.

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