‹ Nankin d'alors et d'aujourd'hui;Chapitre 15 sur 167 · CH. I. AYANT LES TROIS ROYAUMES · texte numérisé non relu

CH. I. AYANT LES TROIS ROYAUMES

siècle avant notre ère. Nankin y fait partie de la Province de Yang-tcheou (1); rangé sous la domination successive **de princes tributaires de Ou, de Yué et de Tch'ou", il fut appelé par ces derniers "Kin-ling, ou Pays d'or (2)." On a figuré les trois bouches du Yang-ise : 1**) Celle du nord, Pé kiang :|[j ^ subsistant aujourd'hui; — 2®) La bouche médiane, Leou kiang "^ ^1» ^^^^U© au Wang-p'ou actuel, alimenté par la rivière de Sou-tcheou, débouchant à Chang-hai; — 3**) Celle du sud, Song kiang ;^î£, drainant le bassin secondaire qui déverse ses eaux dans la baie de Hàngtcheou,

«Le bras sud se détachait du Fleuve à la hauteur de Tch'etcheou (entre Ou-hou et Ngan-k'ing)^ passait par la préfecture de Ning-kouo et de Koang-tè, et, après avoir mêlé ses eaux à celles du lac T^ai'hou, se jetait dans la mer à la hauteur de Hang-tcheou. Le bras du milieu se formait à Ou-hou, d'où il gagnait, droit vers l'est, la plaine de Chang-hai qu'il traversait vers l'emplacement actuel du "Soo-chow creek.'' Enfin le bras nord n'est autre que le cours actuel du Yang-tse, qui formait de nombreuses îles sur sa rive gauche.» P. H. Havret, notes sur le Yang-tse kiang, dans les Annales de Géographie, 15 oct. 1893. — L'auteur a repris cette étude avec plus d'ampleur dans sa remarquable monographie de La Province du Ngan-hoei (Var. sin, n° 2).

Ces quelques notions sommaires déterminent suffisamment la situation respective de la région nankinoise à l'aube de notre ère chrétienne (3).

(1) Le Yu-Jsong -^ 1^ et le Eul-ya m ^ affirment qu'elle formait un des neuf Tcheou Jfl clu Grand Yu, pendant la période comprise entre 2357 et 1122. T. deLacouperie fixe à l'an 1954 le règne du Grand Yu.

(2) Cf. infrà à la date 332 av* J.-C.

(8) Cf. P. A. Colombel, les bouches du Kiang, Fleuve bleu, dans les Missions Catholiques de 1868, p. 43C.

Ed. Chavannes «Mémoires historiq. de Sema TsHenn T. I. p. 119 à propos des 8 bouohes dn Kiang ^ renvoie à Legge et surtout ù Richtofen {Ohina I. .331). D'après ce dernier «Le Kiang du nord était le Yang-tse kiang actuel, de Ou-hou à la mer ; le Kiang central était une branche du Yang-tse kiang qui se détachait à Ou-Ztou, traversait le lac T^ai hou ^ njS et se jetait dans la mer près de Hang -tcheou fou. Le 3« Kiang était le Tché kiang i$f iX qui aboutit aussi à la baie de Hang-tcheou foun p. 119.

Comparer aussi ci-contre la carte d'Elisée Reclus, Asie Orientale^ VII. p. 406. "Anciennes bouches du Yang-tse kiang," La branche du milieu, ou Kiang central, contourne le sud d'un îlot montagneux, le territoire nankinois, limité au nord par le Yang-tse actuel.

A rencontre d'une assertion cent fois réfutée et reproduite, les sinologues ne se lassent guère de redire que Yang-tse kiang ne signifie pas le fils de la mer^ mais "le fleuve de la Province Yang." Le nom de la ville de Y an g -tcheou fou, h quelques heures au nord de Tchen-kiangy rappelle sans hyperbole cette dénomination très géographique. La grande cité se nommait San-k^eou ïH P en 485 av. J.-C. Fou-t clivai 5% 3s, roi de Ow, l'entoura alors de murs et «y creusa un canal pour faire communiquer le fleuve Hoai

$ I. ÉTAT DE LA GHIMB d'aPRÂS MT DE HARLEZ. 19

Le n® de janvier 1896 de la Revue des questions scientifiques insérait un article de M^r de Harlez, sous le titre «Les populations du Sud de la Chine.» (pp. 41-96).

L'auteur soutient, contre l*opinion générale, que les régions au midi du Yang^tse n'étaient point conquises à la fin de Tère ancienne, sous les Ts'in ^ et les Han JH (1). Quoi qu'en disent les Annalistes chinois, leur empire aurait été, au XIIP siècle même de notre ère, moins grand de moitié qu'aujourd'hui.

Il faut admettre en effet que ceux que nous nommons Chinois firent longtemps partie de populations indépendantes, dans un grand nombre des 18 Provinces, et que fort peu d'entre eux descendent des tribus chinoises proprement dites, que l'on suppose venues du centre de l'Asie (G* d'Orembourg) au XXIIP 8., sur les bords du Hoang ho, en refoulant les autres tribus, ou eh se les incorporant par'la violence et la persuasion.

«Au second siècle av. notre ère, dit l'auteur de l'article, la race chinoise ne s'était étendue au midi du Fleuve Jaune, que jusqu'au 33® degré de latitude, c. à d. à la moitié de la distance qui sépare ce fleuve du Yang-tse kiang. Encore le terrain qu'elle occupait ne lui appartenait-il pas tout eptier. Une grande partie du Chan-tong et certaines enclaves étaient encore sous la puissance de tribus barbares.»

«Au delà du 33* degré s'étendaient deux états barbares: celui de Ts'ou au centre et celui de Ou à l'est, le long de la mer; et' au-dessous de ce dernier en venait un troisième, portant le nom de Yuêj lequel, comme les précédents, était peuplé par des tribus aborigènes.»

Ces trois états n'étaient que vaguement rattachés à la confédération chinoise des Hia, nom que s'attribuait la race immigrante, présidant à cette confédération.

ayeo le Yang-tae. Cette nouyelle voie devint plus tard le Canal impérial... Cette année-là, Fou-toh^ai ne faisant pas la guerre, employa ses soldats à ce travail, afin de pouvoir par eau communiquer avec les régions du nord, c. à d. les pays, à proprement parler, chinois.» Alb. Tsohepe S. J. op. oit. p. 119.

(1) Terrien de Lacouperie désigne l'an 881 avant J.-C. comme la date du «premier établissement des demi-chinois de Ts^ou au sud du Yang-tse kiang.» (Western origin.., p. S81). D'après lui, Moang-H arriva la 15^ année de son règne (2282) de l'ouest sur le bord du Èoang ho. En 1742, Ki-tan installa ses bandes au N. E, du Bo-nan (Wei). Vers 680-642, des navires venus de l'Océan indien entrèrent dans la baie de Kiao-tcheou, A ces dates remontent les établissements de Lang-ya et de Tsi-mOt au Chan-tong; d'autres arrivages d'hindous ont lieu pendant un ou deux siècles. Ils fondent Tong-yé (Fou-tckeou) eu 325-310. En 473 av. J.-C, le roi de Yué établit l'emporium de Koei-M aux environs de la baie de Hang-tcheou ; des trafiquants de la Mer Kouge y affluent par mer, entre 425 et 375. Ning-po est fondé de la même manière en 327 avant notre ère, et dix ans après arrivent en Chine les premiers émissaires bouddhistes.

20 CH. I. AYANT LBS TROIS ROTAUMBS.

En 206 av.J.-C, les Ts'in, qui avaient établi leur domination ou suzeraineté sur les trois états barbares méridionaux Tch'^ou^ Ou (déjà conquis par Yué) et Yué..., furent remplacés par les /fan. Dans le bouleversement, «les Yué, c.à.d. le Koang-tong et le Foukien recouvrèrent leur indépendance.»

Ou ti, des Han (140-86), aurait, grâce à ses armées nombreuses, totalement soumis ces barbares. Mais «c^est une vanterie des auteurs chinois. En réalité, Ou ti partagea le Koang-tong entre différents princes indigènes.» Ces fiefs furent nominalement transformés en provinces de TEmpire. «Ils s'étendaient même fort au nord car celui de Ngao était au Lin^hoai, c. à d. au Kiang-nan. Quant au Fou-kien oriental, Ou ti en transporta les habitants au delà du Kiang,»

Peu à peu y les vrais Chinois s'assimilèrent partiellement ces peuples, ou les inscrivirent sur la liste de leurs vassaux et tributaires.

M&r de Harlez, qui professe analyser en cela Afa Toan-lin, conclut en disant que toutes ces causes donnèrent le change sur «rextension de la domination chinoise sur de vastes étendues de territoires sur lesquelles elle n'avait aucune puissance.»

On voit dans quel sens, et moyennant quelles restrictions, les populations du Nankin préhistorique possèdent des titres à ce qualificatif de Chinois» Les Annamites et les Coréens de nos jours n'en n'ont pas de moins fondés, sauf aux yeux des citoyens du Céleste Empire.

Le P. Gaubil, en sa Chronologie chinoise (pp. 30 et 47), mentionne brièvement l'origine de notre royaume de Ou, au Kiangnan; d'après lui, six siècles avant notre ère, il existait, solidement établi sur le cours inférieur du Yang-tse, jusqu'au Kiang-si inclusivement. Nabuchodonosor, rappelons-le, dominait alors sur l'autre extrémité de l'Asie ; la civilisation chinoise faisait modeste figure auprès de la splendeur de son règne (605-562). Alors aussi les Phocéens fondèrent leur colonie grecque de Marseille.

Dans le numéro 10 des Variétés sinologiques, le P. Albert Tschepe 8. J. a refait avec une grande rigueur d'érudition le tableau du premier et ancien Royaume de Ou (1122-473). Il comprenait, d'après lui, tout le nord du Tché-kiang, tout le sud du Ngan-hoei, la moitié nord du Kiang-'Si, et la plus grande partie du Kiang^sou actuel (1). «Nankin n'existait pas au temps du royaume de Ou, Cette capitale de Chine date du roi Wei (339-328) du royaume de Tch^ou, Le fameux TsHn Che hoang-ti jugea la position favorable pour une ville importante et l'agrandit op. cit. p.XIII. (2).» Asser-

(1) Consulter la Carte annexée à l'ouvrage; elle corrige et complète celle dcR PP. P*é et Lorando, qui n'étend pas assez vers le sud ce royaume de Ou.

(2) Le même auteur a donné depuis l'histoire du royaume de TsHn ^ qui a Boumi s tous ses voisins et donné naissance à l'Empire actuel de Chine. — Sous presse à ia Mission catholique.

s I. LE GRAND YU, 2205. AV. J.-C. 21

tions très admissibles, si l'on définit bien au préalable ce qu'on entend par le mot de Nankin.

Au demeurant, cette ville ne saurait s'arroger des origines très reculées, et les annales chinoises ne contredisent pas en cela les conclusions qui découlent de Texamen géologique de la contrée (1). L'on sait que les premiers événements connus de la Chine historique se déroulent sur les chemins qui, de l'ouest, amènent au Chan-si, puis au Chan-tong, sensiblement à la hauteur du 36® parallèle. Le bassin du Hoang ho laisse exhumer de temps à autre quelque nouveau jalon d'une des routes suivies par la civilisation primitive, en marche vers l'Extrême-Orient, loin des rives de TEuphrate et de la Chaldée. Les provinces du Ho-nan, du Chan-si et du Chen-si forment donc le théâtre principal, sinon exclusif, des très rares particularités certaines, enregistrées avant le X® siècle.

L'une des premières informations à glaner pour nous dans les Chroniques du Céleste Empire est celle-ci : Le Grand Yu traversa le Yang^tse kiang, on ne précise pas où, pour se rendre au lac T'ai hou :|sj jj^, sur la frontière du Tché-kiang et du Kiangsou (de Mailla I, 298).

Serait-il venu à proximité du territoire que devait occuper Nankin ? Sous les Ming^ on grava un beau fac-similé de sa prétendue Inscription, sur 6 stèles érigées dans les dépendances de la pagode de Si-hia chan, à mi-côte de la colline de ce nom, au bord du Yang-tse, entre Nankin et Tchen-kiang. Le souvenir du Grand Yu semble pourtant, en dehors de l'information consignée plus haut, totalement étranger à l'érection de ces stèles en pareil endroit, où on les voit encore. Quoi qu'on pense des exagérations chinoises à son sujet, sa sphère d'action semble n'avoir qu'exceptionnellement débordé la région, assez restreinte, sise à l'ouest de Si-ngan fou (2).

(1) Lou-ho •x *& au nord du Yang-tse^ Tan-yang et Li-yang au sud, délimitant la grande périphérie du pays nankinois, existaient au temps du TcU^oen-ts^ieou (722-481). Song-kiang date du V* royaume de Ou, comme Ning-Jcouofou et T^ai-pHng fou. Changhai, gros bourg sous les Song (960-1280) devint sous-préfecture au début des Yuen 7C • {Var.sin. n*'10).

(2) Le P. de Mailla (I p. 58 et seq.) essaie de réfuter les assertions du P. Kao (^ US ,©., Aloys Kao, jésuite chinois 1733-1780. A. Pfister S. J. Biograph. ms. p. 1102) qui rejette les temps antérieurs à Yao, exagère les difficultés du Yu-hmig, n'admet point comme réels les travaux attribués au Grand Yu, et conteste l'authenticité de ce chapitre Yu-kong. Le savant D' Legge a laborieusement discuté ces questions des origines chinoises; cf. Chinese classics. Livre III. Part I. p. 89. — N. C. D. N. 9 fév. 1898. Article sur la géographie chinoise. «Son antiquité remonte à Abraham et Moïse par le Yu-kong {extiskit du Book of History). Keconnue exacte par les explorations de Eichtofen, qui a très bien su séparer le fond authentique des additioiis légendaires, ajoutées au cours des âges, même par Mencius, cette ancienne description dénote une ancienne civilisation

22 CH. I. ATAMT LES TA0I8 ROYAUMBS.

Les annales chinoises (cf. le Tableau mis en tète de VHistoire du P. de Mailla) reconnaissent trois dynasties, dont les dates méritent quelque créance probable. Ce sont les Hia (2205-1766) — les Chang (1766-1122) et les Tc/ieou (1122-249). En 1122, Ouw&ng (nommé Fa) fils aîné de Weii wang et fondateur de ces Tcheou, «maître de la Chine, la démembra en un grand nombre de principautés, dont il dota ses [11] frères et les seigneurs chinois qui l'avaient aidé à en faire la conquête.» Résultat naturel : ses successeurs c(se virent dépouillés de presque tous leurs domaines par ces princes vassaux devenus indépendants, et enfin ils perdirent TEmpire.» Enfin, ce qui nous intéresse plus directement, au temps de cette troisième dynastie des Tc/ieou, qui tolérait tant de vassaux (?) sur le territoire de l'Empire, les Ou occupaient la partie orientale du Kiang^-nan et tenaient leur Cour à Sou^tcheou, De Mailla nomme, parmi ces rois de Ou, Tcheou-tchang (1122) et Fou'tch'ai (495) qui régna 23 ans.

Parmi les princes auxquels Tcheou Ou wang partagea l'empire en 1122 av.-J.-C, en les créant princes feudataires, l'on n'en cite qne deux en ces contrées : le prince de Yué au Fou-kien et au Tché-'kiang, et le prince de Ou au Kiang-nan,

Mais leur biographie reste aussi indécise que l'histoire générale à ces époques. Legge rappelle avec raison qu'aucune date chinoise antérieure à celle de 775 avant notre ère, n'est historiquement certaine. Alors, Romulus et Rémus étaient probablement déjà nés, s'ils vécurent jamais. Et les Pélasges occupaient depuis 12 ou 13 siècles le nord de l'Italie.

Le P. A. Zottoli condense en ces quelques lignes une assez longue période de la préhistoire chinoise : Pan^keng H j^, 17^ des Chang flg régna 28 ans. Il fit ensuite nommer Yn ^ sa dynastie, et eut pour successeurs ses fils Siao-sm >J^ ?p, puis Siao-i ^]^ 2«- La 26'' année de ce dernier (1327 av. J.-C.) Kou-ftong Tan fou ■& S ® ^» nommé ensuite T'ai wang :fc 3E, se dirigeant vers le SSE, émigra au mont K'i f^ et donna à sa famille le nom de Tcheou ^, qui est celui de la dynastie suivante. Il avait épousé T'ai Kiang ^ H qui lui donna trois fils. Les aînés T'ai-pé ^ f^ et Tchong-yong (i^ ^, sachant que leur père leur préférait leur frère KUlié ^ Jg «s'exilèrent volontairement, et se rendirent chez les peuples barbares du sud. Là, coupant leur chevelure, et se défigurant pour dissimuler leur origine illustre, ils fondèrent le royaume de Nan-king, vers l'an 1260 avant Jésus-Christ.» (Cursus litt. sin, vol. II. p. 7. Synopsis historica).

qui a peu changé, mais le récit est très incomplet. Le Tu-kong n'a été bien compris que de nos jours ; cf. El. Beclus, p. 250 (qui suit Richtofen). Carte du Yu-kong. Item cf. carte du Yu-hong dans de Mailla. Nous espérons traiter plus à fond ces questions dans un travail en préparation.

i I. TEMPS ttlSTOniQUBS. 800-500 AV. J.-C. 23

Nous ne pouvons compter que sur ces faibles lueurs pour nous guider dans ces ténèbres des origines nankinoises.

Si nous abordons les temps historiques, après un bond de plusieurs siècles de nuit noire, nous trouvons que l'hiver de 896 av. J.-O. fut si rigoureux, qu'à la suite d'une grosse grêle, le Yangtse gela (1).

En 827, Siuen wang ^ 3Eî ^^^^ de Li wang f^ ^, envoie des troupes réprimer les incursions des peuplades établies au sud du grand Pleuve, on ne saurait dire en quelle région exacte. Dans la période popularisée parConfucius sous le nom de Tch'oen-ts'ieou S it (-722-481), Yé tch'eng ]^ ^, le Tch'ao-t'ien kong ^^ ^ actuel, au sud et à 500 mètres de la Mission Catholique, aurait existé comme fonderie et manufacture d'armes. En effet, le belliqueux roi de Ou ^, Fou-tch'ai ^ ^, régnant au pays de Soutcheou jg^ >H»|, devait entretenir aussi des arsenaux dans la région nankinoise, spécialement au confluent dç la rivière du sud (la Ts'in hoai ^ fH) avec le Yang-tse hiang, c. à d. sur quelqu'une des buttes de Nankin (2).

Cette Yé tch'eng^ ou Ville de fonderie, est marquée sous les Han (— 206 + 190) comme une antiquité des Ou. Le ruisseau qui passe auprès de l'Hôpital de la Mission Méthodiste, pourrait marquer la trace de l'ancien cours d'eau, descendant du lac Heouhou, et contournant la Butte de la fonderie pour rejoindre la Ts'in hoai, près de son confluent primitif avec le Yang-tse^ au sud-est du Han-si men.

En 569 av. J.-C.^ disent les Chroniques, Yng^tsi ^^ fameux général du royaume de Tch'ou ^, vainquit les troupes du royaume de Ou ^, près de Heng-chan ^ [Jj (maintenant la colline Hong chan ^ \l\) au sud-ouest de Nankin.

Afin de projeter quelques rayons de lumière parmi ces origines nébuleuses et les développements successifs de Nankin, nous avons recours aux explications arides, mais inappréciables, qui accompagnent les cartes d'un ouvrage chinois peu connu. Sa valeur documentaire, vraiment hors ligne, n'a point échappé à tous les sinologues européens; M. Henri Cordier s'exprimait ainsi à son sujet : «Ni la Bibliothèque Nationale, ni le British Muséum ne renferme d'exemplaire du Kin-ling kou^kin t^ou^k^ao, ouvrage cité

(1) Le P. Jean Paul-Louis Collas (1735-1781) a fait paraître dans les Mémoires concernant les Chinois T. XI, 1-34; Chroniq. météorologiq. de Kiang-ning fou (Nankin) de l'an 190 av. J.-C. jusqu'en 1667.

(2) Cf. Le Boyaunie de Ou^ p. 76 et seq. On y lit d'intéressants détails, à peu près inédits, sur le roi Ho-liu (.513-494) qui en 513 av. J.-C. bâtit la ville de Sou-tclieou et en fit la capitale du Royaume de Ou. Elle était antérieurement à Mei-li à 18 kil. au sud-est de Ou-si. Ce roi nomma Fou-tch^ai (494-472) son successeur au trône. Nous renvoyons spécialement au §. I" : «Lutte de Fou-tch^ai contre les rois de Yué et de TsH.ï) Il est enterré à 30 li N. 0. de Sou-tcheou; une pagode, où on lui sacrifie, marque l'emplacement présumé de son tombeau.

24 GH. I. AYANT LBS TROIS ROTAUMES.

par Wylie *• Notes on chinese literature'* p. 48, qui contient une série de 16 (sic) plans de la ville et de la banlieue de Nankin, depuis Tan 1.000 av. J.-C, jusqu'à Tépoque des Afing, et qui a été publié en 1516. Nous aurions reproduit un de ces anciens plans.» (Odoric de Pordenone),

Plus heureux, il nous est donné de reproduire (légèrement réduits ou émondés sur les bords) ces 16 ou plutôt 17 plans, d'aspect informe, de proportions défectueuses, au fur et à mesure de nos résumés historiques. Ils serviront à illustrer les phases importantes des vicissitudes de Nankin (1). Quant à l'exactitude topographique de ces pièces, elle est celle des travaux chinois de ce genre : qu'on s'imagine un enfant tenant en main une carte imprimée sur une membrane de caoutchouc, et la déformant à son gré, au hasard de son caprice !

Les légendes explicatives annexées à ces cartes, les observations que nous y ajoutons, enfin et surtout notre Plan du Nankin Actuel, permettront d'introduire dans ce chaos géographique un peu de l'ordre qu'il comporte, rarement hélas, avec la précision rigoureuse, si désirable en matière historique.

Carte xvïï — Voici ce que nous glanons dans les explications qui servent de * 'légende" à cette carte au temps du Tc/i'oen-te'ieou (722-481).

A. A cette époque, la région était occupée 1®) par le royaume de Ou, 2®) par le royaume de Tch^ou, 3®) par le royaume de Yué. Kin^ling (Nankin) était encore à naître. Yé tch'eng existait seule au sud-est de Che-reou tch^eng. L'endroit nommé Tch'aO't^ienkong serait celui que la tradition désigne comme l'emplacement de la fabrique d'armes de Fou-tch'ai ^ H, roi de Ou (2) (495-473).

B. Au sud du Kiang-ning fou, à environ 120 H (un H = 644" 40° soit 705 yards 24) entre les deux sous-préfectures actuelles de Li'Choei et de Li^yang, se trouvait Kou tch^eng @ JjJ (au 8.E. de Ts'ing-'long chan), fondée aussi par les rois de Ou, et appelée anciennement Lat-fchou hien \^ ^ J||.

(1) ^ K o ^ H * réédité dans le 1» volume des annales de Nankin, Kiang-nng fou tche.

(2) Bemarquer que la carte, qui prudemment s'abstient de ûgurer aucun cours d'eau, étend le lit du Yang-tse jusqu'à la rive droite du canal qui borde aujourd'hui la muraille à l'ouest.

$ il. CARTE xvn — tch'okn-ts'ieou. 25

C. La 4® année de Tcheou King wang J^:p:î» le roi Tch'ou Lin v^a,ng ^ f| ]J vainquit l'armée du royaume de Ou et détruisit Kou tch'eng. Alors le roi de Ou transforma Lai-tchou hien en Ling-p'ing hien |^ Zp ^, au sud du Li-yang hien actuel. "Cette ville avait 7 li de tour. Après une nouvelle victoire du royaume de Tch'ou, son nom fut changé en celui de P'ing-ling hien,

D. Ensuite Ou Yuen ^ p, général du roi OuHo-liu P^^ attaqua le royaume de Tcheou et brûla Kou tch'eng, à jamais disparue.

E. — 472 avant J.-C. — La 4® année de Yuen wang yt ï des Tcheou^ KeoU'tsien ^ {^ du royaume de Yué, grâce aux conseils et aux efforts de son général Fan Li Jg; £, vainquit le royaume de Ou^ puis établit sa domination sur les rives du Kiang et de la Hoai (1). Ce même roi bâtit une ville de 2 li et 80 pou (2) au village actuel de Tch^ang^kan ^ ^, situé en dehors de la porte du sud Tsiu-pao men (plus connue sous le nom de Nan men), à l'endroit appelé aujourd'hui Yuè-Vai j^ ^, C'est Torigine de la ville de Nankin.

F. — 333 av. J.-C. — La 36® année de Tcheou Hien v^ang ^ S 3E) ^^^ Wang J^ 3£, roi de Yué, reconquit le territoire du royaume de Ou ; il campa auprès de la colline Che-Veou chan (TsHng^liang chan), pour commander le YangAse, et par lui TOcéan (à la hauteur de ses embouchures). Il y fonda KinAing i ^ ^ g<, appelé ensuite Che-t'eou tch'eng. Aussi, trouverait-on peut-être aujourd'hui des souvenirs de l'ancienne cité entre le Hansi men et l'fong men. L'auteur a en vue la partie vallonnée et boisée que longent les remparts actuels (entre les deux portes mentionnées) suivant les bords orientaux de la Ts'in hoai ^ fH, canalisée jusqu'aux rives du Yang-tse.

Dans le tableau inséré en tête du tome III de Y Histoire,,, du P. de Mailla, figure le précis de l'aAnarchie ou division de la Chine après la dynastie impériale des Ts'in;» c. à d. que sous Eul'Che hoang~ti, le successeur du grand empereur TsHn Che hoang-ti, on vit «les différentes provinces de la Chine se détacher de l'obéissance de ce Prince, élire des rois particuliers, et faire revivre les anciens noms de Tchao, de TsH, de Yuen, de Wei, de Han, etc.. L'an 206 av. J.-C, la Chine se trouve ainsi partagée en 20 royaumes, dont 3 grands et 17 petits.»

Sur la liste détaillée qui suit, je relève :

«I. Royaume de Tchou. L'an 209 (av. J.-C.) Tching-ching, envoyé par l'eunuque Tchao^kao pour apaiser une sédition dans le Kiang^

(1) Le Bd Et. Williams (5« article) dit que les Yué (537 à 334 a. c.) dont la capitale est au Tclié-kiang^ entourèrent d'un mur Ma-ling hien (site de l'Arsenal) ayant 2 li et 8 pas de tour.

(2) Un jpow est un "pas" et équivaut à 1™ 79^- (5 pieds : le pied compté à 0"*,358. La brasse marine = 1» 62). Cette ville aurait donc mesuré un peu plus de 1.400™; moins d'un kilomètre et demi.

26 Gtt. I. AVANT LB8 TROIS ROTAUMBd.

naUj donna le signal de la révolte et prit, sous le titre de Yn^ouang la qualité de Roi de Tchou, royaume situé dans le Hou-kouang.»

«IV. Royaume Lin^liang : Fondé Tan 206 av. J.-C. par Kong" ngaOj dont la Cour était à Kiang-ling, dans le lîoxi-houang .m

«V. Royaume Kieou-'kiang ou //oai-nan,... fondé aussi en 206 av. J.-O. Cour à Lou^ territoire de Fong^yang fou,n Cette dernière ville est au nord de Nankin, dont on ne fait pas mention à cette époque; les événements saillants se produisaient autour de SUngan fou, et d'après les vieilles relations, le sort des batailles se décidait à grand renfort de charriots, rarement employés, semble-t-il, sur les rives méridionales du Yang-tse kiang (1).

L*an 210 avant notre ère, ^s'inC/ie /îoarifji-fi ||[i^^^(2), le destructeur du particularisme chinois et de son système féodal, le monarque autocrate, une sorte de Louis XI asiatique, par certains côtés, dut passer en vue de Hia^hoan, lorsqu'il se rendit, par Tan-yang Â* ^î du Hou-hoang JSfl JJ au Tché-kiang ^ (£, puis au Chan-tong |lj^. En cours d'inspection des provinces méridionales de son Empire, dont le siège était à Tch'ang^ngan -g ^ (SUngan fou 1S ^ M)^ il allait visiter le tombeau de l'Empereur Choen ^ et celui du grand Vu ^, enterrés depuis 20 siècles (3). Son voyage vers l'est le menait à l'ancienne ville de Koei-ki ^ H, peut-être le ChaO'hing ^ S^ actuel, ou Hang^tcheou ^ jUj, tous deux au Tché'kiang (4).

Les chroniques de Nankin veulent même qu'il ait fait creuser la terre, dans les collines entourant Tchong chan |S \li (Tsekin chan ^ ^ [Ij), en 222, pour dégager **rair impérial", probablement pour donner essor à des effluves imaginaires, intéressant la prospérité de son règne. Ces travaux seraient l'origine présumée du Canal appelé Ts'in hoai ^fH, devenu de bonne heure nankinois, dans une portion notable de son cours.

En 208, disent encore les Chroniques, Nankin était soumis à Hiang^yu ]^ j^. Quelques documents, saus autorité suffisante, ont également prétendu que des bonzes étaient venus des Indes auprès de Ts^in Che hoang^ti. Au reste, ils ne nomment point Nankin dans leur hypothétique itinéraire.

L'an 202 av. J.-C. une bataille se livre, dans ces régions nankinoises, entre Koan-yng {|| ||, général de Lieou-pang ^\ ^ (bientôt empereur sous le nom de Kao hoang-ti îS ^ ^) , commandant alors les troupes du royaume de Han ^, et son compétiteur Hiang-yu (aliàs Pa wang ^2), qui, défait, se tue non loin de là. Le théâtre de la lutte est ainsi désigné par le P. de Mailla :

(1) Cf. Boyamne de Ou... Var. sin. n^ 10 p. 115. Les chroniques parlent de chefs et monarques pouvant équiper 600 et 800 chars de guerre, au Chan-tong et au nord du Kiang-sou quatre ou cinq siècles avant notre ère.

(2) Vide "Royaume de Ts'in'' du P. Albert Tschepe, chap. 9, an 210.

(3) Cf. de Mailla, II, p. 403.

(4) Royaume de TsHn ibid., note sur Koei-ki.

I lié DEUXIÈME SIÈCLE AV. J.-G. 27

«A la montagne Sé-hoei chan, à 70 li au S. 0. de Kiang-pou hien de Kiang^ning fou, autrement Nankin (1).»

Une cinquantaine d'années après (l'an 154 av. J.-C), le prince du premier royaume de Ou (siège à Yang-tcheou) se révolte, sans succès, contre les Han occidentaux (2) : en réalité, ces Han, ces soi-disant empereurs par décret des historiens officiels, ne pouvaient guère produire de meilleurs titres que leurs *' vassaux", au rang suprême, à l'hégémonie politique. En quoi ces princes de Ou et leurs collègues se trouvaient-ils inférieurs à leur suzerain? En nombre, en puissance, en culture, en ressources financières, commerciales ou militaires? Il serait téméraire de l'affirmer. Leur civilisation, au sens modeî*ne du mot, et toute question de droit mise à part, les autorisait à convoiter, aussi justement que d'autres, les honneurs de la suzeraineté au Céleste Empire.

Qu'on veuille bien considérer pourtant qu'à cette date, notamment en 137 av. J.-C, les Yuè ^ du Koang^tong ^ ^ et du Tché'hiang n'étaient encore que virtuellement incorporés à la fédération chinoise. Mais 45 ans plus tard, les Han les soumettent, passent le Pleuve Bleu au Kiang-si ou plus haut; son delta, avec sa triple embouchure plus extravasée qu'aujourd'hui, leur interdisait probablement de tenter ce passage au voisinage immédiat de la mer.

En résumé, d'après les Chroniques ou Annales de Nankin, que nous annoterons à l'occasion, l'on distinguait, sur le sol actuel de cette ville et de sa banlieue (3) :

« T'ai tch^eng ^^^i assise au nord du Chang^yuen hien J^ 7C JH ('4)î sur des collines bordant le Hoa-lin ^ ;^, Parc impérial, à côté du grand lac heou hou ^ jjjg, encore existant, C'est le pays approximativement occupé aujourd'hui par le Pé-hi ho i^ jjg^^ et la pagode Ki-ming se |^ ^§ ^. Tout auprès, le mur moderne, au point où il se détache du vieux mur monumental pour se diriger vers Chen-tch'é men jjhj ^ P^, est percé d'une poterne en plein cintre (aujourd'hui condamnée), dénommée encore, en souvenir du passé, T'aiAch'eng men $ ;^ P^ Porte de T'ai tch'eng l^).y)

(1) De Mailla, II, p. 482, note 3.

(2) Ibid. p. 671, note.

(3) Cf. carte Vi7.

(4) La viUe de Nankin est partagée administrativement en deux districts ou souspréfectures : Kiang-ning hien iH ^ y^ et Chang-yuen hien Jl 7C JÇ|- ^^ canal de la TsHn-hoai ^^ i^ en forme la séparation.

(5) D'après le Pé-hia-souô-yen H HF 3^ B publié la 25 « année de Tao-hoang^ U petite porte murée au nord du Ki-ming se est à la place de la porte Wan-tch*oen men hÏ ^ r 1 de T*ai tch^eng. Le tronçon de mur, et celui entre Ki-ming se et Fou-tcheou chan serait l'ancien mur de T^ai'tch^eng (sous les 1"" Song^ et sous les Lou-tchao). Sous les Yuen^ il était probablement en ruines, et Hong-ou l'aurait réparé et utilisé. V. infra oh. IX § III.

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