CH. II. LB8 TROIS ROTAUMES ET LES T8IN
Il reste toutefois établi que déjà à plusieurs reprises, et vainement, le Bouddhisme avait tenté de 8*implanter en Chine, et cela avant l'évolution religieuse qui le difTérencia nettement d'un abject brahmanisme. II. est vrai, remarque de Lacouperie, les ascètes venus, en 305 avant J.-C, n'étaient peut-être que des marchands, bien que Sila, l'un d'entre eux, ait exhibé des images bouddhiques. L'on cite plusieurs noms d'étrangers, partis comme eux au 2* ou 3" s. avant notre ère, pour le céleste Empire; mais il est malaisé de prouver qu'ils étaient bouddhistes, non taoïstes ou surtout brahmanistes. En 221 (av. J.-C.) arrivent de l'Ouest, au S.O. du Kan^sou, douze hommes de haute taille : l'empereur fit faire leurs statues en bronze, chacune de 1.500 kilogrammes. L'an 189 de notre ère, on les transforma en monnaie. Quelques auteurs y ont vu, sans preuves, des idoles bouddhiques. Telle aurait plutôt été la statue d'or prise Tan 121 av. J.-C. par Ho K*iuping ^ ^ ^, général de Han Ou ti ji|^^, aux Hiong-nou ^f^ du Si Yu jgf J^ (Turkestan) qui l'adoraient, et apportée à Tch^angngan (Si-ngan fou) ( De Lacouperie, Western Origin, p. 127).
Terrien de Lacouperie (1) assigne les années 680-642 avant notre ère à l'arrivée (de l'Océan indien) de navires étrangers dans la baie de Kiao-tcheou JP ^ au sud du Chan-tong, Y venaient-ils intentionnellement, en étendant peu à peu, vers le nord, leur hasardeux cabotage, ou bien la tempête, les moussons et les courants les avaient-ils poussés dans cette baie, malgré eux? Des établissements, entre autres Lang-ya ^ IfiS et Tsi-mo |p H, se formèrent sans retard ; un nouvel apport de civilisation s'implanta dans la presqu'île, et nous en retrouvons d'incontestables traces archéologiques (2). De Lacouperie signale de nouveaux arrivages en 641, 600, 565, 525. Koei-ki '^Hdans la baie de Hang^tcheou >K JW (peut-être le Chao-fiing fou ^ ^ d'aujourd'hui) fut occupé vers 473 ; des marchands étrangers commerçaient à Ning-po $( j^ en 327. Notre auteur donne les années 220-217 av. J.-C. comme la date de la première arrivée de "missionnaires" bouddhistes.
(1) Terrien de Lacouperie, Western Origin...^ passim. Inutile de prévenir le lecteur que nous n'admettons point sans de nombreuses réserves, les dates fournies par l'aventureux auteur, encore moins les théories surprenantes qu'il patronne ou improvise.
(2) Outre les vestiges numismatiques (que de Lacouperie mentionne) des deux emporia établis au Chan-tong, en 680 av. J.-C, par des étrangers venus de l'Inde, j'ai en vue les bas-reliefs (?) de //iao-^'aTîjj' c7zan ^ S UI, remontant au II« S. avant notre ère, et ceux du On-Uang se 5C ^ ÎW) temple ancestral ù. 12 kilom. au sud de Kia-siang hien ^ if^ j||. Ces derniers datent du second siècle après J.-C. M. Edouard Chavanne, qui dans son magnifique ouvrage : "La Sculpture sur pierre en Chine" Paris, 1893, les reproduit, nie l'inspiration étrangère de ces bas-reliefs chan tenais, et s'appuie sur M. Paléologue (l'Art chinois) pour combattre Douglas et de Lacouperie. [note de l'éditeur.]
s III. BOUDDHISME EN CHINE, 67 AV. J.-C. 61
Ces chamanes, au nombre de 18, apportèrent, des Indes à Lo-yangf ]^ |^, les enseignements de Chakyamouni. Il les nomme (p. 389) aTze KaOj Tcheng Peh kiao, TsUli-fang.,,yi et mentionne l'insuccès de leur propagande religieuse; Le professeur Douglas (China, p. 318) va jusqu'à affirmer que le récit des tracas et difficultés qu'ils éprouvèrent «rappelle singulièrement celui de Temprisonnement de S. Pierre,» un siècle et demi auparavant. D'autres sinologues ne voient là qu'une altération des légendes relatives à Che Li-fang ^ ?pj M (1). L'an 147 de notre ère, 148 émissaires bouddhistes arrivèrent en Chine du pays des Parthes, selon T. de Laeouperie.
On l'a vu, les rivages du Chan-tong virent aborder des barques étrangères bien avant l'année de l'Incarnation. Et pourquoi ces hardis caboteurs étrangers. Indiens, Malais, ou Arabes, remontant la côte de Chine, par Canton, Fou-tcheou et Ning-pOj jusqu'à la baie de Kiao-tcheou, ne seraient-ils pas entrés dans le Yang-tse ? Par la triple bouche de son estuaire, ils ont pu venir jusqu'au pays de Nankin, alors moins distant de l'Océan. La navigation fluviale du delta, sur les canaux, les arroyos et les lacs, ne réservait point à ces jonques de mer plus de difficultés que leur interminable cabotage maritime.
On accorde à peu près unanimement que ce serait l'an 58 ap. J.-C. que la Cour chinoise aurait d'abord entendu parler duBouddhisme (2). Yng ^^ Prince de Tch'ou ^, jeune frère de Tempereur Han Ming ti, prit un vif intérêt a cette doctrine, en vue de la comparer avec celle de Hoang Lao ^ ^ ou École taoïste. (Beal, Buddhist literature in China, p. 3). Puis^ l'an 62 ou 63, Ming ti eut son rêve de la "statue d'or volante", que Fou / ^ ^ lui expliqua comme on sait. Pour se mieux renseigner, on députa une commission impériale aux Indes, à la fm de l'an 64 de notre ère, ou au début de Tan 65. «En 67, la cortimission revint, ramenant deux chamanes, nommés Ka-siap Ma-tang (c. à d. Kasiapa Matanga) et Gaplan (Gobbarama), qui se fixèrent à Lo-yang •^ ^, au Lan-Vai || J
(1) On consulterait utilement aussi : China Beview (1885-1886. p. 189.) «Histoire des étrangers en Chine» aux premiers siècles de notre ère : article de J. Chalmers.
On a dit que 1h bonze Chc li-fang (S' ri vang ^ ^J /^) vint en Chine sous T^sin Clie Hoang-ti. Ce n'est guère probable, estime M. K. H. Parker, Chin. llecorder, 1894. p. 224. D'après lui^honze viendrait de voud^ d'autres écrivent bout, ouBoudha, en japonais bo-dz-
(2) De Mailla fixe l'introduction du bouddhisme à l'an 65 ; mais, pour lui, ce ne serait qu'à la huitième année de Han Ming ti «qu'on éleva la l**® statue à Foé et que sa doctrine commença à se répandre.» III, p. 357 et seq.
« Les premiers monarques fauteurs du bouddhisme paraissent avoir été ceux des ^ (Tchao) et ^ (lô'ia) empereurs de la Chine septentrionale au IV® siècle. L'hindou Boudhôtchenga résidait à la cour des premiers et les Tsin § entretenaient des relations étroites avec les bouddhistes renommés du Cachemir et du Suât.» E.H.Parker, — Préface (p. XXI) du Dictionn. chinois-anglais d'H. Giles.