‹ Nankin d'alors et d'aujourd'hui;Chapitre 36 sur 167 · I III. FIN DES TONG TSIN · texte numérisé non relu

I III. FIN DES TONG TSIN

Par ses ordres, les deux frères de la femme même de Kong ti s'efforcèrent de lui faire avaler un autre breuvage empoisonné. L'infortuné monarque, dévot au bouddhisme (1), représentant que sa religion et l'espoir d'une heureuse métempsycose lui interdisaient le suicide, on l'étouffa avec la couverture de son lit (9® L. 421). L'usurpateur affecta le plus violent chagrin et fit faire à sa victime de splendides funérailles impériales.

Ainsi les Tong Tsin, ou Tsin orientaux, fixés 103 ans à Nankin (317-420), avaient compté onze empereurs. On n'a pas oublié que les Si Tsin, ou Tsin occidentaux, en avaient eu 4 à Lo-yang, ce qui parfait la liste totale des 15 Tsin. D'après les cartes, esquissant l'état de Nankin pendant cette importante période, la Ts^n Hoai, avant d'atteindre la ville, se bifurquait auprès du Tong-tsi men actuel, au Choei koan tJc ^ (porte d'eau et vanne de retenue) du Kieou-long k^iao ^ |[| 1^, au sud et à cinquante mètres de cette porte. Un des bras enserrait alors la ville au midi ; c'est le cours d'eau qui de nos jours se glisse sous la muraille, au Tong-tsi men, s'infléchit, bordé de maisons comme un canal vénitien, dans la direction du Nan men, remonte ensuite vers le nord par une courbe lente, pour sortir de la ville à côté du Choei^si men,

La page 4® du Kien 27 des Chroniques (Kiang^ning^fou tche) présente le plan du palais impérial datant de 330 ; inutile de faire ressortir le côté fantaisiste de ce document graphique et de ceux relatifs à ces époques. Il n'y faut puiser que de simples indications. Le tracé régulier des cités d'alors suffirait seul à nous mettre en défiance sur la valeur de ces plans. Leur autorité historique est meilleure.

De 221 à 589, sous les 6 Dynasties Lou-tch'ao, aÎ ^ (2), la capitale pouvait avoir, si Ton en croit les mesures données, quelque chose comme 90 hectares de superficie, tout au plus ; ce qui représenterait environ l'équivalent de la ville tartare actuelle. Des villages couvraient à peu près toutes les buttes, et, au milieu de la cité, se dressait la résidence impériale, que l'on rebâtit encore (375) la 3® année. de Hiao~ou ti (373-397) des Tong^tsin, La 17® année de ce même règne, on éleva un nouveau palais à l'est. Rien de plus fréquent que des mentions de ce genre. La structure caduque des constructions, aussi bien que les agitations de ces époques troublées, pourraient fournir la raison adéquate de ce fait.

Théâtre de vicissitudes sans nombre en ces temps calamiteux, Nankin est maintes fois pris et repris. C'est le sort peu enviable des capitales aux époques troublées. Sous iVgfan ti (397-419) le

(1) Il avait fait fondre un Bouddha en or, auguel il rendait un culte assidu.

(2) Pour certains auteurs, l'appellation historique de Lou-tch^ao "six dynasties," ou Lou-kouOf "six royaumes," correspond à une confédération de six états (Song, T*si, liiang, Tch'en, Wei, Tsin,) qui, de 221 à 589, se liguèrent pour résister aux projets ambitieux des Ts'm d'occident. Cette conception synthétique cadre mal avec les faits.

CH. II. TROIS ROTAUmS BT LES TSIN,.

pirate Suen Ngan Tavait menacé. Puis la ville eut extraordinairement à souffrir lors des guerres livrées ou soutenues par Lieou Yu, intronisé prince de Song par Kong H. Ses visées orgueilleuses, mal satisfaites de cette dignité, rêvaient déjà de la transformer en dignité impériale, en titre de dynastie. Et les événements devaient servir ses desseins ; ou plutôt il sut les plier à son insatial)le ambition. Ce Lieou Yu, cet orphelin inconnu, parti de rien, artisan de sa propre fortune, arrivé au rang de généralissime des armées de Ngan H (397-419), puis à celui d'Empereur, de fondateur de dynastie, à l'époque où les Francs Ripuaires envahissaient notre Gaule, reste l'un des plus fameux aventuriers de l'histoire chinoise, trop bien pourvue en ce genre d'illustration. Il s'était bâti à Nankin, où onze des Tong Tsin avaient régné, un palais nommé Lin-ling w&ng^kong, ^ @! 3E 1^' ^^^ l'emplacement du leur, utilisé au début.

Kong H (419-420), dépossédé par Lieou Yu, fut enterré (9'» 1. 421) au Tchong^p'ing ling, auprès du Tsiang chan (Tse^hin chan). Les Chroniques locales, ai-je dit, conservent la liste des sépultures impériales des T%in, distribuées principalement sur les ramifications sud de ce groupe montagneux, à peu près entre T'ai^p'ing men, Tchao^yang men et les murs de la ville impériale des Ming. Je n'en ai relevé aucune trace (1).

Autre souvenir d'alors : « On remarque encore parmi les anciens monuments le palais du T'ai-ki, ou «premier principe des choses» {T^ai'hi tien ^ iSI^SSÙ* situé au nord du Chang-yuen hien, et construit de 376 à 397 ; il fut reconstruit de nouveau en 513 ; il fut brûlé depuis par des soldats, puis reconstruit en 558.» Pauthier, Chine moderne, I; p. 66. (2).

La Chine s'émietta alors en 16 petits royaumes : elle n'avait donc rien à envier à nos états européens de cette époque. L'empire des Tsin, bordé au nord à peu près par les pays riverains du Yang'^tee, comprenait surtout une partie notable du sud de la Chine, On a prétendu qu'ils atteignirent parfois le Hoang ho : le sens des mots conquête et domination n'avait point encore la précision moderne que nous lui attachons ; même aujourd'hui, les

(1) En 420 (VII« 1. bissext.) Song Ou ti 35 ^ ^ désigna des gardiens pour toutes les sépultures impériales des Tsin.

(2) Ta ThHjiç i-t^ong tche, Kiuen 39. f*. 1^. La préfecture de Tan-yang (Nankin) renfermait alors 8 sous-préfectures : I" Kien-k^ang^ la ville actuelle

II Mou-ling ^ K> aujourd'hui Mou-ling Icoan J^ K H

Tan-yang Hoii-chou Kiang-ning ÛQ Yang-kHu Tai-JcHeou

VIII Féi

Siao Tan-yang ij^ -^ ^

Hou-chou tchen flSlJ ^ j^

Kiang-ning tchen jï ^ ^ un peu au S. E. de 8i-hia chan.

un peu au S. E. de Si-hia chan.

9 li au Nord de Chang-yuen hien.

J ni. CARTE ^ DBS NAN-TCH*AO, 420-503. tl

Chinois les entendent différemment, eux qui rangent tant de peuples dans la liste de leurs tributaires. La Corée, TAnnam, la Birmanie, le Japon, voire l'Europe, sont pourtant bien émancipés !

Sur l'autorité de Ma Toan-lirij Pauthier raconte qu'en 405 et 419, «des ambassadeurs (venus du Royaume des Lions, se^tse kouo ou Ceylan, JJ -f @) furent envoyés pour la première fois en Chine, afin d'offrir une statue de Fo, en jade.... Pendant les deux dynasties Tsin et Song (397-477), elle se trouvait dans le temple Wakoan %^'^ (du **Maître de la poterie") de Kien-h'ang, Nankin (1).»

Un plan récent de cette ville place la pagode Wa-ftoan se intra muros, à l'ouest du Nan men. On la trouve déjà indiquée sur la VP de nos 17 cartes : «Nankin sous les Nan-tch'ao.y) Répétons que le mépris, ignorant et puéril, de toute exactitude dans les distances et dimensions relatives, enlève à ces plans la moitié de leur valeur critique et rend tout au plus conjecturales trop d'identifications ou restaurations topographiques. Quant aux recherches à exécuter sur place, les Chinois, on le sait, bâtissent en pauvres matériaux, et Nankin a subi d'innombrables catastrophes, qui ont bouleversé son territoire urbain, transformé en sous-sol de briques et tuiles cassées.

§ IV

Carte xvïï — Résumé de la Glose de la carte «Nankin sous les Nan-tch'ao, dynasties méridionales» (420-583). Sous les dynasties Tsirij Song, Ts'i, Liang, Tch'en, Nankin, appelé encore Kien-k'an^, demeura la capitale (3).

(1) La même ville posséda un autre trésor plus précieux : Quand le R* V. C. Hart visita la dent de Bouddha au Mont Owi (Se-tch'oan, Kia-ting fou) un bonze lui confia qu'il y en a quatre en Chine: une sur le mont Kieou-hoa chan /ttlp Ul, une à P^ou-fou ÇPB (île du groupe de Tcheou chan tB* Il|) et une autre au mont Tai au Ho-nan (Hart, Western China, p. 199) v. infra. C'est peut-être celle qu'en 557, TcWen Ou ti exposa à la vénération publique.

Le Rd Milne, Vie réelle en Chine, traduction Tasset, p. 242, mentionne près Ning-po, le Yo-wang qui s'élève sur un des sites choisis pour construire les 84,000 pagodes dont Ayoh, roi bouddhiste fut le fondateur. A ce propos, notes de Milne et de Pauthier sur ce roi Asoka qui remonte à lOOQ ou seulement 282 av. J.-C— Pauthier remarque que cela contredirait l'histoire chinoise qui place l'introduction du bouddhisme en Chine sous l'Empereur Ming ti vers le milieu du 1' siècle de notre ère. La G. Géographie impériale L. 17S. f. 22. «Monastère du roi Ayoh, situé à l'Est du district de Yin, au milieu de la montagne du roi Ayoh. Il fat fondé au commencement des années I-hi des Tçin (405). Le monastère de ce Tha renferme les vraies reliques du roi Ayoh (en sanscrit Asoha, roi indien, contemporain d'Alexandre), qui en est réputé le fondateur.»

(3) L'aUuvion émerge et croît aux abords de Choei-si men, entre le canal et le Yang-tae ; les cartes se chargent peu à peu d'indications moins vagues, à mesure que les contonrB se précisent.

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