OU TI, 420.-CHAO TI, 423.-^VEN TI
Plus haut (1), nous avons exposé comment, pour récompenser les services militaires de Taudacieux LieouYu ^ î^^ Tsin Kong ti W ^ Ifîï dernier empereur des Tsin^ lui avait octroyé la principauté des Song ^, Traître à son prince, assassin de Ngan ti ^ 0, il renversa également et assassina Kong ti |^^) puis il monta lui-même sur le trône en 420. Comme tant d'autres, le seul titre qu'il pût faire valoir au rang suprême était une usurpation criminelle et sanglante : melior est conditio possidentis, "la raison du plus fort est toujours la meilleure» ; vieux axiomes, d'ancien usage, rajeunis dans la brutale maxime contemporaine : la force prime le droit !
Bientôt légitimé par la reconnaissance implicite du fait accompli, Lieou Yu passe pour le fondateur officiel de la dynastie des Songj d'où son titre de Song Kao-tsou 5^ ï^ jifl. En dépit de ses crimes exécrables, l'histoire (elle a de ces exigences!) exalte en lui de rares qualités d'organisateur, des vertus privées, une brillante bravoure, une habileté consommée. Grâce à lui, le Royaume des Song conquit un renom mérité de puissance. Nankin bénéficia particulièrement de sa sollicitude, bien qu'il y mourut (à 67 ans) après deux courtes années de règne effectif. L'ambitieux tyran est représenté comme l'adversaire déclaré du bouddhisme et des sectes étrangères: cette qualité lui vaudrait-elle, aux yeux des confucianistes, chroniqueurs officiels, l'absolution plénière de tant de forfaits !
Son activité était infatigable. Pendant l'année 421, il jugea lui-même les procès des gens de Nankin, dans le parc Hoa-lin Yuen ^ :^ g|, par trois fois différentes; un autre jour il alla
(1) Nombre de menues particularités locales mentionnées ici sont omises dans de Mailla. Pourtant nous conseillons vivement de recourir à cet auteur (12 volumes). Il insère bon nombre de faits plus généraux que nous laissons de côté, parce que déjà publiés en français, ils sont dès lors accessibles au lecteur.
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rendre la justice dans la salle Yen-hien t'ang ^ S ^* A la 2* L. il présida à la Cour les examens des bacheliers et des licenciés. A la IV*, il ordonna de renverser toutes les menues pagodes où Ton pratiquait un culte différent du culte de l'empire. Puis (P L. 422) il fit bâtir le gymnase impérial Kouo Hio H <ft. A la V L. un tremblement de terre avait effrayé Nankin. La mort le surprit dans le palais occidental Si tien ï?|8 (V° L. 422). Le même jour, son fils héritier, Lieou J-fou 9J H /}^ monta sur le trône. Song Chao ti enterra son père {Song Ou ti) au Tch'oU'-ning ling ^ |Ç 1^. SiaO'Che ^ g^ l'impératrice aïeule étant morte dans le Palais Hien^yang tien îl ^ ^, on Tinhuma au Hing^ning ling ^$|^.
L'année 424 passe pour une année calamiteuse. Dès la l^^e lune d'incessantes tempêtes et un ciel menaçant présagèrent de terribles événements. A la 5®, Siu Sien^tche ^^;;îl et Fou Liang >g| ^ détrônèrent Song Chao ti ^ *j^ ^ et le réduisirent au titre de Prince Yng-yang wang ^|^^. Loi du talion, il périt assassiné (423-424). Un fait prouve à lui seul le rayonnement d'influence dont jouissait le Nankin d'alors : «Les Tartares Tou-kou-hoen If^ § ^ (descendants des Sien-pi H^ J^ orientaux, cf. infra en 430) qui commençaient à se rendre formidables sur les frontières septentrionales de la Chime, envoyèrent pour la 1^^*^ fois des ambassadeurs à la Gourdes Song, rendre hommage à l'Empereur/Song Chao ti)j lui payer tribut, et le reconnaître pour souverain. Ils arrivèrent à Kien-/i*^angf à la 2® lune de cette année 423». De Mailla, V. 11.
On manda le Prince I^tou wang S S5 3E nommé I-long H ^ et on l'intronisa (VHP L. 424). Ce Song Wen ti ^ ^ ^ prit bientôt en mains (VII® L. 423) l'administration des affaires publiques; il devait faire revivre les traditions longtemps oubliées, d'un gouvernement personnel. Après une sévère enquête (P® L. 426), un décret impérial en forme de violent réquisitoire récapitula les crimes de Siu Sien-tche ^^ ^ Jè et de Fou Liang • ^ ^, finalement condamnés à mort. La sentence fut exécutée. Puis, il envoya Tao Yen^tche ÏJ ^ j^ attaquer le gouverneur de King-tcheou ^ ji\ (Hou-pé) nommé Sié Hoei gH ^. Lui-même se mit à la tête du gros de l'armée. Pourtant, arrivé à Ou-hou ^ jjjj, il se ravisa et rentra à Nankin. Le mois suivant, Sié Hoei fut pris et mis à mort dans la capitale. A la 5® lune, Song Wen ti ^^^ rendit publiquement la justice dans la salle Yen^hien t^ang; chaque année il présida ainsi, par trois fois, les assises solennelles. Le neveu de Siu Sien-^tche î^ ^ je» nommé Siu Pei-tche f^ fH ;5;, tenta une révolution politique au début de 427; il périt décapité.
A la 2® L. de cette année, l'empereur alla à Tan-Vou jl^ ^ (aujourd'hui sous-préfecture de Tchen-kiang) visiter les tombeaux de ses ancêtres ; le voyage dura trois semaines. Une terrible épidémie de peste, à la suite d'une longue sécheresse, désola Nankin tout l'été ; le souverain prodigua les remèdes et les cercueils.
En 428 (l^^lune), il se rendit, à l'occasion d'une revue militai-
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Chao ifH g)) le Prince héritier, occupa son palais, nommé Tong-kong itt "S- ^^t pour sa défense personnelle, s'y constitua un bataillon de gardes du corps.
Fuen-c/ie ^ ft l'impératrice-reine, décédée à la 7' lune de 440, fut enterrée deux mois après au Tc/i'ang-ninfif ling ^ )Ç |$ (IX" L.). Par décret impérial, Lieou Chen |^ fjg fut exécuté, et Lieou l^h'ang 91 H J$« prince P'ong^ich'eng wang 35 M ï ®"* ^ quitter la Cour, pour aller prendre le Gouvernement du pays de Kiang^tcheou ^ jHj (Kieou^kiang au Kiang-si),
L'empereur, dans une visite à l'Université des lettrés, combla de cadeaux les plus méritants des élèves (IIP L. 442) et bâtit la même année le Kouo~tse hio B ^ $, collège réservé aux fils des mandarins.
Au début de 443, d'importants travaux furent exécutés sur le front nord de la capitale : on ouvrit deux portes de la ville T'Sii tch'eng H^ j^t celle de Test, désignée par le nom. poétique de WanAch'oen H ^, «les dix mille printemps» (ou la porte de Taménité) — et celle de Touest, appelée Ts'ien-ts'ieou ^ fj^ «les mille automne» (ou la porte de la longévité). A la 2° lune, l'actif Song Wen ti passa en revue ses armées à Pé-hia tch'eng j^ f Jj|, près du groupe de collines qui boursouflent la plaine, au sud de Mou^fou chan '^j^^^an nord-est de la porte Cheng-tch'e ^^^ ît ^ P^- A la fin de l'année (448) un décret impérial prescrivait de préparer les champs que devait cultiver le souverain en personne. De fait, il accomplit le mois suivant (P L. 444) cette cérémonie rituelle (^ ^^ ^ ^ EB) connue sous le nom de Labourage impérial. Lors d'une inondation estivale, il eut encore à distribuer au peuple des vivres et du combustible. Ces désastres périodiques prouvent combien le drainage des eaux de la capitale laissait dès lors à désirer. Malgré de louables améliorations ultérieures, et dont il ne faut point juger par l'état de décadence actuelle, jamais ces travaux de canalisation générale ne furent amenés, dans Nankin, à un état satisfaisant. La vieille cité souffre encore chaque année des conditions désavantageuses du relief de son sol; mal presque irrémédiable, aggravé par l'abandon séculaire des anciens ouvrages hydrauliques. L'apathie contemporaine du peuple et des mandarins locaux ne saurait pourtant trouver une meilleure sphère d'activité !
On apprendra avec intérêt qu'à la IIP lune de 445, Lieou Chao HD gj, le Prince héritier, sacrifia en personne, probablement par délégation impériale, au Philosophe moraliste Confucius, dans le KouO'tse hio P ^ $, le Collège des fils de mandarins. Cette date jalonne utilement la route historique, que devait suivre l'évolution progressive du culte officiel confucéen. Cette étape primitive était à signaler.
Le Général Lieou Tsiun g|] J^ Prince Ou-ling wang |ëÊ^i, partit en guerre cette même année (VIP L.) contre les "barbares"
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^ M 3E supposa (IIP L.) un faux décret et mit à mort le grand ministre T'an Tao-tsi î^ Jg ^. Le même jour, un tremblement de terre ébranlait la capitale; et la même année, la foudre frappait le Tch'ou-ning ling ^ ^ ^, la sépulture impériale de Song Ou ti ^'^^' Si l'on comprend bien le texte, il semble que le tonnerre traça quatre lignes symétriques sur le tombeau (1).
Nouveau tremblement de terre en 438 (VIP L.); le sol nankinois n'avait pas encore acquis l'assiette définitive qu'on lui connaît aujourd'hui. Les volcans des environs (notamment les cratères éteints de Lou^ho, Tse chan, Fang chan), gardaient probablement des restes d'activité intermittente, fort désastreuse à ces époques.
Song Wen ti manda à sa capitale un lettré du Kiang-si Jïlf , nommé Lei Ts'e-hong ® ^ ^ j|| î^, dont le mérite demeurait inconnu. Ce. lettré ouvrit une Université à Ki-long chan || H [II, de concert avec le préfet de la ville (Tan-yang -f^ J^) Ho Changtche iSj fpî ;è, dont le talent consistait «à approfondir les choses mystérieuses» (^ ^). Ils furent aidés par Ho Tch'eng-tHen jpj :^ 5Ç, précepteur du Prince héritier et docte historien (^ *$►), et par l'illustre littérateur Sié Yuen Hj X ^ ^- ^® collège prit le nom d'Université des Quatre Arts ((g ^ (2).
En février 439, l'empereur présida l'inspection militaire traditionnelle, hors de la porte du Nord. A la fin de l'année, Lieou
(2) De Mailla (T. V, p. 44) s'exprime ainsi : «L'empereur commença par faire bâtir un magnifique collège à la montagne Ki-long chan à neuf ly de Kie^i-kang, où il rassembla un grand nombre de jeuneTs gens pour y être instruits sous d'habiles maîtres ; il en fit bâtir un second à Tan-jang. Le Prince héritier, à l'exemple de l'empereur son père, en fonda aussi un pour l'histoire, et Sieï-jruen un quatrième, où l'on se proposait d'expliquer les maximes et l'histoire du Chou-king.y> Le ^^Docteuv Leï-tsé-tsong" rédigea les règlements et programmes de ces quatre collèges, puis retourna dans sa solitude de «Liu chan, entre Kieou-kiang fou et Nan-kang fou.»
On l'a remarqué, le texte de Mailla porte «à neufli de Ki-long chan». C'est peut-être deux li qu'il faut lire, et ce collège aurait été élevé aux environs du Pékiko, car sa forme arrondie a fait donner à cette colline le nom pittoresque et descriptif de "butte de la cage à poules", Ki-long chan, vocable très usité en Chine. (Ce Ki-lo7ig est aussi le ^''Ke-lung'^ de Formose). Quant au Tan-yang de de Mailla, rappelons qu'il ne faut point confondre le Tan-yang kiun "fj Y^ 5[>, portion du vieux Nankin, avec le Siao Tan-yang >J^ "fj fer de la région méridionale. La carte */i7 porte un Tan-yang hien à la hauteur de San chan, un peu au delà de la ville Tan-yang kiun. L'ambassade hollandaise (de Jean Nieuhoff, publiée en 1657) venant de Ou-hou, découvre, à 90 stades de là, «la ville capitale de Teytong (Ta-tong? à l'ouest) dans une île du Kiang. Aucuns la nomment Tan-yang et quelques autres T^ai-pHng.» Ensuite se présente «la montagne Tien-muen, puis le lac de Tan-yang, qui a environ 300 stades de longueur.» Le même jour, l'expédition arrive à Nankin (cf. op. cit. p. 130). Il est difficile d'ordonner cette confuse description géographique. Le Siao Tan-yang d'aujourd'hui est traversé par un canal qui sépare cette petite ville en deux parties, dépendant respectivement du ressort de Nankin et de T*ai-pHng fou. Cette ville s'appela Tang-tou, de Mailla, XII, 39.