‹ Nankin d'alors et d'aujourd'hui;Chapitre 46 sur 167 · CINQ EMPEREURS, FIXES A NANKIN · texte numérisé non relu

CINQ EMPEREURS, FIXES A NANKIN

Cette dynastie, très nankinoise, reconnut pour fondateur Siao Tao^tch'eng, le ministre meurtrier des deux précédents empereurs, rs*ang-ou 'wang et Song Choen ti.

En effet, à la 4^ lune de Tannée 479, cet audacieux Siao Taotch'eng, alors Prince Ts'i wangf jÇ J, avait usurpé le pouvoir en séquestrant Jou-yn wang (jadis Song Choen ti) dans la vieille ville de Tan-yang hien ^ ^ j^ (Tang-Vou hien § ^ JH). Un mois après, il le fît assassiner. Pourtant il octroya au monarque déchu, sa victime, la sépulture impériale de Soei-ning ling ^ !]$S|, et prit soin d'installer des gardiens auprès des tombeaux de la dynastie des Song. C'est un usage chinois, auquel n'ont point encore dérogé les souverains de ce siècle, même pour les sépultures dévastées de la dynastie des Ming, à Nankin. TsH Kao ti (479-483) l'usurpateur, ne tarda point à installer dans le T'ai miao, le '*temple des Ancêtres impériaux", les tablettes de sept générations de ses propres aïeux. Et, à la 10® Lune, il alla leur offrir les sacrifices rituels, consacrés par la coutume.

Les premiers jours de Tannée suivante (480) il accomplit également les cérémonies traditionnelles à la Terrasse méridionale des sacrifices au Ciel.

Le roi de Wei |J|, Hiao Wen ti fê $ ^ (471-500), envoya alors ses généraux menacer le nouvel empereur dans sa capitale. Pour en assurer la défense, Siao Tch'ang-meou )fi^ ^ ^, prince héritier Nan-kiun wang "$ 2|{ 3E t s'enferma dans Che^-Veou tc/i 'engi ÇlgJS; et Taggression n'eut point de conséquences sérieuses. Ces souverains, qualifiés empereurs, n'étaient guère en réalité que de gros chefs de partisans.

L'orage passé, l'empereur présida un banquet fastueux dans ses jardins du Lo-yeou yuen |j| ^ ^. Cependant, en vue probablement de prévenir semblable attaque, il fit protéger chacune des six portes de la ville par des murailles en briques. Ces . ouvrages consistaient, j'imagine, soit en barbacanes extérieures, soit en murs de renfort élevés derrière les portes. L'examen des types de fortifications urbaines du Nankin moderne autorise cette double hypothèse. En outre, Siao Tch'ang-meou, nommé plus haut, fut chargé de mettre la ville de Si-tcheou

XV T*ai-p*ing men.

XVI Muraille près de Ts'ing-liang chan. Lac hors ville.

XVII Portes du Ya-men du Maréchal tartare.

XVIII Porte de tribunal.

j I. TS'i OU Ti, 483-494. 89

ïî JH :fcfe (à Touest de Yé tçh'eng), en parfait état de défense. Rassuré par ces préparatifs, Tempereur jugea publiquement les différends de son peuple dans la salle centrale. La tenue de ce Lit de justice populaire faisait partie des prérogatives impériales.

A la fin de Tété de 481, nous le voyons en visite chez Siao I "^ ^, prince Yu-tchang wang $ £ £i qui habitait dans la ville de Tong^fou ^ /j^. Fidèle à la tradition de ses prédécesseurs, il fonda divers collèges d'instruction publique. Mais la mort l'atteignit à la 3® lune de 482 dans la salle Lin" koang tien gg ^ ^. Son fils, le prince héritier, nommé précédemment Siao Tche ^ |g, accompagna le cercueil de Ts^i Kao ti î¥ î^ ?&' jusqu'à Ou-tsin ^ jH (maintenant sous-préfecture de Tch'ang-tcheou fou ^ jHl flï)? désigné pour sa sépulture.

Alors on inaugure les nouveaux jardins du Sin-Leou Houyuen ^ "^ ^ ^, (^83) et Ton rebâtit le palais qui dominait le canal TsHng-kH ^ ^ (près Tchen-tchou kHao J^^^fR). L'empereur T'si Ou ti fît mettre à mort dans le Hoa-lin yuen ^ i^ ^, célèbre jardin des environs du Pè-ki ko, le Général Tchang King-eul ^ ^ %^ qui l'avait offensé. Cette année encore, la ville de Lang-ya ^ }}5 fut transformée en celle de Pé-hia lâ TF. ^

Siao Tse-liang H ^ ft, Prince King-ling wang ;^^î, reçut l'ordre d'aller compléter les fortifications de la ville Si-tcheou "gf jH»! (à l'ouest de Yé ich'eng). C'est ce Siao Tse-liang, l'un des 18 fils de l'empereur, qui, devançant de plusieurs siècles le monde moderne occidental, avait formé, à Nankin même, un cabinet, une collection, un Musée de vases anciens et autres antiquités. Ses amis, amateurs comme lui des arts et des lettres, le secondaient dans sa tâche intelligente (Cf. de Mailla V. p. 161). En 487, Siao Tse-liang se bâtit une vaste habitation, appelée V hôtel occidental 15 ^, sur les flancs de Ki-long chan. Il y réunissait les plus célèbres lettrés dans une sorte de salon ou cercle artistique et littéraire. Et pourtant l'heure n'était guère propice à la culture des arts libéraux! fiS|^ltï^SMW«l*^ii«lIl fâ ^^ i- Peut-être saisirons-nous ailleurs l'occasion de revenir sur divers monuments qui témoignent du mérite artistique de cette époque, mal connue.

TsH Ou ti passa, en 484, la revue générale de ses troupes (inspection navale?) au lac Yuen-ou hou JQ^^-

A la l^r® lune de 485, il sacrifia au Ciel du Sud, et, à la 2® lune au Ciel du Nord, sur les Terrasses destinées à ces rites impériaux. Trois mois plus tàrcj, il alla visiter l'Ecole Tsong^ming koan H^l^. Puis, au début de 486, il présida pour la première fois les Examens des lettrés dans la salle centrale. Au jour voulu, il accomplit aussi la cérémonie du Labourage impérial au Tsi-tHen |$ Q. De même, il fît une conférence militaire à se»

90 GH. IV. LBS MAN'ATS^If IX" DYNASTIE.

officiers dans la salle Siuen^ou t'ang |i[f(^ (1)« Nous relatons un grand nombre de ces particularités, à certains égards superflues, parce qu'elles nous initient, mieux que des dissertations, à la vie réelle et à l'histoire locale de Nankin, dans ces temps reculés. Nos chroniqueurs de la Gaule franque, qui s'attardent à des détails analogues, ne paraissent ni prolixes ni bavards aux curieux ou chercheurs, passionnés poU'r les choses de Tancientie France;

Divers fléaux menaçaient le royaume : pour les conjurer, TsH Ou ti invita les grands mandarins à un banquet h la villa du Fang-lin yuen ^ ^ H (m* I^' ^^7) (2). Mû par la même intention propitiatoire, il se rendit le 9 de la 9" lune (date fatidique pour les Chinois) sur la butte Suen^ling h^ng HP {^ @9 ^ ^^^ courte distance de la porte Tch'ao-yang men ]|J |^ P^ (3).

Vers le mois de janvier 489, des brouillards épais et nauséabonds couvrirent la campagne et la ville, sans qu'on pût éviter leurs eilets pestilentiels.

La même année, Siao Yng H^, Prince Yu-tchang wang ff^ ^ 3E et Gouverneur de Yang-tcheou, contracta quelque infirmité et revint se soigner dans sa résidence princière. Siao Lien jfj ^ son fils vint habiter la ville de Tong-fou ^ J^ pour le suppléer en son absence. TsH Ou ti alla souvent visiter l'illustre malade en son palais. Comme l'empereur rencontrait sur sa route les colonnes funéraires et les lions de pierre (KH^lin J^ |^) du tombeau de Song Wen ti ^ '$C ^ , au Tch^ang-ning ling ^ $ ^, il fit transporter à Tongf kang ^ ^, la «butte orientale» [Tchong chan) les diverses pièces lapidaires de cette sépulture impériale. De fait, à KH-lin men (18 H de Tch^ao-yang men) on trouve encore

(1) A la 9® luùe de 488, il se rendit, pour le môme but, dans la ville de Lang-yé tcli^eng ^ft îjli jSjc hors de la porte Chen-tch^e men, à Pé-kou nhan ^K iS lU et y expliqua les livres de tactique et stratégie classique. Un mois après nous le voyons commentant les rubriques du Calendrier devant ses mandarins, dans la salle T^ai-hi tien jpj /^ ^» En d89 et en 491, il se rendit encore à Lang-yé t^cheng, pour ses cours d'instruction militaire ; enfin il remplit le môme office à la 10® lune de cette dernière année, auprès du lac Yuen-ou hou 7C iS flw*

(2) 11 renouvela cet exploit gastronomique, à la 3® lune de 491, dans ses jardins du

Hoa-lin yuen ^ flC ^Ë*

(3) Le 9 de la 9** lune est, fevec le 5 de 5« L. et le 8 de la 8«, une des époques qui partagent l'année civile en Chine. C'est un jour férié, un terme pour les baux et loyers, une sorte de ^'hank holiday", universellement respecté. Les lettrés ont encore pour principe de rester fidèles à cette observance: le 9 de Iflr 9'' lune, quiconque veut se préserver de toute calamité ultérieure doit monter, s'élever, gravir quelque hauteur. Cf. Parva adumbratio rer. sin. 9* 1» 9* die.— Zottoli, II p. 139.— Doolittle, Social life of the Ohineèe^ II. p. 70. édit. New-york 1867.

TsH Ou ti avait une maison de campagne nommée Ghang-pido hoan f^ Sl§ Ir» sur cette butte de Suen-Ung kang, sise au sud du tombeau des Ming, ou Hoang ling. On en trouve la vue et la description au n® 47 des Quarante-huit paysages de Nankin.

vu-tm Wang et hai^lin wang, 493. 91

un KH'lin ^ J||. D'après les habitants du pays, un autte animal en pierre se trouve au fond d'un étang tout près de là (1).

Des pluies diluviennes signalèrent l'année 490. En 491, le temple Ming t'SLug Bfl ^, et la salle Tcheng-yang t'ang JE 1^ H du paro Lo^yeou yuen ^^^'> furent incendiés.

Le Prince héritier Siao Tch^ang^meou H ^g gjS vint à mourif dans son palais, le Tong kong ^ ^, à la i^^^ lune 493. Ts'i Ou tij son père, le suivit dans la tombe sept mois après. La ^lle Yentch'ang tien ^ ^ SSi ^^^ désignée comme le théâtre dé cet impérial trépas; l'on peut juger, par la répétition de pareljs détails, avec quelle minutie les chroniques locales relatent les moindres incidents de ces existences princières ou souveraines.

Le général Wang Yong 3E^' par une sorte de pronunciamento^ entreprit, sans succès, de faire couronner iSiao Tse-liang ^ ^ ^ (^Prince King-ling wang), l'antiquaire (2). Ce Wang Yong fut arrêté et exécuté par Siao Tchao-yè J| B3 H (Yu'-lin wang)^ petit-fîls et héritier de Siao Tch^ang^meou, qui parvint à monter sur le trône. A la 9® lune (493) le cercueil du défunt empereur Ts'i Ou ti fut, en grande pompe, placé sur une barque et Yu-^lin wang ^ fl» £ le nouveau souverain, vint lui faire ses solennels adieux à Toan men ^ P^, la porte sud de la ville impériale d'alors. Puis, le convoi funèbre s'ébranla.

Le nouveau règne débuta par un sacrifice dans le temple Ming t'ang reconstruit ; mais l'empereur fut débauché puis assassiné (7® L. 494) par Siao Luen H ^, marquis Si-tch'ang heou |f ^ -JH et neveu du fondateur TsH Kao ti. Après sa mort, on lui contesta jusqu'à son titre d'empereur, et, par une espèce de déchéance posthume, on le fit redescendre à celui de Prince Yu-lin wang. Le meurtrier Siao Luen manda à Nankin Siao Tchao-wen M ^ ^^ Prince Sin-ngan wang S^f ^ 3E ®* ^® couronna; ce dernier, en récompense, nomma son bienfaiteur au gouvernement de la ville de Tong- fou tch'eng. Le scélérat y mit à mort en moins de trois mois une vingtaine de princes, puis (10® lune 494) détrôna sa créature^ s'intronisa en sa place et devint Ts'i Ming ti (494-499). Il n'était la veille que le Prince Siuen^tch'eng wang SM£* 1^6 souverain dépossédé fut nommé Prince Hai^ling wang ;^ ^ 3E-

Un décret impérial (IP L. 494) restitua aux vrais propriétaires plusieurs terrains indûment annexés au parc Sin-^lin yuen ^if^^- TsH Ming ti ^ U^ ^ éleva un temple funéraire à la mémoire de son père, à l'ouest de la grande rue impériale, au sud du palais.

(1) Le même TsH Ou ti fit élever, à la 4® lune de 492, la pagode de Tsi-chan se ^ Ç ^ à 10 li au nord de la capitale d'alors, pour assurer le bonheur posthume de ce prince Yu-tchang wang {Siao Yng ^ j^).

(2) Siao Tse-liang m 4^ Si mourut à la 4® lune de 494.

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