‹ Nankin d'alors et d'aujourd'hui;Chapitre 47 sur 167 · CH. IV. LES NAN-TS'I · texte numérisé non relu

CH. IV. LES NAN-TS'I

Puis il fit emprisonner l'empereur détrôné, l'infortuné Prince HaUling wang ^ R î (1).

Pour établir une sorte d'ordre hiérarchique officiel parmi les innombrables bonzes de ses états, il avait promu Tun d'eux nommé Kirij à la dignité d'archimandrite de tout l'Empire (2). Personnellement, le souverain était surtout adonné aux sortilèges et jongleries du taoïsme.

Dès les premiers jours de 495, le gouvernement de Nankin eut à faire face aux Wei du nord, dont les incursions menaçaient les villes limitrophes ; au plus fort de la panique, un décret nomma généralissime le grand ministre Tch'en Hien^ta ^ S| j||- H nianœuvra entre Sin-tHng igf i^ et la ville Pé-Ziia è T de manière à contenir les bandes ennemies, qui bientôt se retirèrent. Ts'i Ming ti se souilla encore du meurtre de Siao Chen jH |8 (VI* L. 495). Raison d'état, dirent les flatteurs. Un arrêté impérial ordonna la destruction de la villa Tong-t'ien Jg^ H, sise au midi de Tchong chan et du Hing-koang leou ^ :)b ^Éî* ^^^ contre, l'empereur fit réparer les sépultures dynastiques des Tsin § (Tong-Tsin) et désigna des gardiens pour en prendre soin.

Un tigre terrorisa alors toute la banlieue de la capitale ; la brousse et les taillis abondaient sans doute aux environs. La puissance de la végétation y est si active pendant les mois d'été, que tel serait encore le cas des collines voisines, si les habitants actuels ne s'acharnaient à les déboiser périodiquement pour y trouver le bois de chauffage de chaque hiver.

Ts'i Ming ti condamna Wang Yen £ $ à mort en 497. L'année suivante, Wang. King-tché £ ^ glj) Gouverneur de Koei-ki (Chao-hing au Tché^kiang ) se révolta, en vue de rétablir en sa dignité Siao Tse-k'io ^ 4^ fjf, marquis Nan-k'ang heou t^ M^' lïnbroglio singulier ! car lui-même vint en personne à Nankin, pour témoigner qu'il n'était point complice de ces agissements séditieux. Tsouo Hing-chen 2Ë A ^ décapita le rebelle et promena sa tête dans la capitale.

A la 7® lune (498) Ts'i Ming ti mourut foù dans la salle Tcheng-fou tien JEJ@^* Durant sa maladie, des sorciers lui avaient suggéré qu'il devait son infortune aux eaux du lac Heou hou, dont le trop plein se déversait à travers son palais. Sur cet avis, le monarque avait projeté de détourner ces eaux pernicieuses, et de dériver jusque chez lui celles du canal Ts'in hoai. Après son trépas, personne ne souffla mot de ce dessein. Son 3® fils, Siao

(1) Du Halde dit clairement : uKao tiy fondateur de la Dynastie (des TsH)^ avait «ru ne rien faire de mieux que de confier à son frère Ming ti le soin et l'éducation de deux de ses enfants qui étaient on bas âge. Ming ti les ayant placés successivement sur le trône, les fit mourir l'un après l'autre dans le court espace de 4 mois, et s'empara de la -couronne.» I. p. 383.

(2) Cf. E. H. Parker — Chinese liecorder, 1S94, p. 231.

TONG-HOBN HEOU, 499-501. 93

Pao-kiuen H Jf ^, lui succéda ; il est désormais connu sous le nom de Tong-hoen heou y^ ^ ^ (498).

A la 7® lune de 499, l'eau de la Ts'in-hoai apparaît aussi rouge que du sang. A ce présage de fin de siècle s'ajoutent des ouragans, des secousses de tremblement de terre et des inondations autour de Che~Veou tch^eng. L'épouvante est à son comble.

L'empereur ( Tong-Hoen heou J^ J§i ^) fait périr Kiang Che ^ jfg et Kiang Se ^ jpg. Siao Yao-koang ^ ^ 56> Prince Chengan wang ^ ^ ï, Gouverneur de Yang-tcheoUj se révolte à Tong^fou tch'eng, Siao T'an-tche H fl ;è, envoyé contre lui, le fait exécuter, avec Lieou Hiuen $] g^ , son lieutenant. Par ordre impérial, Siu Hiao-se ^^ :^ || et Chen Wen-ki tlC^^ périssent* aussi. La vie humaine coûtait peu en ces temps semi-barbares ! Tch'en Hien-ta ^ |g ^ lève lui-même Tétendard de la rébellion à Siuri^yang § @î, au Kiang-si, et marche ' contre la capitale, affolée à son approche. A la 12® lune de 499, il était à Ts'aUche~ki ^ ;g' i|^, un îlot du Yang-tse kiang, à la hauteur de T'ai-p'ing fou. Bientôt il essaie d'enlever d'assaut la ville impériale T'ai tch'eng ^ ^, assise à l'ombre du Pé-ki ko. Mais la place est si vigoureusement défendue qu'il échoue, et périt dans sa défaite. On exposa sa tête sur les retranchements ou palissades en bois Tchoutsio heng ^^if^ ; il neigeait en abondance : on remarqua avec stupeur que la neige ne couvrait pas cette tête de rebelle !

Tong-Hoen heou ;^ ^ |^ donna ensuite commission (2® lune, an 500) au général Ts'oei Hoei-king ^^ ^ àe porter la guerre à Cheou-yang ^ ^ (Cheou tcheou % ji\) du Fong-yang fou au Ngan-hoei ^^MiMM ®* ^^ l'accompagna quelques H de chemin. Mais remontant vers Koang-ling ^ ^ ( Y ang -tcheou), le général tourna les armes contre son maître et revint sur la capitale, en nommant empereur Siao Pao^hiuen ||5ftSi Prince Kiang-hia 'wang Jt 5[ ï- Il s'installa quelques jours après dans le jardin Lo-yeou yuen |$| ^ ^; les villes de Che-Veou, Pé-hia, Sin-tHng s'étaient toutes rendues à lui. Fort heureusement, le dévouement de Siao I ^ ^ sauva provisoirement la situation, au profit de Tong hoen heou. L'insurrection fut écrasée au sud de la Ts'in Hoai. Le traître Ts'oei H oei-king ^évit dans sa déroute et Siao Pao-hiuen fut exécuté.

L'empereur, à peine délivré de ce souci, se plongea dans la débauche à son harem du Lo-yeou yuen, A la 8® lune de cette même année (500), plus de 3,000 appartements affectés aux concubines impériales furent la proie des flammes. Le monarque ne rougit point de faire reconstruire pour ce vil troupeau les somptueux palais de Fang-lo tien ^ ^ ^, Yu-cheou tien 3E ^ ® e*c..

Cruauté et luxure vont de pair. L'ingrat fît mettre à mort son libérateur Siao i, que Siao Yen ^ Hy , son frère cadet, résolut de venger. Avec le concours de Siao Yng-tcheou ^ ^ ^» ^1 plaça sur le trône le jeune Siao Pao-yong ^ ^ ^, frère du dépossédé,

04 GH. IV. LBS NAN*TSM, 470*i502.

et Prince ATan-ft'anc/wangf ^ J|f 3E (*)• P"*»? adressant au peuple un manifeste, où ils récapitulaient les forfaits de l'empereur Tongm Hoen heoUj ils firent un appel auK armes.

Lors des fêtes de la nouvelle année (501), TEmpereur (Tong hoen heou JR -Qi ^) convoqua la troupe de ses concubines dans le Yné-^u t^ang ^ ^ ^, la '* salle des arts militaires" ; des eunuques affairés simulaient des manœuvres belliqueuses, et le souverain, revêtu du harnais de guerre, présidait cette honteuse parade féminine.

A la 2^ lune, incendie partiel au Kan^ho tien J^ % ^- Le mois suivant, Siao Pao-yong (TsH Ho ti) monta effectivement sur le trône à Kiang^ling ^ ^ (King^tcheou fou du Hou-pé) et de là, par ordre de Siao Yen, détrôna Tindigne monarque (son frère) ravalé au titre de Feou'-ling v;ang Jlf H ï-

De son côté, le Prince King^ling wangf ^ ^ ï conçut le projet d'introniser Siao Tchao-tcheou HDS ^, Prince Pa^ling wang B K 3E ; mais on eut vent de ce complot et il fut mis à mort avec ce dernier.

Alors aussi Tchang Hin-Vai ^ JJjj; ^ fit périr Fong Vuen-se Six H ^* yangf Minrf'Vai }|J |^ |^, dans la salle Tchong-hing t'ang 4* ft ^- Puis il députa Wang Ling^sieou 3E S ^ ^ C/iet'eou tch'eng pour y prendre de sa part Siao Pao-yn H^ ^ H Prince P'^ouo-yang wang SJ |^ ^ et le conduire à T'ai tch'eng, la ville impériale. L'entreprise échoua misérablement : arrivés à Tou-mou tché îfefc J^ ^, ils furent abandonnés par tous les gens de leur escorte. Tchang Hin-t'ai et Siao Pao^yn jugèrent expédient de se livrer d'eux-mêmes au Président du Tribunal des supplices, qui finalement les remit en liberté.

A la 9® lune (501) Siao Yen, de jour en jour plus influent, arrivait à Kiang^ning gc W (aujourd'hui Kiang-ning tchen jtL W iS à 40 H S. O. de Nankin). Il défît, au sud du Tchou^-tsio hang :^ ^ in l'armée de Wang Tchen^ko ^ ^ S ®* poursuivit ce général jusqu'à la porte Siuen-yang men ^ |^ P^, Siu Yuen^yu -j^ X ïîfe' ^^ autre général, fit défection et livra à Siao Yen la place de Tong-fou tch^eng, pendant que Tchang Hoan Sg ^ prenant la fuite, lui abandonnait aussi celle de Che^t'eou. Maître de ces deux forteresses, Siao Yen mena ses bandes à l'assaut de la ville impériale de T'ai tch'eng.

Dans les derniers jours de 501, Siao Yen reçut, à Che-feou tch'eng, la tête de l'empereur Tong-hoen heou, assassiné par Tchang Tsi ^ ^ dans la salle Han-té tien "^ ^ SR- Il fît son entrée dans le Yué-ou t'ang, puis dans la salle centrale du palais, sorte de ** Salle du Trône". Cette révolution politique ne s'accomplit pas sans un grand carnage ; la guerre civile ensan-

(1) Sera TtH Ho ti ( 501-502 ), frère de l'Empereur Tong-hoen heou régnant, détrôné, dépossédé, pnis tué par Siao Yen qui sera Liang Ou ti.

TS'i HO Ti, 501-502. 95

glantait alors presque sans relâche cette agglomération de bourgs fortifiés, qui, par leur amalgame, ont formé notre Nankin (1).

L'Empereur Ts'i Ho H ^^if^^ frère et successeur de Tonghoen heou, résidait encore à Kiang-ling ^ ^ (King-tcheou fou du Hou-pé). A Kien-k^ang .J^J^, la Capitale, Wang-che 3£ ^, Timpératrice-mère, présidait le Conseil des ministres. Vers la 2® lune, au milieu de l'avenue méridionale menant au palais, on brûla 62 assortiments d'habits de Cour, ou costumes de gala, trouvés au Garde-Meuble de Tong->hoen heoUj le défunt empereur, mort à 19 ans. Cependant, les présages d'heureux augure se multipliaient en faveur de Siao Yen: deux K'i-lin |ft j^, admirablement sculptés dans la plus riche matière, furent alors découverts ; on trouva aussi deux énormes pierres précieuses, deux anneaux de cristal..; des aigles apparurent çà et là.. Tout le désignait pour le souverain Pouvoir!

L'histoire de cette courte dynastie n'offre qu'une suite de carnages, un tissu d'intrigues, une série de révolutions, spectacle plus fréquent dans les Annales chinoises que ne le soupçonne maint écrivain d*Europe. Nous sommes loin de l'Eldorado légendaire, remis à la mode par le plaisant général Tchen Ki-tong. Moins plaisant, moins inoffensif surtout est le paradoxal ouvrage d'Eugène Simon (mort en 1896), La Cité chinoise. Peu de pays furent plus troublés, au cours des âges, que l'immuable Chine, de pacifique et débonnaire renom, laquelle, parfois asservie à des maîtres étrangers, languit officiellement sous sa 25® Dynastie (pour admettre le plus bas chiffre donné). Et que de fois elle changea de capitale. L'éloignement de temps et de lieu, l'ignorance de l'histoire, celle de la Chine comme celle de l'Egypte, ont valu à ces deux antiques contrées la réputation usurpée d'édifiante, d'inaltérable quiétude.

(1) D'après les Clironi(iues locales, la tradition place au bas de la colliiio de Si-hia clwn, au bord du Yavg-fse, en aval de Nankin, tout près de la paçrode Pou-t^i-wang miao » Je 3E ^, le tombeau do Hien-ou kong JK J^ 5r des TsH ^ (Siao Yen) et celui di& Kao Yué (|^ @) des T'a?î.gf méridionaux.

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