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ÎNMODÛCTION i îé 1
irrémédiablement ruiné en 1864 (1). L*oeuvre d'inconscient vandalisme s'aggrave et s'achève d'heure en heure : il reste à peine quelques vestiges, dépecés chaque jour (2). De larges avenues, de marbre arraché aux collines de Test, relient ces ruines, oubliées et lamentables, aux divers quartiers de la -ville proprement dite. Ça et là, sur les rives des canaux envasés, recoupés d'une cinquantaine de ponts en dos d'âne, se profilent les toits retroussés des pagodes, aux murs rouges ou orangés, aux tuiles parfois vernissées en jaune : pourpres par endroits, leurs tons chauds s'harmonisent à souhait avec la verdure des bouquets d'arbres, qui signalent surtout les temples funéraires, les kong-koan (hôtels) des familles riches et des personnages officiels, dominés par les portiques en charpente et les mâts à hune des t/a-men de quelque importance.
Vers le nord, à partir du Pé^ki ko et de Ts^ing-liang chan, le panorama change de caractère. C'est, en ville, la campagne et ses aspects riants, ses bosquets et taillis, ses bambouseraies frissonnantes, ses champs de riz, d'indigo, de céleri, de gingembre, de piments, d'ail, de concombres, d'arachides, de patates, de fèves et pois oléagineux (3), de légumes innommés, de maïs, de blé, de sésame, de millet ou de colza, voire même de pavots à opium (4), de thé ou de tabac, parmi les cultures maraîchères, les quinconces de mûriers, les tertres embroussaillés et herbus, les étangs envahis par les nénuphars, et les mâcres (5), les collines boisées ou mamelonnées de tombes innombrables.
Ville trop spacieuse pour ses habitants, même à l'époque de sa splendeur!
(1) Pour l'intérêt de la comparaison, rappelons que Pékin se décompose ainsi: 1*) ville chinoise au sud (15 kil. 900 de tour). — 2**) ville tartare au nord (23 K. 720 de tour). — 3*) Cette dernière comprend : A) le Hoang tch'eng ou ville impériale (10 kil. 350 de tour), au milieu de laquelle on trouve : B) le Tae-kin tch'eng, la "ville rouge interdite." Elle mesure 1006™ du nord au sud, et 786" de l'est à l'ouest. (Mp" Favier, Pékin , p. 337).— A Nankin, la ville rouge, aussi large de l'est à l'ouest, a 200™ de moins du nord au sud. — Dans les deux Capitales, cette viUe {tch'eng JS)i ^^^^ murs habillés d'un crépi rouge {tse 55)) ®**^* réservée {kin ^) à l'Empereur.
(2) Les briques des murs de la viUe tartare ont dû servir à bâtir, après les Tchangmao, les maisons tartares.
(3) Imbault (L'île Formose p. 208) range aussi la ramie parmi les produits des environs de Nankin. Hhea hœmeria nivea, le grass-cloth des Anglais, le sou-mo (Tch'ourna ^ p^ ) des Chinois, sert à ces derniers pour tisser leur hia-pou ^ -^p étoffe d'été dont on fait un grand commerce à Han-k'eou. Cf. Mesny's Miscellany, I, n** 855.
(4) La culture de Vopium persiste et gagne m'ême. J'en ai vu l'an dernier sur Outrai chan, même dans les terrains de la pagode du Ti-tsang poussa, sur les flancs du TsHng-lian chan. 11 mai 1898.
(5) Ces mâcres comestibles, ou châtaignes d'eau, Ung-kio ^ ^, eleocharis tuherosus (ou mieux trapahicomis) peuplent surtout les étangs qui font en partie la richesse de la plaine alluvionnale de Kiang-tong men. Cette plaine endiguée borde tout
6 APERÇU HISrORIQin ST GftOeRAPHIQUB.
Ce nom de Tse^kin chan JK ^ [Il 'Ma montagne d'or emix)urprée", remonterait à l'empereur Yuenyi^»^ (317-323) des Tsin ^ qui établit la Cour impériale à Nankin au 4* siècle de notre ère. Il aperçut cette colline dans une brume rougeâtre et violacée. Indigènes et étrangers témoignent que par un jour clair, tranquille et ensoleillé, Tse^kin c/ian revêt les tons changeants d'une nuance violette ou lilas (Ph. XIII) (1).
Les plus étranges contrastes caractérisent la physionomie intérieure de la ville. Au sud-est, c'est la cité chinoise moderne, avec ses rues commerçantes, étroites, encombrées, malfleurantes; ses boutiques à multiples enseignes dorées; son luxe d'inscriptions; ses masures indigentes; ses demeures retirées et enchevêtrées» sans air, ni vue, ni eau, ni verdure; son animation bruyante et affairée; ses flâneurs assidus, picaresques ou élégants; ses pousse-pousse (jinricshas) cahotants, décrépits avant d'être vieux (2); ses convois d'ânes, de palanquins ou de porteurs. A Test, s'étale la ville tartare (Ph. XIV) démantelée sur ses fronts nord et ouest; ville quasi inhabitée, où s'alignent, sans économie de terrain, les demeures silencieuses, négligées, des 3 ou 4 mille conquérants: prétoriens désœuvrés et hautains, entretenus, sur l'impôt, par l'Empereur, dont ils forment la famille et la garde. Un Tsising--hiun Jff !p, ou Maréchal de camp, de leur nation, représente le Fils du Ciel, les régente et surveille le Yioe-roi lui-même, dont à l'oQcasion, il dénonce au Trône les écarts d'administration.
Le ya-men (Tribunal, Prétoire, Hôtel) de ce dernier, s'élève, ou plutôt s'étend à quelques centaines de mètres du sien, vers le sud-est, au milieu des camps où se caserne la milice chinoise, que tout Gouverneur-Général lève et entretient.
Au centre de la ville tartare, l'œil mesure avec surprise là morne enceinte rectangulaire de Tancienne '^ ville rouge interdite", Tse-kin tch'eng ^ *| ;^, jadis au milieu de la '^ville impériale", Hoang^tch^eng £ j||, Hoang^kong ^ '^, qui renfermait le Palais des Empereurs, Kong^tien "^ J|t) ou ^^ Palais des Ming" ^ '^,
(1) Plus loin (à Toccasion de l'enterrement de Hongrou) noua expliquerons l'origine des autres noms de oes collines. Taicmg-wang miao jqE £ JH doit son origine à Ou Ta Ti j^ y^ W (222-257) alors gouverneur de Nankin. Taiang-wang lui apparut en songe et le menaça d'une grande perte s'il ne lui bâtissait une pagode à l'entrée du village qui est au nord. La route passe sur le petit pont "de la Longévité" (Inscription tracée sur la clef de voûte de l'arche. — Octobre 1896).
(2) Ces voitnrettes, qui envahissent tout l'Extrême-Orient, furent inventées au Japon en 1870 et pénétrèrent à Nankin à l'automne de 1896, lors de l'achèvement de la presiière section de la route macadamisée. Quelques jinricshas portent des caractères (2 mots) mandchous en pendant des caractères, chinois (mai 18^7).
ÎNTOODTTCTÏON J I- 7
irrémédiablement ruiné en 1864 (1). L*œuvre d'inconscient vandalisme s'aggrave et s'achève d'heure en heure : il reste à peine quelques vestiges, dépecés chaque jour (2). De larges avenues, de marbre arraché aux collines de Test, relient ces ruines, oubliées et lamentables, aux divers quartiers de la ville proprement dite. Ça et là, sur les rives des canaux envasés, recoupés d'une cinquantaine de ponts en dos d'âne, se profilent les toits retroussés des pagodes, aux murs rouges ou orangés, aux tuiles parfois vernissées en jaune : pourpres par endroits, leurs tons chauds s'harmonisent h souhait avec la verdure des bouquels d'arbrea, qiïi signalent surtout le^ temples tïinéraires, h^a kong-koan (hôtels) defî familles riches et des personnages officiels, domin(^s par les portiques en charpente et les mâts à hune des ya-men de quel* que importance.
Vers le nord, à partir du Fé~hi ho et de T^Hng-Hnng chaTij, Je panorama change de caractère. C'est, en ville, la campagne et ses asfiects riants, ses bosquets et taillia, ses bambouaeraies frissonnantes, ses champs de riz, d" indigo, de céleri, de gingembre, de piments, d'ail, de concombres, d'arachides, de patates, de fèves et pois oléagineux (3), de légumes innommés, de maïs, de blé, de sésame, de millet ou de colza, vorre même de pavots à opium ('i), de thé ou de tabac, parmi les cultures maraichercs, les quinconces de mûri ers » les tertres embroussaillés et herbus, les étangs envahis par lei^ nénuphars, et les mâcres (5), les collines boisées ou mamelonnées de tombes innombrables.
Ville trop spacieuse pour ses habitantîii, même à J 'époque de sa splendeur!
(1) Pour l'intérêt de la compfirftiBonj rappelona que Pdkin se dêcoïiiposê ainsi: D viUe ehinoise au md fi 5 ML î»0O tle totir). — T) ville UiHnre au nord (23 E, 720 de toor). ^ Ti Cettt* derJnère toniprend : A) Tp Ihmnf} tah'eng ou vîlle hnpt^naJp (10 kiL 350 de totir), au milieu de Iftf]iicl]e ou trmivf: B) le TseMît tchhmg, la "ville rouge interdite/' Elle mesure 1006'" du nord an siul, et 7S'3"^ tle Vmi a l'ouest. (Mk^ Favier. Pèkùt, p. 337).— A Nankin, la ville rmtge, anssi largo de Vvst h ronest, a 200"* de moins du nord au sud.— BfiTH les denx Capitales, cette ville {trh'eHtj J^), aux mura îutbiUéâ d'un crépi rougt! (/*'' ^1, ^'tait réservée {kin ^} h TEmpereuT.
(2) Les briiiye-i des mura de la ville tartareont dû servir fl b/itir» après îea Tehangmooj les maiï^ani} tartare^.
(3) Imbanlt {l/tle Fornmne p. 208) rànpe u.ueei la ramie parmi les produits des environs d<L^ Nankiu. Rfirft bœmerifj nivea, le grans-cloth deB Auglaîs, le Hmt'?no fTeh^oU' noi *T^ H^) des Chiiioie^ sert a ces derniers pour tîi^ser leur ^iitt'pQU Jg^ 4P lî'toffe d'été doul oîi fait un grand Ciimmerce ^ Htifi-k'ffou. Cf. Mcsny's MÎHcçllaiiy, I, ii** Hëb.
(-i) Lti culture de V'opitim perBiate et gapîitî memen J'en ai vu Tau dernier sur Oai^at chânj m^me datïS Ie« terraîniB de la pagode du Ti-isituff pvUMctf ûui It's fla^nL^ii du TsHng-Ufin chan, H mai l^é.
{^) CcB màeres comeistibles^ on châtaignes d'eau, hug-kiti ^è S» elcocharis tuh^TOHHit (ou mieux trajuabimmi^} peuplent atirtoiit len t^tatigfl qui font &i partie lu richtïB&e de la plaine alluviorinale de Kiang-toug men. Cette plaine oudigueo bcude tout
bots de commerce et navires de guerre. Ce village populeux, auquel peut sourire un prochain avenir, sert de principal avantport à Nankin. L'entrée du canal profond de 30™ (sondages de la Comète, mai 1897) et le passage du Yang^tse, large d'un bon kilomètre (Ph. VII et VIII), y sont commandés par les deux ou trois forts, à batteries rasantes, de la rive sud. La rive nord, plate et nue, est dégarnie ou à peu près (1).
Un fort plus en vue remanié en 1895, assis sur le '*mont du lion'' Che-tse chan |SP -? il] (Ph. VIII et IX), dans l'enceinte même des murailles, prétend en défendre les approches immédiates. Il croise les feux de ses 7 ou 8 pièces, par dessus un ouvrage auxiliaire, avec ceux de la douzaine de canons, étages en aval, sur les crêtes des collines voisines de Mo-fou chan 1^ J^ \ii {^) et Lao^hou chan ^^ \lli falaises dominant un faux-bras du fleuve (eut of Ts'aokiai-kia) .
Trois ou quatre autres pitons, émergeant de l'enceinte, rivalisent de hauteur avec celui de Che-tse chan m ^ [il. Du pont même des steamers qui sillonnent le Yang-tse, on distingue surtout deux collines, dont le galbe est plus familier aux Nankinois. D'abord celle de Ts^ing-liang chan j^ f^ [Iji ''la montagne de l'air frais et pur" (3), célèbre avant les temps mérovingiens et
(1) Pauthier (Chine moderne^ vol. I, 62) qui cite le P. Trigault et le P. Le Comte, blâme à tort ce dernier d'avoir écrit que le Kiang passe à Nankin. Panthier veut qu'il en soit éloigné d'une lieue. Le missionnaire jésuite savait à quoi s'en tenir sur ce détail topographique. Voici quelques remarques sur le régime du Yang-tae inférieur :
Le Yang-tae^ comme le Nil, est sujet à uue crue annuelle d'une remarquable régularité. Les vents chauds de mars fondent les neiges à la base des montagnes de médiocre hauteur et il se produit une crue temporaire de 4 pieds à Ran-h^eou à 900 kil. de la mer, (600 milles). Les eaux baissent d'un pied ou deux, et en avril elles commencent à monter de nouveau pour la crue d'été. Elles atteignent leur plus grande hauteur (environ 34 pieds anglais) en juillet; elles baissent il partir d'août et le niveau le plus bas se mesure en décembre. En descendant le Yang-tse àe Hayi-k^eou, la crue annuelle se fait moins sentir, à cause de l'élargissement progressif du lit du fleuve ; ainsi elle est de 22 pieds à Kieou-kiangy de 12 pieds à Nankin, et auprès de la mer, la différence est insensible. » Sydney Skertchly, ^^The future of the port of Shang-hai." — N. C. Daily News^ 22 fév.
Ailleurs je lis : «Le ^ang-tae monte de 12 à 15 pieds durant les mois d'été. La crue et la descente de la marée est d'environ 6 pouces à Nankin.» Dennys : Th-e treaty porta of China and Japan^ p. 429.
Il a 1400*» à Ou-hoUy 1000 ou 1200 à Nankin, moins à Tchen-hiang^ encore moins plus en aval.
(2) La carte hydrographique anglaise attribue 636 pieds (197™) aux collines de JdO'fou chan.
(3) TaHng-liang chan est aussi l'un des noms de Ou-t^ai chan £ S lU "la montagne aux cinq sommets" {tong^ st, nan, pé, tchong ^ ) ) m ) nu ) T* » le centre et les 4 points cardinaux), sise dans le Ou-t^ai hien (latit. 28' 'W N. — longit. 123° 24' E.), district de Tai-tcheou TV ffl (Chan-si). A Nankin, c'est le plateau voisin de TsHngliang-chauy à quelques centaines de mètres à l'est, qui porte le nom de Ou-Vai chan.
INTRODrCTION J I. 5
OÙ Ton vénère une sorte de Minos hindou-chinois (1), Ti^tsang poussa ^ IK. Puis vient le mont du Pé-ki ko ^t ^ ffl» " Tobservatoire de l'étoile polaire (Ph.X). Du 14® au 17® siècle, plus anciennement peut-être, il portait un tribunal astronomique, remplacé naguère par une mesquine pagode taoïste, flanquée d'un camp au nord. Un misérable kiosque en bois, à triple étage, relève sa silhouette et la signale aux regards. (Réparé en briques par le bas en 1897, il a été incendié ainsi que le camp adjacent dans la nuit du 21 au 22 mars 1898. La stèle de K'ang-hi a été assez avariée). Un peu plus à l'est, des buttes arrondies et pelées, Fou-tcheou chan ^ ^ |Ij et Long-koang chan f| ^^ |ll encadrent la porte de T^ai'pHng men ^ Zp f^ ; cette dernière colline, enclavée dans l'angle aigu du rempart et couronnée de deux pièces Armstrong sur pivots (1895), et de 4 pièces à tir rapide (1898), se transforme également en ouvrage militaire (Ph.XI). Au sud, mais extra muros, la butte du Yu-hoa t'ai ^ % ^ (Ph. XII) en voie d'armement (2) complète pour l'instant le système défensif de la place de Nankin. L'horizon est borné à l'est par un mur de collines escarpées, striées ça et là de traînées rougeâtres et verticales : carrières de marbre et pierre à chaux, longtemps en exploitation, presque abandonnées, recouvrant des gisements d'anthracite (3) et de cuivre. Enfin au nord et à toucher l'enceinte, la croupe du Mont S* Michel, ou la sierra harmonieuse de Tse-kin chan, haut de 445 mètres (4), domine tout le paysage immédiat. Il désigne au loin, et précise pour l'œil, la position exacte de la capitale déchue (5).
(1) Pauthier (Chine laoderne, 2® vol. p. 04), parle de la "montagne de l'Indien, Tien-tchou chan" ainsi nommée par suite de la retraite qu'y occupa un bonze indien en €i75 de notre ère (?)
(2) Elle porte quatre canons à tir rapide, en barbette. — Le bas Yang-ise est défendu par une trentaine de forts et plus de deux cents pièces de gros calibre, éparpillées sur un parcours de mille kilomètres !
(3) L'anthracite affleure dans toute la périphérie de Nankin, notamment à TsHngliang chan, Koan-yn men, Si-hia chan, où l'on vient d'inaugurer (1897) des embryons d'exploitation par des procédés indigènes. Un assez vaste bassin houillier pourrait exister sous les collines qui boursoufflent la région de l'est. Le fer existe un peu partout, le cuivre au sud-est et au sud. Cf. N. Ch. Daily News du 12 mai 1896 et les Lettres de Von RichtofEen. On a ouvert des mines de cuivre à Kou-ling tsen au delà de Meou-teou chan. — Voir aussi la carte de la p. 377, Elisée Reclus, Asie orientale VII. Les deux rives du Tang-tse, à la hauteur de Nankin, y sont figurées "terrain carbonifère."
(4) Ce chiffre 445 à 450 résulte d'observations barométriques que j'ai pu effectuer à diverses dates. Von Richtoffen, page 10 de la 5« de ses Letters to tJie General Chamber of Commerce de Changhai, donne 1.000 pieds anglais à Tae-kin chan; nous jugeons que c'est trop peu.
(5) Dans les collines de l'est, les voyageurs admirent encore une énorme pierre, demeurée dans la carrière, et destinée jadis, affirme-t-on, à orner la sépulture de Hong-ou.
Une autre curiosité est un aérolithe (?) de 100 pieds cubes, tombé du ciel, au dire des paysans qui vénèrent ce bloc de minerai ferrugineux.
6 APERÇU HISTORIQUI KT OÉMliAPHIQUB.
Ce nom de Tse^hin chan jfK^ lU ^Ma montagne d'or eml>ourprée*\ remonterait à Tempereur Yuenfc^ (317-323) des Tstn ^ qui établit la Cour impériale à Nankin au 4* siècle de notre ère. Il aperçut cette colline dans une brume rougeâtre et violacée. Indigènes et étrangers témoignent que par un jour clair, tranquille et ensoleillé, Tse^kin chan revôt les tons changeants d'une nuance violette ou lilas (Ph. XIII) (1).
Les plus étranges contrastes caractérisent la physionomie intérieure de la ville. Au sud-est, c'est la cité chinoise moderne, avec ses rues commerçantes, étroites, encombrées, malfleurantes; ses boutiques à multiples enseignes dorées; son luxe d'inscriptions; ses masures indigentes; ses demeures retirées et enchevêtrées» sans air, ni vue, ni eau, ni verdure; son animation bruyante et affairée; ses flâneurs assidus, picaresques ou élégants; ses pousse-pousse (jinricshas) cahotants, décrépits avant d'être vieux (2); ses convois d'ânes, de palanquins ou de porteurs. A Test, s'étale la ville tartare (Ph. XIV) démantelée sur ses fronts nord et ouest; ville quasi inhabitée, où s'alignent, sans économie de terrain, les demeures silencieuses, négligées, des 3 ou 4 mille conquérants: prétoriens désœuvrés et hautains, entretenus, sur l'impât, par l'Empereur, dont ils forment la famille et la garde. Un Tsiang^hiun jff !^> ou Maréchal de camp, de leur nation» représente le Fils du Ciel, les régente et surveille le Vice-roi lui-même, dont à roccasion, il dénonce au Trône les écarts d'administration.
Le ya-men (Tribunal, Prétoire, Hôtel) de ce dernier, s'élève, ou plutôt s'étend à quelques centaines de mètres du sien, vers le sud-est, au milieu des camps où se caserne la milice chinoise, que tout Gouverneur-Général lève et entretient.
Au centre de la ville tartare, l'œil mesure avec surprise là morne enceinte rectangulaire de Tancienne ^Wi lie rouge interdite", Tse-kin tch'eng ^ ^ jj)|, jadis au milieu de la ^^ville impériale", Hoang^tch'eng ^ jd, Hoang^kong ^ '^y qui renfermait le Palais des Empereurs, Kong-^tien '^ ff^, ou ^^ Palais des Ming" |9 ^,
(1) Plus loin (à Toecasion de renterrement de Sonff-ou) noua expIiqiMfOiDS l'origine des autres noms de ces coUines. Tsiang-wang micto fff' £ ffî doit son origine à Ou Ta Ti ^ ^ fS (222-257) alors gouverneur de Nankin. Tùang-wang lui apparut en songe et le menaça d'nne grande perte s'il ne lui bâtissait une pagode à l'entrée du viUage qui est au nord. La route passe sur le petit pont ^^de la LongéTité" (Inscription tracée sur la clef de voûte de l'arche. — Octobre 1896).
(2) Ces voiturettes, qui envahissent tout TExtréme-Orient, furent inventées au Japon en 1870 el pénétrèrent à Nankin à Tautomne de 1896, lors de l'achèvement de la première section de la route macadamisée. Quelques jinricshas portent des earactères (2 mots) mandchous en pendant des caractèrea chinois (mai 18^7).
ÎNTOODÛCTION J I* 7
irrémédiablement ruiné en 1864 (1). L*œuvre d'inconscient vandalisme s'aggrave et s'achève d'heure en heure : il reste à peine quelques vestiges, dépecés chaque jour (2). De larges avenues, de marbre arraché aux collines de l'est, relient ces ruines, oubliées et lamentables, aux divers quartiers de la^ville proprement dite. Ça et là, sur les rives des canaux envasés, recoupés d'une cinquantaine de ponts en dos d'âne, se profilent les toits retroussés des pagodes, aux murs rouges ou orangés, aux tuiles parfois vernissées en jaune : pourpres par endroits, leurs tons chauds s'harmonisent à souhait avec la verdure des bouquets d'arbres, qui signalent surtout les temples funéraires, les kong-koan (hôtels) des familles riches et des personnages officiels, dominés par les portiques en charpente et les mâts à hune des ya-men de quelque importance.
Vers le nord, à partir du Pé-ftt ko et de Ts^ing-liang chan, le panorama change de caractère. C'est, en ville, la campagne et ses aspects riants, ses bosquets et taillis, ses bambouseraies frissonnantes, ses champs de riz, d'indigo, de céleri, de gingembre, de piments, d'ail, de concombres, d'arachides, de patates, de fèves et pois oléagineux (3), de légumes innommés, de maïs, de blé, de sésame, de millet ou de colza, voire même de pavots à opium (4), de thé ou de tabac, parmi les cultures maraîchères, les quinconces de mûriers, les tertres embroussaillés et herbus, les étangs envahis par les nénuphars, et les mâcres (5), les collines boisées ou mamelonnées de tombes innombrables.
Ville trop spacieuse pour ses habitants, même à l'époque de sa splendeur!
(1) Pour l'intérêt de la comparaison, rappelons que Pékin se décompose ainsi: 1**) ville chinoise an sud (15 kil. 900 de tour). — 2*) ville tartare au nord (23 K. 720 de four). — B"*) Cette dernière comprend : A) le Hoang tch^eng ou ville impériale (10 kil. 350 de tour), au milieu de laquelle on trouve : B) le Tse-kin ich^eng, la "ville rouge interdite." Elle mesure 1006™ du nord au sud, et 786™ de l'est à l'ouest. (Ms'Favier, P^A;Mï,p.337).— A Nankin, la viUe rouge, aussi large de l'est à l'ouest, a 200™ de moins du nord au sud. — Dans les deux Capitales, cette ville {tck'eng J^), aiix murs habillés d'un crépi rouge {tse IR), était réservée {kin ^) à l'Empereur.
(2) Les briques des murs de la ville tartare ont dû servir à bâtir, après les Tchangmaoj les maisons tartares.
(3) Imbault (L^île Fonnose p. 208) range aussi la ramie parmi les produits des environs de Nankin. Bhea hœmeria nivea, le grass-cloth des Anglais, le sou-mo (Tch*ouma ^ IP^ ) des Chinois, sert à ces derniers pour tisser leur hia-pou ^ >f5 étoffe d'été dont on fait un grand commerce à Han-k^eou. Cf. Mesny's Miscellany, I, n° 855.
(4) La culture de Vopium persiste et gagne m'Ême. J'en ai vu l'an dernier sur Outrai charij môme dans les terrains de la pagode du Ti-fsang poussa, sur les flancs du TsHng-lian chan. 11 mai 1898.
(5) Ces mâcres comestibles, ou châtaignes d'eau, ling-kio ^ ^, eleocharis tuberosus (ou mieux trapabicomis) peuplent surtout les étangs qui font en partie la richesse de la plaine alluvionnale de Kiang-tong men. Cette plaine endiguée borde tout
Plume et poil, la chasse s*y pratiquerait sans mëcomptes. Naguère on y tuait blaireaux, loups, porcs-épics et chevreuils (hidropotès); ils s*abritent parfois sous ses murs. Au dedans, faisans et bécassines abondent encore, parmi les canards et les oies sauvages. Sauf des amas de briques (cf. fin de Tlntroduction) vernissées, quelques pans de murs plus substantiels et des ruelles aux pavages défoncés, — témoins, preuves et débris d'un passé plus prospère, — rien n'y signale Tancienne capitale, la glorieuse Métropole du Sud (1).
On ne peut s*y méprendre pourtant, si Ton tente de sortir. Une puissante enceinte continue, crénelée, mais non bastionnée, de 38 kilom. de développement, détours com{)^is, Tétreint de toutes parts. Elle lui permet de rivaliser avec Paris dont le périmètre mesure neuf lieues, et de dépasser toutes les villes murées de Chine, sans excepter Pékin, en superficie (2). Neuf portes sur treize ou quatorze donnent encore accès dans la campagne. Quelques-unes sont de longs tunnels voûtés (Ph.XV), renforcés de trois ou quatre arcades intérieures, ou défendues au dehors par de spacieuses barbacanes.
La muraille, qui épouse servilement le relief du sol (Ph.XVI), est formée presque partout de deux murs solides, bâtis généralement
le front occidental de l'enceinte, et se prolonge plusieurs lieues au sud, vers San-chan ^ llj colline à triple sommet, baignée par le Yang-tse.
Le Pé-hiaO'8ouo-yen raconte qu'à la suite d'un incendie, sous Siuen-té {SiuentsonÇf 1426-1436) des Ming divers métaux or, argent, cuivre, fondirent et composèrent un alliage merveilleux dont on fit de beaux bronzes (il y en a de faux).
(1) La meilleure branche de son industrie locale, la plus productive comme la plus artistique, consiste en tissages de soie, velours, satins, unis ou historiés, brocards d'or et étoffes lamées. Les saines traditions techniques du passé se transmettent encore vaille que vaille parmi les artisans nankinois, dévideurs, teinturiers et tisseurs. Pour reprendre un brillant essor, le commerce de la soie n'attend peut-être qu'un peu de sécurité, de richesse et d'épargne, d'esprit d'initiative, d'émulation et de solidarité, avec l'adoption de procédés mécaniques à vapeur, l'association des capitaux, quelques débouchés et facilités de communication. La concurrence que l'on voit poindre dans les villes du littoral sera-t-elle heureuse ou fatale pour Nankin ?
A Nankin, comme à 8ou-tcheou et à Hang-tcheou, un haut mandarin tartare occupe le poste de Directeur des Soieries impériales, à charge de faire tisser annuellement, et expédier à la Cour de Pékin, un nombre invraisemblable de pièces de soie.
(2) Du Halde l'affirmait déjà T. I. p. 135. On donne à Pékin 6. 341 hectares de superficie, soit les ^/s de Paris, avec un périm^ètre de 33 kU. i/s (25 milles carrés, dit le "Qtiidefor tourists to Peking and its environs," Hong-kong, China mail. 1879.
Le parc de Nan-hai tse, au sud-jest de Pékin, enclos d'un mur de 65 kil. de tour, est trois fois grand comme cette dernière ville. Le terrain circonscrit par la grande enceinte de Nankin équivaudrait sensiblement à celui de ce parc impérial, de 190 à 200 kU. carrés de superficie. Le périmètre des nouveaux forts de Paris mesure 120 kilomètres.
La superficie exacte de Paris est de 7, 802 hectares, intra muros. Celle de Nankin peut donc être évaluée à 7. 000 hectares.
I [ Krm nu'ti