‹ Nankin d'alors et d'aujourd'hui;Chapitre 70 sur 167 · J I. WAN&NGAN-CHE · texte numérisé non relu

J I. WAN&NGAN-CHE

(intendant du royaume) de venir lui présenter ses hommages à sa Cour de Si-ngan fou; ce dernier s'y refusa toujours, sous prétexte de maladie. A la fin de 972, outré, le nouveau suzerain envoya porter la guerre au pays de Nankin ^ et la fortune favorisa en mainte rencontre les troupes de l'armée assaillante, commandée par Ts'ao Pin "Çl^ (du Halde écrit: Hao-pin), Ce général s'empara au début du printemps (973), tout auprès 'de Nankin, d'un camp nommé Cheng-tcheou koan-tch'eng ^ j^ H ^- Quelques mois plus tard, les ennemis achevèrent d'investir la capitale, qui fut livrée aux Song, Le Kouo-tchou se rendit à Ts'ao Pin; plusieurs mandarins refusèrent de faire leur soumission et furent condamnés à périr.

Au commencement de 974, le général victorieux conduisait à Si-ngan fou sa capture royale, le Kouo-tchou Li Yu S i ^ S-

A l'aurore du onzième siècle. Nankin vit de son passé; sa condition de vassal l'exclut des événements généraux de l'empire ; il se réserve pour un avenir politique plus digne de lui, mais dont trois siècles le séparent encore.

En 1075, l'on y exile un lettré de renom, le grand ministre Wang Ngan-che 3E :2f -S (1021-1086), une des illustrations chinoises et locales, que la littérature indigène et celle des écrivains d'outre-mer jugent le plus diversement aujourd'hui. Ce novateur, ce révolutionnaire aux idées avancées, devint le bras droit du Préfet de Kiang-ning fou; il obtint (1076), sur un rapport adressé à l'empereur Song Chen tsong ^ TJif ^ (1068-1086), adonné à la magie taoïste, l'autorisation de faire pratiquer des coupures au lac Heou hou fg ^, pour distribuer aux riverains le trop-plein de ses eaux. Huit ans plus tard (1084) il dédia à Bouddha sa maison et quelques-unes de ses propriétés, pour bâtir une pagode (aujourd'hui Pan-chan se ^ |lj ^) à laquelle un rescrit impérial décerna le titre de Pao-ning se ^^^. Dans sa retraite forcée, il composa des ouvrages appréciés, notamment un dictionnaire t|^^Zl"f'H ^ ; l'Europe savante ne connaissait guère encore ce laborieux souci. Nous verrons ultérieurement, à propos de sa tombe présumée, sur la muraille, au nord et auprès de Tchao-yang men, que son souvenir vit encore à Nankin (1).

Vers 1023, les Taoïstes, jadis persécutés, lors de la prépon-

(1) Voir sa notice biographique dans les Mémoires concernant les Chinois, Cf. aussi 2 p. du Chinese reader's Manual, no 807, de Mayers. Sié-kong toen |^ ^ J^H ^^ Pan-chan se ■=P JU ^, ancienne habitation de Wang Ngan-clie. 'En 183C, un tartare Koei Koang ^ l45 y fit bâtir sa maison de campagne, et dès lors les lettrés y fréquentent beaucoup ; c'est un des 48 paysages de Nankin. La tombe de Wang Ngan-che 3E ^ -iJ se trouve un peu au nord de Sié-kong ten ; mais on n'y trouve rien qu'un petit bouquet de sapins. Wang Ngan-che aurait étudié derrière la tour de Ting-Un se S W ^ » à Ling-kou se Wk ^ ^ (cf. Plan de Nankin), auprès de la vanne de l'angle N.E du mur, au N. E de la ville impériale. (Ph. XXX).

138 CH. IZ. DTNilSTIB (xif) DBS 80NG, 960-1280.

dérance conquise par le bouddhisme longtemps en faveur, se seraient extraordinairement multipliés au Ktang-nan. L'empereur Song Chen tsong les tenait en grande estime.

Ils ne tardèrent pourtant point à y être tracassés. Aujourd'hui, par suite de Tindifférence doctrinale du pouvoir, éclectique et sceptique tout à la fois (1), la fureur de l'antagonisme semble s'être apaisée entre ces deux variantes d'idolâtrie, qui se partagent, non les cœurs ni les intelligences, mais les offrandes et les innombrables pagodes des Chinois. Jalousie humaine et rivalité d'intérêts matériels à part, cet état de trêve sied bien à deux cultes, où de dégradantes superstitions, n'ayant rien d'incompatible entre elles, déguisent à peine une équivalente indigence dogmatique et une commune hypocrisie morale.

Notre carte n** -^vn ^^Kien-U'ang sous les Songf» nous enseigne dans son commentaire, qu'en 1018, un décret impérial promut le préfet du Kiang^ning fou (nom de Cheng^tcheou M- )^) i un degré supérieur, sous le titre de Kien-^k'ang'kiun Tsié-tou-che I^^IBi ® Jît "ÊË (comme aujourd'hui le préteur de toute la province, ou Siun-fou ^ Hf). La même année, l'empereur accorda le titre nouveau de Cheng wang ^ J «roi du royaume de Chengy> le, à d. Cheng-tcheou), au roi Cheng-icheou kiun wang ^ ^ J5ï- C'était le 6® fils de l'empereur Song Tchen tsong ^J^':^ (998-1023), devenu plus tard Song Jen tsong $|c t îîî (1023-1064). Monté sur le trône, il déclara que le royaume de Cheng représentait une dignité trop auguste pour qu'on pût permettre à de simples Wang J (roi, ou prince) de gouverner Nankin, sa capitale : des mandarins de la Cour et des eunuques (ils étaient alors fort puissants) avaient seuls qualité pour occuper ce poste. En conséquence^ le tribunal de la sous-préfecture de Chang-yuen hîen J: tc JR ^"* transféré à Test, hors des murailles de la ville royale, à Tendroit nommé Se-hoei fou ^^ ^ J^ sous les Nan T'ang ^ Jg:.

Au témoignage du Yuen-fong Kieou^yu tche (2) yt S. iL

(1) Cf. Mayers, chinese government, sur les titres hiérarchiques reconnus aux ministres du bouddhisme et du taoïsme. La Capitale a des pagodes officielles de tous les cultes rivaux. De nombreux décrets du King-pao, Gazette de Pé-kin, fournissent la preuve que les deux religions sont officiellement patronnées. Ainsi, en 1885, l'impératrice invitait bonzes et iao-se à prier pour obtenir de la pluie. Les lainaa ne sont point exclus. L'on n'ignore point qu'en effet l'Empereur qui entretient des pagodes lamaïstes à Pékin, intronise le Talaï-laina^ le Souverain Pontife du Lamaïsme au Thibet. cf. Waddell, the Buddhism of Tibet or Lamaism. 1895.— «M. le lieutenant de vaisseau Trêve, pendant l'intérim qu'il remplit à Pékin en 1862, comme Chargé d'affaires, obtint un décret impérial élevant le christianisme au-dessus des deux religions secondaires pratiquées en Chine, le bouddhisme et le taoïsme, et le mettant de pair avec le culte officiel, celui de Confucius.» Revue scientifique, 9 oct-1875, p. 344.

(2) L'ouvrage, composé par Wang Ts^oen i ^î a été édité par Li Té-tch^ou ^ W ffi *** Tsmig Tchao g 'Sfs.- On reproduit un ancien exemplaire, publié par Fong TsHé-ou ^ ^ ^ ) en 1789, sous Kien-long. —A\ioennA meurt en 1037. Canut le Grand règne sur les Danois; Guillaume le Conquérant en Angleterre 1066, S*- Etienne en Hongrie. Henri IV va à Canossa, 1077. Première croisade, 1095.

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