CH. IX. DTN. (XIX«) DB8 SONG
1215. Diengiskhan (1206-1228) occupe la capitale des Kin; son petit-fils Kou-hi-lai khan (1260-1295) transporte en 1264 la résidence des souverains mongols (commandant à un peuple fort divers des Mandchous) de Kara Koroum à Yen^king (Pékin).
1217. Des nuées de sauterelles dévorent les moissons dans la région nankinoise; on creuse ou Ton cure un canal à Test de la ville, pour fournir du travail et du riz aux indigents: les mandarins de nos jours sont moins avisés,
1227. Construction de nombreux baraquements pour les soldats (1).
1260. La ville s'entoure, ainsi qu'il a été dit, de fossés mesurant 15 kilom. ^/2 de développement. Le mur occidental était peut-être un peu moins à l'ouest qu'aujourd'hui, au sud de T&Hng^ liang chan, laissé en dehors, si j'en crois d'anciens plans. On construisit alors le Kong'^yuen, au sud de la Ts'ing^hH, (Tel est le nom des locaux d'examens pour la Licence, dans les capitales des provinces).
De 1264 à 1267, Kou-bUlai khan bâtit près de Yen^king M M (Pékin) une nouvelle ville, appelée, depuis 1271, Ta-tou ^ ^ ^ ^grande capitale", par les Chinois, et Khambaligh par les Mongols (2). «C'est cette ville, dit du Halde, que Marc-Paul Vénitien appelle CambalUj an lieu de Ham^palu; car chez les Tartares Ham signifie Roy, et Palu signifie Cour, ou Siège d'Empereur» (3).
L'on découvre sans peine la parenté de ces deux vocables Ta-tou et Kambaligh avec ceux de Nanking, Péking, Tonghing et Tô^kyô, comme nous l'avons déjà fait remarquer (4).
(1) Tch'enKH BR ^ bâtit en 1252, sur la butte Che-t'eou chan Ç 9| llfi le Kiosque Taoei-wei Ving ^ {K ^ • Le pavillon massif, carré, à deux étages, qui aujourd'hui couronne le TsHng-liang chan (R î^ lU et y abrite une inscription de Kieti-long 52 Bi' marque la place de la construction primitive.
{2) Bretchneider, Recherches archéologiques et historiques sur Pêkin^ trad. Col. de Plancy.
(3) Du Halde, T. I. p. 437.
(4) "On vient de déchiffrer l'écriture des Turcs Tou-kioue^ item ceUe des Jou-tche «peuple de race tongouse qui fonda dans le nord de la Chine la puissante dynastie des Kin (;1115'1234). Les empereurs mandchous actuels prétendent descendre d'eux [Eenvoi au travail de Devéria. Examen de la stèle de Yen-t^ai (Revue de l'Extrême Orient, 1. 1. p. 173-186.), inscription non déchiffrée aZors]. C'est une écriture syllabique (parente du mandchou) dans laquelle ae sont introduits q.q. signes idéographiques, qui sont pour la plupart des caractères chinois légèrement modifiés.
Les Mongols remplacèrent les Kin et dominèrent toute l'Asie ; l'influence du bouddhisme «répandit en tous lieux les écritures sanscrite et tibétaine; le Mongol même demanda au lama tibétain Phags-pa un alphabet qui, s'il n'eut pas une longue durée, fut néanmoins fort employé sous les derniers empereurs de la dyn. Yuen. Les deux célèbres inscriptions hexaglottes gravées ^n 1345 sur les parois de la porte de Kiu-yong koan, au nord de Péking, nous montrent, d'une part, que le mongol s'écrivait alors en caractères de Phags-pa,
i m. PRISB DB NANKIH PAR L^8 MONOOLS, 1275. 161
Au cours de son mémorable voyage accompli vers cette époque (1270), Marco Polo visita Sou'-tcheou fou et Nankin. Nous constaterons ailleurs qu'il fut peu explicite snr notre GMen fou, ainsi qu'il nomme Kin-ling fou en sa romanisation italienne (1).
En 1274, Pé^yen féK» originaire du Si-yu JS^^ ministre et général des Mongols, pour lesquels il s'était battu sous Kou-bi-lai khan (Hou-pi-'li ^^ ^) en Perse et en Syrie (Pauthier, Chine, 361) descendait de Ngo-tcheou fJJHi o, à d. Ou^tch^ang fou au Hou^pé, sur Kienmh'ang, à la tête d'une armée victorieuse. Les troupes des Yuen yQ occupèrent Yu^hoa t'ai, la clé de Nankin au sud. Mais Tchao Tsin ^îW, auquel incombait la direction de la défense en qualité de Préfet de Kieri'h'angj prit honteusement la fuite ; plusieurs mandarins livrèrent alors la ville aux Mongols, qui (1275) dès lors se chargèrent de l'administration officielle de Nankin.
D'après le Père de Mailla, lorsque le général Pé^yen s'avançait à grands pas vers Kien'k'ang, «le brave Ouang LUsin {^ ift ^, gouverneur de cette ville,» voyant la situation désespérée, et regrettant que Kia Se-'tao K^^ (général des Song) n'eût pas suivi ses conseils, s'empoisonna dans un grand repas offert à ses proohes. «Au moins, disait-il, si je ne puis empêcher la destruction de l'empire des Song, j'aurai la consolation de mourir leur sujet et dans un pays qui leur est encore soumis.
Les Mongous (ajoute le P. de Mailla) s'emparèrent de Nankin sans éprouver d'obstacles.» Pé^yen l'occupa; il respecta les biens et Ja famille du défunt, qu'il fît enterrer à Tan-^yang, au tombeau de*ses ancêtres. Nankin devint comme le quartier général des Mongols, qui, quelques mois après, gagnèrent sur les Song une bataille navale, furieusement disputée, aux abords de Tchenkiang (2) (cf. de Mailla IX, 353, 362.)
Ces derniers consentent pourtant à se reconnaître tributaires de cette nouvelle dynastie des Yuen (1280-1368), fixée au nord. Toutefois, malgré sa déchéance, Nankin demeurait encore une pépinière illustre de savants et d'artistes. On mentionne qu'en
et, d'autre part, qu'il n'y avait pas moins da cinq langues autres que le mongol qui pouvaient être lues et comprises à la cour impériale. Ces cinq langues sont : le sanscrit, le tibétain, le chinois, le turc ouïgour et enfin une langue totalement inconnue que les inscriptions de Kiu-yong koan sont seules à nous avoir conservée.» Magnifique publication (en photogravures) des deux inscriptions hexaglottes, par le prince Boland Bonaparte (Documents deVÉpoque mongole etc. in-folio. Paris 1895). Journal Asiatique 1895. Juillet-Août.* p. 195. Eapport annuel par M. Edouard Chavannes.
(1) Giles (Herbert A) "A Chinese English dictionary" Part III. p. 1378, dans sa liste (D) «List of places mentioned by Marco polo and identified by Yulej» donne «Ching hiang fu = Chên-chiang Fu, et Kelinfu jj ^ fïï (que-lin fu)= Chien-ning Fu au Fuhkien; et Chinginju (romanisation Chin-ling) = Ch^ang-chou'JP'w au Kiang-sou».
(2) Cf. Stèle de S. II (P. Havret.) p. 385, n* XIII. (Texte chinois) «Temples et cimetières nestoriens de Tchen-kiang au XIII® S.»
1299, cinq cent mille bonzes de cette région furent expulsés de leurs pagodes (1). C'est un chiffre rond, une variante commode des expressions: une multitude, un nombre incalculable. Dans notre Croix et Swastika, nous avons rappelé que sous les Yuen, la ville de Tchen^kiang posséda cinq églises et des gouverneurs chrétiens. Nankin n'est qu*à 18 lieues en amont de cette ville, sur Tindispensable aartère» du Yang^tse kiang,... Est-il téméraire de supposer qu'alors aussi le Christianisme avait des fidèles à Nankin? Le contraire serait bien improbable. On le sait, les historiens chinois écrivent souvent (parfois à dessein) bonzes (seng) et bouddhistes ou taoistes ^our prêtres et chrétiens.
Les savantes «notes d'Épigraphie chinoise» de M. G. Devéria, contiennent une page importante (p. 43) sur la reconnaissance officielle du culte chrétien à la Cour Mongole des Yuen, à rencontre de ce qu'avait affirmé Pauthier.
Le mot Tarse ou Tersa (ascète en persan) désignait habituellement les Chrétiens (p. 69), et Arkons (de APXfîNj chef) leurs prêtres (p. 47). Les mollahs des mahbmétans s'appelaient Danishmend, «ceux qui possèdent la science» (p. 47). Odéric de Pordenone rencontra (1322-1328) un couvent de Frères mineurs à Yang-tcheou ^ jHi? soit à vingt lieues de Nankin (p. 62). En 1275, un corps d'Alains chrétiens s'étaient emparés pour le compte du Grand-khan, de Tch'ang-tcheou ^ jfl, autre ville du Kiang^nan (p. 75). Les sinologues savent quelle puissante colonie chrétienne s'était développée sur les rivages du Fo-kien, spécialement à Ts'uan-tc/ieou (Tchang-tcheou ^ jHi), le célèbre Zaïton (p. 63) (2).