‹ Nankin d'alors et d'aujourd'hui;Chapitre 80 sur 167 · I. LIEOU PÉ-WEN FORTIFIE LES CAPITALES · texte numérisé non relu

I. LIEOU PÉ-WEN FORTIFIE LES CAPITALES

Alors (10®L. 1368), on recreusa le lac Heou hou et le canal Longf-wan ho f| f^ f^ (près de Koan-ti miao). Pour la première fois (12® L.) Hong-ou sacrifia à la Terrasse Yuen KHeou ^ £. On éleva à Ki-long chan ^ |{ [Ij une terrasse rituelle, destinée à des sacrifices aux mânes des généraux morts à l'ennemi ou pour la patrie, tels que Hou Ta-hai ]§g ^ ^:

En outre, à la fin de cette année 1368, l'empereur fît disposer en public un grand tambour, appelé le Teng-wen kou S |^ |$, sur lequel pouvaient frapper tous ceux qui avaient quelque réclamation urgente à faire parvenir au Souverain.

En quête du vrai mérite, il sut découvrir celui du D"* Lieou Pé-wen $J fjÊf jg, qui, «pour ne point servir les nouveaux maîtres de la Chine, s'était caché, et voulait vivre dans l'obscurité. Comblé d'honneurs, chargé de plusieurs ambassades, conseiller et ministre, il ne délaissa point la littérature, mais il s'y fit un nom durable. «C'est h lui que Ton doit la construction de la ville chinoise, Nan-tch'eng, à Pékin». (Mg^. Favier, Péking, P. 130).

Auparavant, il avait pris une part active au tracé et à l'exécution des nouvelles fortifications de Nankin capitale (1).

Gundry lui prête le projet d'enfermer dans un mur de circonvallation la sépulture dynastique des Ming, au pied du Tse-kin chan, avec les positions voisines, dont l'occupation aurait rendu les assaillants maîtres des Tombes, disgrâce suprême pour un monarque chinois. Telle serait l'origine du Wai-tch'eng ^ J|^, T^ou-tch'eng J^ ^ ou Kouo-tch'eng ^|5 JS» «l'enceinte extérieure» (cf. suprà). Le grand ministre acheva la construction des portes (Koan-yn men Ijj^ ^ P^, Kao-k'iao men iS ^ PI» Kiang-^tong men ÎL^ P5 — )î se réservant de les relier ensuite par des remparts continus, travail qui ne fut jamais qu'imparfaitement exécuté (2). Un nankinois me racontait ces jours-ci que le Prince héritier fut exilé à Pékin par son père, pour avoir raillé le système défensif

(1) On lit sur la carte des tche, «Ville impériale sous les Ming» au coin NE de cette ville impériale : «Enceinte commencée la deuxième année de Hong-ou, 9« lune; terminée la 6* année, 8^ lune.» Le plan porte à cette môme place : Siao-tcheng h\\ ^ \ mais ce n'est qu'une indication, car le dessinateur (ou l'auteur) a manifestement confondu l'enceinte de la ".ville impériale" avec celle de la "ville tartare" actuelle. Au reste, je reviendrai sur la discussion topographique de ce Plan des Tche^ inexact par endroits, inconciliable avec le réel état des choses, alors et aujourd'hui.

(2) Gunâ/ry, Sketches of excursion to... Nan-king... Shang-hai 1879, — Nous avons exposé qu'une digue de terre existe seule. L'auteur donne 67 li, 22 milles (35 Kil. Va ) à la muraille de Nankin, d'après «les mesures relevées par les jésuites.»

Le Mesny's Chinese Miscellany attribue encor: à Lieou Pé-wen des travaux considérables d'endiguement près du lac flbw^r-^se ÇÇ i î dans le bassin de la J3bai ÎbIî la puissante rivière du Ngan-hoei. Aux environs de Li-choei et de Kin-yong^ des reste de canaux magnifiques témoignent du talent des ingénieurs de Hong-oUy et de l'incurie de ses derniers successeurs.

160 cH< k. DYMAsfltt (m*) DIS iciMa^ 13e6<-1644,

Aê la Oftpitald; Il aurait prétendu qull aufait suffi à retitiemi d'établir un fort d'attaqU0 sur la montagne de Tse-hin ûh&n. et que Nankin aurait été contraint de se rendre: ainsi parle la tradition locale.

Dès 1368 aussi, Hong^u avait créé un Collège impérial à Nankin. Ce T'ai^hio Hi^ ffk ou Kouô^têê hio -^ H s'élevait au ]7as de Kt-^min^ se ||| Q| s^, près du site occupé, depuis 1869, par le Koan^'U miao R ^ jj|, la Pagode du dieu de la Ouerre (1). La 15* année de son règne, il y bâtira en outre un temple à Confucius, après avoir sacrifié un boôuf au pédant moraliste. L'édifice fut brûlé sous Kia^k'ing ^ J| (1760-1820) et peut-être relevé à cette date; je n*en ai retrouvé que quelques maigres traCèS perdues dans Therbe. Après la reprise de Nankin sur les T'ai^p'ing ^jj; ^^ on le rebâtit, il y a une trentaine d'années, sur la butte du Tch'ao-t'ien kong, qu'il couronne aujourd'hui. Alors aussi, le KoUO'^tse kien H ^ £^ le Ming^luen t'ang f^ Ht 'St ^^ 1^ Fou-^tëe miao ^ '^ J{| (Pagode de Confucius) formaient une sorte de groupe savant, composé principalement d'un Institut, d'une Bibliothèque et d'Uft Temple (2).

Soucieux du relèvement des études classiques, en inaugurant une nouvelle dynastie chinoise, le fondateur rétablit, en 1369, les collèges de département et d'arrondissement dans tout l'Empire. Ii'annéé suivante, il consacrait par un édit (d'ouverture solennelle ddS concours littéraires d'après le programme qu'il avait lui-même rédigé» (3). A la fin de 1370, il pressait officiellement les grands généraux d'assurer l'instruction de leurs enfants. Tel Napoléon, au milieu de ses victoires (10 mai 1806), lancera le décret de fondation de son Université impériale.

A la l*re lune de 1369, le dieu protecteur des muM et fossés dé Nankin, le rc/i'eng-/ioang ^ 5|, fut canonisé avec quelques autres divinitéii de l'Empire. Dix temples furent érigés aux abords du Pé-ki ko, parmi eux le Kong-tch'en miao ^ S iMi ou pagode des généraux célèbres (cf. infrà). Sur les bords du lac Héou hou ^ iH, on éleva un temple pour les sacrifices au

(1) Ce détail se trouve consigné dans la longue inscription (composée par le viceroi Tseng Kouo-fan^ écrite par son frère et successeur Tseng Kouo-tsHuen), dressée dans la pagode de Confucius, sur le Tch^ao-t^ien kong.

(2) Cf. Croix et Swastika (Var: sin n*3).

Kappelons que, dans certaines grandes villes, le gymnase littéraire où sont inscrits, comme élèves, tous les bacheliers, s'appelle Hio-kong 5p a i PUin-kong î¥ S * H est attaché à la Pagode de Confucius, nommée Fow-^se ?ntao :^ ^ J^) Cheng-miao s J[^ ou Wen-miao ^ Jl^t par opposition à Ou-miao % JW (Koan-ti-miao), la Pagode des militaires. A Péking, le Gymnase ou Collège officiel s'appelle Tai-hio jJC ^ ou Kotw-tse kien. Cf. Var. sinol. Pratique des Examens littéraires^ par le P. Et. Zi p. 9, note.

(3) Lire dans Biot, Essai sur VInstruction publique en Chine, p. 428 et seq. de nombreux détails sur cette ox^anisation.

s 1. HONGh-Ôtl— -ÏRAVAtJX iPt&LIGd. 467

dieu des chevaux (1). Alors enfin on commença dans la pagode de T^iert'kiai se 3^ 5?^ ^, à gauche sur le chemin de T'ai-p*ing foU) près du tombeau de Song Tcfi'eng $[c J^» 1^ rédaction des annales officielles de la dynastie des Yuen (2)7

Impuissant comme nous à pénétrer Tavenir, Hong^ou nomme, la 3® année de son règne (1370), Prince de Yen ^ (Pékin), Tchôu Tai^Jjgl^, son 4® fils, que ses rares qualités allaient tant illustrer sous son titre de règne Yong-to :3C Kl (3)* Suta et Li Wên^tchon^ rentrent à Kien-k'ang (11® L. 1370); le Souverain va les recevoir jusque sur les rives du Yang'^tse et les comble de faveurs trè« méritées, titres, honneurs et apanages ert biens-fonds.

Pour remercier les dieux, il offre de nouveaux et solennels sacrifices aux mânes des officiers et soldats tuéS à l'ennemi. Alors aussi fut mis à mort le ministre rebelle Yang Hien j§^ ^ (cf. infrà). Le Tch'eng-hoang miao ift Pi J^ fut achevé et l'on bâtit la sallç Fong*^sien tien ^ ^ JK* Hong-ou y préside Texamen des bacheliers en 1371. Alors enfin et les années suivantes, on répara les murailles de la capitale. L'empereur, à la l^re lune de 1372, se rendit à la pagode de T'aUp'ing hifig-kouo se ^ zp, ^ P ^ (Ling-kou se), pour y honorer publiquement les poussahs ; le lendemain il organisa un divertissement. Une fête de nuit, pour ses mandarins, sur les eaux de la TsHn Hoai,

Le Temple de tous les rois et empereurs fut construit à KUming chan et il y sacrifia l'année suivante. Il projeta aussi de bâtir sur la butte de Che^tse chan ( dominant Hia-^ioan) xxti Pavillon appelé Yué-kiang leou K 2C S» ^^^^ les travaux ne furent même pas commencés. Toutefois, ce Yué^kiang leou avorté conquit une grande renommée, grâce à une composition du lettré Song Lien ^ J|È, qui, sur l'invitation de l'empereur, décrivit la situation pittoresque de cette colline.

Aux premiers mois de 1375, Hong -ou dédia auprès de iîCiming chan, un Temple Spécial à 108 généraux de mérite morts à son service. A la première lune de la seconde année de son règne, il avait lui-même déterminé leur place dans ce Kong^tch'en miao.

Voici, d'après l'abbé Delamarre (op. cit,) l'ordre de ce classement (nous respectons l'orthographe de l'auteur).

(1) Pékin possède encore le sien, où l'Empereur envoie sacrifier à des dates déterminées par le Calendrier oMclel,

(2) Cf. Catatogue de la Soc. asiat. de Chang-hai. ''Bitual services during the Mmff dynaaty" 10 vol.

(3) A la 1*" lune de 1.378 «l'Empereur créa Princes cinq de ses fils.» Tch^oen ff^i prince de Chou S ' ^^ ffi ' prince de Siang ftH î Koei ^ » prince de Yw JR î Yn |5|» prince de Han )||| î Tché fla » prince de Wei fÇ î plus tard, Koei changea son titre pour celui de Tai Tv » Yn pour celui de SouM'i Tché pour celui de Liao jS' Delamarre. p. 65.

v'VU-i

'È-^"^.. ii

s I. HONG-OU. MORT DE l' IMPÉRATRICE, 1382. 169

des moissons, aux fleuves et aux montagnes (1).

Des fils de mandarins militaires furent désignés pour suivre les cours de l'École nationale de Kouo^tse kien H -? S brillamment recrutés (2). •

Durant l'hiver de 1377, un tigre (panthère?), entré en ville par le Han-si men, mordit plusieurs personnes.

A la 11® lune de cette année, sacrifice impérial au Ciel et à la Terre dans la salle Fongsien tien $ 3fe -K-

Pendant une audience matinale de l'Empereur aux mandarins locaux (l^re 1. 1378), la cloche du palais se rompit en deux morceaux, aux premiers coups des tintements. Présage funeste, qu'on parvint, semble-t-il, à conjurer.

L'année suivante, Hong-ou se composa une sorte de Conseil d'État, à voix consultative, formé des notables de Nankin.

L'année 1380 débuta par la révolte, promptement étouffée, du ministre Hou Wei-yong ^ '^ JM^ bientôt condamné à mort. La ibudre tomba en été sur la salle Kin-chen tien iS ^ >^*

Par ordre impérial, on cessa alors les travaux du palais Wang fou 3£ JjJ, appelé aujourd'hui le Kieou-wang fou ^ ï /JJ.

Malgré les mille soucis absorbants de ses expéditions militaires, Hong-ou ne laissait point refroidir son zèle pour l'instruction publique. Un décret (1^^^ i, 1381) prescrivit aux fils des princes d'aller étudier à l'École nationale du Kouo-hio g ^. Quelques mois après, on construisit au bas de Ki-ming chan (3), le nouveau collège du Kouo-tse kien g ^ ^, qu'on agrandit encore en 1384. L'ancienne école du Kouo-hio, sise au bord de la Ts'in hoai, ne fut plus que l'école régionale de la préfecture Yng-Vien fou m^ M^ (8' 1- 1381.)

L'empereur ouvrit l'année 1382 par un banquet aux mandarins dans la salle Kin-chen tien (cf. supra.) Les chroniques relatent qu'on entendit pour la première fois la musique complète en 9 couplets (iô ffl :ft. ^ 1^0

Ma-c/ie ^ 5^, l'impératrice régnante, qui exerçait un si heureux ascendant sur son époux, mourut âgée de 51 ans, 8® lune de 1382. Elle fut enterrée au ifiao ling ^ g^, (Hoang ling Nankin.) au 45® jour après sa mort de Huit ans auparavant (11® 1. 1374), à Toccasion de la mort d'une de ses femmes

(1) Ce dernier temple était probablement celui dont il reste quelques vestiges à la sortie de Hong-ou men. Cf. Croix et swastika p. 231, où, par inadvertance, et sur la foi d'autrui, je l'ai pris pour une rotonde. Il était rectangulaire comme les autres.

(2) L'histoire se répète : «La volonté de Napoléon I est qu'il soit fait choix de cinquante familles par département, dont les fils, âgés de 16 à 18 ans, devront du jour au lendemain entrer à l'École militaire, sans autre raison que tel est le bon plaisir impérial.»

C*« d'Haussonville. Réponse au Disc, de récept. à l'Académie française, de M. Albert Vandal — Dec. 1897.

(3) Site actuel du Koan-ti miao.

170 GH. 1. DTOA8TIB (jJLl*) DIS MIN&, 1368^1644.

nommée Suen ^ JK ^^ Hong^ou avait publié le Hiao^tse lou ^ % iK ou «Registre de la piété filiale.» Cet ouvrage, ce code rituel, renferme et promulgue les règlements du deuil pour tout l'Empire. (Delamarre, op. cit.)

L'impératrice défunte fut nommée Hiao-^tse ^ ^ «pieuse et clémente». Ses obsèques eurent lieu à la 9" lune de 1382. «Tous les princes, relate l'Empereur Kien-long ^ m, s'y rendirent. Avant qu'ils repartissent, l'Empereur ordonna qu'il fût donné à chacun d'eux un bonze pour réciter les prières, et avoir soin du culte de Foyy. Le bonze Tao Yen Ji[ Ifî (1), attribué au Prince de Yen ^, le futur Yong-lo, se lia dès lors intimement avec lui. (cf. Delamarre, op, cit., qui traduit Téloge de M&^che),

Cette année même, Hong^ou, à l'imitation de T'ai^-t^ou j|c jjj£, le fondateur des Song 5|^, envoya l'académicien Ts'ai Yuen et d'autrêâ mandarins, faire une enquête dans toutes les provinces sur l'état des sépultures impériales, en vue de les restaurer et d'y rétablir l'usage des sacrifices habituels. On lui adressa des rapports sur trente-six de ces tombeaux dynastiques (V. Appendice). Il prit immédiatement des mesures pour remettre le tout, sépultures et sacrifices, dans un ordre convenable, (de Groot, p. 229.) îti^^Mft^ïBI*-

Au cours de l'année 1383, le grand Temple de la sépulture impériale que se construisait Hong-ou (au Hoang llng actuel) fut achevé. Il fut solennellement inauguré par un sacrifice qu'offrit alors dans ses murs l'héritier présomptif |66 ^X iC *?? entouré des princes du sang (de Groot, ibid.)

GÉNÉEAUX DE IIONG-OU.—SA MORT.

Cependant, les événements survenus aux confins de l'Empire avaient épargné à Su Ta, à Li Wen-tchong et à leurs collègues la tentation de s'amollir longtemps dans les délices de cette Capoue nankinoise. Le premier avait été réexpédié au nord, pour achever la conquête du Liao-tong ^ )g ; des difficultés imprévues la retardent, et on le fait appuyer par Ma Yun ^ g et Yè Wang H g£, qui lui amènent des renforts par mer (1371.) On réduit pour un temps les pirates du Fou-kien, ravageant la côte sud-est.

L'année précédente (5® 1. 1370), était parvenue à Nankin l'heureuse nouvelle de la victoire remportée à Pékin sur les Mongols (Yuen). En action de grâces, l'Empereur alla sacrifier au

(1) Tao Yen Ja ffif devenu grand conseiller du prince Yen ^ ( futur Yong-lo ^ ÇJS) changea son nom en celui de Yao Koang-hiao fSz >R ^*

I II. atifiRAfis Dfi uom^ov. 171

Ciel sur la Terrasse du midi, et au temple dynastique du T'ai

^^ao ik JE-

Triomphant partout ailleurs, Hong-ou eut plus péniblement raison de ces insurgés du Fou^kien. L'on dut organiser contre eux (1371) une formidable expédition. Fou Yeou-té ff ^ fil» généralissime des armées de terre, et servi par quelques-uns des meilleurs généraux, si souvent nommés dans ce tableau historique, obtient enfin des succès décisifs.

Su Ta, à la tête de 400.000 h., poursuit Hong Pao-pao ^ ^ ^ en Tartarië, et le défait en mainte rencontre. Le vaincu ne mourut qu'en 1375.

Les années suivantes, la lutte se concentre au nord: les ofïîoiers de Hong^ou y restent à la hauteur de leur tâche difflcultueuse, tandis qu'une double tentative contre le Vun-tian, en 1372 et 1375, aboutit à un double échec. Les généraux Wang wei 3Ê |t et Ou Yun :^ ^ y succombent.

Ma Yun et Yé Wang sont fortement pressés, au Liao-^tong, par Na-haUtch'ou Jjft ^ {IJ, général des Yuen. Puis, les troubles recommencent au Chen-si g)^ |f ; Teng Yu ^ ^ ei Fou Yeou^té 19 ^ IS y défont les Mongols. Des hordes insoumises et remuantes s'agitent aussi au T'ou-fan (ïf f| c. à d. au Thibet (1377) sur la frontière du nord-ouest; Mou Yhg jifc ^ marche contre elles.

En 1381, ce sont les Yuan qui nécessitent une nouvelle et lointaine expédition au nord du Hoang ho. Hong-ou, de Nankin, organise et dirige, avec un rare coup d'œil les mouvements de ses troupes sur l'échiquier de son Empire ; il entend réduire enfin le Yun-nan par les armes ; il y envoie Fou Yeou-té j^ j^ %, qui disposant de 300.000 h., remporte plusieurs victoires chèrement disputées (1382).

Sous ce généralissime. Se distinguèrent au Fun-nan, contre le général Mongol Taiima ^^]Sii ^^^ ^^ ]Ê3Êî honoré du titre «Marquis de Yùng^tch'ang heoum ^ ^ ^, et Mou Yng ^ ^, honoré aussi du titre «Marquis Se-p'ing heou» |f ZjS ^ (1). De cette époque date la pacification progressive du pays; mais l'assimilation définitive de cette province peu chinoise, ne s'accomplit que plus tard, et non sans heurts.

La frontière ouest du Se^tch'oan se soulève à son tour. La gloire des Ming franchit pourtant les limites de leur empire: le roi de Corée «envole rendre hommage et payer tribut» (1383.)

Kong No ^ Sft, descendant de Confucius, reçoit en 1384 le titre héréditaire de Comte, Hing^cheng kong ^ ^ g». En 1374 (Delamarre, op. cit.) on construira un temple à Confucius, dans la ville de KHu-f^ou ^ ^, sa patrie ; et 1397 verra l'achèvement, dans l'école nationale du Kouo*-tse kien^ de la pagode élevée au

(1) Infrà Ou San-koei ^ ^ ^- Les Miao-tse "ffiT ■? et les Lolos ^ ^ sont encore réfractàires â cette aèsîffiîlàtiôh. Ct. E. ttcôhôî*. tuhnan. p. 176.

célèbre philosophe. Non loin de là, au sud de Ki-ming chan JP Ri lll> on avait élevé, en 1394, le temple funéraire de Cheout'ing heou ^ i^ ^ (Koan-yu) de la dynastie des Han (Ph. I et p. 41.) Vers la fin de 1386, on construisit les portes T'ong-tsi men ^^ f^ , TsiU'pao men ^ ^If P^ , San^chan men H llj P^ ^t Hong-ou men ^ Jlg P^, là où elles figurent sûr le plan actuel de la ville. D'alors aussi datent les murs qui endiguaient le lac Heou hou au nordouest. Nombre d'édifices publics, de ponts, de rues, remontent à cette époque.

L'année suivante on construisit aussi au midi de Ki-ming chan les temples funéraires de tous les mandarins, morts au service de leurs souverains, dans les temps précédents; par exemple Tsiang Tse-wen ^ ^ ^ sous les Han ; Pien K^oen -|C ^ sous les Tsin; Lieou Jen^chen glj t Ift ^^^^ ^^^ ^*^^ T'ang: Tsao Pin Ifl 1^ sous les Song; Fou Cheou fj^ ^ sous les Yuen.

En 1388, Tincendie dévora le temple de tous les rois et empereurs et les pagodes THen-kiai se J^ ^ ^ et Neng~jen se |g ^ ^ subirent le môme malheur. En outre la foudre frappa deux fois le Hong-ou men.

En 1391 l'Empereur invita les riches familles à venir se fixer dans sa capitale, magnifiquement embellie par ses soins.

L'intrépide Li Wen-tchong, cousin germain de Hong-ou, et, après Su Ta, son plus ferme appui, était mort en 1384. Deux ans plus tard, Na-ha^tch'ou rentre en campagne avec plusieurs centaines de mille hommes. Hong-ou lui oppose des troupes plus aguerries, équivalentes en nombre, et rangées sous les ordres de Fong Cheng ^ J|p, de Fou Yeou-té ^S ;^ ft ®* ^® ^^'^ ^^ 3Ê H- Harcelé sans répit, Na^hà-tch'ou mit bas les armes et fut créé Comte, conformément à la prévoyante politique du vainqueur. Pourtant Lan Yu eut encore à lutter les années suivantes (1388) contre les Mongols, qui, défaits coup sur coup au nord, et insoumis, n'interrompent guère leurs escarmouches contre les Chinois. Hong^ ou nomme donc (1390) Fou Yeou-tè généralissime de ses troupes en Tartarie, et, sous lui, ses deux fils, les princes de Tsin et de Yen, qu'il distribue sagement en deux corps d'armées différents. Malgré les succès du prince Yen, la campagne s'éternise ; elle rend même urgente une contre-marche offensive, à l'ouest vers H ami.

Le roi des îles Lieou-kieou ^ ^ envoie (1393) ses fils et ses frères cadets étudier au Collège impérial de Nankin. Nous présumons qu'il en avait reçu l'invitation spéciale.

L'année 1392 est assombrie par le trépas de l'héritier de l'Empire, Tchou Piao :3cMî très justement populaire, et rentré à Nankin cinq mois auparavant (Delamarre). Il fut surnommé ^ ^ «le Bon, l'élégant.» L'Empereur convoqua au palais les grands mandarins. «Le D*^ Lieou San-ou 59 H © ^^** ^® petit-fils de l'Empereur est de la légitime Impératrice, le vrai héritier de

s II. MORT DE PIAO, FILS AÎNÉ DE HONG-OU, 1392. 173

TEmpire. L'intention de l'Empereur fut aussitôt déterminée (1).

La liste des Tombeaux des diverses dynasties indique comme reposant au Hoang ling ^ g^ (Ming Kao ti Hiao ling BQ ^^ ^ ^): Hong-ou, sa femme Hiao-ts^e Hoang^heou Ma che ^ © M J5 et leur fils l'Wen t'aUtse ^ 35C ic ^•

L'Empereur fit enterrer Ma heou ji| JS" (9® 1. 1382) et son fils aîné, morts de son vivant, à l'endroit choisi pour sa sépulture; un tertre immense (triple jadis au sommet, dit E.T. Williams, unique aujourd'hui) y recouvre les trois cadavres, réunis dans ce cimetière dynastique. Hong-ou, qui réduisit de 27 mois à 27 jours «le temps qu'on mettait à pleurer les parents défunts, porta pendant trois ans, contre la coutume, le deuil de l'aîné de ses fils, le père de Kien-wen ti (Hoeiti), son successeur immédiat, (cf. du Halde, I^ p. 444.) D'autres estiment, conformément à la tradition, que le cadavre de Piao ^, l'héritier présomptif, le fils aîné de Hongou et de Manche, fut déposé à l'est du Hoang ling, hors de l'enceinte funéraire, là où des alignements de bases de colonnes prouvent l'existence d'assez vastes constructions, (cf. de Groot, p. 1267, op. cit.)

La mort prématurée du jeune prince (25® année du règne, 4® 1.), six ans avant qu'il pût succéder à son père, devait amener les plus graves conséquences pour la dynastie des Ming, le pays de Nankin, et même pour la Chine entière; on^en jugera en son lieu, nHong-ou déclara prince héritier l'aîné des enfants de celui de ses fils (c. à d. de Tchou Piao) qu'il avait désigné son successeur avant sa mort. ' Cette disposition déplut à quelques-uns de ses autres fils, qui aspiraient à ce rang, et fut la cause de grands troubles» (2). La dignité de prince héritier fut dévolue à Hoei ti M îfî (c'est-à-dire Kien-'wen ti) fils de Piao^ auquel il devait

(1) Delamarre, op. cit, p. 106. Cf. 1392. 9« lune ^^-^"iCJJÏÏi^^^B!

(2) De Mailla, X. p. 98.— Cet historien mentionne à peu près tous les fils du fondateur. Après Tchou PiaOj l'aîné et héritier défunt, venaient le Prince de TsH^i ^ et celui de Tsin, puis Tchou Tai ^ ^ (aliàs Yong-lo ^ |j|) envoyé en 1370 à Pékin, comme Prince de Yen, et enfin les titulaires des principautés de nMing, Siang, Tsi, Tai, Chou, Tcheou, Pé, Po, Koei....n Certains auteurs donnent 12, d'autres 16 fils à Hocg-ôu.

Delamarre, relate «en 1391, 4« lune, la nomination de dix fils de l'Empereur comme Princes.» Choang iRÇ (nom posthume Min ^) second fils de l'Impératrice, reçut en 1370 le titre de TaHn wang ^ ^ "Roi de TaSw" et se rendit huit ans après à Si-ngan fou, centre et siège de son Gouvernement. Il mourut en 1395. Au 15« siècle, l'un de ses descendants répara le monastère où l'on transporta (1625), lors de sa découverte, la "Stèle (syro-chinoise) chrétienne de Si-ngan fou" . (cf. Var-sinol. n® 12.. p. 54.)

A la 7® lune de 1391, l'empereur confia à Tchang Tsong-tsiun et à quelques autres bacheliers, l'instruction de son petit-fils, l'héritier au trône Tchou Yun-wen '2^ ^fCk JS plus tard Kien-wen Hoang-ti 9I& 5C M W » 2« des Ming. D'après Delamarre (1385) Su Ta était gouverneur en second du Prince Impérial.

assigner plus tard le titre éphémère d'Empereur Hiào-k'ang $^^] cf. de Groot pp. 1067, 1178.

On se rappelle peut-être qu'en 1392, Lan Fu J|g ^ avait dirigé une campagne secondaire contre les Mongols, sur les confins occidentaux du Se-fc/i'oan. Victorieux et récompensé d'un titre de Comte, Liang'-kouo hong f^H^i lî accusa l'Empereur de méconnaître ses services. Hong-ou condescendit alors à le nommer T'ai'Che -j^ ^ «grand tuteur» impérial. Ce titre avait suffi à Su Ta: Lan Yu le dédaigna et se répandit en invectives. Prévenu de plusieurs crimes, entre autres d'avoir fomenté une révolte, il fut arrêté. Au cours de l'enquête, l'ingrat mécontent impliqua nombre d'officiers dans ses projets séditieux, réels ou supposés. On les condamna à se suicider; lui seul fut livré au bourreau (1393, l^rejune.) Quinze mille personnes périrent à cette occasion, et par ces rigueurs Hong^ou compromit à jamais son renom de clémence (de Mailla),

En 1395, il envoie contre les Mongols, en Tartarie, l'énergique et habile prince de Yen, qui leur inflige de sensibles défaites. Le futur Yong-lo préludait à sa destinée prochaine.

Le fondateur des Ming s'était entouré, on Ta constaté, d'une pléiade de capitaines et hommes de guerre, dont, à l'exemple des plus fameux conquérants, il sut démêler les aptitudes, discipliner l'activité, exploiter les talents, et centraliser les efforts. En fait, plusieurs réalisaient le type, peu chevaleresque, du soudard chinois, pour qui un stratagème n'est souvent qu'un manque de parole. Il fut, en 1369 (4* lune,), profondément affecté par le trépas d'un de ses meilleurs généraux : «La mort de Tch-ang Yu^toh'oen '^ jH #, écrit de Mailla, fut une grande perte pour les Ming; c'était sans contredit le plus brave et le plus intrépide de leurs offîciers. L'Empereur nomma Li Wen-tchong ^ ^ ^ pour le remplacer» (1).

Il perdit encore, en 1384, ce même général Li Wen^tchong, son proche parent, mort à l'âge de 46 ans et l'un de ses plus précieux auxiliaires; fidèle ouvrier de la première heure, le défunt était devenu son favori, son ami. Des talents et goûts littéraires s'unissaient en lui aux quçilités de l'homme de guerre incomparable. Hong-ou l'avait fait Comte sous le nom de Ts'ao-kouo kong V S &* après sa mort, «il le créa Prince de premier ordre, sous le titre de KH-yang wang j^^ |^ £: il composa lui-même son éloge, qui fut gravé sur son tombeau, et il fit mettre son portrait dans une salle construite auprès de celle des ancêtres de la

(1) De Mailla, X. p, 30. — Voir aussi De Groot, The religioita System of China (Vol. II, book I, p. 698), qui cite un décret de Hong-ou (1369) au sujet de la tombe de ce Tch^ang YU'tch^oen ^ iQ ^ • C'est celle dont les débris, mandarins et animaux de pierre, jonchent les environs (sud-est) du camp T'in^-Aoei ^ ^) établi sur une butte à la sortie de T^ai-pHng men ^ ^ P J ' an bas des contreforts sud-ouest de Tchong chan.

Page 1