‹ Nany à la fenêtreChapitre 4 sur 6 · MI LUE AU JARDIN · texte numérisé non relu

MI LUE AU JARDIN

Milite au j a r di n

Pour Mère.

E me suis assise à la fenêtre ouverte et j’ai regardé Millie.

vJ Le crépuscule venait; j’entendais la petite bonne parler wallon, dans la cuisine, et le rire frais de Jacques. — Autour de moi, c’était la douceur des prés verts; une grande nappe d’herbe coupée de haies, avec des arbres en fleurs, toute une rangée de bouleaux, comme des bouquets blancs au chemin d’une mariée. Et puis, faisant ceinture, des bois de sapins et de hêtres dominant tout le reste, avec des maisonnettes étagées

et roses, dans les dernieres réverbérations du soleil. Le chat dormait, couché en rond, sur le toit du poulailler,, et un merle trillait au loin une mélancolique chanson de nuit... Rien autre ne troublait le silence.

Dans le jardin, sous moi, Millie trottinait en parlant ; sa petite figure mutine toute barbouillée de jus de réglisse. Elle allait, avec des grâces ingénues, sa toute petite robe blanche laissant nus ses jambes rondes et ses bras potelés. Et un attendrissement me prit à la voir si mignonne et si drôle dans le grand charme d’une nuit tombante, s’arrêtant pour parler aux fleurs, pour faire, sur toutes choses, des réflexions adorables. Elle allait, la bouche entr’ouverte, à petits pas précieux, ses cheveux blond-pâle et blondd’or emmêlés sur ses joues. Une mèche plantée droite au milieu du front lui donnait l’air d’un délicieux petit clown.

0 petite tête',., petite âme ignorée!

Millie trottait dans le jardin; elle avait une main vide et fermée, dans l’autre, du pain où elle mordait. — Elle parlait toute seule : « O la belle » fleur!... Tiens! Minet qui dort...

» Millie est bien contente, Millie a pris » la belle fleur pour bonne-maman ! »

— Je regardais Millie cueillir délicatement la pensée, en caresser le velours, et puis, marcher avec mille précautions pour ne pas salir ses « zolies » bottines ; unir sa jupe entre le pouce et l’index ! — quel petit pouce et quel petit index! — élégamment, comme une vraie dame.

Millie marchait toute seule dans les allées, et tout autour de Millie le printemps mettait des choses vertes et douces... C’étaient des pommiers, des gazons neufs, des petites plantes que l’hiver avait engourdies et qui revêtaient leurs robes de beaux jours... Le

jardin semblait un royaume et que Millie en fût la fée. Sa petite robe blanche apparaissait tantôt au commencement d’une allée, tantôt à la fin, ainsi qu’une colombe qui se pose à peine.

Fée-Millie s’en allait, pensive, par son petit royaume. Peut-être la paix du soir entrait en elle, car elle s’arrêtait en silence et songeuse sans qu’on pût savoir à quoi elle songeait... peutêtre aussi la joie de vivre, car elle riait soudain, avec de grands éclats d’argent... Peut-être était-ce le bonheur, peut-être l’oubli? Fée-Millie négligeait son pain : elle ne mangeait plus ; elle regardait en haut... Et fée-Millie soupirait parfois lourdement, comme une personne qui a bien des soucis.

Millie s’arrêta au bout du jardin ; elle regarda les bois de l’horizon... elle regarda le grand ciel; l’Immensité ne l’effrayait point. — Elle était toute petite devant l’Immensité; elle lui sou-

riait, la regardant en face. — Enfin elle s’arrêta, lasse sans doute, devant la porte basse ; elle appuya la tête sur son bras, son bras sur le loquet, et elle demeura ainsi, rêveuse et les .yeux demi-clos, et le soir doux tomba sur elle.

Oh ! ce qu’elle fut ainsi jolie, jolie Millie, fée-Millie aux yeux clairs! Elle avait sur elle le charme de la nuit descendante et des premières étoiles. Elle fut si belle et ravissante que, pris d’amour, les poiriers frisonnèrent et qu’une pluie de pétales blancs, de pistils d'or, de choses tièdes et parfumées chut légèrement sur ses cheveux qu’elle embauma... Et fée-Millie se pencha sous la pluie d’avril, avec une mollesse de toute sa petite chair, rêvant, sans doute, aux caressantes blancheurs d’une aile de chérubin, et son rêve palpita dans ses prunelles troublées...

Passa le chéribun qui l’avait fait rêver, et du haut de son aile il baisa ses

paupières... Et les paupières, alors, s’abaissèrent comme un voile. — Des oiseaux voloterent autour de Millie...

elle ne bougea pas; sa petite main s’ouvrit le pain tomba et les oiseaux du ciel le vinrent becqueter.

Et sous les arbres protecteurs, tandis qu’on l’appelait au lointain d’une allée, fée-Millie demeura endormie, gardant accroché, au coin des paupières, un peu d’or et un peu d’azur.

L ’ É VE J LLEU R

L'Éve illeur

A Camille Lemonnier.

Au haut d’une colline, dans un gentil village, un petit homme, un jour, vint jouer de la flûte.

C’était un drôle de petit bonhomme tout jeune encore et beau malgré ses membres grêles et ses joues creuses; pâle, avec de grands yeux pleins de tristesse, un front où les veines traçaient un enchevrêtrement de fils bleus. Il était vêtu bizarrement de culottes de velours noir, d’une blouse blanche et d’un grand col à pointes; sur sa tête, un chapeau rond avec une longue plume de paon, et, à ses pieds, des souliers

rouges comme ceux des enfants de choeur.

Le village où il vint était, lui aussi, un singulier village; l’herbe des prés était d’un vert tout pâle, les arbres à sommets très ronds ou pointus, l’eau des ruisseaux d’un bleu d’azur... Chaque maison était blanche avec un toit rose tendre et des volets roses; chacune était petite et propre, tout étincelante au soleil. — Les habitants eux-mêmes étaient des êtres simples et naïf; les femmes portaient des bonnets, des tabliers blancs à bavette courte qui les faisaient ressembler à de petites filles jouant à la grand’mère ; elles se divertissaient en écoutant chanter l’eau d’une source ou le vent dans les arbres, etles hommes aimaient à danser avec elles, au clair de lune, dans les soirs de printemps : Tous étaient bons, et pleuraient et riaient facilement.

A la fin d’un après-midi de Mai, le

petit joueur de flûte entra dans le village. Il monta silencieusement la colline, et quand il fut en haut il s’assit ■sur un tronc d’arbre renversé et commença doucement à jouer de sa flûte.

Les premiers qui l’entendirent, furent ■deux petits garçons qui pêchaient à la ligne derrière le mur d’un moulin, et dans leur étonnement ils manquèrent choir dans l’eau, — puis une bande de fillettes occupées à jouer au volant, et qui accoururent, la raquette en l’air; enfin vinrent une maman, son bébé sur l’épaule... trois gamins à chapeaux énormes, se tenant par la main... Un homme qui venait du champ avec sa charrue et ses boeufs; et tous s’alignaient au bas de la colline sans oser s’approcher trop.

Les yeux levés au ciel, le petit bonhomme jouait comme s’il eut été seul; les sons de sa flûte étaient doux et perlés, tour à tour tendres et plaintifs,

semblables à la voix d’un rossignol chantant au fond d’un bois ou au vent soufflant dans les épis — : « Ecoutez l disait cette voix, je viens de loin vous parler de choses mystérieuses.

« ... Le clair de lune brille, la nuit, sur l’eau qui reflète des visages étranges.

« ... Un petit pâtre est sorti et erre silencieusement avec ses moutons...

Mais riez! c’est printemps et les pommiers fleurissent eux aussi; — l’aile du moulin tourne au vent... les papillons volent en se disant d’étranges choses.

« Ecoutez bien ce que je vous révèle du pays de là-bas,.. »

Tous écoutaient, les yeux en l’air, dans une grande émotion. Des enfants lâchèrent leurs gerbes de fleurs... Une femme se mit à pleurer tout-à-coup....

Et la flûte du petit homme disait :

« Au bas de la colline, le village, avec ses maisons roses et ses arbres

vert pâle et ses prairies aux fleurs d’étoiles... cueillez les étoiles des prairies!... Mais dans la prairie un long chemin blanc coule comme un fleuve vers là-bas! l’or pleut dans la plaine... le soleil est rouge sur le bois ; les ciseaux de lumière s’envolent... le pays merveilleux s’éveille à la voix de ma flûte... »

Peu à peu d’autres personnes s’étaient jointes aux premières; les femmes sortaient de leurs maisons, des hommes abandonnaient leur travail... Enfin, le village entier fut au bas de la colline, immobile, retenant son souffle, tandis que le petit bonhomme jouait, les yeux au ciel. Il ne resta plus qu’une vieille, la plus vieille du village; elle avait cent ans et ne voyait plus bien clair... Elle demeura assise dans un coin de la cabane; vers la nuit, elle regarda par la fenêtre et, apercevant vaguement la foule au bas de la colline songea : « De

grands oiseaux se sont abattus sur le village. » Et elle eut peur.

Le petit homme joua jusqu’au soir.

Quand la nuit commença à devenir épaisse il déposa sa flûte dans l’herbe et regarda à ses pieds. Tous tenaient les yeux fixés sur lui dans un étrange silence mais devant son regard, ils se dispersèrent lentement, sans rien se dire. Les enfants s’égrenèrent dans les chemins, s’attardant à regarder l’eau couler et frémissant au moindre bruit; les femmes et les hommes se serraient la main sans parler. Le petit homme sourit mélancoliquement et s’endormit, le visage vers le ciel.

Le lendemain et les jours suivants, le petit homme ne quitta pas la colline.

Il regardait le ciel et la prairie en murmurant des paroles douces dans une langue inconnue... parfois il regardait très loin, là où personne ne voit.

Quand le soleil se mettait à baisser au ciel, il prenait sa flûte et jouait, et tout le village entourait le mont. Les abeilles et les papillons arrivaient par nuées voltiger autour de lui; quelques-uns se posaient sur son front et ses épaules... Il jouait sans rien regarder, les yeux au ciel. Chaque matin un grand oiseau blanc s’abattait sur la colline et déposait sur ses genoux un fruit étrange qui était sa seule nourriture; personne n’osait l’approcher, jamais on ne parlait de lui.

Tous en avaient crainte et respect.

Un soir la flûte eut des sons si divins que toutes les âmes tremblèrent :

— « Ecoutez, disait-elle, les colombes reviennent de voyage et s’envolent vers là-bas... Le chemin est long et doux, les colombes voltigent dans les branches des arbres... Des chants mystérieux font défaillir les cœurs; les têtes

se courbent l’une vers l’autre... Là-bas les épis d’or sont hauts, le temps de la moisson est venu, les filles aiguisent leur faulx d’argent. Les roses du rosier seront bientôt fanées et leur parfum se perd dans l’herbe. »

Quand il déposa sa flûte, un sanglot sortit de la foule : Il l’entendit et croisa les bras sur son cœur.

Ce soir-là, le petit homme ne se coucha pas pour dormir. Il demeura debout, les yeux au ciel, les bras croisés sur son cœur. On entendait des pompes grincer, le bruit des sabots sur la route, et des portes claquer à distance... Les abeilles et les papillons s’étaient abattus en cercles autour de lui... Les fenêtres des cabanes s’allumèrent puis s’éteignirent : la nuit profonde était venue; la lune se leva...

Alors une femme se glissa d’une chaumière et se mit à monter lentement la colline.

Le petit homme l’entendait monter en gémissant, et son cœur battait sous ses bras en croix. Quand elle fut en haut, elle s’arrêta à quelques pas de lui, toute frissonnante et jolie, dans rayon de lune. Elle avait joint aussi les bras sur sa poitrine et la tête baissée doucement attendait. Il alla vers elle, il lui prit la main...

Alors elle leva les yeux, et pendant un moment, tous deux se regardèrent en silence. — Mais la femme, tout à coup, tomba sur ses genoux et se mit à pleurer...

< Petit joueur de flûte, je ne sais ce que tu m’as fait : j’aime et je souffre de bonheur... Veux-tu jouer de ta flûte pour moi seule, cette nuit, et je danserai sur la colline? »

Sans répondre, le petit homme prit sa flûte et joua. La femme aussitôt se mit à danser dans l’herbe; elle tourbillonnait, puis se balançait comme un

épi au vent, les cheveux envolés, semblable à une grande fleur vivante : elle tenait son tablier blanc des deux bouts, et la lune y versait des rayons.

... Elle tomba, roula dans l’herbe, se releva et dansa encore... ses yeux étincelaient; enfin, épuisée, elle se laissa glisser aux genoux du petit homme implorant : « Petit joueur de flûte, laisse cela, je t’en prie; mon cœur est amoureux. Veux-tu me garder près de toi? Je serai ta femme et je danserai, la nuit, au clair de lune. » Et elle lui baisait les genoux et pleurait dans ses mains ouvertes.

Le petit homme sourit mélancoliquement.

Au point du jour, la femme desendit et retourna chez elle, pendant toute la journée elle s’occupa comme à l’ordinaire, mais la nuit elle revint et dansa sur le mont... Chaque jour elle était paysanne dans sa chaumière, et chaque

nuit elle dansait au son de la flûte, des rayons de lune dans son tablier comme la fée des lumières blanches.

Quand elle était épuisée de fatigue, elle se couchait aux pieds de son maître et lui baisait les mains : Mais lui la regardait tristement, sans rien dire.

Elle fit ainsi des nuits et des nuits, puis, soudain, elle devint inquiète...

Elle semblait toujours attendre quelque chose et interrompait sa danse pour agiter son mouchoir vers le long chemin blanc qui traversait la prairie et se perdait au loin. Une fois, elle dit au joueur de flûte : « Petit homme de mon âme, je ne sais ce que j’ai; mon cœur est comme un veilleur qui regarde vers la mer ; quelque chose m’attire que je ne vois pas encore... « Danse ! » dit le petit homme. Il jouait de sa flûte, les yeux au ciel, et elle dansa... Son corps se tordait gracieusement,

son cou ployait; elle était comme un grand lys dont les pétales se baisent en frissonnant; ses longs cheveux flottaient autour d’elle avec des caresses brûlantes... Le petit homme la regardait et jouait de plus en plus vite, sa flûte éperdue avait des accents de détresse et de pitié, mêlés à une joie divine et la femme sanglotait.,. Elle dansa jusqu’à l’aube, pleurant et riant, les bras en croix sur son cœur.

La nuit suivante, pour la seconde fois quelqu’un monta lentement la colline. Le petit joueur de flûte attendait immobile, et la femme attendait aussi... C’était un homme du village; il se laissa tomber à genoux devant le charmeur et, lui baisant les mains, lui parla avec des sanglots : « Petit joueur de flûte, je ne sais ce que tu m’as fait : mon cœur a faim et soif ; laisse moi danser ici, je te prie, au son de ta flûte; je serai ton frère et je ne te quittera plus. »

Le petit homme sourit tristement, et, prenant sa flûte, il joua.

La femme regarda l’homme, et l’homme s’avança vers elle et lui prit la main, et ils dansèrent ensemble. Ils étaient beaux et gracieux, leurs pieds ne touchaient pas le sol... Tout à coup, l’homme tira son mouchoir et l’agita vers le chemin. « Pourquoi agites-tu ton mouchoir ? » demanda la femme. L’homme répondit : « J’ai vu, là-bas, un petit clocher... Mais toimême tu agites le tien? — « J’ai vu une flèche d’argent sur le clocher, »

dit la femme.

Leurs mouchoirs battaient l’air comme des ailes de papillons blancs... Us dansaient, enlacés, la lune les baisait au visage ; toujours dansant ils descendirent la colline... Le petit joueur de flûte, maintenant, ne voyait plus que leurs têtes... puis leurs mains croisées au-dessus de leurs têtes... Enfin

ils disparurent dans le chemin blanc.

Alors le petit homme jeta sa flûte et se coucha dans l’herbe, le visage vers le ciel.

L’un après l’autre tous les habitants du village montèrent la colline et vinrent danser au son de la flûte. Il y avait des mamans qui arrivaient en tenant leur bébé dans les bras... L’une avait un tout petit accroché à sa robe, et qui traînait un cheval de bois; une autre une fillette qui, se croyant partie pour un long voyage, avait voulu emporter sa poupée; une autre un angelet rose, les bras noués autour de son cou. Les hommes vinrent aussi, invinciblement attirés par la flûte merveilleuse. Chacun disait en arrivant :

« Petit homme de mon âme laissemoi rester avec toi... Je serai ta femme... ou ton frère, ou ton amie; je ne te quitterai plus. » Mais chacun finissait par descendre le mont en dansant

et on ne le revoyait plus... Quelquesuns partirent seuls, mais le plus souvent ils s’en allaient à deux, les bras entrelacés, le regard perdu...

Un soir, on n’entendit aucun bruit dans le village.

Le petit joueur de flûte monta sur le tronc d’arbre et regarda en bas :

Tout était immobile; les petites maisons roses semblaient assoupies dans le soleil couchant... Çà-et-là un volet battait doucement contre un mur, aucune fumée ne montait des cheminées. Dans les chemins déserts des troupeaux de brebis abandonnés erraient en bêlant. Alors, voyant cela, le petit homme prit saflûte etjoua pour la dernière fois...

«Adieu, adieu! » disait-il, « voilà que vous montez le long chemin fleuri, jusqu’à là-bas, dans le pays enchanté où les étoiles parlent à ceux qui les écoutent...

« Allez! les brebis bêlent, ce soir, dans les chemins, mais, là-bas, des brebis plus blanches vous attendent...

L’amour a fleuri dans vos cœurs...

l’amour a semé des violettes sur la route... Aimez-vous !... Aimez-vous !...»

Il joua longtemps, les yeux attachés au ciel, et si doucement que les arbres frissonnaient à l’entendre. Les abeilles et les papillons, en cercles autour de lui, agitaient leurs ailes frémissantes : Quand il eut fini, il se tourna vers eux, leur soufflant un baiser :

— Adieu, dit-il, vous aussi mes petits amis, et puissiez-vous longtemps voler libre dans la lumière...

Eux se mirent à pleurer leurs petites larmes d’insectes, et l’un dit :

— Ne nous quitte pas, nous sommes plus fidèles que les hommes... Et si tu pars, reviendras-tu?

Le petit homme sourit mélancoliquement et descendit la colline.

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Comme il sortait du village, il vit la vieille femme, la plus vieille, celle qui avait cent ans, et la seule qui ne fût pas venue à lui. Jusqu’à elle aussi, pourtant, les sons de la flûte merveilleuse étaient arrivés, mais elle était si vieille, si vieille, qu’elle les entendait comme d’un autre monde. Quand le petit homme fut tout près d’elle, elle lui mit une main sur le bras :

— Belle âme, dit-elle, ils t’ont laissé seul, toi qui a fait leur joie, et que t’ont-ils donné en récompense?

Le petit joueur de flûte s’arrêta et, tirant de son sein un splendide collier de perles dont chacune reflétait le ciel entier, il le montra à la vielle et dit :

— Ils m’ont donné leurs premières larmes d’amour... Je les ai recueillies dans mes deux mains ouvertes; j’en ai fait un collier que je porte sur mon coeur, plus beau que tous les rêves. Je suis l’éveilleur, l’éternellement seul;

j’éveille les cœurs et je dis le chemin des pays merveilleux... »

— Et moi, rêva la vieille, ils m’ont abandonnée; qui me conduira dans ce pays ? »

— La Mort, dit le petit homme.

Et il partit sans se retourner.

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