CHAPITRE VIII
Joie des Napolitains, après le départ des troupes françaises. — Impopularité de Ferdinand , de sa famille et de sa cour. — Souvenirs de la Grèce et de Rome. — Masaniello et la statue de Jupiter Stator. — Les satires et les chants du peuple. — Réouverture des clubs. — Le Moniteur napolitain. Les théâtres. — Harangues populaires. — École politique des lazzaroni. — L'Évangile en patois napolitain. — Le père Benoni. — Deuxévêques et la république. — L'archevêque de Naples et le cardinal Ruffo. — Cuoco et Ghampionnet. — La France et les réactionnaires napolitains. — Société des amis des lois. — Commission des censeurs. — Les républicains jugés par un chanoine. — Haute cour militaire. — Le calme de la mort. — Prise d'Altamura par les insurgés. — Mort de Spinelli. — Exploits de l'abbé Pronio. DelÛco. — Le ministre de la guerre et le trésor public. — La duchesse de Cassano et la duchesse de Popoli. — Préparatifs contre les insurgés. — Société républicaine. — Loyauté des aristocrates. — Un émigré français assassin par vertu. —Attentat contre le corps législatif. — Fête de Saint- Janvier. — Le cardinal Ruffo et la liquéfaction. — Progrès des insurgés. — Fureur du peuple contre le ministre de la guerre. — Conduite patriotique de Manthone. — Bons résultats de la clémence. — Trahison et déloyauté du duc de Roccaromana. — Scrupule et dévouement de son frère, Nicolas Caracciollo. — Conspiration des frère Bâcher. — Les propriétés royales déclarées biens nationaux, et mises en vente.— impuissance de la lutte contre l'armée rebelle. — Espérances et projets de la contre-révolution. — La patrie est en danger. — Un commandant de château vendu à l'ennemi. — Imminence d'un engagement suprême.
Si les Napolitains avaient montré une certaine joie
quand les soldats français s'étaient simplement tenus à l'écart, leur enthousiasme fut porté jusqu'au délire lorsqu'il n'y eut plus d'étrangers que dans les forts. La tyrannie néanmoins gagna peu à ces jubilations. Les réactionnaires continuaient leur œuvre ténébreuse, mais ils se trouvaient forcés à plus d'adresse que jamais. De toutes parts, ce n'étaient que clameurs contre le dernier roi. Pas un citoyen ne portait le nom de Ferdinand, sans qu'il demandât au gouvernement l'autorisation de le changer. On lui substituait aussitôt le nom de quelque républicain célèbre de l'antiquité. C'était à qui s'appellerait Timoléon, Harmodius, Aristogiton, Brutus, Cassius, Caton. On se fût cru, non àNaples, mais à Rome ou dans la Grèce d'autrefois.
Chaque jour, chaque heure, voyait paraître des milliers d'écrits contre l'ancienne cour. On évoquait l'ombre de Masaniello; on faisait parler le Lebeto, si célébré par les poètes; on mettait en scène le géant de Palazzo, c'est-àdire l'antique statue de Jupiter Stator, placée tout près du palais du roi. Les satires prenaient toutes les formes, et revêtaient tous les styles. Mais c'était toujours la tyrannie, ou les vices des grands qui en étaient le sujet. Au lieu de ses chants accoutumés, le peuple n'entonnait plus que des couplets contre la cour et les ministres. Les clubs s'étaient rouverts; et la conduite du roi et celle de la reine y étaient jugées sans ménagement. La presse avait toujours été vive, elle devint passionnée. Le Moniteur napolitain , par la plume d'Éléonore Fonseca, traitait le cardinal Ruffo de chef d'assassins, et lui annonçait les plus terribles châtiments. Au théâtre, on De voulait plus entendre de pièces indifférentes ; parterre et loges n'avaient d'oreilles que pour les tragédies d'Alfiéri. Les spectateurs commentaient, interprétaient,
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amplifiaient la parole ou les sentiments de l'auteur. Quelquefois, au milieu d'une scène, on voyait tout à coup un spectateur se lever, interrompre l'acteur, et débiter, aux grands applaudissements de la salle, des maximes de l'antiquité en rapport avec la situation présente . Sur les places publiques, il n'était pas jusqu'aux femmes qui ne haranguassent le peuple. Les patriotes étaient exaltés, les aristocrates conspués. Des sociétés démocratiques se fondèrent de tous les côtés. On érigea une école, ouverte jour et nuit à tous les venants, pour l'instruction polititique des lazzaroni. Le moine Michel -Ange Ciccone, traduisit l'Évangile dans le patois napolitain, et adapta à la démocratie toutes les maximes chrétiennes. Les curés et les simples prêtres prononçaient des sermons sur les mêmes doctrines. Un religieux franciscain de Bologne, le père Benoni, homme de grande éloquence et d'une instruction solide, établit sa chaire sur la place Royale, devant l'arbre de la liberté. L'œil ardent, le geste irrité ; d'une main tenant un crucifix, de l'autre appelant les colères, Benoni accablait de ses attaques le roi, sa famille et tous ceux qui tenaient à la monarchie. Le peuple vivait plus en un jour qu'il n'avait autrefois vécu en un siècle.
L'évêque Noël, et l'évêque de la Torre, dans leurs mandements, menacèrent de l'excommunication ceux qui ne se soumettraient pas aux lois de la République. Le cardinal archevêque de Naples « ordonna que dans « les prières de l'Église, le nom de République remplaçât a celui de roi ; et, ce qui paraîtra plus fort, il déclara « que les ennemis du gouvernement qu'on venait d'é- « tablir, et ceux qui machineraient sa ruine, ne poura raient obtenir l'absolution, excepté au cas de mort, ainsi « que tous ceux qui, connaissant des conjurés et des
«r dépôts d'armes, n'iraient pas les révéler au gouver- « nement. Il annonça ces punitions dans une lettre pasci torale, qu'il envoya dans tout le royaume en qualité de « primat. Il démentit les proclamations de Ruffo, ïapa pelant un scélérat, un imposteur, l'ennemi de Dieu et de a V État 9 qui, au nom d'une religion de paix, prêchait la a révolte, le pillage et la mort, et l'excommunia, ainsi que a tous les siens. Pendant ces altercations, les personnes « pieuses ne savaient à qui des deux cardinaux il fallait a obéir, pour ne pas encourir les censures; mais généraa lement la piété et les droits de l'archevêque de Naples lui a donnaient la supériorité sur son adversaire (1). »
Quel jugement sur le cardinal Ruffo pourrait paraître sévère, après celui du cardinal archevêque de Naples?
Postérieurement à la mort de Championnet, le Napolitain Cuoco écrivait ces mots, rapportés par le général Colletta, dans son Histoire du royaume de Naples : a 0 Chama pionnet! maintenant tu n'existes plus; mais ta mémoire a recevra les hommages dus à ta fermeté et à ta justice ! a Qu'importe que le Directoire ait voulu t'opprimer? Il a n'a pu t'avilir. Tu es devenu depuis l'idole de notre na- « tion. » Et plus loin : « Le rappel de Championnet fut a un malheur pour la République napolitaine. »
Ces sentiments étaient partagés par tous les patriotes sincères, et qui jugeaient d'après leurs propres inspirations. Il s'en fallait même que Championnet fût l'objet exclusif de leur culte; la France avait une grande part à leur reconnaissance. Comment pouvait-il en être autrement? Les hommes sages et droits ne savaient-ils point que, sans les Français, Naples aurait encore gémi sous la tyran-
(I) Mémoires pour servir à l'histoire des dernières révolutions de Naples. Édit. cit., p. 116-117.
nie de Ferdinand ? Les réactionnaires, dans leur perspicacité, l'ignoraient moins que personne ; et c'est précisément cette conviction qui les rendait hostiles à tout ce qui, de près ou de loin, nous touchait. Pour ne pas se trahir, la faction royaliste avait du procéder avec beaucoup d'art et de ménagement ; mais à mesure qu'elle voyait grandir sa puissance occulte ; à mesure que les dupes devenaient plus nombreuses , et les masses plus inflammables, les attaques contre la France et les Français, prenaient, toujours par intermédiaire et sans qu'on vit la main qui faisait mouvoir, un caractère plus audacieux. Grâce à l'habileté, à la persistance des manœuvres liberticides, les Napolitains vont maintenant se montrer coupables de la plus noire ingratitude. •
La Société des amis des lois était la plus nombreuse de Naples. Elle ne comptait pas moins de huit mille affiliés. Ses membres s'attribuèrent le droit de surveiller le gouvernement et ses employés. Ils commencèrent par jeter de la défaveur sur tous les fonctionnaires français, et ne lardèrent pas à demander qu'ils fussent exclus de toutes les charges. Pour que la République n'eût que des agents sans tache, la réunion proposa ensuite d'établir « une « Commission de censeurs, chargés d'examiner, un à un, a les talents et la conduite des membres du directoire a et du corps législatif, avec la faculté de casser et de « punir selon les circonstances, et de proposer des ina dividus capables et incorruptibles pour les remplacer. 0 Le gouvernement approuva ce projet; et, suivant le a vœu de la Société, il nomma le chanoine Luparelli « d'Ariano, avec cinq autres personnes qui, après avoir « pris les plus amples informations, renvoyèrent ceux qui « leur parurent suspects, et présentèrent pour les remc placer des citoyens plus dignes d'un tel emploi. »
L'exclusion des Français était une tentative odieuse ; mais le projet de commission méritait des éloges. Malheureusement, pour que la mesure put porter ses fruits, il eût fallu certaines conditions qui se rencontrent rarement, et d'autres qui ne se rencontrent jamais. Il aurait fallu d'abord pouvoir trouver des hommes infaillibles, pour juger avec certitude ; il aurait fallu ensuite que les censeurs fussent eux-mêmes incorruptibles ; enfin il aurait fallu que la passion pût ne jamais se mêler aux jugements. Outre ces considérations, il nous paraît que le choix d'un chanoine pour examiner des républicains, n'offre pas, généralement, toutes les garanties possibles d'impartialité. Mais peut-être que le citoyen Luparelli d'Ariano était un chanoine, comme il n'y en a pas; et que les réactionnaires, en excitant les amis des lois à le présenter, étaient mus par les sentiments les plus purs et les plus démocratiques !
Pour juger les délits de lèse-nation, on établit une haute cour militaire, sous la direction du célèbre avocat Vincent Lupo. Une haute cour composée de militaires pour juger des crimes, ou de prétendus crimes d'État : il n'y a que les réactionnaires de Naples, pour avoir de ces idées !
Moyennant ces diverses mesures, on était parvenu à faire un moment le calme de la mort, lorsqu'on reçut la nouvelle de la prise d'Altamura par les insurgés. La ville avait vaillamment résisté; mais il avaifïallu céder au nombre. Tous les hommes qui n'avaient pu s'enfuir furent égorgés ; les femmes violées, ensuite tuées ; les enfants massacrés; les moines eux-mêmes soumis aux plus barbares traitements. C'étaient les exploits ordinaires des soldats de Ruffo. On apprit également la défaite des troupes républicaines au pont de Campistrino, la mort
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deSpinelli et de tous les siens, l'arrivée de Sciarpasous les murs de Falerne. L'abbé Pronio, dans l'Abruzze, avait soulevé tous les peuples jusqu'à Gaëte, coupé les communications avec Rome, mis à mort tous les patriotes, dépouillé et massacré les voyageurs qui avaient osé s'aventurer sur son chemin. Un membre du Directoire, Delfico, qui se rendait à Naples pour y exercer ses fonctions, n'échappa au terrible prêtre, devenu assassin et voleur, qu'en se réfugiant dans la place d'An cône.
Le ministre de la guerre, Manthone, ne manquait pas de bonnne volonté pour opposer une digue au torrent, mais le trésor public était vide. Deux femmes, aussi remarquables par leur beauté qu'elles étaient renommées pour leur patriotisme, s'offrirent à ouvrir, sous la protection du gouvernement, une souscription destinée à recevoir les dons volontaires. La duchesse de Cassano et la duchesse de Popoli, allèrent de maison en maison peindre les besoins de l'État. Elles parvinrent à recueillir une somme assez considérable pour organiser et entretenir trois légions. Ces légions furent formées des vieilles troupes royales, auxquelles on adjoignit quelques patriotes. Le calabrais Schipani commanda la légion qui davait marcher contre Sciarpa; le duc d'Andria, à la tête d'une autre légion, fut opposé à Pronio ; et Belpussi, ancien adjudant de Bonaparte, marcha, avec la troisième légion, àja rencontre de Ruffo. Le départ de ces corps, dont chacun prit le nom du pays où on l'avait formé, ramena un peu de calme dans la cité, tant on espérait les voir battre l'ennemi.
Cependant une nouvelle société s'était formée, sous l'inspiration d'Antonio Salfo. Elle tenait ses réunions à Sainte-Lucie, dans l'ancienne Académie des nobles. Les membres de cette association professaient les principes
de Robespierre ; mais « quelques aristocrates et quel- « ques royalistes s'y glissèrent : c'était le moyen de mieux « déjouer leurs projets. » (\) L'aveu est d'autant plus précieux à recueillir, qu'il émane d'un royaliste.
L'abbé de Montgaillard rapporte, avec détails, l'histoire très-curieuse d'un gentilhomme émigré, rentré en France par ordre supérieur, et qui se lit remarquer, dans les Bouches-du-Rhône et ailleurs, par son jacobinisme effréné. En 4 81 4, il demanda publiquement la récompense des services qu'il avait rendus à la cause royaliste, et produisit des certificats d'où il résultait qu'il avait fait arrêter plus de trois cents individus, et entraîné la condamnation à mort d'une soixantaine d'autres. Il dit : « J'ai « exécuté les ordres que l'on m'a donnés ; je me suis « sacrifié pour le salut de la monarchie ; j'avoue ce que « j'ai fait, et je m'en glorifie, parce jjue tous les moyens « sont légitimes quand il s'agit de servir une cause sa- « crée. J'ai joué le rôle d'un forcené jacobin ; lorsqu'on « criait arrête, je criais tue. Il le fallait pour tout désor- « ganiser. J'ai rempli loyalement, et au péril continuel de « mes jours, la mission qui m'avait été donnée ; j'en de~ « mandé la récompense (2). »
Déjà, le même auteur avait dit : a Bailly n'était pas « condamné pour avoir proclamé la loi martiale, mais « pour avoir proclamé le serment du Jeu de Paume. Les « comités faisaient exécuter contre lui la sentence, mais « elle avait été prononcée en pays étranger. L'on a vu (3),
(1) Mémoires pour servir à l'histoire des dernières révolutions de Naples. Édit. cit., p. 122.
(2) L'abbé de Montgaillard, Histoire de France, édit. cit., t. IV, p. 182 (note).
(3) C'est la formule qu'emploie habituellement l'auteur, pour exprimer que c'est lui-même qui a vu.
« entre les mains de Camille Desmoulins, alors fanatique a admirateur et complice de l'incorruptible Robespierre, « l'on a vu une liste de proscription envoyée à ce dernier a par un personnage de l'émigration. Les noms les plus a respectables y étaient dénoncés; les personnes les plus « remarquables par leur attachement aux principes con- « stitutionnels y étaient inscrites ! Deux condisciples de a Camille Desmoulins au collège de Louis le Grand, qui « existent encore et qui jouissent d'une haute réputation « de loyauté, ont vu aussi ces listes de proscriptions expéa dièes de l'étranger, et l'on pourrait ici invoquer leur « témoignage, si l'honneur ne faisait un devoir de taire « leurs noms (i). »
Nous avons cru devoir faire ce rapprochement entre ce qu'un monarchiste dit de Naples et ce qu'un monarchiste a dit de la France, avant de raconter quelques faits dont les vrais moteurs pourraient bien n'être pas de grands partisans de la république.
a Le corps législatif s'était d'abord occupé de l'abolition des droits féodaux, et avait rendu une loi aussi avantageuse pour le peuple, que ruineuse pour les barons. Elle portait que, en outre de la perte de tous les droits et privilèges attachés à la féodalité, ils devaient représenter les titres de vente de bois et de défense (2) qu'ils possédaient, étant à présumer qu'ils n'en jouissaient qu'en vertu de l'usurpation faite dans les temps du despotisme baronnal; elle portait encore que dans le cas où les titres ne seraient pas reconnus valables, ces biens seraient partagés entre les indigents des pays respectifs où ils étaient situés, pour indemniser ces malheureux de la tyrannie
(1) L'abbé de Montgaillard, Histoire de France, t. IV, p. 161.
(2) Défense, pâturages communs où le baron usurpait la suprême autorité sur les citoyens qui y avaient le même droit.
qui les avait si longtemps accablés ; et que de plus tous les procès pour lors existant entre les barons et les sujets seraient jugés en faveur de ces derniers ; car il était à supposer que, sans une raison évidente , ils n'eussent point osé intenter un procès à leur seigneur. Quoique la majeure partie de ceux qui sanctionnèrent ce décret possédât des fiefs, elle n'hésita point à préférer le bien public au bien particulier, ayant pour but d'attacher à la république tous les habitants des campagnes, que flatterait infiniment une loi aussi avantageuse pour eux.
a Cette loi ne passa cependant qu'après quelques oppositions. Pignatelli de Monte-Leone et le marquis Bruno de Foggia la combattirent avec force. Ce fut un délit impardonnable aux yeux de la société patriotique, qui, dans le soir même, à leur séance, les accusèrent d'aristocratie. La proposition fut approuvée; tous les frères jurèrent d'égorger les deux représentants s'ils ne perdaient pas leur place. Le président Salfo envoya Louis Serio, poète célèbre, avec Vincent Rossi, pour les accuser devant le corps législatif. Cinq cents jacobins, armés de poignards, et prêts à frapper les accusés, si l'on ne leur accordait ce qu'ils demandaient, accompagnaient ces députés. La séance fut déclarée permanente jusqu'à leur retour. Les représentants allaient se séparer, lorsque les satellites leur intimèrent Tordre de se rassembler de nouveau. Les accusateurs introduits dans la salle, et le palais entouré de jacobins armés, ils exposèrent, dans un discours pompeux , les accusations les plus frivoles. Pignatelli s'était rendu coupable en s'élevant, pour ménager ses propres intérêts , contre une loi juste et nécessaire; il entretenait des correspondances en Sicile, et enfin il était parent du dernier vice-roi. Bruno avait envoyé dans la Pouille des lettres propres à alarmer les
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esprits, et qui avaient excité le soulèvement de quelques pays ; ( ils en présentèrent l'original, et il ne contenait que le véritable état des affaires ) . De leur propre autorité, ces avocats officieux accusèrent le ministre de la marine, Doria, qu'ils taxaient de lâcheté, pour avoir demandé sa démission, et un passe-port pour Genève : lui reprochant d'avoir voulu , par l'effet de la peur, abandonner la république, qui l'avait employé avec tant d'éclat. Ils demandaient que les deux premiers fussent destitués, et traduits à la commission militaire, pour y être jugés suivant la rigueur des lois ; quant au troisième, qu'on pouvait lui accorder sa démission , mais non un passe-port, parce que s'il fallait mourir, sa lâcheté ne le sauverait pas. L'accusation finie, ils se retirèrent, attendant la résolution du corps législatif, dont la discussion fut si orageuse, qu'il fut prêt à demander une légion de la garde nationale, pour être libre dans ses délibérations. Mais, par amour de la paix, les trois accusés offrirent spontanément leur démission, et se jetèrent dans les bras de leurs assassins, afin de leur prouverqu'ils ne gardaient aucun souvenir de ce qui venait de se passer.
« Le succès de cette violation de la liberté du corps législatif, ne fit qu'enhardir les jacobins à de nouvelles entreprises, et ils s'arrogèrent le droit de nommer à ces places vacantes, quoiqu'il appartînt à la Commission des censeurs. Pour éviter les fureurs d'une guerre civile on céda. Us nommèrent le président de leur société, qui refusa, et deux lazzaroni, jouissant, parmi la populace, de la réputation d'hommes à grands talents (1). »
Placé sous l'influence de la réaction, le peuple de
(1) Mémoires pour servir à l'hisloire des dernières révolution* de Naples. Édit. cit., p. 122-127.
Naples avait peu secondé le comité révolutionnaire. Il montrait aussi quelque hésitation relativement au gouvernement lui-même. Pour savoir s'il devait Papprouver sans restriction, et défendre avec lui l'État contre les révoltés, le peuple avait besoin de connaître l'avis de saint Janvier. En ce moment, la majeure partie du clergé montrait un véritable patriotisme. Il vit avec bonheur arriver le jour où il pourrait faire servir la superstition des lazzaroni au triomphe de la liberté.
Trois fois par an, le sang de saint Janvier est exposé à la vénération des fidèles. Présenté par un prêtre, à un moment donné, devant la tête du saint, ce sang est supposé entrer en liquéfaction , si l'ombre du personnage dont on prétend qu'il est sorti, n'est point irritée contre la ville de Naples, les entreprises qu'on médite, ou les changements qui ont prévalu. Le prodige est célébré avec toute la pompe des vieux âges. Le peuple l'admet avec délices, et toujours avec le même étonnement. Lorsque le miracle se produit, la joie la plus folle règne dans la ville. Les cloches sonnent à grande volée, les tambours battent, le canon tonne, la garnison parade. Des fusées s'élèvent dans l'air, des coups de pistolet sont tirés, des pétards éclatent sur tous les points. C'est, d'un bout à l'autre de Naples, un bombardement général. La confusion s'augmente par les cris de joie des lazzaroni, fanatiques du bruit et des feux d'artifice. Le sang liquide est porté parles prêtres, à travers les «places, les quais, les promenades et les rues. Au moment où il passe, personne ne manque de s'agenouiller. Mais, un quart d'heure ^près, cette foule immense qui vient de rendre hommage au patron de la ville, ne songe plus qu'à manger et boire, à chanter, danser et se réjouir.
Une des trois fêtes en l'honneur du saint se célèbre
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dans le mois de mai. Le peuple attendait avec la plus vive impatience le jour fixé pour la liquéfaction du sang, afin de savoir si le patron de Naples approuvait le gouvernement des patriotes. Ce jour parut enfin. Le gouvernement qui était sûr du miracle , les prêtres lui étant favorables, eut soin de donner à la cérémonie un éclat encore plus grand que de cojitume. Il est triste de voir des républicains recourir à des supercheries qu'il faudrait laisser aux monarques; mais il paraît que la politique a ses exigences, quelle que soit la couleur du drapeau. Escortée par toute l'infanterie et toute la cavalerie nationale, la procession fut, en outre, accompagnée par le Directoire et les fonctionnaires publics les plus éminents , tous revêtus de leurs grands costumes. Les patriotes non officiels se fiaient moins que les fonctionnaires aux dispositions capricieuses du clergé qui , d'un instant à l'autre, pouvait changer d'avis. Ils rendirent tous les chanoines du chapitre responsables du miracle, sur leur tête. L'intimidation hâta le phénomène. En moins de deux minutes, le sang était liquéfié. Le peuple éclata en transports délirants.
Toutes ces cérémonies troublaient peu le cardinal Ruffo, qui savait à quoi s'en tenir sur la valeur du procédé. De son côté, le patron de Naples ne se montrait guère jaloux de justifier sa puissance. Belpussi avait attaqué Bénévent, qui se défendait avec fermeté. Au moment où Ton commençait à bombarder la ville , pour forcer les habitants à se rendre, l'armée de Ruffo, grossie par les insurgés de la campagne, vint attaquer Belpussi sur tous les points, le forçant ainsi à diviser sa légion. Les insurgés faisaient une décharge, et s'enfuyaient aussitôt dans les bois ou sur les montagnes, pour revenir ensuite surprendre les républicains. Tout l'avantage était du
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P^l côté des assaillants. On ne pouvait les atteindre dans leurs retraites , tandis qu'ils étaient toujours prêts à harceler leurs adversaires. Découragées par ce genre de guerre, qui rendait inutiles l'expérience et la valeur, les troupes républicaines se replièrent, et Belpussi revint à Naples. Dans l'Abruzze, Andria, également impuissant contre le nombre et la tactique des ennemis, avait dû se renfermer dans la forteresse de Pesciara. Schipani, battu par Sciarpa, n'avait plus de sa légion que des débris. p:j A la nouvelle de tous ces désastres, Naples éclata en M fureurs contre le ministre de la guerre. On lui reprocha |p d'avoir cru trop légèrement au rapport de quelques émir\ grés, qui, pour perdre plus sûrement la république, kj avaient présenté les ennemis comme une poignée de to*î gens indisciplinés et faciles à réduire. On s'indigna que « fl Manthone, dans sa position , eût pu ignorer que la Cala- 'reîj bre seule avait fourni à Ruffo soixante mille hommes; i* que toutes les provinces avaient armé un nombre consik dérables d'insurgés; que les rebelles avaient tiré de Ca- W tanzaro, d'Altamura, de Corfou, une excellente et nombreuse artillerie ; et qu'enfin, il était arrivé de Sicile des officiers pleins de talent, pour discipliner et commander f les bandes.
^ Le danger était pressant ; Manthone ne perdit point le '^( temps à se défendre. Mais, oubliant que ce n'est pas ,eD' précisément à la tête des armées qu'un ministre de la 100 guerre peut être le plus utile, il proposa de marcher en f personne contre les insurgés. Si elle avait peu de sagesse, f la résolution du moins était honorable. Seulement, pour ,fl' commander on a besoin de gens qui consentent à obéir. Au chef il fallait une armée. Or, la défiance et la crainte s'étaient tellement emparées des esprits, que personne ne voulait faire partie de la nouvelle expédition. Il fallait à
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tout prix vaincre cette indifférence. Manthone excita le duc de Roccaromana à former un régiment de cavalerie dans les environs de Naples, et lui fournit à cet effet les fonds nécessaires. Il convoqua tous les émigrés calabrais qui vivaient aux frais de la république. Il les invita à se former en troupes de ligne, à se donner des officiers, et leur confia le château Neuf, au préjudice de la garde nationale, sur laquelle il ne comptait pas suffisamment. Manthone, ensuite, visita la société patriotique, ainsi que les autres clubs de la ville. Il essaya de persuader aux affiliés que le moment était venu où l'on devait substituer l'action aux paroles, sauf à reprendre les discussions quand la république serait sauvée. Ces efforts ne furent pas vains. Une foule de gens que l'apathie avait gagnés, s'enrôlèrent dans les troupes actives, et les Calabrais formèrent un corps d'environ deux mille hommes, composé de nobles, de prêtres et de propriétaires. Ces émigrés, à qui il ne restait plus rien, adressèrent au gouvernement une proclamation, où on lisait : c< Nous ne respirons que « le sang; nous ne cherchons que la mort : la donner ou <c la recevoir est pour nous indifférent, pourvu que la pa- « trie soit libre et que nous soyons vengés. » Le ministre de la guerre , répondit : « Le gouvernement applaudit « aux mouvements généreux de vos âmes, et la répu- « blique qui possède dans son sein des héros comme ce vous, ne peut jamais périr. » Triste illusion !
Au moment du départ des troupes, le gouvernement voulut par un grand spectacle ranimer la population découragée. La garde nationale à pied s'échelonna tout entière dans la rue de Tolède, la cavalerie nationale se rangea sur la place du même nom, et les troupes de ligne prirent position en face du château Neuf. Alors, on vit arriver, entourés d'un corps de cavalerie, et les mains atta-
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chées derrière le dos, les prisonniers faits par les Français à Castel-a-Mare. Les drapeaux pris sur l'ennemi, tout déchirés par les balles et couverts de poussière, furent déposés au pied de Farbre de la liberté. Les prisonniers, pâles et défaits, étaient persuadés qu'on les menait au supplice. On leur annonça qu'ils étaient libres. Ils firent aussitôt retentir l'air des cris répétés de: « Vive la république ! » et se mêlèrent aux soldats pour déchirer et fouler aux pieds les drapeaux sous lesquels naguère ils combattaient. Bientôt peuple, soldats et prisonniers s'écrièrent d'une voix unanime : « Mort aux tyrans! i> L'enthousiasme était revenu. 11 devait être de courte durée ! Le duc de Roccaromana, qui, dans son jardin usurpé et au milieu de son sérail, ne cessa jamais de tramer la perte de la république, avait bien levé le régiment de cavalerie avec les fonds provenant du ministre de la guerre; mais il l'avait levé au nom de Ferdinand, et il était allé le présenter au cardinal Ruffo. Depuis longtemps l'éminentissime lui offrait, par des émissaires, un commandement considérable et le pardon du roi, s'il voulait, par des services éclatants, faire oublier les fautes passées. Il le fit. Indigné de cette trahison et de ce manque de probité, le frère de Roccaromana, Nicolas Caracciolo, se présenta au Directoire, pour demander dans quelle prison on voulait qu'il se constituât, s'il était nécessaire de rassurer le gouvernement sur la famille d'un traître. Que si le crime devait se concentrer sur la personne qui l'avait commis, et que la république conservât sa confiance à Caracciolo, il sollicitait la faveur de lever à ses frais un régiment de cavalerie, pour aller se battre contre ce traître dans lequel il ne reconnaissait plus qu'un ennemi. Il montrerait ainsi qu'il était citoyen avant d'être frère, et il s'efforcerait par sa conduite d'effacer la souillure faite à son nom.
Le Directoire donna l'autorisation, et Caracciolo leva, de ses deniers, un régiment de hussards pour la défense de la république. Ce trait est digne de l'antiquité.
Le lendemain du jour où Ton avait délivré les prisonniers de Castel-a-Mare, Manthone était parti à la tête d'environ dix mille hommes, dont il avait confié la moitié au chef de division Schipani. Le ministre de la guerre avait eu la précaution de laisser dans Naples la légion calabraise, pour défendre la ville, au besoin, contre une révolte possible des royalistes. L'événement ne tarda pas à montrer tout ce que cette mesure avait de sage. Le ministre s'était à peine éloigné, qu'on découvrit une conspiration sur le point d'éclater, « Les frères Bâcher, négociants allemands, avaient organisé une compagnie de lazzaroni et de royalistes, avaient entraîné dans leur parti un grand nombre de gardes nationales, et tout était prêt pour opérer la contre-révolution. (1) » La conspiration fut découverte par une femme de chambre, autrefois au service de Mme de Santo-Felice, et qui révéla tout ce qui se tramait chez ses maîtres. Une perquisition fut opérée chez les frères Bâcher. On trouva dans la maison, des drapeaux, des cocardes royalistes, a et des listes imprimées de ceux qui devaient échapper au pillage qu'ils méditaient. (2) » Les coupables furent traduits devant la haute cour militaire; mais ni promesses, ni menaces ne purent les faire parler. Ils nièrent même effrontément que les cocardes, les drapeaux et les listes saisis eussent été trouvés chez eux. Les patriotes d'un côté, de l'autre les patrouilles de la légion calabraise eurent beau surveiller les maisons, épier les démarches de ceux qui
(1) Mémoires pour servir à l'histoire des dernières révolutions de Naples. Édit. cit., p. 141-142.
(2) Ibid., p. 141.
étaient assurés contre le pillage projeté, on ne fut pas plus avancé. Un religieux franciscain, le père Pistici, se mit alors en tête de tout découvrir à lui seul. Soupçonnant que les moines du petit port, qui obéissaient au fameux Dagio, étaient entrés dans la conspiration, il agit de ruse, feignit d'entrer dans les vues des mécontents, et, au bout de vingt-quatre heures, on le mettait en présence de six mille fusils, de sabres, de baïonnettes, de barils de poudre et de plomb à fondre, destinés au prochain mouvement. Le père Pistici révéla tout au Directoire. On arrêta quatre chefs; mais ils ne parlèrent pas plus que les frères Bâcher.
Le corps législatif ne pouvait comprendre comment une partie du peuple conspirait contre la république, laquelle avait décrété des mesures si favorables à sa cause. Il tâcha de le conquérir par un nouvel acte, qui devait en même temps alimenter le trésor public. Le corps législatif décréta que l'onvendrait les forêts, les maisons de plaisance et les châteaux du roi, déclarés biens nationaux, jusqu'à concurrence de dix-neuf millions de ducats; qu'on ne pourrait acheter ces biens qu'avec des billets de banque ; que les billets seraient reçus à dix pour cent au-dessus de leur valeur nominale, et qu'ils seraient brûlés publiquement, aussitôt reçus. En soi, la mesure était excellente; mais elle venait trop tard. La république allait mourir, on voyait poindre déjà la royauté : qui aurait été assez téméraire pour acheter des biens attribués à la couronne ? 11 ne se présenta qu'un seul acquéreur. Pascal Lagreca acheta le Jardin royal de Sainte-Lucie, dont s'était emparé le duc de Roccaromana, pour l'usage que l'on connaît.
Le projet d'aliénation ayant complètement avorté, le corps législatif abolit la taxe sur la farine. Ici l'on touchait
à des intérêts plus immédiats, et qui n'appelaient point les vengeances : le succès devait être complet. Le peuple
fut extrêmement sensible à la loi. Il en célébra le vote
par des fêtes et des réjouissances effrénées.
Néanmoins, ce qu'il fallait à la république, c'était d'arrêter les entreprises de RufFo. Or, tout le contraire arrivait. Manthone, dans sa marche hardie vers la Pouille, avait d'abord dispersé tous les partis d'insurgés épars dans les campagnes; mais, arrivé en présence du corps d'armée du cardinal, il se vit entouré de forces si supérieures, qu'il fut forcé de se retirer et d'abandonner ses canons. Le ministre rentra à Naples, n'ayant obtenu d'autre résultat que d'encourager Ruffo à serrer les républicains de plus près. Schipani, qui s'était avancé sans obstacle à la rencontre de Sciarpa, apprit en même temps et le départ de Manthone, et la jonction de son antagoniste avec Ruffo dans les environs de Naples. Une telle situation ne pouvait permettre à Schipani même d'opérer sa retraite. Il se fortifia sur une colline près de la Torre, et attendit les ordres du gouvernement.
L'arrivée du ministre de la guerre avait jeté Naples dans la consternation. La ville était bloquée de tous côtés par terre et par mer. Les habitants se trouvaient sans vivres. En rapport secret depuis longtemps avec les Anglais et le cardinal Ruffo, les royalistes commençaient à proclamer hautement leurs espérances, et à prédire, dans des manifestes publics, la fin prochaine de la république. « Pendant la nuit, on marqua d'une croix rouge toutes les maisons qui devaient être livrées au pillage et au feu, et on fit autant de marques noires qu'il y avait de personnes à massacrer dans chaque maison (4). »
(1) Mémoires pour servir à l'histoire des dernières révolutions de Naples. Édit. cil., p. 151.
Pour conjurer le péril, et rendre vains ces projets de dévastation, d'incendie et d'assassinat, les républicains ordonnèrent la levée de tous les hommes en état de porter les armes. Les lazzaroni furent incorporés dans les bataillons déjà existants de la garde nationale. Tous les fonctionnaires ou employés, à l'exception des membres du Directoire, du corps législatif et des quatre ministres, furent inscrits dans la milice. On arrêta plus de quatre mille personnes suspectes. Le frère aîné du cardinal Ruffo, et les parents de ceux qui servaient dans l'armée royale, au nombre de trois cents environ, furent conduits aux châteaux Neuf et de l'Œuf. Ces deux forteresses furent minées dans le dessein de les faire sauter, lorsqu'on ne pourrait plus les défendre. Les sociétés patriotiques se réunirent en un seul corps, prirent les armes, choisirent des officiers dans leur sein, et nommèrent, avec l'approbation du gouvernement, Joseph Writz commandant général.
Ces dispositions prises, le Directoire déclara (5 juin 1799), avec les cérémonies d'usage, que la patrie était en danger. Un tribunal révolutionnaire, nommé par lui, reçut le droit de condamner à mort tout citoyen qui, d'après un procès-verbal, serait convaincu de trahison. Au signal donné, par trois coups de canon tirés des châteaux, tout citoyen non inscrit sur les rôles de la garde* nationale ou dans les registres d'une société patriotique, était tenu de rentrer chez lui. Ceux qui enfreindraient les prescriptions, et qu'on trouverait en armes, seraient arrêtés, désarmés et fusillés, comme ennemis de la patrie. Un quatrième coup de canon indiquerait l'heure à laquelle on pourrait sans danger sortir de chez soi. Les gardes nationaux, les patriotes, les ministres, les membres du corps législatif, et les directeurs eux-mêmes qui négli-
géraient de se rendre à leur poste dans les moments voulus, devaient être exécutés militairement. Megeant, commandant à Saint-Elme, parut seconder les mesures des patriotes. Dans une proclamation qu'il fit, le 6 juin, il menaça de bombarder la ville, au moindre mouvement que ferait le peuple, selon les ordres et les instructions que lui avait laissées son général, a Mais les royalistes sali voient bien qu'il était vendu au cardinal Ruffo, et en cona séquence, ils étaient parfaitement tranquilles » (1). Tous les anciens officiers de l'armée royale, qui avaient refusé de servir la république, furent mis en état d'arrestation. Enfin, de peur que les détenus voulussent profiter de ces alarmes, pour tenter une évasion, augmenter le désordre, et se livrer au crime, on plaça des barils de poudre sous toutes les prisons. C'était montrer aux condamnés que le plus léger mouvement pourrait leur coûter cher.
Ainsi, dans les divers camps, tout semblait annoncer l'imminence d'une lutte suprême ; et réellement on touchait à un moment décisif.