SONT ENCORE PLUS EXÉCRABLES
« Une politique fondée sur la peur ramènera seule la « cour de Naples à des principes moins iniques et moins « désastreux. A la nouvelle de la victoire de Marengo, a elle redoutera que les éclats n'en réjaillissent jusqu'au « pied dû Vésuve ! Elle fera d'humbles, de basses négo- « dations pour fléchir le courroux du vainqueur ; mais a elle n'entrera qu'en dépit d'elle dans les voies de la a modération ; il lui restera, d'ailleurs, si peu de victimes a à frapper, après en avoir immolé plus de vingt mille ! « Quel gouvernement, grand Dieu ! que celui des adorait teursdu sang de saint Janvier ! » (1)
On pourrait croire exagéré ce tableau, tracé de la main d'un royaliste, ancien émigré; on va voir qu'il est amoindri. Passons à la seconde autorité.
a Les Français ne se furent pas plus tôt retirés, que le a cardinal Ruffo, le confident de la reine Caroline, parut « avec une armée de soixante mille Calabrais, pour a mettre fin à ce court règne de liberté.
« Par le commandement d'une femme infâme (infa- « mous woman) , protégée par une flotte anglaise, sous « lord Nelson , Naples fut prise d'assaut et livrée, pen- « dant six semaines à la rage et à la convoitise de pillage a de ses pires habitants, et à l'armée demi -sauvage des « Calabrais. Le cardinal Ruffo vit avec horreur les énor- « mités qui étaient commises (2). Mais il était incapable « d'arrêter la fureur de ses soldats, car la reine avait dit
(1) L'abbé de Montgaillard ; Histoire de France, édit. cit., t. V, p. 218-220.
(2) On remarquera que l'auteur, quoique protestant, innocente le cardinal Ruffo, que l'abbé de Montgaillard accuse, de complicité. C'est une garantie d'impartialité pour le reste du récit. Quant à l'innocence du cardinal, l'auteur des Mémoires cités a montré, par des détails, ce qu'il en fallait croire.
a que tous ceux qui, dans Naples, étaient au-dessus du a rang d'un avocat ordinaire devaient mourir. (The queen « had said that every one in Naples, above the rank of a « commun lawyer must die).
« La Magdeleine fut un lieu d'effroyables horreurs. a Ici, de jeunes filles et des enfants, des vieillards et des a femmes furent égorgés sans distinction. Toute pera sonne qui s'était fait remarquer par le rang ou l'édu- « cation fut immolée par les lazzaroni et les Calabrais, a La fleur de la population napolitaine fut anéantie. Deux a cents palais furent pillés, d'innombrables ouvrages a d'art détruits, et quarante mille êtres humains, que le a cardinal Ruffo avait, avec difficulté, arrachés aux bour- « reaux, languirent et moururent en prison. (And forty a thousand human beings, whom cardinal Ruffo had « with difficulty rescued from the executioners, lan- «guished and died in prison.) Environ cinquante triet bunaux, présidés par des voleurs et des assassins (by « robbers and ruffians), siégèrent avec une solennité « burlesque (mock solemnity), pour condamner un peuce pie ianocent à la mort. Quiconque avait un ennemi a parmi les galériens était sacrifié (every one was sacrifi- « ced who had an enemy amongst the galley-slaves) ; et a les amis de la liberté furent fusillés en rangs, de sang- « froid, par leurs vainqueurs. Vingt-quatre mille person- « nés furent ainsi tuées, pillées ou emprisonnées.
« Il est inutile de répéter l'histoire d'une triste exécu- « tion, qui eut lieu d'après le conseil d'un guerrier ana glais, laquelle jette une sombre obscurité sur un nom « anglais qui a une grande renommée dans les annales a de notre pays.
a Ferdinand regagna son trône ; mais on ne peut at- « tendre que les Napolitains, si volages qu'ils soient,
« puissent jamais oublier avec quelle insouciance le sang a de leurs parents et de leurs amis a été répandu pour « maintenir les Bourbons sur le trône de Naples (1). »
De telles citations seraient aflaiblies par des commentaires. On doit se borner à livrer les faits aux méditations du lecteur. Le parti royaliste, qui a quelquefois l'audace de se poser en accusateur des démocrates, n'aurait, pour être sage, qu'à lire les annales de la monarchie.
Les Français qui occupaient le fort Saint-Elme avaient capitulé le 11 juillet (1799), et s'étaient retirés. Ferdinand retourna à Palerme, après avoir nommé le prince de Cassaro, capitaine général et vice-roi de Naples, au lieu et place du cardinal Ruffo. Capoue se rendit le 28; Gaête,le 30. Au commencement d'août, tout le royaume était rentré sous l'autorité de Ferdinand. Les insurrections partielles, qui se déclarèrent plus tard, manquant d'appui dans le royaume, furent étouffées; et la tyrannie pût, de nouveau, déployer tout à l'aise ses brigandages, ses spoliations et ses fureurs.