‹ Naples, 1130-1857Chapitre 19 sur 35 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Développement du Carbonarisme. — L'Italie partagée en provinces. — Républiques d'Hirpinie, de Daunie, etc. — Ce que sera le Carbonarisme en 1820. — Ferdinand et Caroline s'appuient, sur les Carbonari. — te prince Moliterni. — Mural et les patriotes italiens. — Comment les tôles couronnées reconnaissent les services. — Le Génois Maghello. — Bruits sur l'intérieur de Murât.

— Causes supposées des mésintelligences.—» Une lettre violente de Napoléon. — Réponse de Marat. — Désaffection du peuple napolitain pour son roi. — Conduite bizarre de Joachim. — Alliance du roi de Naples avec l'Angleterre et l'Autriche. — Projet d'affranchissement de l'Italie.— Appel fait à Murât. — Incertitudes de Joachim. — Son brusque déparVpour l'Allemagne. — Effets sur les patriotes de sa subordination à l'empereur. — Tiraillements de la Sicile. — Patriotisme du clergé. — Accord remarquable du Parlement. — Complots de la reine. — Énergie de lord Bentinck.

— Le ministre Belmonte et le roi Ferdinand.— La Favorite bloquée. — Conditions imposées à Ferdinand par lord Bentinck. — La petitesse des grands. — Caroline d'Autriche quitte la Sicile. — Sa mort. — Nouvelles intrigues contre la Constitution. — Les Cronici et les Anti-Cronici. — Le vicaire général commandant supérieur des troupes siciliennes. — Sir William A'Courl remplace lord Bentinck. — Dissolution du [Parlement sicilien. — Ferdinand redevient roi. — Ministres rétrogrades. — Départ pour Londres du prince de Belmonte et du duc d'Orléans. - Réaction.

— Destitutions en masse. — Patriotes en exil. — Un catéchisme brûlé par la main du bourreau. — Mystification. — Proposition des Anglais à Mural. — Fouché envoyé par Napoléon. — Joachim propose aux Autrichiens de partager l'Italie. — Nouvelles bizarreries du roi de Naples. — Action funeste de Fouché. — Sommations impératives. — Injonction de l'Autriche au roi de Naples.— Murât se détache de Napoléon. — Ses engagements contre la France. — Négociations de l'Angleterre* — Trêve avec le roi de Naples. — Murât occupe Rome et l'État de l'Eglise. — Les troupes françaises se retirent au château Saint- Ange. — Ce que veut Joachim. Eugène Beauharnais et le général Bellegarde. — Murât déclare la guerre à la France. — Descente de lord Bentinck à Livourne.

— Tout le royaume d'Italie à la disposition des alliés.— Les Carbonari tentent d'arracher une constitution par la force, — Exils et proscriptions.— Décadence de Murât.— Souvenir de Machiavel.— Départ de Napoléon de l'Ile d'Elbe. — Nouvelles bizarreries de Joachim. — L'Autriche lui déclare la guerre.— Le Congrès de Vienne donne sa couronne à Ferdinand. — Promesses du nouveau roi. — L'émigré Frimont. — Retour de Murât à Naples. — Son départ pour la France. — Son royaume remis aux alliés.— Amnistie générale.

— Insulte au malheur. [1812-1815.1

Peu après sa fondation, le Carbonarisme avait pris un

Î5Î NAPLB8.

immense développement. Réfugiés dans les défilés des Abruzzes, les Carbonari s'étaient donné pour chef Capo Bianco, homme de résolution, de courage, d'éloquence et d'enthousiasme. Les affiliés vinrent en foule. Les statuts prescrivant la plus grande tolérance religieuse, chacun ayant le droit imprescriptible d'honorer Dieu d'après ses convictions et ses idées, il y eut à la fois un nombre infini de militaires et d'ecclésiastiques. L'association compta bientôt près de trente mille membres. L'Italie fut alors partagée en différentes provinces. Il y avait la province de la Lucanie occidentale, dont le chef-lieu était Falerne, et celle de la Lucanie orientale, qui avait pour chef-lieu Polenza. La Lucanie occidentale avait à elle seule cent quatre-vingt-deux huttes. On connaissait aussi les républiques d'Hirpinie, de Daunie, etc. Ce n'est rien encore. Les ramifications du Carbonarisme couvriront, avant six ans, tout le midi de l'Europe (i), et dans le seul mois de mars 1820, on recevra plus de six cent cinquante mille membres.

Dans la situation que leur avait faite l'Angleterre, opérant malgré eux le bien du pays; dans l'impatience égale qu'ils avaient l'un et l'autre de voir la Constitution de Sicile détruite, et Murât renversé, Ferdinand et Caroline cherchèrent l'appui des Carbonari, qu'ils devaient renier et égorger plus tard. L'alliance se fit sous les auspices du prince Moliterni, député vers la hutte des Abruzzes. Moliterni était républicain de cœur ; mais à subir un roi, il ne voulait point que ce fût un roi étranger. C'était assez du despotisme, sans y ajouter l'humi-

(I) Nous verrons bientôt que la Société étendit ses ramifications en France. Par une liaison assez intime avec le sujet, quelque* pages de ce livre seront consacrées aux Carbonari sons la Restauration.

liatioD. D'ailleurs, les patriotes avaient déjà fort à se plaindre de Murât, qui avait manqué à ses promesses, et les clairvoyants n'osaient plus compter sur lui. Le prince Moliterni consentit donc à s'entremettre, et Ferdinand et Caroline tirèrent des Carbonari les plus utiles services (lj. Ils les reconnaîtront plus tard par l'échafaud.

Cependant, malgré la protection dont les entourait Ha* rie Caroline, et aussi, disent certains auteurs, le Génois Maghello, il semble que les Carbonari ne purent jamais parvenir à une réunion générale ou centre d'unité. Il serait advenu de là que les huttes de Naples et de Sa* lerne auraient tenté vainement d'imprimer aux huttes secondaires un mouvement uniforme. L'action de la Société s'en trouva nécessairement affaiblie ; mais il vint un autre secours à Ferdinand.

Le sceptre n'est pas toujours une condition de bonheur. Si nous ne craignions, à propos de têtes couronnées, d'employer une expression vulgaire, nous dirions que Murât et sa femme faisaient ensemble assez mauvais ménage. Cette mésintelligence a donné lieu à diverses interprétations. Les uns l'ont attribuée au caractère impérieux de Caroline (2) qui ne pouvait souffrir la domination, et que son mari aurait voulu dominer. D'autres ont dit que Murât avait rapporté sur la sœur une partie de l'irritation qu'il avait conçue contre le frère, à propos des négociations secrètes dont il a été parlé, et que cette irritation remplissait la famille de troubles orageux. Il en est qui ont prétendu que, dans la politique diffé-

(1) Encyclopédie des gens du monde, art. Carbonarisme.

(2) Malgré la similitude de nom entre la femme de Murât et la femme de Ferdinand, le lecteur ne pourra certainement confondre l'une avec l'autre, tant le rôle des deux reines est différent.

rente des deux beaux-frères, la reine de Naples prenait parti pour l'empereur, au lieu de se prononcer pour le roi, comme celui-ci croyait que c'eût été son devoir. On a aussi parlé de jalousie, les rois n'étant pas exempts de cette passion. Enfin, des chroniqueurs ont affirmé, avec plus de fondement peut-être, que le sujet des divisions provenait de ce que Napoléon ne trouvait pas Murât assez souple à ses volontés ; Murât dont il avait, cependant, reçu tant de preuves de condescendance ! Quelle qu'en fût la cause, ces débats intestins devraient être laissés dans l'ombre, s'ils n'avaient que troublé la paix des époux, et que semé d'animosités les rapports entre parents; mais comme ils réagirent sur les destinées des peuples, c'est un devoir pour l'historien, si fort qu'il lui répugne, d'en pressentir l'origine pour en constater les résultats. Des faits, d'ailleurs, sont acquis, que personne n'ignore, dans ce triste sujet.

Murât, qui avait accompagné l'empereur dans la campagne de Russie, quitta l'armée contre la volonté de son beau-frère, et rentra à Naples à la fin de janvier 1813. Napoléon, à son retour, écrivit une lettre violente à la reine Caroline, a dans laquelle il parlait de son mari « comme d'un ingrat, incapable d'agir avec politique, « indigne de sa parenté, et méritant une sévère punice tion. »

« Murât lui répondit avec une grande vivacité, et dans « un style qui acheva leur désunion ; aucune réconciliaa tion n'eut lieu jusqu'à ce qu'il rencontra l'empereur à a Erfurt. » (1)

La désaffection, qui déjà avait gagné la population de Naples, s'accrut par ces mésintelligences. Le méconten-

(i) Lord B*******, Naples political, social, and religions, édit. cit., t. II, p. 117.

tement, jusque-là renfermé au fond des cœurs, se manifesta presque ouvertement. Des symptômes irrécusables attestèrent chaque jour l'état des esprits. Alors la conduite de Murât fut bizarre et incompréhensible. Penchant tour à tour d'un et d'autre côté, on eût dit vraiment d'un homme qui avait perdu la faculté de vouloir.

En vue de renforcer son autorité, Murât fait d'abord un traité avec l'Angleterre et l'Autriche, qui consentent l'une et l'autre à le reconnaître comme roi de Naples. Mais il perd bientôt, par son imprudence, les fruits de cette alliance si hostile aux intérêts de Napoléon.

Les patriotes italiens, voyant les nations qui avaient tenu pendant trois siècles l'Italie asservie, les Allemands, les Français, les Espagnols, occupés pour leur propre compte, crurent le moment favorable pour fonder un royaume indépendant, qui comprendrait toute la Péninsule. Les Carbonari, répandus dans le pays de Naples, firent tendre leurs efforts à l'union, à l'affranchissement de l'Italie. Il sembla au plus grand nombre que le seul prince apte à ranger tous les Italiens sous sa bannière, était Joachim Murât. Maint appel lui fut fait en ce sens. Le roi de Naples, toujours flottant et incertain, ne sut prendre aucun parti décisif, et compromit la cause par ses hésitations. Un moment, néanmoins, on crut tenir son acquiescement ; mais un ordre de l'empereur l'appelle en Allemagne, et Murât part sans nul souci des espérances qu'il a fait concevoir. Tant de subordination chez un souverain, et si peu de respect pour sa parole, surprirent peu les patriotes éclairés ; mais ceux qui se faisaient encore illusion sur le caractère et les tendances du roi de Naples furent singulièrement refroidis.

Dans le même temps, la Sicile n'était pas moins livrée aux tiraillements. Avant que le Parlement élaborât la

Constitution que nous avons fait connaître, on avait ré- ^

digé, en douze articles, les bases sur lesquelles l'édifice • w

serait construit, a Par un excès de précaution, on voulut ** (

« que le vicaire général du royaume, avant de les sanc- ^f

a tionner, en eût reçu du roi l'autorisation expresse. Le m

a prince écrivit donc pour cela au roi une lettre, en ^e

<f marge de laquelle Ferdinand répondit de sa propre ^

a main : Ceci étant conforme à mes intentions, je vous au- *&

» torise à le faire. » (1) La Constitution fut faite, les trois le1

ordres rivalisèrent de dévouement et de patriotisme. Le &i;

clergé, renonçant spontanément au privilège de former *'

un bras séparé, se réunit aux barons pour composer une *qi

Chambre des Pairs. On vota diverses lois avec un accord fr'

remarquable; le vicaire générai les sanctionna, et le Par- taii

lement fut ajourné (4 novembre 1812). 4h

Hais la session était à peine close, que la reine se mit h

à ourdir de nouveaux complots. Sous prétexte d'aller *k

prier à l'église de Saint-François, Ferdinand devait se %

présenter subitement à Palerme, exciter une démonstra- fy

tion royaliste, et reprendre les rênes du gouvernement, flï

L'énergie de lord Bentinck, une promenade militaire, *en

et quelques pièces d'artillerie dans les rues eurent raison Le

de ce projet. Caroline alors songea à se débarrasser des mil

Anglais, qui étaient un obstacle au renversement de la pe

Constitution. Bentinck connut cette nouvelle trame, et *

voulut ramener le roi à la raison. Ferdinand lui tourna *1

le dos. Trois ministres (2) donnèrent leur démission; le *4

roi persista dans son aveuglement, dans sa soumission à *li

la reine, dans le désir de se parjurer. « 11 alla même 4

jusqu'à meRacer Belmonte d'un soulèvement populaire, k dont il serait la victime lui et tous les partisans des An- b

(1) Pantaléoni et Lumia, Mémoire sur la Sicile, p. &*?.

(2) Belmonte, Castelnuovo et Ruggiero Settino. I

VA

[lais. A quoi Belmonte répondit avec calme et dignité : k saurai dans ce cas d'où me viendra le poignard. Il fallit en finir. Lord Bentinck fil approcher un corps de *oupes de la Favorite, villa à peu de distance de Pa- [lerme, où résidait le roi. Au milieu de la nuit, la cavalerie investit la demeure royale qui demeura bloquée. Alors seulement et non sans de longues tergiversations, Ferdinand adhéra aux conditions suivantes :

1° Que la reine partirait du royaume dans le plus bref délai;

2° Que le prince héritier reprendrait le gouvernement en qualité de vicaire général;

3° Que dans Yalter ego qui lui serait conféré, il n'y aurait nulle réserve, nulle limite à l'exercice de l'autorité souveraine (4). »

Pour comprendre les deux dernières conditions imposées par Bentinck, on doit savoir que Ferdinand, sans avoir pu encore détruire la Constitution sicilienne, était parvenu à reprendre les rênes du gouvernement (9 mars 1813). Ce fut vingt jours après (29) qu'il dut s'en dessaisir de nouveau, en faveur du prince François.

Les grands, par leur petitesse, nous voulons dire leur vanité puérile, sont souvent bien dignes de pitié ! On sait que Charles X, dans sa fuite, eut la patience de retarder son voyage pour attendre qu'une table fût construite, où l'étiquette pourrait être observée. Marie-Caroline était moins préoccupée du chagrin d'abandonner sa famille et le pouvoir, que des moyens de quitter la Sicile en re'me, de voyager en reine, et de pouvoir continuer à vivre en reine. Dans une lettre qu'elle écrivit à Bentinck, Marie-Caroline demanda :

1° Que l'on payât ses dettes, et qu'on retirât, pour

(l) Pantalôoni el Lumia, Mémoire sur la Sicile, p. 61.

les lui restituer, les diamants déposés à la banque de Palerme;

2° Qu'une somme proportionnée à la dépense de son voyage lui fût remise ; ce voyage devant avoir lieu avec la suite qu'exigeait le rang dans lequel la Providence l'avait placée;

3° Qu'il lui fût assuré un traitement suffisant pour soutenir.ce rang dans les pays étrangers, et que le payement lui fût assuré de six mois en six mois;

4° Qu'il lui fût permis de mener avec elle toutes les personnes qui se voudraient attacher à son service et à celui de son fils Léopold, et que ceux qui jouissaient de soldes ou pensions du gouvernement reçussent l'assurance de les conserver et d'en être payés où elle serait;

5° Qu'il fût mis à sa disposition une frégate du roi, une corvette et le nombre de transports nécessaires pour embarquer sa suite et son équipage.

Tout cela fut accordé. Au mois de juin 1813, la reine s'embarquant, à Mazzara, quitta la Sicile pour n'y plus revenir. Placée sous l'escorte de navires siciliens et anglais, Marie-Caroline gagna l'Autriche par Constantinople et Odessa. Elle mourut à Vienne, dans la nuit du 7 au 8 septembre 1814.

Pendant que lord Bentinck s'efforçait d'assurer la liberté aux Siciliens, la cour de Palerme avait envoyé à Londres le chevalier Louis de Medici, pour se plaindre du plénipotentiaire et des nouveautés dont il se faisait le promoteur. Le cabinet de Saint-James ne voulut point écouter l'émissaire, et Medici en fut réduit à publier dans le Times une diatribe calomnieuse. Le prince de Castelcicala, ambassadeur de Ferdinand, reprit les instances en sous-œuvre; mais il ne fut pas mieux accueilli que Medici.

Lorsque les derniers articles de la Constitution eurent été promulgués, et que la reine fût partie, lord Bentinck crut la liberté constitutionnelle de la Sicile assurée. Jugeant alors sa présence moins nécessaire, il s'embarqua pour l'Espagne. A peine était- il parti, que les attaques de la cour et du parti rétrograde recommencèrent. Marie- Caroline avait laissé des successeurs dans l'esprit de Ferdinand.

Le 8 juillet 1813, le Parlement ouvrit sa session. Deux partis se trouvaient en présence. L'un tenait pour le roi, l'autre défendait les institutions nouvelles (1). A ceux-ci, qui parlaient droits du peuple et liberté , ceux-là opposaient que la nouvelle Constitution était due à une influence étrangère. Ils ajoutaient que les Anglais avaient introduit dans les élections la corruption de leur pays : reproche injuste s'il en fût, puisque, au contraire, on avait tout fait pour la prévenir. On accusait aussi l'Angleterre d'entretenir une police aussi ombrageuse que l'était celle de Marie-Caroline. Lord Bentinck revint et regagna un moment le terrain perdu par la liberté; mais les événements le forcèrent de repartir, pour se rendre à Livourne et à Gênes. Avant de s'embarquer, il résigna entre les mains du vicaire général le commandement supérieur des troupes siciliennes (juillet 181-4). Sir William A'Court, qui vint de Turin pour remplacer Bentinck, arriva dans de tout autres dispositions. Le premier ministre favorisa la cour et la réaction. Les débats du Parlement devinrent orageux. La marche des affaires en souffrit. Le prince royal, qui avait surlout voulu porter remède aux embarras financiers, voyant que, par la division des esprits,

(1) Un journal qui paraissait en Sicile, sons le titre de la Cronica, avait fait donner à ceux-ci le nom de Croniei. Les défenseurs du roi et du pouvoir absolu étaient appelés knti-Cronici.

son but principal ne pouvait être atteint, fit dissoudre le Parlement (30 octobre 1813). Ferdinand reprit le pouvoir (5 juillet 1814), et remplaça les ministres constitutionnels par des rétrogrades. Le prince de Belmonte, voulant tenter un dernier effort, partit pour Londres avec le duc d'Orléans, toujours du parti libéral; mais Belmonte mourut à Paris, et le duc d'Orléans était dans une position trop délicate pour agir seul.

Dès ce moment, la réaction marcha à visage découvert. Le roi et sir William A'Court mirent plus d'ardeur à détruire la Constitution, que lord Bentinck n'en avait mis à l'édifier. On destitua en masse, et les patriotes furent forcés de s'expatrier. Le roi fit brûler publiquement, par la main du bourreau, un Catéchisme moral et politique de M. Nicolosi, que le vicaire général, par un rescrit, avait ordonné de lire dans les écoles. Le 22 octobre 4814, le roi ouvrit un nouveau Parlement auquel il recommanda le perfectionnement de la Constitution, et l'examen des besoins de l'État; mais ce n'était là qu'une mystification de plus pour le peuple sicilien.

Avant d'obliger, pour la seconde fois, Ferdinand à remettre les affaires de l'État à son fils, les Anglais avaient proposé à Murât d'abandonner le royaume de Naples, moyennant une indemnité. Ils renoncèrent à cette demande après la bataille de Leipsick, et Murât aussitôt se remit à négocier avec l'Autriche. Ici recommencent les alternatives qu'on a déjà signalées. Pour maintenir son royal beau-frère dans la fidélité, Napoléon lui envoyé Fouché en personne. Hurat ne prend aucun parti, et flotte incertain dans toutes les directions. A cette conduite irrésolue succède bientôt une opposition flagrante. Renonçant au système continental (novembre 1813), Murât propose aux Autrichiens de partager l'Italie; mais

au même moment, il s'avance avec vingt-quatre mille hommes, composés en partie de transfuges, dans les États romains, occupe Ancône (9 décembre), veut étendre ses divisions jusques au Pô, et popularise de tous ses efforts l'unité de l'Italie sous son gouvernement! A la fin de l'année, son armée était sur le point d'envahir la Toscane, et menaçait la haute Italie.

Au commencement de 1814, le concours de Hurat et de Beauharnais aurait été nécessaire à nos armes; mais Fouché, qui croyait avoir eu à se plaindre de Napoléon, et se trouvait en ce moment en Italie, aigrit le roi de Naples au lieu de le ramener. L'ex-ministre, pour se venger de l'empereur, rouvrit, en les envenimant, des blessures que le temps avait presque fermées. La vanité de Joachim avait cruellement souffert de la hautçur de Napoléon. Il avait voulu imposer à quelques Français (juin 1810) l'obligation de se faire naturaliser Napolitains, sous peine de perdre leurs emplois : Napoléon, par un décret impérial, avait déclaré nulle et non avenue Tinjonction du roi, attendu qu'il était prince français, et qu'il n'était placé et maintenu sur son trône que par les efforts des Français ; Murât avait envoyé son ordre de chevalerie à l'empereur : Napoléon l'avait refusé avec dédain, ne voulant pas, disait-il, être décoré par un de ses sujets; Murât avait quitté l'armée de Russie sans l'autorisation de l'empereur: mais Napoléon l'avait officiellement, au préalable, déclaré incapable d'un grand commandedément. Ces faits, rappelés avec complaisance, étendus, commentés, aggravés, achevèrent d'exaspérer Murât. De vacillant qu'il était, il devint hostile. Si, quelquefois, par suite de son caractère inexplicable ou des influences qui le dominaient, il sembla ne pas vouloir rompre entièrement avec l'empereur, ce ne furent que des appa-

rences : au fond du cœur, il était son ennemi déclaré.

Les adversaires de Napoléon servaient, d'ailleurs, de leur mieux les haines de Murât, en l'arrachant, par des sommations impératives, à ses perpétuelles hésitations. Depuis que l'Italie était redevenue le théâtre d'une foule d'opérations militaires, de mouvements diplomatiques innombrables, tous les amis de leur patrie, malgré les leçons qu'ils avaient reçues, rattachaient de nouveau au roi Joachim les espérances de la nation. L'Autriche, alors, fit déclarer à Naples que si un traité d'alliance n'était pas conclu dans le délaide quatre fours, elle rappellerait son ambassadeur. A cinq jours de là (11 janvier 1814), Murât se détachait de son beau-frère, et s'unissait officiellement à l'Autriche. Par un article secret de la convention, l'Autriche promettait de s'employer pour obtenir, s'il était possible, une renonciation formelle du roi de Sicile au trône de Naples. Elle devait aussi s'entremettre pour négocier un traité de paix entre Murât et l'Angleterre. En retour, on exigeait du roi de Naples qu'il agît contre la France avec trente mille hommes : Murât y consentit. L'Angleterre demanda une indemnité pour le roi de Sicile, à laquelle le roi de Naples contribuerait : Murât ratifia la stipulation (1). Alors, lord Bentiuck, au nom de l'Angleterre, signa (26 janvier 1814) une trêve avec le roi de Naples. L'expiration de l'armistice devait être notifiée trois mois d'avance. On peut dire que ces divers actes entraînèrent le sort de l'Italie, et comptèrent parmi les principales causes des revers de Napoléon.

Murât ne tarda point à remplir ses engagements envers l'Autriche. Le 19 janvier 1814, son aide de camp, le

(1 ) L'Autriche approuva également le traité, mais les autres puis* sances refusèrent d'y consentir.

NÀPLES. Î63

général Lavauguyon ayant occupé Rome, les troupes françaises furent contraintes de se retirer au château Saint-Ange. Bientôt, à l'exception de la Romagne et de la légation de Ferrare, tout l'État de l'Église se trouva envahi par les soldats de Murât. Bologne même était en leurs mains.

Malgré l'alliance du roi de Naples avec les oppresseurs séculaires de leur pays , les patriotes italiens ne lui retirèrent pas leur dévouement. C'est un spectacle peut-être unique dans l'histoire, que cette persistance d'un peuple offrant de le gouverner, à un prince qui sans cesse le leurre et s'éloigne de lui. Il était de la plus claire évidence, surtout par ses derniers actes, que ce que Murât voulait, c'était un trône, et nullement l'indépendance ou le bonheur de l'Italie. Cependant, lorsqu'il vint lui-même à Bologne (1 février 1814), il y fut reçu comme un libérateur, tant le joug étranger pesait à ces malheureuses contrées. Le Patrimoine leva la bannière italienne; mais ce devait être pour peu de jours. Bientôt les Napolitains occupèrent Florence et Lucques; les Français évacuèrent Ancône, et toutes les places de ces cantons.

Le général autrichien Bellegarde avait annoncé aux Italiens, par un manifeste (5 février 1814), que les alliés s'efforceraient de rétablir les choses en l'état où elles étaient avant l'envahissement de Napoléon. Le vice-roi, qu'on croyait entièrement gagné à la cause étrangère, s'était retiré de Vérone. Bellegarde s'avance, et va passer le Mincio, près de Borghetto, ayant sous ses ordres cinquante mille vieux soldats. Tout à coup Eugène Beauharnais, qui ne compte que trente mille hommes, dont la moitié sont de nouvelles levées, fond sur le général autrichien. L'action dura tout le jour. Elle finit au désavantage des Autrichiens, qui eurent cinq mille

hommes hors de combat et deux mille prisonniers, tandis que les Franco-Italiens ne perdirent pas en tout quatre mille hommes. Vu, néanmoins, la disproportion des nombres engagés, la bataille ne pouvait avoir de résultat décisif. Les jours suivants, les deux armées se tinrent en face Tune de l'autre, sans de nouveau en Jvenir aux mains. Cependant le vice-roi finit par reprendre l'offensive, et força Bellegarde à se retirer sur l'Adige.

Murât n'avait pas appuyé le général autrichien contre Beauharnais; mais, le 15 février 1814, il déclara la guerre à la France, et prit ses dispositions, quoique avec lenteur, pour passer le Pô, près de Sacca. Le 4 mars suivant, arriva la ratification de l'Autriche au traité que l'on connaît. Murât, dès ce moment, intervint d'une manière active. Un nuage s'éleva pourtant entre lui et ses alliés. Sept mille Anglais et Siciliens, sous Bentinck, étaient descendus à Livourne. Le roi de Naples, qui n'avait aucune connaissance du projet, vit dans l'arrivée de troupes étrangères, une menace de lui enlever la Toscane. 11 refusa d'évacuer. Bentinck se montra plein de hauteur. 11 fallut l'intervention de Bellegarde, pour empêcher une rupture. La scission fut évitée, mais Murât retomba dans ses lenteurs. Enfin une trêve fut conclue (16 avril 1814), dans le château de Schiarino-Bizzino. Les troupes françaises du vice-roi, composées de 40,000 hommes, dont 25.000 sous les armes, et 360 pièces d'artillerie, se dirigèrent vers la France. Les places situées à l'est de l'Adige, ainsi que de Venise, furent remises (30 avril 1814) aux Autrichiens. Trois jours plus tard, le vice-roi, par une nouvelle convention avec Bellegarde, remettait tout le royaume d'Italie à la disposition des alliés.

Comme il arrive à plus d'un souverain , Murât se

NÀPLES. 265

croyant sûr de l'appui des rois, n'avait aucunement ménagé le peuple, dont le concours maintenant lui aurait été si utile. Les Carbonari des Abruzzes, se voyant sans cesse déçus dans leurs espérances, avaient résolu (47 mars 4814) d'arracher une Constitution par la force. Leur projet, qui reçut un commencement d'exécution à Civita-San-Angelo et Cita di Penna, fut complètement réprimé. Les conséquences de cet avortement furent des supplices, des exils, et la proscription de la Charbonnerie (24 avril 4814). Les deux généraux qui commandaient des divisions dans les Marches, s'adressèrent à lord Bentinck, pour obtenir par son assistance une Constitution. Le représentant de l'Angleterre déclara qu'il aiderait à chasser le roi, mais que, « pour autre chose, « il ne prêterait aucun secours. » Le roi de Naples eut connaissance de ces rapports, et conçut, enfin, la pensée de conformer sa conduite aux événements. Il était trop tard.

La chute de Napoléon montrait clairement à Murât qu'il devait renoncer à tous ses grands desseins. Après avoir évacué la Toscane (1 mai 1844), sur la réclamation de l'ancien grand-duc Ferdinand (4), le roi de Naples avait ramené toutes ses troupes vers les Marches (milieu de mai). Il restitua au Pape, qui rentrait en triomphateur, l'ex-partie française des États de l'Église, Rome, le Patrimoine, l'Ombrie et quelques points des Marches. En ce moment, aucun sacrifice ne lui eût coûté pour se maintenir au trône de Naples, lui qui naguère rêvait toute l'Italie; mais sa fortune s'en était allée avec celle de son puissant protecteur.

Terrible exemple pour les hommes qui s'exagèrent

(1) La demande fut faite, au nom de son maître, par le prince Joseph Rospigliosi.

leur valeur ! On croit pouvoir marcher seul, on se plaît à briser l'appui qui fait votre force, et l'on tombe misérablement !

Napoléon, penchant vers sa ruine, pour n'avoir pas cru à la liberté, avait offert au Pape toutes sortes de concessions, afin de le conquérir à sa cause. Le Pontife, alors le plus fort, était resté inflexible. Murât, à son tour, éprouva les refus de Pie VII. Suspect aux alliés, par suite de ses irrésolutions; suspect aux patriotes pour les avoir si souvent déçus, Joachim comprenait maintenant qu'il lui serait difficile, sinon impossible, de lutter contre la maison de Bourbon. Le prince de Metternich avait déclaré à son plénipotentiaire, qu'à l'exception de celle de Vienne, toutes les cours étaient contraires au roi de Naples. Alors Hurat s'adressa au Pape, et tenta d'obtenir la reconnaissance, même l'investiture, car il se résignait à cette acte de soumission. Tout fut en vain.

Lorsque les souverains font défaut, il est assez d'usage de chercher à se concilier le peuple, sauf à retirer d'une main ce qu'on a donné de l'autre. Murât, repoussé des cours, dédaigné par le Pape, rentra à Naples. Tout d'abord, il abolit la conscription, diminua les impôts, fit quelques autres réformes salutaires. On accepta ces bienfaits, mais on ne lui en sut aucun gré.

Machiavel a donné aux souverains un conseil dont ils ont souvent profité. « Lorsque, » dit-il, « on est con- <* traint à quelque mesure, on doit toujours avoir l'air de « faire de plein gré, ce que l'on ne fait que par force. » Malheureusement, pour les princes et les rois, Machiavel n'est pas seulement entre leur mains, et, en Italie moins qu'ailleurs, le peuple ne se prive de lire le Florentin. La conduite du roi de Naples fut appréciée à sa valeur, et Murat perdit ainsi tout le bénéfice de sa tardive spéculation.

Si r Autriche avait garanti la couronne à Joachim (11 janvier 1814), des déclarations positives de l'Angleterre et de la Russie la lui assuraient également. Hais le roi de Naples savait que le congrès de Vienne écoutait complaisamment la France, l'Espagne et la Sardaigne, fort animées contre lui. Le cabinet des Tuileries surtout se montrait acharné à le dépouiller au profit de Ferdinand, et le plénipotentiaire napolitain avait fait savoir à son maître que M. deTalleyrand trouvait les oreilles ouvertes. Murât appréhendait donc un changement de politique, touchant son royaume. Il attendait incertain les résolutions de Vienne, lorsqu'il reçut, à Naples, la nouvelle du départ de Napoléon de l'île d'Elbe. Ici recommence la série de ses tergiversations, de ses actes équivoques, de ses inqualifiables procédés. Tout d'abord, Joachim fait assurer l'Angleterre et l'Autriche de son inaltérable dévouement. Deux jours après, il donne ordre à son armée de se mettre en mouvement vers la haute Italie, pour engager les hostilités avec l'Autriche, et Napoléon reçoit de lui (17 mars 1815) la promesse formelle d'une attaque contre les Autrichiens. Murât demande ensuite au Pape libre passage pour ses troupes. Il se fonde sur ce que la cause de Napoléon est la sienne. Il « même l'incroyable assurance d'ajouter que c< il prouvera qu'il n'en a jamais été autrement. » La demande faite, Joachim, sans attendre de réponse, envahit l'État de l'Église et donne l'ordre de se saisir du Pape, pour l'emmener prisonnier à Gaëte. Mais Pie VII a eu la précaution de s'enfuir (22 mars 4815), avant l'arrivée des Napolitains, laissant à Rome une Junte d'Etat [Giunta di Stato). A travers Florence, Padoue et Parme, le Pontife gagne .en toute hâte Modène. Puis, lorsqu'il est en sûreté, il refuse le passage, et déclare sa neutralité violée.

Protestation inutile. Murât eut bientôt trente mille hommes dans les Marches, répartis en trois divisions, sous Lecchi, d'Ambrosio et Carascosa. Il occupa aussi la Toscane avec six mille hommes, commandés par Livron et Pignatelli Strongoli. Dès que le roi de Naples eut rejoint son armée, il répandit une proclamation dans laquelle il disait : « Maintenant est arrivé le temps de « l'existence indépendante de litalie. » L'Italie répondit qu'elle ne pouvait avoir confiance à un traître tombé dans la détresse, « Les Napolitains avaient compté sur a des volontaires italiens; à peine en virent-ils arriver un a assez grand nombre pour composer un bataillon (1). » Il n'y eut pas jusqu'aux prisonniers, délivrés par lui de la captivité autrichienne, qui ne préférassent rester paisibles chez eux que d'affronter de nouveaux dangers sous un tel chef (2). Cela n'empêcha point Joachim, tant sa présomption était grande, de se déclarer souverain des pays que ses troupes traversaient (3).

Du 29 mars au 2 avril (1815), Murât occupa Rimini, Ravenne, Forli et Bologne. Carascosa s'avançait contre Modène, lorsqu'il rencontra, sur le Tanaro, le général autrichien Bianchi. Joachim accourut de sa personne. Après un engagement assez vif, il força Bianchi à se replier sur Borgoforte. Ferrare fut occupée, et la citadelle investie. Mais Livron et Pignatelli, arrêtés par les troupes autrichiennes et toscanes, qui étaient rassemblées près de Pistoie (Pistoia), ne purent continuer leur marche sur Bologne.

(1) Henri Léo, Histoire d'Italie, t. III, p. 477.

(2) Lord B*+****tl Naples polUical, social, and religious, édit. cit., vol. II, p. 119.

(3) L'abbé de Mont^aillard, Histoire de France, édit. cit., t. VIII, p. 153.

L'Autrichien Bellegarde avait fait une proclamation datée de Milan (2 avril), contre l'agression inopinée de Murât. L'Autriche, cependant, par une politique assez inexplicable, n'avait pas rompu avec le roi de Naples, et persistait même à le soutenir. Elle lui déclara enfin la guerre (10 avril 4815), lorsqu'elle eut connaissance des derniers événements. Cette rupture permit au Congrès de Vienne, qui était divisé, d'attribuer la couronne de Naples à Ferdinand. Pour reconnaître ce procédé, le roi de Sicile proposa une expédition contre son ancienne capitale.

Rien ne coûte, en fait de promesses, à un prétendant au trône, et moins encore à un roi qui veut reconquérir le pouvoir perdu. Ferdinand fit dfcs manifestes admirables. Dans un premier, le monarque déchu promettait aux Napolitains : « La plus entière et la plus parfaite « amnistie à tous, et la conservation aux militaires de a leurs grades, de leur solde, et des honneurs dont ils a jouissaient. » Le second était encore plus séduisant : « Assurer la liberté individuelle et civile; rendre la profit priété inviolable et sacrée, inviolable la vente des biens « de l'État; décréter les impositions suivant les formes « que les lois auraient prescrites; garantir la dette puo blique; conserver la noblesse ancienne et nouvelle; a admettre tous les Napolitains, sans distinction, aux a aux emplois civils et militaires : » voilà les annonces de Ferdinand. Mais c'étaient, pour la plupart, paroles de roi, c'est-à-dire sujettes à défiance. L'émigré Frimont (1), général de cavalerie, au service

(1) Né en Lorraine en 1756, émigré en 1791, obtint, à la solde des ennemis de son pays, des succès dans les campagnes de 1812 à 1814. Opposé à Suchet dans le Piémont, en 1815, le baron Jean de Frimont, qui commandait 75,000 Autrichiens, rentra en France avec

de l'Autriche, ayant rassemblé son armée entre Piadena, Casalmagiore et Borgoforte, rallia des troupes modenaises et parmesanes, et s'empara de Carpi (40 avril 1815). Murât, serré de près, rappela ses bataillons de la Toscane à Pesaro. Sa situation devint critique* Il voulut négocier, mais inutilement. Poursuivi par Neipperg, pendant que Frimont entrait à Bologne (16 avril), que Bianchi pénétrait par la Toscane, que Nugent marchait sur Rome, Hurat évacua les Légations, et se retira sur Âncône (29 avril), sans entreprendre d'arrêter Neipperg.

Il était impossible de lutter plus longtemps contre le nombre, le pays n'offrant aucun appui à un roi qui l'avait dédaigné et méconnu. Les Autrichiens avançaient toujours. Le 2 mai 48i5, Hurat combattit avec succès Bianchi, à Foligno, et renouvella ses attaques le lendemain, malgré la disproportion des forces. Cette fois, il dut céder. Une partie de ses troupes se dispersa.

Pendant que, du côté des Autrichiens, Bianchi et Neipperg opéraient leur jonction, les Napolitains, qui s'étaient retirés, abandonnaient leurs positions sur le Tronto et sur la Pescara. Après avoir essayé encore quelque résistance, près de Roccarosa et de Castel di Sangro, tous les débris se réunirent aux environs de Capoue. Hurat remit le commandement supérieur de l'armée à Carascosa, et revint à Naples (18 mai 1815). Là, il fit encore vainement une dernière tentative de négociation. Tout espoir de conserver son trône étant perdu, Joachim s'embarqua sur un petit bâtiment, à Hiniscola, près de Baies (Baja). Il voulut d'abord gagner Gaëte; mais la

l'armée d'occupation. Chargé, eji 1821 de marcher contre les Napolitains, ce général contribua à rétablir sur le trône le roi Ferdinand, qui l'en récompensa généreusement. Le baron de Frimont mourut en 1831.

crainte des Anglais le fit se diriger vers Isdtia. Un léger navire, fin voilier, qui devait transporter en France le général Hanches et d'autres fugitifs, reçut Murât à son bord, comme un simple mortel. Le 25 mai 1815, le roi Joachim, qui ne Tétait plus que de nom, débarquait près de Cannes en Provence.

Jje jour même où Murât avait quitté Naples, Carascosa concluait avec le général Neipperg, à Casa-Lanza, une convention, en vertu de laquelle toutes les places du royaume furent remises aux alliés, pour Ferdinand, à l'exception de Gaëte, Pescara et du château d'Ancône, occupés encore par les Napolitains. Hais aussitôt la nouvelle reçue de la convention de Casa-Lanza, Ancône et Pescara se rendirent (1). La guerre cessa. Le 23 mai 1845, les Autrichiens entraient à Naples. Avec eux était le prince Léopold, second fils de Ferdinand. Pour enlever aux lazzaroni, tout nouveau prétexte de meurtre et de pillage, une amnistie générale fut proclamée. Le lendemain, des troupes siciliennes abordèrent. C'en était fait de la dynastie de Joachim !

Au contraire de l'homme cultivé, fier et digne envers le bonheur, mais plein de respect pour l'infortune, l'homme inculte rampe sous la prospérité, et se rue sans pudeur sur la défaite. Une couronne perdue, un mari en fuite; hier les honneurs suprêmes, aujourd'hui la proscription : que de motifs de sympathie et d'égards pour la femme de Murât ! Si la reine Caroline avait eu des torts, ce n'était pas le moment de s'en souvenir; mais le peuple, au moins celui des Deux-Siciles, est étranger à ces délicatesses du cœur. Sous voile et près de partir, la sœur de Napoléon pouvait entendre de la rade de Naples les

(I) Gaëte, sousBegain, tint jusqu'au 8 août 18(5.

chants joyeux qui fêtaient l'arrivée prochaine de Fancien roi. On trouva que c'était trop peu. Des lazzaroni voguant autour d'elle, pauvre femme tombée, insultèrent à son malheur.

Page 1