‹ Naples, 1130-1857Chapitre 25 sur 35 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Ferdinand mande à son fils la résolution des puissances. — Le général Frimont passe le Pô. — Le pape permet à l'armée de traverser ses Étals. — Déclaration de l'ambassadeur autrichien. — Le crime s'affiche au grand jour. — Le Parlement des Deux-Siciles rejette les conditions du Congrès de Laybach. — Trois décrets importants. — Les Carbonari essayent d'arrêter les Autrichiens. — L'armée napolitaine sous les ordres de Carascosa et de Guillaume Pepe. — Le prince régent trahit les nationaux au profit des étrangers. — Pepe obligé de se replier. — Proclamation de Frimont aux Napolitains. — Les Autrichiens occupent les Abruzzes. — Pepe contraint de rentrer à Naples. — Sa destitution. — Révolution en Piémont pendant la marche sur Naples.

— La Constitution des Codes proclamée dans Alexandrie. — La même Constitution proclamée à Pignerol. — Révolution à Turin.

— Abdication de Victor-Emmanuel. — Le régent proclame la Constitution espagnole. — Amnistie générale. — L'ambassadeur d'Autriche forcé de quitter Turin. — Séance du Parlement des Deux-Siciles. — Le Régent dépêche à son père. l'adjudant Fardella. — Carascosa abandonné de ses troupes. — Mot du général Filangiéri. — Convention avec les Autrichiens. — Capitulation de Naples. — Les chefs du parti constitutionnel. — Protestation du Parlement. — Note sur Fiquelmont. — Le régent se relire à Caserte, puis à Portici. — Gouvernement provisoire* — Décrets atroces. — Les Autrichiens contre la révolution piémontaise. — Triste destinée des libéraux. — Comment finit Sanla-Rosa. — Clôture du Congrès de Laybach. — Déclaration des puissances.

— Son peu d'effet sur les peuples opprimés. — Comment un roi tient ses promesses. — Insurrection de la Sicile. —Débarquement du général Rossarol en Calabre. — Autres décrets barbares. — Hypocrisie de Ferdinand. [1821.]

Le 28 janvier 1821, le roi Ferdinand écrivit à son fils, le prince régent, que les puissances réunies à Laybach avaient résolu de ne pas reconnaître les changements qui s'étaient opérés dansles Deux-Siciles depuis la révolution.

si

Le 31, le duc de Gallo fut chargé d'aller à Naples confirmer cette déclaration. L'effet suivit de près la menace. Le 4 février, le général Frimont annonça, de Padoue, le passage du Pô par son armée. Le mouvement, commencé le lendemain, dura pendant trois jours. Il s'opéra sur cinq points différents, de Crémone à San-Benedetto. Le 8 février, le Pape publia une déclaration pour annoncer qu'il accordait le passage, par ses États, aux troupes autrichiennes qui allaient envahir le royaume de Naples. Le 9 , l'ambassadeur autrichien déclara que l'armée autrichienne occuperait Naples de gré ou de force; et « que si les troupes de l'Autriche ne suffisaient pas, celles de la Russie viendraient concourir au même but. » En même temps, les ambassadeurs d'Autriche, de Russie et de Prusse, tous trois quittèrent Naples. Le 18, les puissances alliées lancèrent de Laybach une déclaration, sur la situation des Deux-Siciies, où toutes ces dispositions, toutes ces menaces étaient confirmées. Le crime s'affichait au grand jour; la conversation, les doctrines du prince de Metternich prenaient un caractère officiel. Le Parlement des Deux-Siciles avait clos sa session le 31 janvier. Le 8 février, la députation permanente reçut communication de la lettre du roi. Ce message jeta dans Naples une fermentation extrême ; et s'il n'y eut pas explosion, on ne le dut qu'à la déclaration expresse et catégorique du prince régent « qu'il exposerait lui-même « sa vie pour la défense des droits et de l'indépendance a de Naples (1). » Le Parlement fut aussitôt convoqué. Ouvert le 13 février, il rejetait au bout de deux jours (15), les demandes et conditions du Congrès de Laybach. Trois décrets furent rendus, a relatifs à l'organisation, ou

(I) Henri Léo, Histoire d'Italie, t. III, p. 648.

« plutôt à la mise en campagne de l'armée; l'un mettait « à la disposition du ministre de la guerre cinquante « mille quatre cents hommes de la garde nationale, sous a le nom de miliciens provinciaux et de légionnaires; un « autre mettait en activité la réserve des vieux soldats, « avec des avantages proportionnels à leurs services ; un « troisième réglait le mode à suivre pour le jugement des c délits militaires en temps de guerre (1). » Les bataillons, en vue d'exciter leur courage, s'appelaient les Brutiens (2), les Samnites (3), etc., etc. Mais il ne suffit point de décréter, et de donner des noms pompeux aux troupes; il faut pouvoir exécuter les décrets, et fournir à la mise en campagne. Or, nous avons dit l'état piteux de Naples, où rien n'était préparé pour résister à une invasion. Cette situation déplorable ne va pas tarder à porter ses fruits.

L'armée de Frimont, parvenue à Bologne, s'était di-

(1) Président Hénauit, Abrégé chronologique de l'histoire de France, continué par Michaud, année 1821. ~ (2) Le mot Brutii signifiait esclaves fugitifs. On appelait ainsi la partie de la Grande-Grèce qui avait pour villes principales Thurium (l'ancienne Sybaris) Locres, Rhégium, Crotone, Pandosie, Scylacium, Hipponium, parce qu'elle servait de refuge aux esclaves qui se révoltaient contre leurs maîtres et venaient chercher un asile dans les montagnes du Brutium, ancienne Calabre.

(3) LesSamniles, ou habitants du Samnium, étaient de race sabine et très-braves. Les filles les plus belles, les plus vertueuses et les plus riches étaient le prix des services rendus à la patrie. Leur gouvernement était démocratique. Les Samnites soutinrent sept guerres contre Rome. C'est dans la troisième que les Romains passèrent sous les fourches Caudines [321 av. J. G.]. Ce ne fut pas trop des Fabius, des Papirius, des Décius, des Curius Denlatos, des Fabricius, pour vaincre cette fédération de petites peuplades. La soumission des Samnites entraîna bientôt celle de toute l'Italie méridionale.

3 G 4 NÀPLES.

visée en deux corps principaux. L'un prit par la Toscane et l'État romain, Tivoli, Frascati, Albano ; l'autre par les Légations, les Marches elles Abruzzes. Vers le milieu de février (1821), une troupe.de Carbonari pénétra dans les États de l'Église pour s'opposer aux Autrichiens. En trop petit nombre et trop mal armés pour résister à des bataillons en bon ordre, leur courage fut impuissant, et ils durent céder le terrain après l'avoir héroïquement disputé.

L'armée napolitaine avait également été divisée en deux corps. Le premier était sous les ordres de Carascosa, le second obéissait à Guillaume Pepe. Carascosa avait pour lieutenants : d'Ambrosio, Filangiéri, Arcovito, Roccaromana, Pignatelli-Strongoli. Il n'y avait aucun lieutenant général sous Pepe, parce que, dit un historien, le commandement de ce chef était pénible à ses égaux (I). Carascosa, posté près de San-Germano, étendait son aile gauche sur Gaëte; Pepe se tenait dans les Abruzzes. Il y avait, dans l'un comme dans l'autre corps, le plus vif enthousiasme ; mais ces dispositions étaient paralysées par le manque des choses les plus indispensables. Si le régent cachait sa trahison avec un art infernal, il n'en était pas moins pour l'étranger contre les nationaux. C'est ce qui résulte clairement aussi bien des Mémoires du général Pepe, que de l'Histoire du royaume de Naples par le général Coletta. Dans ces conditions , les Autrichiens devaient nécessairement triompher, et les Napolitains être vaincus.

Le 20 février, Pepe s'avança vers Riétri à la rencontre des Autrichiens. Il fut repoussé par la cavalerie, et obligé de se replier. Ce mouvement permit aux ennemis, l'aile

(1) Coletta, Storia delreame di Napoli, lib. IX, j 28.

gauche sous Wallmoden, la droite sous Stutterheim, de se mettre en marche sur les Abruzzes.

Frimont établit son quartier général à Foligno (27 février 4 82 1 ) . Il adressa, de cette ville épiscopale, une proclamation aux Napolitains, dans laquelle il disait que « l'invasion des Autrichiens était toute pacifique, et n'a~ a vait d'autre but que de rétablir le roi dans la plénitude « de ses droits usurpés par la révolution. »

Toute pacifique ! Peut-on ainsi abuser des mots, et insulter de cette manière aux victimes qu'on immole ! Ravir la liberté à un peuple, ce n'était rien sans doute pour le général autrichien. Et pourvu que Ton consentît à subir le despotisme, Frimont voudrait bien ne pas combattre pour le plaisir de tuer des hommes ! Mais si Ton résistait, on devait s'attendre à une guerre d'extermination. Quelle longanimité !

Le 7 mars, le général Pepe attaqua de nouveau les Autrichiens. Malgré la disproportion des forces, et le mauvais état de ses régiments, le brave Napolitain tint tête aux ennemis toute la journée. Mais sur le soir il fut défait. Alors, le découragement gagna ses troupes. La plupart, fuyant en désordre, se répandirent dans tout le pays. Le peu qui resta sous les, drapeaux fut poursuivi jusqu'à Civita-Ducale. Toute résistance sérieuse étant désormais impossible, les Autrichiens occupèrent entièrement les Abruzzes. Pepe ne pouvant rallier d'armée, ni à Sulmona, ni à Castel di Sangro, se retira sur Salerne, et se vit bientôt contraint de rentrer à Naples. Une destitution de son commandement fut la récompense de ses efforts. Il sera pourtant un des derniers à défendre la patrie. Mais quel est l'homme qui échoue, sans qu'on soit tenté de lui faire un crime de son échec? Il fallait les beaux temps de Rome pour récompenser un général,

après un désastre, de n'avoir pas désespéré de la république (4).

Pendant que l'Autriche était en voie de vaincre la révolution à Naples, elle avait la douleur de la voir se produire sur un autre point de l'Italie qui, dans le cours des années, lui donnera de bien autres inquiétudes.

Ainsi qu'on l'a fait observer, à propos de la France et du Portugal, les soulèvements de l'Espagne et des Deux- Siciles avaient causé en Europe une fermentation générale. Le Piémont s'en ressentit tout spécialement. Là on comptait sur une résistance plus sérieuse des Napolitains, sur le concours de la Lombardie, sur l'appui des Vénitiens, des Légations et des Marches. Le Piémont se serait alors soulevé, et on aurait forcé les Autrichiens à la retraite, ou on les aurait enveloppés.

Un mouvement d'étudiants (12 janvier 4821), bientôt réprimé, avait servi de prétexte à l'Autriche pour demander à occuper les places du Piémont, pendant son expédition contre Naples. Cette prétention froissa vivement le pays, et rangea du côté de la révolution des hommes qui auparavant n'attendaient aucunement d'un mouvement insurrectionnel la réalisation de leurs vœux. Une partie de l'armée s'associa au projet de changer les institutions. Vers la fin de février (1821), le marquis de Prio, le comte de Peron et le prince de Cisterno, furent arrêtés, à l'instigation de l'Autriche. Cette mesure déter-

(1) Le dernier empereur de Russie, on doit le dire à sa louange, a renouvelé de nos jours ce prodige. Après une défaite accablante dans le Caucase, il éleva au rang de prince le général qui avait perdu jusqu'au dernier homme, à cause du courage personnel dont il avait fait preuve, et de ses efforts surhumains pour réparer une imprudence.

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mina la révolution. Le comte de Santa- Rosa, le comte de San-Marzano, le comte Lisio et le chevalier Provànza di Collegno quittèrent Turin, pour se rendre, les uns à Verceil, les autres à Pignerol. Le 10 mars, à deux heures du matin, le comte Palma, à la tête d'un régiment, proclama dans Alexandrie la Constitution espagnole des Cortès, La garnison adhéra. Dans l'après-midi du même jour, le comte Lisio, commandant d'un régiment de cavalerie légère, proclama à Pignerol la même Constitution. La garnison adhéra. San-Marzano île put gagner son régiment. Il quitta Verceil, et alla rejoindre Lisio et Santa-Rosa dans Asti. Dès qu'ils furent réunis, ils cherchèrent ensemble les moyens d'étendre la révolution. Leur premier acte fut d'instituer dans Alexandrie une Junte provisoire, sous le lieutenant-colonel Amaldi. Le roi détacha Ferrero vers Carignano (1). Mais, en route, le commandant gagna ses soldats, reçut des renforts considérables, revint sur Turin, et entra dans la ville, aux cris de : Vivent le roi et la Constitution espagnole l Les étudiants se réunirent aux insurgés. Après ce premier succès, Ferrero se rendit à Alexandrie. Le 13 mars(1821), entre midi et une heure, trois coups de canon tirés de la citadelle, annoncèrent qu'elle se trouvait au pouvoir des révolutionnaires. A cette nouvelle, la révolution devint générale à Turin. Le peuple ne sépara plus le roi de la Constitution espagnole. Partout les deux cris se firent entendre à la fois. Victor-Emmanuel voulait résister. Le ministre des relations extérieures, qui arrivait de Laybach, fut le premier à lui conseiller de résigner la couronne. Le roi congédia son ministère, nomma le prince de Cari-

(i) Ville des Étals-Sardes, à 20 kil. S. de Turin, sur le Pô. Carignano, en français Carignan, a donné son nom à la branche de la maison de Savoie qui règne aujourd'hui.

gnan, Charles-Emmanuel Albert, régent du royaume, abdiqua, dans la nuit, en faveur de Charles-Félix, duc de Genevais, alors à Modène, notifia son abdication aux ambassadeurs étrangers, quitta la ville sous la protection du régiment de Savoie, et prit avec la reine la route de Nice. Le régent, dans une proclamation, annonça que la Constitution espagnole serait promulguée et observée comme loi de l'État. Aussitôt éclatèrent de toutes parts les démonstrations de la joie la plus vive. Une amnistie générale fut proclamée, une Junte instituée. Le prince de Carignan jura la nouvelle Constitution, (i ) et prêta serment au nouveau roi. Bientôt l'exaspération contre Vienne força l'ambassadeur d'Autriche à quitter Turin (19 mars) dans la nuit.

Cependant l'invasion de Naples continuait. Après la défaite du général Pepe, Carascosa qui craignait d'être débordé, s'était retiré de San-Germano. Le régent voulut, ou feignit de vouloir, se rendre à l'armée pour réparer les désastres. Un adjudant de Carascosa le rencontra sur la route de Capoue, et lui conseilla de retourner à Naples. Le prince se laissa facilement persuader, et ne poussa pas plus loin. Ainsi la liberté voyait un à un disparaître tous ses défenseurs, ou ceux qui s'étaient donnés pour tels.

Dans cette extrémité, le Parlement tint une séance secrète (11 mars 1821). Il y fut décidé qu'on demanderait au régent d'intervenir immédiatement auprès de son père, alors à Florence. Le prince royal dépêcha aussitôt son adjudant Fardella, avec un message pressant. Ferdinand

(1) Voilà donc quatre royaumes, l'Espagne, le Portugal, Naples et le Piémont qui sonl régis par la Constitution des Cortés. Malheureusement pour ces peuples, ils ne le seront pas longtemps!

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reçut gracieusement l'envoyé (17 mars 4821), mais il ne voulut rien promettre. Il était trop heureux de rentrer par l'étranger dans la plénitude du despotisme, pour concéder quelque liberté que ce fût. Quant à la prière de son fils, le roi savait bien qu'elle était de pure forme, et seulement pour sauver les apparences.

Pendant cette négociation infructueuse, Concilis tenta vainement (17 mars) d'opposer quelque résistance près de Ceperano. Carascosa se retira d'abord sur Mugnano, puis à Capoue, où il ne fut suivi que de la garde royale. Tout le reste était dispersé ou dans l'insubordination. La garde royale elle-même, quoique non débandée, n'était d'aucune ressource, et jamais l'on n'a vu de chefs plus malheureux. Tout récemment, Carascosa avait demandé au lieutenant général Filangiéri si l'on pouvait compter sur la garde royale pour la défense de Mugnano. Filangiéri avait répondu que non, a et que, au contraire, « ce corps avait décidé d'envoyer unedéputation auxAutri- « chiens dès qu'ils se présenteraient, pour leur déclarer « que son intention n'était pas de se battre contre eux, « parce qu'il les regardait comme les alliés du roi (1). » Le 20 mars, sur la demande du général Carascosa, toutes les hostilités cessèrent. Une convention, signée au grand prieuré de Naples, par le baron d'Ambrosio, commandant la première division napolitaine, et par le comte de Fiquelmont (2), général au service de l'Autriche, ac-

{)) Mémoires du général Carascosa.

(2) Voici encore un Français au service de l'étranger. Charles- Louis, comte de Fiquelmont, était né le 23 mars 1777, à Dieuze (Meurthe). Son père, le comte Joseph de Fiquelmont, « servit avec le « grade de major dans l'armée autrichienne, fit toutes les campagnes « contre notre première république, et fut tué, en Italie, en 1799. « Soldat dès 1793, Charles-Louis était général major en 1812, et < membre du Conseil aulique. Avant l'affaire où nous le voyons

corda aux Autrichiens Poccupation d' A versa el de Capoue.

Le 23, Naples capitula, en vertu d'une convention signée d'un côté par le lieutenant général Pedrinelli, gouverneur de Naples, de l'autre par le général major, comte de Fiquelmont. Aux termes de cet acte, les places de Gaëte et de Pescara devaient être remises aux Autrichiens avec la capitale des Deux-Siciles. Des principaux chefs du parti constitutionnel, les uns prirent la fuite, et obtinrent des passe-ports (1); les autres furent arrêtés et jetés en prison. La grande loge (alta venditia) se sépara (23) ; les Autrichiens entrèrent en bataillons pressés (24), inondèrent la rue de Tolède, et forcèrent la foule de se réfugier dans les coins et recoins de Naples. Le Parlement, qui s'était encore assemblé (24) en petit nombre, pour tenter un dernier effort, reconnaissant son impuissance, rédigea la protestation suivante, que signèrent le baron Joseph Poerio, et plusieurs autres députés.

« Après la publication du pacte social du 7 juillet 1820, « en vertu duquel Sa Majesté donnait son assentiment à « la Constitution, le roi, par l'organe de son auguste fils, a convoqua les collèges électoraux. Nommés par eux, « nous reçûmes nos mandats suivant la forme prescrite « par le monarque lui-même. Nous avons exercé nos

♦ figurer, il fut envoyé par le prince de Metternich en diverses cours, « notamment en Suède pour exciter fiernadotte à porter les armes « contre la France. — Depuis 1821, le comte de Fiquelmont recul « une foule de missions diplomatiques, fut ministre d'Étal, el eut « un moment, à Vienne, le portefeuille des affaires étrangères. Ce « constant serviteur du despotisme est mort en avril 1857. » M.-Ch. L. Chassin a publié une notice détaillée sur sa vie. (V. le comte de Fiquelmont; Courrier de Paris, 16 avril 1857.) (1) Le général Guillaume Pepe fui au nombre de ces derniers.

«* fonctions conformément à nos pouvoirs, aux serments « du roi et aux nôtres. Mais la présence dans le royaume « d'une armée étrangère nous met dans la nécessité de «se les suspendre, et cela principalement parce (fue, sui- « vant l'avis de S. A. R., les derniers désastres arrivés « à l'armée rendent impossible la translation du Parlées ment, qui d'ailleurs ne pourrait être constitutionnellece ment exécutée sans le concours du pouvoir exécutif. « En annonçant cette douloureuse circonstance, nous « protestons contre la violation du droit des gens, entenc< dons conserver entiers les droits de la nation et du « roi, invoquons la sagesse de S. A. R. et de son auguste « père, et remettons la cause du trône et de Findépen- « dance nationale dans les mains de Dieu, qui régit les « destinées des monarques et des peuples. »

Le prince régent,- duc de Calabre, partit avec sa famille (25) pour le château de Caserte. Un gouvernement provisoire fut établi. L'ancien ministère fut restauré. L'arbitraire reparut; la corruption recommença ; les courtisans reprirent leurs intrigues; les sangsues du peuple se remirent en possession de leur proie : c'en fut fait des beaux jours de Naples 1 II n'y eut pas jusqu'aux hommes ayant particulièrement obéi aux ordres spéciaux du régent qui n'eussent à souffrir de leurs actes. Lorsqu'ils allaient le trouver à Portici, où il s'était rendu de Caserte, pour lui demander de les défendre, ce prince perfide répondait : « Vous savez que je me suis condamné moi- « même à l'exil : mes recommandations vous feraient « plus de mal que de bien. »

Beccaria, qui était était Italien, a fait un livre immortel pour montrer la nécessité, en matière criminelle, de proportionner la peine au délit. Mais les conseillers de Ferdinand n'avaient pas grand souci de la philosophie de

37î NAPI.ES.

leur compatriote, si même ils la connaissaient. Ils rendirent deux décrets atroces, lesquels sont la meilleure réponse à ceux qui prétendent que la législation française conservée à Naples en 1815, et introduite en Sicile dans Tannée 1818, n'a été modifiée que pour être adoucie.

Un décret du 7 mai 1821, portait : a Tout acte séance daleux qui peut troubler ou empêcher le libre et tran- « quille exercice du culte divin dans les églises et autres « lieux publics, sera puni du second degré des travaux a forcés. »

Un second décret du même jour disposait : <r Sont défit fendus*tous les livres empoisonnés (avvelenati) où se « trouvent discutés ex professo la religion, la morale, et a les gouvernements. Cette disposition s'applique à toutes « gravures obscènes et à tout autre objet contraire à la « morale. Les auteurs, les vendeurs et les détenteurs « seront condamnés à la réclusion de une à dix années, « et à une amende de 50 à 2,000 ducats. »

Le lendemain (8 mai 1821), autre décret aussi sauvage : « Et quiconque dérobera le saint ciboire ou Fos- « tensoir avec les hosties consacrées, subira la peine de « mort par la potence. La peine sera les travaux forcés, « lorsque les objets dérobés ne contiendront aucune a hostie consacrée. »

En Piémont, le duc de Genevais avait refusé de consentir au nouvel ordre de choses. Même avant de prendre la couronne, Charles-Félix excita tous les sujets sardes contre la rébellion, et créa une armée antirévolutionnaire, dont il confia le commandement au comte Salier délia Torre. Avec l'approbation du régent, la Junte de Turin envoya une députation au nouveau roi,

pour lui exposer combien il se trompait sur les événements. On pressait en même temps le prince de Carignan de déclarer la guerre à l'Autriche. Mais ce projet des révolutionnaires trouvait le régent peu résolu. Santa- Rosa, Lisio et Collegno vinrent d'Alexandrie pour le presser. Ils ne furent pas plus heureux. Alors la Junte résolut la guerre, et obtint la nomination de Santa-Rosa comme ministre de ce département. Mais le prince s'échappa (22 mars 4821), et se rendit à Novare auprès du général délia Torre. Arrivé là, il déclara se démettre de la régence.

Cette fuite et cette démission ôtèrent toute énergie aux mouvements ultérieurs. Santa-Rosa chercha néanmoins à tirer de la situation tout le parti qu'elle pouvait offrir. IL représenta Charles-Félix comme prisonnier de l'Autriche, et appela les Piémontais aux armes contre les oppresseurs de leur roi. Mais Charles-Félix désavouait ce soutien, n'avait foi qu'en l'armée délia Torre, et se prononçait chaque jour contre la révolution. La conduite de ce monarque futur excita un grand mécontentement à Gênes. Il y eut émeute, tumulte populaire, et le gouverneur faillit à perdre la vie. Échappé au danger, ce fonctionnaire déposa son pouvoir, et institua une commission provisoire qui rétablit l'ordre. Le soulèvement de Gênes détermina la Junte de Turin à nommer, dans les provinces, des chefs politiques investis des plus grands pouvoirs. A l'exception des magistrats, toutes les autorités leur étaient soumises.

On en était là, lorsqu'on apprit à la fois la défaite des Napolitains, et la réunion d'une armée autrichienne sur le Tessin. Le comte Bubna qui la commandait, annonçait dans un manifeste qu'il venait pour soutenir l'armée du roi légitime.

37 4 ISAPLES.

Quoiqu'il ne fut pas secondé au gré de ses désirs, Santa-Rosa avait déjoué tous les efforts du général délia Torre pour faire triompher la contre-révolution. On se résolut alors à recourir à l'étranger. Un corps révolutionnaire d'environ six mille hommes, sous le colonel Régis, s'était avancé (4 avril 1821) de Casale sur Verceil, à la rencontre de l'armée royale. Délia Torre se retira. Les Autrichiens franchirent le Tessin (du 7 au 8 avril). Le corps révolutionnaire marcha vers Novare. Arrivé sur les hauteurs de San-Martino, il attaqua les troupes royales; mais celles-ci furent soutenues par les Autrichiens, et les révolutionnaires ne purent tenir contre ces forces réunies. Us se replièrent vers le pont de TAgogna, et bientôt se débandèrent, toute résistance devenant impossible. Les Autrichiens s'avancèrent contre Casale et Voghera. La Junte se sépara. Santa-Rosa remit la citadelle de Turin à la garde nationale, et congédia la garnison. Délia Torre occupa la capitale sans coup férir. Un nouvel acte de Victor-Emmanuel (19 avril 1821) conserva la dignité royale à Charles-Félix (1).

Parmi les libéraux les plus compromis, les uns se sauvèrent, qui en Espagne, qui en Suisse, qui en France (2). D'autres subirent le supplice. Plusieurs des

(1) Le nouveau roi resta à Modène jusqu'au mois d'octobre suivant. Il nomma pour le représenter dans l'intervalle, Thaon de Revel, comte de Pratolongo. Une convention du 16 juillet 1821, décida que douze mille Autrichiens resteraient en Piémont, à Stravella, Voghera, Tortone, Alexandrie, Valence, Casale et Verceil, jusqu'en septembre 1822. Une nouvelle convention, du 14 décembre 1822, décida que l'évacuation, qui n'avait pas eu lieu à l'époque d'abord prescrite, s'opérerait en trois fois.. La dernière époque fut fixée au 31 octobre 1823.

(2) Entre ces derniers était Santa-Rosa, qui d'abord s'était réfugié à Gênes. N'ayant trouvé en France que des persécutions, il fat

fugitifs furent exécutés en effigie. On accumula les châtiments de toute espèce, et les sociétés secrètes furent proscrites. Ainsi finit la révolution piémontaise, grâce au concours des Autrichiens.

Le 12 mai 1821, fut clos le Congrès de Laybach. Les puissances alliées, en se séparant, publièrent une déclaration qui exprimait, en d'autres termes, les principes émis par le prince de Metternich, dans sa conférence avec le prince de Cimitile. L'acte était signé :

Autriche : Metternich, le baron de Vincent. — Prusse: KnusEMARck. — Russie : Nesselrode, Capo d'Is-

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