‹ Naples, 1130-1857Chapitre 26 sur 35 · TRIA, POZZO DI BORGO · texte numérisé non relu

TRIA, POZZO DI BORGO

Les peuples opprimés par des tyrans, ne se laissent pas aisément persuaderque l'oppression est un bien. Malgré la Déclaration de Laybach, on va voir FEurope continuer ses agitations. L'absolutisme aura beau faire, le souffle de 89 sera plus fort que lui. Vaincus sur un point, les mouvements qu'il excite se produiront ailleurs, jusqu'à ce que, les abus détruits, il n'y ait plus prétexte à réclamations.

Ferdinand I fit sa rentrée à Naples le 15 mai. Il fut salué avec joie par leslazzaroni qui retrouvaient enfin leur vieil ami (1). Inintelligence et mauvais vouloir; désirant se rattacher aux opinions rétrogrades de la France offi-

combattre en Grèce, et mourut en 1825, dans l'île de Sphactérie, à l'âge de 42 ans. Santorre, comte de Santa-Rosa, était né à Savigliano en 1783.

(1) Pendant son séjour à Florence, le roi de Naples, grand -père de la duchesse de Berry, avait été parrain du duc de Bordeaux (Ier mai 1821). Ferdinand eut pour commère sa bru, la duchesse de Calabre, femme de ce même prince régent, qui céda, ou fil semblant décéder, la place aux Autrichiens. Le roi de Naples, fut représenté au baptême par Monsieur, et la duchesse de Calabre par Madame. Rien n'indique, parmi les membres de la famille royale, ce refroidissement, cette gêne réciproques, qu'auraient nécessairement fait

cielle, et ne sachant pas les faire triompher, le roi eut l'art de mécontenter à la fois, si Ton excepte les courtisans, toutes les classes de la société. Jusqu'à l'arrivée du monarque, le marquis de Cireello avait été placé à la tête d'une régence provisoire. Les milices avaient été désarmées, les troupes napolitaines distribuées dans les garnisons, en nombre inférieur aux détachements autrichiens. Quatre Juntes de censure avaient été érigées pour faire dans les diverses parties du royaume des enquêtes rigoureuses sur la conduite de tous les prêtres, fonctionnaires et pensionnés pendant la révolution. Les écrits et l'enseignement se trouvaient soumis à la surveillance la plus sévère. On ne connaissait plus le pouvoir que par l'excès de ses rigueurs. Impatiente du joug , la Sicile s'était mise en insurrection, et le général Rossarol avait proclamé la république à Messine. Entraîné par la sympathie des habitants et des soldats pour sa cause, Rossarol tenta même un débarquement en Calabre ; mais son projet échoua, et, au retour, le général trouva fermées les portes de Messine. Néanmoins, les choses avaient été assez loin pour que la régence provisoire y dût voir un avertissement sérieux ; au lieu de changer de système, Cireello redoubla de rigueur. La possession d'armes, le recèlement d'hommes proscrits par le pouvoir, furent punis avec la dernière sévérité. Ferdinand s'annonça d'abord comme voulant adoucir ces mesures, afin de se faire pardonner le crime de Laybach, et l'occupation des étrangers. On va voir comment il tint sa parole. Le roi de Naples érigea des conseils de guerre pour rechercher et punir les militaires compromis dans la révolution; plusieurs membres du Parlement furent bannis ou transpor-

naître des dissidences politiques. C'est une preuve nouvelle que le prince François trahissait la cause qu'il avait juré de défendre.

tés ; des patriotes éminents envoyés dans des forteresses de Bohême ou de Hongrie ; l'administration de la Sicile fut séparée de celle de Naples, non pour le bien du pays, mais pour mieux favoriser le despotisme ; un conseil d'État fut institué, dont le personnel n'avait rien à refuser au monarque; un décret licencia l'armée (1 juillet 4821), et congédia sans pensions tous les officiers au-dessous du grade de colonel ; trente des plus illustres citoyens de Naples furent emprisonnés ou forcés de s'enfuir en Angleterre, pendant que d'autres passaient en Espagne, en France et ailleurs; deux hommes distingués montèrent sur l'échafaud; la police devint si infâme que les Autrichiens eux-mêmes se virent souvent obligés d'accorder leur protection contre ses iniquités. C'est par ces agréables procédés que Ferdinand justifiait la proclamation du 15 mai (1821), dans laquelle il promettait : « d'étouf- « fer tout ressentiment personnel, de faire oublier, par des c< jours de prospérité et de paix, les événements désas- « treux qui avaient souillé les dernières pages de l'his- « toire napolitaine. »

Souillé! le mot était heureux pour un monarque qui venait d'introduire les étrangers dans son pays. Il est fâcheux seulement que le roi de Naples oubliât d'ajouter s'il comprenait dans la souillure les actes de son fils, le prince régent !

Le retour du roi fut signalé par des dispositions barbares qui n'avaient rien à envier aux décrets rendus pendant son absence. Un décret du 31 août 1821 portait : « Quiconque a été mis hors la loi pourra être tué, nonce seulement par la force publique, mais par quelque « personne que ce soit. Quiconque Y arrêtera, recevra « 200 ducats. Cette récompense sera réduite à 100 ducats, « lorsqu'il ne sera pas livré vivant à la justice. Lindi-

« vidu qui aura tué un de ses complices sera amnistié. Il « aura droit à une récompense, s'il a mis à mort un de « ses chefs. Le chef a droit à l'amnistie en cas de meurtre cr de trois de ses complices. »

Une loi du 28 septembre 4822 contenait cet article infâme : « En cas d'association illicite avec promesse et « engagement secret, et constituant quelque espèce de « secte que ce soit, quels qu'en puissent être d'ailleurs la a dénomination, l'objet, la forme et le nombre de ses ce membres, tous ceux qui en auront fait partie seront a condamnés au troisième degré de travaux forcés « (24 ans), et, en outre, à une amenda de 500 à 2,000 du- « cats. Les chefs, directeurs, administrateurs et digni- « taires de ces associations seront condamnés à la mort « par la potence, et, en outre, à une amende de 1,000 « à 4,000 ducats. »

Lorsqu'il craignait, par certaines dispositions, de trop révolter la conscience de l'Europe, car pour celle de son peuple il s'en moquait, Ferdinand sauvait la cruauté par l'hypocrisie. Ainsi, la peine édictée par le Code pénal contre le port des armes défendues était la prison; mais le roi, pour ce délit, appliquait toujours la peine capitale (i).

(1) Ces assassinats continuèrent d'être pratiqués par François Ier et par Ferdinand II. Et le dernier, multipliait même les occasions de les commettre. Le 18 décembre 1830, un rescrit portait : < Les couteaux de table aigus à manche non fermant, sont des armes défendues. » Le 27 septembre 1844, Ferdinand II, disait par un décret : « Le port des rasoirs avec intention de commettre un délit est puni des mêmes peines que le port des armes prohibées. »

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