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CHAPITRE XXIV

L'arbitraire produit par les terreurs du souverain. — Abus à Naples. — Craintes de Ferdinand par rapport à la Sicile. — Condamnation par la Junte d'État. — Nombre de victimes depuis 1794. — Le septième congrès des savants. — Visite du Démon du Nord. — Les Jésuites et Pie IX. — Impressions clandestines. — Un opuscule de Setiembrini. — Proscriptions. — Courage de Laurent Jacovelli. — Faire que les spectres deviennent corps, — Agents provocateurs. — Soulèvement de Reggio. — Le comte d'Aquila. — La grâce après la mort. — Des guichetiers révolutionnaires. — Démonstration à Naples. — La Jeune Italie. — Leçons données au roi par la magistrature. — Insurrection à Palerme. — Gouvernement salanique. — Révolution à l'ordre du jour. — Manifestation du 27 janvier 1848. — Une constitution promise. — Changement de ministère. — La Constitution promulguée. — Demandes du parti libéral. — Un roi comédien. — Charles Poerio. — Impopularité de la Chambre des Pairs. — Souvenir d'Armand Marrast. — Manœuvres des Sanfédistes. — Irritation du peuple. — La main des Jésuites. — Les constitutionnels. — Saliceili et le roi de Naples. — Un ministre, enfant terrible. — Xavier Barbarisi. — Pierre Leopardi. — La ligue italienne. — L'aigle à double tête traîné dans la boue. — Dépa r

• de l'ambassadeur aalrichien. — Fermentation dans les provinces. — Un programme ministériel. — Le général Guillaume Pepe. — Révélations de Barbarisi. — Les Siciliens prononcent la déchéance de Ferdinand. [1834-1848]

Par une conséquence funeste, mais logique, l'arbitraire doit naître ou s'accroître avec les terreurs du souverain. Aussi un homme d'État a-t-il pu dire dans sa « haute raison : a Les mesures violentes sont toujours le « signe des dangers que court, ou pense courir, celui qui a dispose de la force publique. » Quiconque se trouvait soupçonné d'opinions libérales, ou de désaffection politique, était jeté en prison, sans que l'on se crût tenu de donner à l'arrestation aucune espèce de motif. En même temps, la société fut tellement infectée d'espions, que chacun redoutait de s'ouvrir, même à ses parents les plus proches. La seule lecture des livres défendus devint, non un délit, mais un crime; imprimer la moindre allusion aux abus publics, exposait l'auteur de cette hardiesse à être incarcéré ou banni.

Lorsque dans un État personne ne peut écrire ni parler, les abus de tout genre sont prompts à se produire. Les taxes furent abandonnées à une compagnie qui, dans son intérêt particulier, levait les impôts de la manière la plus dure et la plus vexatoire. Le vin du pays coûtait sr cher pour entrer dans la ville de Naples, qu'il se forma des compagnies régulières de contrebandiers, afin de le faire passer en franchise par-dessus les murs. Toute une classe d'hommes se trouva ainsi en collision journalière avec la police, et le gouvernement n'eut pas de plus grand ennemi à redouter. Les mesures restrictives rendirent le commerce et l'industrie de plus en plus languissants; et, par conséquent, les commerçants et les industriels de plus en plus hostiles au trône. Les régi-

ments suisses étaient mieux payés que les régiments nationaux ; ia jalousie s'empara de l'armée, et le mécontentement gagna rapidement toutes les troupes. Pendant qu'un système de pillage, mis en pratique par tous les employés du gouvernement, soulevait l'indignation des citoyens, la rapine et le vol des officiers de tous grades mettaient la rage au cœur des soldats.

Ces excès, qui s'étendaient partout, n'irritèrent pas seulement TÉtat de Naples; la Sicile en fut exaspérée. Aussi, lorsque le roi fit un second voyage dans l'île (1834), il reçut un accueil dont la froideur offrait un étrange contraste avec l'expression et la joie que les insulaires lui avaient autrefois manifestées. Mais Ferdinand ne savait pas comprendre que « le silence des peuples est la leçon des rois. » De cette muette éloquence des Siciliens, qui lui parut un outrage, il conclut que son frère était trop populaire, et qu'il se posait en rival. Il craignit plus que jamais de voir lui échapper le plus beau fleuron de sa couronne; il lui sembla qu'une révolution semblable à celle de Belgique était sur le point d'éclater. Pour combattre ce péril imaginaire, le roi rappela brusquement le prince Léopold, et ne pensa plus « qu'à arracher à la Sicile le reste des garanties qu'elle avait pu conserver depuis 4816. » (1)

Le mécontentement de la Sicile se traduisit, en 1837, par des soulèvements partiels. Des mouvements éclatèrent dans les provinces de Catane et de Syracuse. A Catane, on jeta à bas les statues des Bourbons, et l'on proclama l'indépendance et un gouvernement provisoire. L'insurrection ne s'étant pas étendue au reste de l'île, elle fut aisément étouffée. Le commissaire de police

(1) Pantaleoni et Lumia, p. 110.

Kh% NAPLES.

Cieffi, envoyé de Naples, soumit à la torture les accusés politiques de Catane. François Pappalardi, entre autres, fut suspendu par les mains à un arbre, et fustigé. Ensuite, on l'enferma, nu, pieds et poings liés, pendant quarante jours, dans un cachot sans lit et sans paille.

L'autre partie du royaume fut de beaucoup plus maltraitée. La haute Junte d'État qui, depuis 1 82 1, s'attribuait la connaissance des délits politiques, avait jugé, à huis clos, douze cents procès, et un nombre encore plus considérable avait été déféré pour avoir du sang, suivant l'énergique expression d'un contemporain, à des Commissions militaires permanentes dans chaque province, et à des Conseils de guerre qui surgissaient çà et là, subits et terribles. Telle fut, pendant de longues années, la rage des cruautés et des assassinats, que Colletta disait, en terminant son histoire classique : a Dans l'espace de « six lustres (de 1794 à 1824), cent mille Napolitains ont » péri de diverses morts, tous pour la cause des libertés a publiques, ou pour leur amour de l'Italie. » Et Leopardi estime que, sous les règnes de François Ier et de Ferdinand II, le nombre des victimes s'accrut encore de cinquante mille.

En 1842, Civita di Penne et Aquila virent les conseils de guerre déployer de nouveau leurs fureurs. Cosenza, déjà décimée en 1837, eut encore à subir deux fois les conseils de guerre dans l'année 4844. Au mois de mars, ils immolèrent douze cents citoyens qui avaient combattu en braves; au mois de juillet, tombèrent, sous le plomb royal des sbires, les deux frères Bandiera, avec sept de leurs camarades, en criant : Vive l'Italie! Vive la liberté! Cent autres furent enchaînés, et envoyés dans les oachots ou aux galères.

A l'imitation du roi de Piémont et du grand-duc de

Toscane, le roi des Deux-Siciles accueillit à Naples, dans Tannée 1845, le septième congrès des savants. Cette réunion obtint de Ferdinand quelques actes de clémence qui, tout mesquins fussent-ils, donnèrent quelque courage à d'innombrables familles opprimées, et semblèrent un moment promettre, tant il est facile de contenter les peuples, un avenir meilleur.

a Hais le printemps d'après (1846), arriva à Naples, « splendidement accueilli et fêté, le despote des despotes, a l'autocrate de toutes les Russies, Nicolas (1). Peut-être a que la visite et l'amitié du Démon du Nord, qui avait c< Tbabitude de dormir tout vêtu sur une peau de lion, « avec deux pistolets chargés au côté, et à ses pieds un a mâtin féroce, ne contribuèrent pas médiocrement à « retenir Ferdinand II dans la voie mauvaise, lorsque, « quelques mois plus tard, les paroles de pardon sorties « du Vatican, lui aplanissaient la bonne voie. »

« Le fait est que, pendant que dans toute l'Italie on « chantait des hymnes à la gloire de Pie IX, c'était un « délit dans les Deux-Siciles d'avoir les cuivres ou les a plâtres qui en retraçaient l'image, un délit de lire les a journaux qui louaient les vertus, un délit de prononcer « seulement son nom. Un sanhédrin jésuitique, dans son « indigne feuille périodique, Science et Foi, accusait le « nouveau pontife presque de sectaire, et aidait puis- « samment la police à empêcher l'entrée dans le royaume « de tout livre, de toute impression qui contenait des « arguments moraux ou politiques. L'unique évangile du « peuple des Deux-Siciles devait être le catéchisme sata-

(1) Suivant l'usage de Naples, dans les réceptions princier es, pour que l'hôte impérial ne fût troublé par aucun spectacle fâcheux, au milieu des fêles, on avait emprisonné tous les pauvres.

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a nique dont fut révoltée la conscience chrétienne de a William Gladstone (1).

« La compression bourbonienne, cent fois pire que « la compression autrichienne, se servait de tous les « moyens, ou tre-passait toutes les limites de l'équité natu- « relie. Le seul soulagement à l'esprit public étaient les « impressions clandestines qui, sous forme de feuilles « volantes, applaudfssaient aux gouvernements réfor- « mateurs, et vitupéraient les gouvernements de résisa tance (2). »

Bientôt les feuilles volantes ne suffirent plus à l'impatience générale, aux tendances universelles d'opposition. Alors se produisit un opuscule de Louis Settembrini, sous le titre de Protestation du peuple des Deux- Ski les. L'auteur, homme de haute intelligence et de mœurs sans tache, d'habitudes irréprochables, retraçait succinctement l'histoire douloureuse de la longue tyrannie ministérielle, attribuant à chaque ministre sa part dans les scélératesses, d'une manière si précise, que tout lecteur honnête devait lui savoir gré de son courage. Le roi, qui lut ce petit livre, en fut profondément offensé. 11 voulut que la police en recherchât l'auteur. Plusieurs citoyens furent arrêtés, parmi lesquels Charles Poerio, Marian d'Ayala, Dominique Mauro, François Trinchera. D'autres exilés : Joseph del Re, Damien Assanti, Henri Poerio, à Marseille; Settembrini à Malte. Arrivé à sa destination, ce dernier s'accusa lui-même, pour innocenter les autres.

Loin d'être intimidé par ces mesures, Laurent Jaco-

(1) Noos parlerons avec quelque détail de ce livre abominable, lorsque nous en serons au pamphlet qui le mentionne.

(2) P. Leopardi. Narraxioni sloriche, p. 06.

velii attaqua le scepticisme ministériel à visage découvert, et réclama du roi les réformes concédées par les autres princes italiens. L'avocat publiciste fut mis en prison. Cette nouvelle rigueur ne pouvait arrêter l'élan révolutionnaire, qui désormais dominait tous les esprits. Mais, au grand désespoir du gouvernement, si la révolution apparaissait partout, on ne pouvait la saisir nulle part. On recourut alors à la maxime immorale de M. de Metternich : Faire que les spectres deviennent corps.

Un jour, l'architecte Pierre Erriquez, connu à la police et au palais du roi, feignit d'être l'ennemi des Bourbons. Use disait résolu à miner les appartements de la famille royale, pour la faire périr tout d'un coup, si l'on voulait lui procurer une quantité suffisante de poudre. Les libéraux, qui le fréquentaient, repoussèrent son projet avec horreur (1).

Mais tels furent, dans les derniers mois de 4847, le vertige et l'aveuglement de ceux qui tenaient les rênes de l'État, que les agents provocateurs parvinrent quelquefois à se faire écouter. La révolution bouillonnait des deux côtés du phare. Le 3 septembre, onze constitutionnels, Dominique, Jean André, et Etienne Roméo; Augustin et Antoine Plutino; Casimir de Lieto, Paul Pallicano, Pierre Mileti, Frédéric Genovesi, Dominique

(1) En avril 1848, ce même agent provocateur fut arrêté et poursuivi par le directeur de la police, Jacques Tofani, pour avoir voulu de nouveau provoquer des excès. Le ministre de l'intérieur, Rafaël Conforii, le fit mettre en liberté. Un jour où le roi se plaignait de certaines clameurs, le directeur Tofani lui dit : « Sire, ceux qui « crient ne sont pas tous des nôtres; il y a des vôtres, et beaucoup « de semblables à l'architecte Rodriguez. » Le roi pâlit, se couvrit le visage des deux mains, et s'écria : « Quel coquin 1 » — « Oui, dit Leopardi; mais ce coquin continua, et continue peut-être encore de jouir des faveurs de la police et de celles de la royauté. »

Muratori et Antonin Ci mi no, suivis de plus de deux mille citoyens, se soulevèrent à Reggio, en criant : Vive Ferdinand II, roi constitutionnel! Vive Pie IX! Vive V Italie! A bas les ministres! Ils s'emparèrent du château par capitulation, arborèrent le drapeau tricolore italien, et instituèrent un gouvernement provisoire.

Par suite d'un accord antérieur, un mouvement semblable à celui de Reggio devait avoir lieu à Messine. Hais celui-ci, anticipé d'un jour, avorta. On peut se faire une idée pourtant de la fureur qu'il excita, par cet extrait d'une proclamation du général Landi, relative aux insurgés : « Ils pourront être impunément mis à mort, non-seulement par la force publique, mais par quelque personne que ce soit. Les primes suivantes sont, par ordre supérieur, accordées à ceux qui les auront tués ou arrêtés, savoir : 300 ducats à quiconque en aura mis à mort un, et 1,000 ducats à quiconque aurait procuré son arrestation. »

Le roi, prévenu par le télégraphe, dépêcha immédiatement à Reggio, son propre frère Louis, comte d'Aquila, avec quatre frégates à vapeur. A l'aube du. 4 septembre, quelques bombes furent d'abord lancées contre la cité rebelle, qu'on remplit ensuite d'artillerie et de soldats. Les citoyens non soulevés accueillirent cette démonstration avec un sang-froid dédaigneux; les soulevés se retranchèrent en ordre Sur les hauteurs ; ils s'y maintinrent jusqu'à ce que la mort héroïque de Dominique Roméo, l'âme et le chef de la révolte, les fît se disperser. Parmi ceux qu'on arrêta postérieurement, plus de cent furent envoyés aux galères; sur dix-huit que la commission militaire condamna à mort, neuf eurent, par commutation, le cachot à vie, et neuf furent fusillés. Dans ces derniers, était un beau jeune homme, unique héri-

tier de la famille Mazzoni di Rocella. Il s'était constitué volontairement, sur la promesse d'immunité faite à son père par le général Nunziante. Le père mourut de douleur au moment même où le fils était fusillé. La grâce du roi arriva pour plusieurs des morts, le lendemain de l'exécution.

La facile répression des mouvements de Reggio et de Messine avait tellement enorgueilli le roi, qu'ayant expédié dans les provinces des colonnes mobiles, composées d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, il regardait toute réforme, même financière, comme superflue» Ce fut à contre-cœur qu'il abolit l'impôt sur la mouture, établi au commencement de son règne, pour des nécessités passées depuis longtemps. Il ne mit pas meilleure grâce à diminuer d'un tiers le prix du sel, qui depuis d821, avait doublé. L'erreur de Ferdinand était grande; car la révolution ne pouvait plus être arrêtée, ni par les violences, ni par les menaces, ni par l'atténuation des impôts. Ce que voulait la nation, c'étaient des concessions en rapport avec l'esprit du temps.

Vers le milieu de novembre (1847), le plus haï de ministres, parce qu'il était le plus corrupteur, Nicolas Santangelo, fut congédié. De son dicastère, qui était Tintérieur, on détacha les travaux publics, et l'on enleva, en même temps, au dicastère des finances, l'agriculture et le commerce. Le roi eut ainsi à disposer de trois portefeuilles. 11 les donna à des hommes qui n'étaient ni libéraux, ni Sanfédistes; c'est-à-dire qu'il mécontenta à la fois le peuple et la réaction.

Une semaine après (23 novembre 1847), les Napolitains, nombreux et compactes, commencèrent à parcourir les principales rues, les places de la. cité, en criant : Vive le roil Vive Pie 1X1 L'autorité dissipa ces démons-

U8 IfAPLBS.

trations, mais sans violences d'aucune sorte. Les Sanfédistes n'étaient plus aussi forts contre le pape; ils se voyaient contraints de tolérer un peu qu'on prononçât son nom. A dater de ce moment, les démonstrations se reproduisirent chaque jour, principalement sur la place Saint-François de Paule, où la multitude se rendait pour écouter les musiques militaires. Mais, alors, aux deux cris primitifs, s'ajouta celui de Vive l'Italie!

La police, accusée de faiblesse, fit à la fin arrêter et retenir dans la préfecture plusieurs jeunes gens, au nombre desquels était Joseph Avitabile, véritable Spartiate, de bonne et riche famille. Celui-ci, prenant en plaisanterie la prison, payait à boire et à manger à ses gardiens, pour qu'ils criassent avec lui : Vive Pie IX! Vive l'Italie! Les gardiens le faisaient volontiers, sans même demander que le cri de Vive le roi ! marchât de compagnie.

Ce dernier cri, d'ailleurs, ne tarda point lui-même à devenir subversif comme les deux autres. Les Sanfédites reprirent tout leur empire, un moment affaibli ; les craintes et les prévoyances devinrent de plus en plus insensées. La musique cessa au dehors. Elle fut confinée dans les théâtres, et ne dut se faire entendre qu'à l'apparition du roi ou d'un prince du sang. Mais le roi et les princes ne se montrèrent plus.

Alors, les démonstrations recommencèrent dans les voies publiques. Le 14- décembre (4847), une nombreuse réunion déjeunes gens des deux sexes parcourut la rue de Tolède, poussant les cris accoutumés. Des commissaires de police, escortés de forts escadrons de gendarmerie et de coupe-jarrets, tentèrent d'arrêter la démonstration. Une mêlée s'engagea. Il y eut beaucoup de blessés, mais peu de morts. D'ordre du gouvernement,

bon nombre de jeunes gens furent emprisonnés, parmi lesquels le duc Proto, Camilo Carraciolli, fils du prince de Torella, et le peintre Savere Altamura. La police, qui avait l'habitude d'appliquer toutes sortes de noms fâcheux, et d'appliquer des peines arbitraires aux libéraux, se contenta de nommer ceux-ci dans son journal, malintentionnés, et de les soumettre à un jugement.

Au bout de trois semaines, la cour criminelle de iVaples rendait une ordonnance de non-lieu, et tous les prisonniers étaient mis en liberté (7 janvier 1848). Vers le même temps, la cour criminelle de Chieti acquittait plus de cent citoyens, qui avaient comparu devant elle comme appartenant à la Jeune Italie.

C'étaient deux avertissements donnés au roi parla magistrature, qui, alors, n'avait point encore souillé la toge par ses lâches complaisances. Le roi ne comprit pas, ou ne voulut pas comprendre. Ordre fut donné à quinze mille jeunes gens des provinces, de quitter la capitale pour retourner chez eux. Peu obéirent, et la veille de Noël (1847), une révolte faillit avoir lieu. Elle aurait certainement éclaté, si de nombreuses patrouilles de Suisses, de gendarmes, et de gardes de sûreté, n'eussent incessamment parcouru les rues de Naples jusqu'à ce que Yordre fût retiré.

La Sicile avait, pendant plus de dix années, souffert patiemment l'oppression et les excès du roi de Naples. Elle ne cessait de réclamer des réformes, de solliciter qu'on mît fin à un régime intolérable; mais jamais, durant ce long terme, l'Ile n était sortie des voies pacifiques, si ce n'est lors de la récente insurrection de Messine, et du mouvement Rossarol, tentatives d'ailleurs toutes locales. Voyant enfin qu'on ne voulait avoir aucun égard à leurs plaintes, que leurs demandes ne cessaient de pro-

voquer des menaces et de nouvelles rigueurs, les Siciliens assignèrent un dernier délai, déclarant que, passé ce terme, l'île prendrait les armes. La date fixée était le li janvier 4848. L'aube du 12 offrit un spectacle saisissant. Toute la garnison de Palerme était sous les armes, les canons pointés sur la ville. De son côté, le peuple était debout, sans armes, mais résolu néanmoins à exécuter sa menace. On en vint aux mains. Les Palermitains affrontèrent la mitraille avec cet élan irrésistible qui fait préférer la mort à l'ignominie. La lutte ne fut pas longue; le peuple resta maître du terrain. 11 fut aussi généreux dans la victoire, qu'il avait été héroïque dans le combat. Les soldats avaient « massacré des moines, des femmes, « des enfants, ils furent traités par lui comme des frères, « entourés de soins, et renvoyés pour la plupart à Na- « pies, sans conditions. » (1) Après Palerme, la Sicile entière s'insurgea. Malgré les renforts venus de Naples, les soldats furent, sur tous les points de File, délogés de leurs positions. Ferdinand, se voyant vaincu, voulut entrer en arrangement. Les Siciliens répondirent qu'ils ne déposeraient les armes qu'après avoir, par un Parlement réuni à Palerme, adapté au temps présent leur ancienne Constitution, réformée en 1812, sous l'influence de la Grande-Bretagne. Tel fut le premier acte de la nouvelle révolution.

On a vu que Naples n'était pas moins impatiente de réforme que la Sicile; mais elle procédait par d'autres voies. Les libéraux, et même des modérés, recoururent d'abord à des moyens qui étaient tenus pour légaux, à Florence, à Rome, à Turin. Ils répandirent, avec invitation de la venir signer, chez Charles et Alexandre Poerio,

(1) Pantaléoni et Lumia, p. 114.

une pétition au roi, conçue en termes respectueux, mais •dans laquelle on demandait pourtant une représentation législative. Le lieutenand général François Pignatelli, prince de Strongoli, et Gaétan Filangiéri, fils du lieutenant général, prince de Satriano, signèrent les premiers cette supplique. Vinrent ensuite des milliers d'adhérents de toute condition, et de tout état. Les citoyens continuaient à signer, lorsque, le 22 janvier (4847), une de ces cohues qui attestent un mécontentement profond, et, deux jours après, un rassemblement plus considérable, semblèrent jeter quelque trouble à la cour.

La pétition devait être présentée le 26. Dans la soirée

du 25, Ferdinand manda au palais, Delcarretto. A peine

entré, le ministre de la police fut arrêté, et, sans pouvoir

parler au roi, sans qu'il lui fût possible de voir un seul

membre de sa propre famille, il fut conduit à la Darsena,

et embarqué sur le Neptune, par le lieutenant général

Charles Filangiéri. Le prince de Satriano rendait ainsi,

en 1848, à Delcarretto, la pareille de ce qu'il avait fait

lui-même au ministre Intonti, en 1831. a Manière de ré-

« gner toujours chère aux Bourbons de Naples, et qui,

a plus que toute autre preuve, atteste la nécessité qu'ils

« se sont faite de gouverner sataniquement (1). »

La dernière espérance des modérés s'étant évanouie, l'insurrection fut mise à l'ordre du jour. Elle éclata immédiatement à Cilento, un des districts les plus maltraités de la province voisine de Salerne. Costabile Carducci et Antoine Leibnecker armèrent une nombreuse troupe de citoyens, repoussèrent plusieurs assauts des troupes royales, et tinrent ferme sur les rives du Sele, pendant que, dans les autres provinces, apparaissaient

(1) P. Leopardi, Narrazioni storiche, p. 76.

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les signes d'une révolte plus ou moins prochaine, et que, dans la capitale, mûrissait l'imposante manifestation du 27 janvier (4848).

Le temps était sombre et pluvieux; et néanmoins, suivant l'accord fait, vers les onze heures du matin arrivèrent de divers points de la cité, dans la rue spacieuse de Tolède, de nombreuses troupes de jeunes gens, nobles, bourgeois, plébéiens, mêlés ensemble, et criant tout d'une voix: Vive le roi! Vive la Constitution! A ces cris personne n'eut peur, personne ne prononça l'accoutumé: Fuyez, fuyez; fermez , fermez; mais, comme dans une fête publique, qui n'est troublée ni par les gendarmes, ni par les mouchards, de grands flots de peuple firent irruption dans cette rue de tous les côtés, et la remplirent de telle manière que, les longues files bouchant toutes les ruelles latérales, il devint impossible d'avancer autrement qu'en suivant la foule épaisse. Point d'armes. Rien absolument que des rubans aux trois couleurs italiennes, et un immense concert de voix qui, de temps en temps, répétait les mêmes cris.

Bientôt après, le château Saint-Elme tira le premier, le second, le troisième coup de canon, et arbora le drapeau rouge. Les autres forts lui répondirent à point nommé. C'était le signal de siège et de guerre. Mais la démonstration, qui par ruse, qui par ignorance, le prit comme un augure de largesse et de paix, et cria avec plus de force : Vive le roi! Vive la Constitution!

Après environ une demi-heure d'incertitude fiévreuse, un sourd murmure circula dans la foule : Le roi fera droit à nos vœux, mais de sa volonté, pleine, libre et spontanée. «Et aussitôt, comme par enchantement, la démonstration disparut, sans laisser d'elle aucun souvenir pénible. Les citoyens rentrèrent dans leurs maisons, les trou-

pes dans leurs quartiers, et la ville reprit ses occupations habituelles, plus paisible et plus joyeuse qu'elle n'avait jamais été.

« Voilà le peuple qui ne désire point, qui ne mérite point la liberté (1). »

• Ferdinand, qui voyait déjà sa couronne en danger, par les événements de Sicile, feignit, suivant le conseil de Machiavel, d'accorder libéralement ce qu'il ne pouvait refuser sans péril. Le lendemain de la manifestation (28), il déclara que le temps était venu d'accéder aux demandes du peuple. Le Cabinet, qui s'était rendu coupable de tant d'excès, ne pouvait inaugurer le nouvel ordre de choses. Un ministère qui n'était ni Sanfédiste,ni libéral, remplaça le ministère Austro-Sanfédiste. Présidé par le duc de Serra-Capriola, le nouveau ministère se composait du prince de Torella, du prince Dentice, du baron Bonnani, du commandeur Scovazzo, du général Garzia, et du chevalier Cianciulli.

Le 29 janvier 4848, le roi, par un acte solennel de sa volonté souveraine, promit une Constitution sur les plus larges bases. Une joie délirante accueillit cette nouvelle. Ferdinand fut considéré comme le bienfaiteur du pays, et le peuple éleva jusqu'aux nues la bonté de son monarque. Il ne tardera point à changer de sentiment.

Il sembla que le roi, même avant de lavoir accomplie, voulût se précautionner contre les conséquences possibles de la promesse qu'il venait de faire. Au lieu d'une réforme dans le personnel de la magistrature, que tout le monde attendait, il fit des promotions et des avancements parmi les juges, afin de les attacher d'une manière plus étroite à la personne du monarque, et à son système de gouvernement, si mauvais fût-il. Cianciulli

(1) P. Leopardi, Narraxioni storiche, p. 77, 78.

ayant refusé le dîcastère de l'intérieur, le roi nomma à sa place Bozzelli, qu'on savait capable de tous les excès. Cette conduite fit jeter les hauts cris; mais on avait un moyen de distraire l'attention.

La Constitution, signée le 10, fut promulguée le il février i848. Le roi disait :

« En conformité de notre acte souverain du 29 de a janvier 4848, par lequel, cédant au désir unanime de nos « bien-aimés sujets, nous avons promis de notre pleine, a libre et spontanée volonté, d'établir dans ce royaume a une Constitution, conforme à la civilisation des temps, « et de laquelle nous indiquâmes alors, par quelques a traits rapides, les bases fondamentales, que nous nous « réservâmes de ratifier lorsqu'elles auraient été coor- « données et arrangées dans leurs principes, et selon le a projet que notre ministre d'État devait nous soumettre a dans le délai de dix jours;

« Déterminé à donner un effet immédiat à cette ferme a résolution de notre esprit ;

a Au nom redoutable du Dieu très-saint et très-puisce sant, Trinité dans [l'unité , auquel seul il appartient « de lire dans les profondeurs du cœur, et que nous invo- « quons hautement comme le souverain juge de la sima plicité de nos intentions, et de la sincérité sans ?%éserve « avec laquelle nous nous sommes déterminé à entrer « dans la voie d'un nouvel ordre politique;

« Ayant entendu avec une mûre délibération notre a conseil d'État ;

a Nous avons décidé de proclamer et nous proclamons « comme irrévocablement ratifiée par nous, la Constitua tion suivante.» (1)

(f) Dès ce moment, et jusqu'au mois d'octobre 1849, le journal officiel porta le titre de journal Constitutionnel.

Quoique ce statut, dont nous dirons plus tard quelques mots, ne fût autre chose qu'une traduction incomplète de la charte française de 1830, et qu'il demeurât, par conséquent, bien au-dessous de la Constitution de 4820, la nation l'accueillit par des marques non équivoques de satisfaction. Le peuple se rendit au foule devant le palais pour exprimer son contentement.

Les cris de la reconnaissance publique étant parvenus jusqu'aux oreilles du roi, Ferdinand parut au balcon. Il se découvrit, et mettant la main droite sur son cœur, il se montra si satisfait de tous ces vivats que, « ayant vu un grand chariot où Michel Viscusi avait colloque douze lazzaroni portant chacun la bannière de son quartier, il voulut descendre, avec la reine et avec ses deux frères mineurs, pour jouir de la fête. Il refusa de laisser traîner le char par le peuple, mais il entra dedans avec la foule, et parcourut et reparcourut à pas lents la longue rue de Tolède, accompagné des bénédictions et des vivats universels. » (1)

Le 24 février 1848, la Constitution fut, avec une grande pompe religieuse et militaire, jurée par le roi dans la basilique, par l'armée sur la place ^Saint-François de Paule.

Les provinces imitèrent en tous points la capitale. Celle de Salerne fut la première à poser spontanément les armes. Carducci qui, avec Leipnecker, avait commencé Pinsurrection, fut nommé par le roi colonel de la garde nationale.

Le peuple aurait désiré naturellement que la nouvelle Constitution entraînât ses conséquences légitimes. Il existait de vieilles lois napolitaines, justes et sages, mais

(1) P. Leoj»arJi, Xarraxioni storiche, p. 80.

complètement inobservées. Le parti libéral demandait qu'elles fussent remises en pleine vigueur, et que le gouvernement devint responsable de leur exécution. Ce parti eût voulu encore introduire un nouveau principe dans l'administration, maintenir le gouvernement dans la plus stricte légalité, et abolir le syslème effroyable de police sous lequel avaient été commises tant d'iniquités. Il désirait, enfin, assurer l'indépendance des fonctionnaires, en les préservant contre toute influence religieuse ou politique, qu'il regardait comme la plus dangereuse de toutes les tyrannies. Les hommes de ce parti se nommèrent eux-mêmes les Constitutionnels. En général, ses principaux chefs étaient des avocats.

Aux premières nouvelles de notre révolution de février, le roi, toujours comédien, s'empressa de donner en apparence (6 mars) quelques garanties aux Constitutionnels. Pendant que les Sanfédistes, par toutes les intrigues imaginables, continuaient à diviser entre eux les vrais amis de la nation, Ferdinand renvoya cinq ministres oisifs et sans caractère, peur les remplacer par des hommes moins antipathiques au pays. La retraite du prince de Torella, du baron Bonnani, du général Garzia, et du commandeur Scovazzo, avait donné les affaires étrangères au prince de Cariati, les travaux publics et le commerce à Jacques Savarese, le portefeuille de grâce et justice à Aurèle Salicetti, celui de guerre et marine au colonel Degli Uberti, l'instruction publique au baron Charles Poerio. Malheureusement il restait Serra- Capriola, qui avait laissé les affaires étrangères, mais qui gardait la présidence du conseil; plus malheureusement il restait Bozzelli, le pire membre du cabinet.

Charles Poerio était ce même baron que nous avons rencontré dans la conspiration de 1833. Membre distin-

gué du barreau, partisan d'une liberté relative, nature dévouée, cœur sympathique, se laissant aisément duper par les puissants qui le caressaient, Poerio avait été emprisonné trois fois avant 1848. Il fut appelé dans les conseil s du roi. Ferdinand lui donnait des poignées de main, le nommait mon petit Chariot, lui offrait des cigares, disait à tout le monde du bien de son ministre; Poerio était ravi. Les cajoleries ne tardèrent pas d'être funestes au ministre de la révolution. On l'entraîna à des actes peu dignes de lui.

Le parti libéral ne partageait pas l'enchantement de Poerio. Comme il reconnut que le roi, malgré la Constitution accordée à ses instances, gardait près de lui des hommes dangereux, et n'opérait aucune réforme dans l'État, ses murmures s'élevèrent de plus en plus haut, quoiqu'on essayât activement de le calmer, par le système si dissolvant des flatteries. Une chose surtout était reprochée au roi, c'était la Chambre des Pairs. Ces législateurs n'étaient pas plus populaires à Naples qu'à Paris (1). Tenant leurs4 droits de la couronne et de leurs titres féodaux, ils semblaient devoir être les avocats et les apologistes de tous les actes arbitraires. Aussi le cri de : Vive la Constitution! était fréquemment suivi du cri : A bas les Pairs!

Les Sanfédistes, qui avaient fait naître une foule de

(I) 11 fallait entendre Armand Marrasl raconter avec son esprit et sa verve intarissable, comment le peuple, dans les premières années du règne de Louis-Philippe, ne connaissait pas de plus cruelle injure que celle de l'air de Fiance. Deux cochers de fiacre se prenaient de querelle : celui qui avait la langue le plus déliée pouvaient impunément traiter l'autre de canaille, voleur, brigand, assassin ; mais s'il lâchait le mot de Pair de France, il était sûr de recevoir un soufflet.

458 TSAPLBS.

mécontentements individuels, profitèrent habilement de ces dispositions pour s'assurer un triomphe ultérieur. Ils donnèrent un mot d'ordre qui fut scrupuleusement suivi. Tous les fonctionnaires rétribués, qui avaient la pauvreté en perspective s'ils perdaient leur emploi; tous les agents de police, dont le salaire était l'unique moyen d'existence, et qui craignaient, en outre, d'avoir à rendre compte de leurs excès antérieurs, devinrent, pour un, moment, les plus grands hypocrites. Dans le dessein de plaire au peuple, ce qui faisait partie du programme, ils affectèrent le dévouement le plus chaleureux pour la nouvelle Constitution. Us ne trompaient que les niais; et les hommes d'expérience savaient ce qu'il fallait penser de cesbeaux sentiments. Ceux-ci eurent pourtant un grand tort : ce fut de se laisser aller au dégoût, au lieu d'éclairer leurs compatriotes sur cette conduite méprisable. Tout disposés qu'ils fussent à oublier les injures passées, et à se reconcilier avec leurs ennemis, les libéraux refusèrent d'accepter aucune fonction, lorsqu'ils virent ce triste spectacle et la marche des événements. Les adversaires de la liberté restèrent ainsi en possession des hauts emplois. Ce fut un coup funeste pour le progrès politique. Le peuple, en voyant les créatures corrompues et sans principes de l'ancien gouvernement conserver leur position, et tous ses vrais amis rester à l'écart, finit par deviner le véritable mobile des discours qu'on lui tenait. Il entra dans une exaspération telle, que, manié par des mains habiles, il devait inévitablement devenir l'instrument de sa propre ruine.

Lorsque la révolution de France et l'insurrection de la haute Italie, eurent enlevé toute espérance de voir une intervention étrangère soutenir le roi de Naples contre la nation, les Sanfédistes conçurent un dessein infernal.

NÀPLES. 459

Ce fut d'exciter des désordres, de plonger l'État dans l'anarchie, afin de pouvoir, en compromettant tous les intérêts, en soulevant toutes les peurs, revenir au gouvernement absolu. Qu'importent les voies, pourvu qu'on atteigne le but !

Un des premiers moyens mis en œuvre, fut de semer la défiance entre les soldats et le peuple. On disait aux -soldats que le peuple les traitait de lâches suppôts de la tyrannie; on disait au peuple, que les soldats n'auraient pas de plus belle fête que le jour où ils recevraient l'ordre de le mitrailler. Des misérables, bien connus des initiés pour avoir été naguère des espions de la police, vinrent se poser en orateurs véhéments dans les clubs particuliers ou publics. Sous prétexte de démocratie, ils jetèrent des soupçons sur les patriotes les plus purs. Ils avaient ainsi le double avantage de recevoir un salaire pour leurs discours provocateurs, et de déconsidérer les hommes qui auraient pu d'un mot les faire rentrer dans la boue d'où ils sortaient. Les Jésuites avaient été bannis du royaume. A la faveur de cette main qui atteint partout, ils organisèrent une propagande formidable pour ' décrier la Constitution, et préparer son renversement. De l'argent fut distribué, d'autre fut promis, aux avocats du despotisme ; les agents secrets de la Société se mirent en mesure de prêter aide et assistance, le jour où il faudrait, en définitive, avoir recours à la bataille, « La noa blesse, à l'exception d'un très-petit nombre d'hommes « éclairés; des fonctionnaires de toutes les classes, ex- « cepté celle des plus honnêtes citoyens ; le corps entier « des infâmes satellites de la police, démons de l'intrigue « et de la corruption, s'unirent dans une noire conspi- « ration contre la liberté de leur pays. Le ministère pasc< sait pour l'encourager. Ainsi soutenu, le parti réaction-

460 HAMJ».

« naire augmentait chaque jour en force, et ne négli- « geait aucun moyen de produire des dissensions entre a le roi et la nation. Il disait au peuple que le roi était de a mauvaise foi; il disait au roi que le peuple le haïsa sait (4). » C'est de ces haines réciproques, créées et entretenues avec un art dont elle seule avait le secret, que la faction absolutiste attendait son triomphe.

Pour le commun des observateurs, Ferdinand semblait avoir besoin d'être trompé par les Sanfédistes sur les dispositions du pays; mais on verra plus tard, par un mot caractéristique, outre Fensemble des actes royaux, que le loi était lui-même l'âme et le moteur de cette abominable intrigue.

Le peuple, a-t -on dit, savait déjà que les vieux suppôts de la tyrannnie restaient en fonctions, que les libéraux demeuraient à l'écart, et qu'aucun abus du gouvernement n'était détruit. II constata, avec une nouvelle douleur, que, dans le peu d'emplois donnés à des hommes nouveaux, chacun ne songeait qu'à pourvoir ses amis ou ses parents, sans avoir aucun égard aux intérêts de la nation. Quelle défiance n'aurait été légitime? « Il devint a notoire que l'ancien ministre de la police, Delcarretto, a dont le nom était couvert d'infamie; que Campoa basso, Morillo, le Père Code et Santangelo, tous égale- « ment et justement détestés par la nation, recevaient ence core leurs salaires entiers, les gages de leurs assassinats, a de leurs spoliations, de leur trahison et de leur coraruption; que Delcarretto, non-seulement était à Naa pies, mais qu'il avait couché au palais, et, avec plu- « sieurs autres hommes d'une réputation semblable,

(I) Lord B*******, Naples political, social, and religions; t. II, p. 165.

a était resté en correspondance suivie avec le roi (1). » Un tel oubli de toute pudeur exaspérait surtout les partis extrêmes. Les constitutionnels virent clairement que, pour éviter un conflit, ils devaient se hâter de rassurer le pays. Ils offrirent au gouvernement leur concours le plus dévoué; mais à la condition qu'on agirait contre les intrigues des réactionnaires, pour déconcerter leurs desseins. Le ministre de l'intérieur, chevalier Bozzelli, avait d'autres intentions. Il n'eut aucun égard aux plaintes qu'on lui adressait, et toutes les garanties qu'il voulut donner de son patriotisme aux constitutionnels, ce fut la nomination d'un homme de leur parti en qualité de commissaire de police. Xavier Barbarisi avait soixantedix ans. Sa probité, son passé, ses talents le rendaient digne de bien autres fonctions. Il accepta néanmoins cette position subalterne, dans l'espoir d'être utile à sa patrie. Mais en stipulant qu'il ne recevrait aucun salaire, et qu'aussitôt après les élections pour la Chambre, il résignerait son office. Ce n'était qu'avec une extrême répugnance que Salicetti était entré dans le conseil. Lorsque le roi l'avait nommé intendantgénéralàSalerne, Aurèle l'avait déjà prié de le laisser mourir dans la magistrature. Ferdinand répondit qu'il avait besoin d'hommes capables pour établir le nouvel ordre de choses. — c< Mais Votre Majesté a donc vraiment l'intenation de mettre en activité le statut? — Oh! quelle « question ! Si je n'avais pas eu l'intention de l'exécuter, a je ne l'aurais pas donné. Je veux le voir fonctionner a au plus tôt. » Quand il s'agit du ministère, même question de Salicetti, même réponse de Ferdinand. La comédie se poursuivait.

(1) Lord fi******, Naples politual, social, and rdigiuus; cdil. cit., vol. II, p. 167.

462 rura9.

Hais Bozzelli était l'enfant terrible du conseil. Il lui avait déjà échappé de dire que le seul gouvernement qui convint à Naples était celui de Delcarretto. Passant ensuite de l'opinion aux actes, il proposa une loi sur les attroupements. Lorsque les attroupés ne se disperseraient pas à la troisième sommation, la force publique devait faire feu sur eux. Salicetti opposa que la mesure n'était ni licite ni prudente. Le lendemain, un mauvais procédé lui faisait donner sa démission qu'on acceptait, et il était remplacé au ministère de grâce et de justice par Joseph Harcarelli.

Poerio, Savarese et Degli Uberti voulurent se retirer avec Salicetti. Ils eurent la faiblesse de rester, à la prière de Cariati, compromettant ainsi leur popularité, sans aucun profit pour la cause.

Ici vient se placer un épisode caractéristique. Pierre Leopardi, dont nous aurons à parler plus longuement dans un autre livre, avait été deux fois banni de Naples pour son amour de la liberté. Réfugié en France pendant quinze années, et accueilli par tous avec cette sympathie que nous montrons aux victimes du despotisme, il s'était trouvé en rapports particuliers avec plusieurs hommes éminents de divers partis. MM. Alexis de Tocqueville, Chateaubriand, Montalembert, Déranger, lui* avaient écrit, ce dernier une lettre charmante, à propos des Espérances de l'Italie, de Balbo, publiées en français par l'ami de Pepe, de Gioberti et de tant d'autres célébrités. Lamennais lui avait fait des confidences intimes, Arago le recevait, Thibaudot lui donnait la main, M. Thiers l'avait entretenu de la campagne des banquets, et Armand Marrast avait supputé avec lui les forces du parti républicain, qu'il jugeait d'après les abonnés du National. En quittant Paris pour se rendre à

IfAPLES. 463

Naples, où l'appelaient ses sympathies pour la révolution de 4848, Leopardi avait vu Charles-Albert à Turin, Léopold II à Florence, et Pie IX à Rome. A Naples, pendant que le peuple criait avec fureur chaque soir : A bas les traîtres I A bas Bozelli! Leopardi avait visité cet ancien compagnon d'exil , et s'était vainement efforcé de le ramener au sentiment italien.

Pour savoir sans doute jusqu'à quel point on pouvait sans danger manquer à la foi promise, Ferdinand voulut voir Leopardi. Peut-être connaîtrait-il ainsi plus sûrement que par les diplomates, toujours disposés à tromper, la force respective des partis en Italie et en France, l'opinion des hommes d'État et des têtes couronnées. Leopardi ayant rompu avec Mazzini, pour divergence de vues politiques (1), le roi n'avait point à craindre des discours républicains. Le 24 mars 1848, le chevalier Etienne Corsi vint informer Leopardi, de la part de son frère le commandeur, que le roi le recevrait le lendemain, à deux heures de l'après-midi. Ferdinand, qui exerce toujours une certaine attraction sur les hommes qui l'approchent, tant il est habile à dissimuler, sous des apparences de bonhomie et de franchise, sa profonde hypocrisie, Ferdinand reçut au mieux Leopardi.

(1) La rupture eut un second motif. Leopardi soupçonnait d'espionnage des hommes en qui Mazzini avait une confiance entière. Il accusait particulièrement un de ceux-là, « grand libéral en apparence, mais en substance agent secret du gouvernement pontifical, » d'avoir fait arrêter Ricciardi. Après un échange de lettres fort remarquables, Leopardi écrivit à Mazzini : « Nous suivons deux routes qui tendent vers le même but, mais elles sont trop différentes pour qu'il soit possible de cheminer de concert. Suivez la vôtre, moi je suivrai la mienne. Si nous venons à nous rencontrer dans quelque carrefour, nous nous dominerons -la main. Sinon, adieu pour toujours. »

Après s'être entretenu avec lui de sa réception par le pape, et avoir conversé de son opuscule, les Bourbons de Naples, le roi demanda modestement à Leopardi ce qu'il conviendrait de faire pour rendre les nouvelles institutions avantageuses au pays. Leopardi répondit en homme libre et en Italien. Ferdinand le pria d'écrire ce qu'il venait d'exprimer et de le lui remettre. Dès le lendemain, Leopardi apporta la note demandée.

Le roi parut entièrement satisfait de cet écrit. Il le remit le jour même (25 mars) au prince de Cariati, et le 26, le ministre des affaires étrangères mettait sur le tapis le traité de la Ligue italienne. L'ambassadeur d'Autriche fit des observations, mais ne demanda point ses passeports. La veille cependant une nombreuse troupe d'étudiants avaient envahi le palais de la légation autrichienne, et, arrachant l'écusson impérial, avaient traîné l'aigle à deux têtes dans la boue. Mais les courriers annonçaient successivement la révolution victorieuse à Berlin, à Vienne, à Milan, et l'armée piéraontaise passant le Tessin; l'on était donc obligé de faire patte de velours, sauf à montrer les griffes plus tard. Néanmoins, lorsque M. Levraud, chargé d'affaires de France, et M. Rignon, envoyé de Sardaigne, furent arrivés à Naples; que le premier fit ouvertement de la propagande républicaine, et que le second demanda aide et appui pour la guerre de l'indépendance, le prince de Schwartzenberg, voyant que le vent lui était contraire de tous les côlés, quitta son poste; « mais il laissa, comme représentant officieux a de l'empereur près la cour bourbonienne, le comte « de Leibzeltern, ce vieil ami du prince de Metter- « nich (1), » que nous avons déjà vu en 1833, mais alors « en qualité d'ambassadeur.

(I) P. Leopardi, Narraxioni storiche, p. 97.

NÀPLES. 4*5

La bonne politique, la politique italienne, inaugurée par Janvier Spinelli, ne pouvait s'accommoder avec le cabinet Serra-Capriola-Bozzelli, qui en avait étalé une entièrement opposée. Le général François Pignatelli, prince de Strongoli, eut mission du roi de composer un nouveau ministère. Ferdinand se voyait encore obligé de ménager l'opposition, pour arriver plus sûrement à ses fins.

Cependant, le roi n'accordait jamais que ce qu'il était absolument impossible de refuser sans se trahir. Ainsi les libéraux désirant la rentrée de Salicetti, que Ferdinand se souciait médiocrement de reprendre, et croyait pouvoir tenir à l'écart, il y eut embarras et conflit dès le premier jour. Dans la pensée du prince de Strongoli, Charles Troya devait avoir la présidence du nouveau ministère. Il lui délégua le mandat de choisir ses collègues. Un homme cher à Leopardi, Antonin Plutino, fut le prier, dans l'intérêt du pays, d'aider à la composition du cabinet. Il le promit, et fit aussitôt des démarches dans ce sens. Les circonstances étaient difficiles pour les constitutionnels : la trahison secrète du roi, les menées liberticides des Austro-Sanfed^tes, l'impatience des partis avancés, tout était péril autour d'eux. Le bruit courait que Lecce avait institué un gouvernement provisoire. Si Capoue n'avait point imité Lecce, cela tenait uniquement à ce que la municipalité avait refusé de se ranger sous la. loi du dixième régiment de ligne, Abruzze, impatient de nouveautés. A Castel^a-Mare, un bataillon du huitième régiment de ligne, Calabre, s'agitait sous la même impulsion. A Naplcs, l'artillerie protestait en faveur du peuple; et la garde nationale, qui comptait dans ses rangs vingt mille citoyens, demandait impérativement au roi, dans une adresse, les réformes juste-

4** RAPLES.

ment réclamées par la loi électorale, et l'amélioration progressive de la Constitution obtenue. L'intendant général d'Aquila, Marian d'Ayala, avait publié officiellement (48 mars \ 848) une longue série des fautes plus ou moins graves du ministère; et l'intendant général d'Avellino, Paul-Émile Iinbriani, se démit de ses fonctions (3 avril), par une déclaration où il accusait ouvertement l'obstination du souverain. Ceux qui n'étaient point hostiles à la Chambre des Pairs comme institution, s'opposaient trèsvivement à ce qu'elle conservât son nom ; et cette simple dispute de mots, menaçait de se convertir en différend révolutionnaire.

Jamais la nation napolitaine n'avait été plus loin de se soumettre à cette prétention, exprimée par le roi Ferdinand au roi Louis-Philippe : « Mon peuple n'a pas besoin de penser. »

Salicetti, le candidat du jour; rédigea, de concert avec ses amis, le programme suivant :

« 1° La nomination des Pairs étant abolie, la Chambre « des Députés aura pleine puissance de pourvoir, d'ac- « cord avec le roi, à l'institution d'une Chambre Haute.

« 2° Pour la première fois, sauf restriction de ce qui a sera fait dans la suite en vertu d'une loi électorale déa finitive, il y aura suffrage universel à double degré. « Dans chaque arrondissement, tous ceux qui jouissent « des droits civils choisiront les électeurs parmi les ins- « crits dans les listes actuelles des éligibles aux fonctions « communales. Les électeurs nommeront les Députés «t parmi tous les citoyens du royaume.

a 3° Renouvellement des conseils communaux, de dis- « tricts, et provinciaux, pour opérer, jusqu'à la promul- « gatioti d'une nouvelle loi organique administrative, a par le moyen des assemblées populaires anciennement

« nommées Parlements. Il sera envoyé dans chaque ce province un commissaire réwdonnateur.

a 4o Organisation et armement da la garde nationale.

« 5° Ligue politique des Etats italiens. Des plénipo- « tentiaires seront envoyés à Rome.»

Leopardi, qui avait refusé d'entrer dans aucune combinaison ministérielle avant l'ouverture des Chambres, s'abstint de donner son opinion sur le programme de Salicetti. Charles Troya, président désigné du Cabinet en voie d'enfantement, Jean Vignale, Joseph Ferrigini, l'excellent jurisconsulte Paul-Émile Imbriani, le marquis Dragonetti, et d'autres, qui en devaient faire partie, étaient sur le point d'adopter le programme, avec de légères modifications, lorsque l'arrivée de Paris, du vieux chef de la révolution de 1820, interrompit tous ces soins. Le roi manda subitement au palais le général Pepe, et le lendemain (30 mars), il lui donnait la charge de composer un nouveau ministère.

Pepe fit sien le programme rédigé par Salicetti, et le proposa à Ferdinand avec une liste de dix noms, savoir : le sien, plus ceux du prince de Cariati, du marquis Dragonetti, de Raphaël Conforti, de Stanislas Baracco, de Charles Poerio, d'André Romeo, de Casimir de Lieto, de Vincent Degli Uberti, et d'Aurèle Salicetti.

Le roi ne voulait pas absolument de Salicetti, qu'on lui avait dit professer les principes de Robespierre. 11 remercia Pepe, et lui offrit, au lieu du ministère de la guerre et de la présidence du Cabinet, le commandement en chef d'une expédition qui se préparait pour la haute Italie.

Pepe accepta de grand cœur, croyant le roi sincère,

une position qui lui convenait mieux qu'un portefeuille.

« Ainsi échoua la formation d'un ministère fort qui,

4t>6 NAPLES.

« avec la mise en pratique des quatre précautions déjà « délibérées par Salicetti et par ses amis : 1° l'arrestation « préventive d'une douzaine de fauteurs ou satellites, ou o prosélytes de la minorité ultra-conservatrice, et d'auo tant de calomniateurs de la minorité ultra-libérale; « 2° l'expédition pour la haute Italie de vingt-cinq mille « hommes, compris les quatre régiments suisses ; 3° l'apa pel dans la capitale de trois compagnies choisies de la a garde nationale de chaque province; 4° et l'ouverture a sollicitée des Chambres, aurait certainement réussi à « détruire les menées des conciliabules Austro-Sanfe- « distes, à empêcher la catastrophe du 15 mai, à pource voir à la guerre contre l'étranger, et à sauver en même a temps l'honneur de la dynastie, la liberté du royaume a et l'indépendance de l'Italie (1). »

Cependant Poerio voyait avec douleur la marche des événements et les intrigues de la cour. Dans une visite de Leopardi, il avait laissé déborder l'amertume de son cœur. Mais il attribuait tout le mal à Bozzelli. Le vieux Barbarisi souffrait aussi des douleurs du pays. Il avait plusieurs fois tenté d'y mettre un terme, par ses plaintes ou ses conseils. Le gouvernement était toujours resté sourd. Cette conduite, et les progrès incessants de la réaction, finirent par inspirer des soupçons à Xavier sur la sincérité du monarque. Il résolut de les éclaircir. Dans un écrit publié plus tard pour sa défense, on trouve des traits qui peignent au vif le caractère de Ferdinand II. Depuis la proclamation de la Constitution, Barbarisi avait de fréquentes entrevues avec le roi. Ferdinand le recevait de la manière la plus gracieuse, lui prenait les mains, l'appelait son vieil ami, et manifestait le désir de le voir

(I) P. Leopardi» Narrazioni storiche, p. 103.

NÀPLES. 469

fréquemment au palais, a Don Saverio », lui avait-il dit un jour, « ceci est votre maison ; elle vous est ouverte en « tout temps, et je serai positivement fâché, si vous n'y « venez pas chaque jour. » Barbarisi profita de ces apparences d'intimité pour s'ouvrir au roi de ses doutes, et il le fit en patriote courageux, a Ferdinand », dit-il, levant les bras au ciel, me répondit avec animation : « Don Sa- « verio, j'ai juré la Constitution, et je veux la maintenir. « Si je ne l'avais pas voulu donner, je ne l'aurais pas « donnée. — Je lui répondis alors que je me confiais en « mon roi comme en mon Dieu ; et, en vérité, j'avais été « si touché de ses transports en faveur de la Constitu- « tion, qu'il m'était impossible d'y voir autre chose que « sincérité et bonnes intentions. » Cet excellent vieillard, qui expia si cruellement sa confiance au monarque, dit ailleurs : « J'eus occasion de suggérer à Sa Majesté, que « la peine de mort devait être abolie, plus particulièrece ment pour les délits politiques. Sa Majesté en convint « avec moi, et je lui donnai ma bénédiction. Sa Majesté « me parlait fréquemment de Charles Poerio, comme « étant le meilleur et le plus vertueux des hommes, et « comme le plus dévoué de ses sujets; tandis qu'il parlait « de moi à Poerio dans des termes aussi flatteurs. » Barbarisi termine par cette réflexion d'une simplicité ce sublime : « Et cependant Poerio est maintenant dans « les fers, et moi j'attends ma condamnation 1 »

Si à Naples la conduite du roi était tortueuse et déloyale, elle fut, par rapport à la Sicile, fourbe et violente à la fois. La Constitution qu'il avait accordée, devait, suivant sa propre déclaration , être applicable à la Sicile, sauf quelques légers changements. Loin de tenir sa promesse, Ferdinand manifesta bientôt l'intention de traiter l'île en pays conquis. A cette incroyable prétention ,

les Siciliens indignés répondirent par les cris : A bas les Bourbons, mort à Ferdinand! (1) et songèrent à déposer le roi. Lord Minto, accouru de Rome, à la demande du souverain, parvint à calmer l'irritation populaire. Il y eut une transaction provisoire. Dans la chaleur du ressentiment, le comité révolutionnaire de Palerme avait convoqué le Parlement sicilien. Ferdinand, par un acte spécial, légitima la convocation (6 mars 1848), et prit pour ministres trois présidents du comité de Palerme. On semblait donc près de s'entendre. Cependant, la rédaction d'un arrangement, car on traitait d'égal à égal, offrit des difficultés. Lord Minto, qui avait reçu de pleins pouvoirs de la cour, — du moins il l'assurait, — voulait conserver l'unité de la monarchie en la personne de Ferdinand. La Sicile, qui l'abhorrait, ne voulait plus entendre parler de ce prince. Elle finit, néanmoins, par céder, sur ce point, aux sollicitations de lord Minto. Un ultimatum fut rédigé (12 mars). Hais le roi de Naples n'ayant ni tenu les engaments pris en son nom par lord Minto, ni rempli aucun de ses devoirs envers la Sicile : par un décret du 13 avril 1848, voté à l'unanimité dans la Chambre des Communes, à l'unanimité dans la Chambre des Pairs, célébré pendant trois jours par des fêtes dans toute la Sicile, et auquel toutes les communes de l'île donnèrent leur adhésion, Ferdinand fut a déchu du trône de Sicile, non- « seulement en vertu de ce droit imprescriptible que a nul publiciste, nul théologien n'a jamais dénié au peuo pie de chasser les tyrans et de recouvrer sa liberté, a mais encore parce que le prince était tombé dans le « cas prévu par la Constitution jurée par ses ancêtres, et a qu'il s'avait lui-même jamais annulée (2). »

(1) Fuorii B or boni, morte a Ferdinando.

(2) Pantaléoni et Lumia ; p. 120.

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