‹ Naples et les napolitains Theodore VernesChapitre 10 sur 12 · SI · texte numérisé non relu

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étrange pêle-mêle tic choses et de gens, une débauche de couleurs et d’ombres, de cris stridents et de vagues rumeurs, une fête pittoresquement bigarrée, une ébouriffante arlequinade. Tableau bien différent, et pourtant bien rapproché de celui que j’essayais de décrire tout à l’heure. C’est ainsi en Italie ; le beau et le grand y coudoient le vulgaire et le trivial.

Dans l’après-midi, les scènes et l'agitation populaires font place au mouvement et au fracas des équipages. Le Corso commence à trois heures; il est obligatoire pour quiconque se respecte. J’ai vu mainte dame préférer aux paisibles et radieuses perspectives de Pausilippe le bruit assourdissant et la poussière intense de cette- espèce de course au clocher. Dans celte exhibition de la société, on ne peut se montrer à pied sans être sérieusement compromis. Les . • femmes surtout sont condamnées par l’usage à ne sortir qu’en voilure. Lorsque quelque disgrazia de fortune né leur permet pas de posséder d’équipage, elles vont seulement à l’église,

NAPLES

où elles se font accompagner d'un laquais de louage, affublé de l'antique livrée. Jadis certains maris l’endossaient, se flattant de n’èlre pas reconnus; mais on en voit moins aujourd’hui qui poussent l'économie jusqu’à sacrifier ainsi leur orgueil à leur vanité.

Rien ne saurait donner l’idée du despotisme de Cliiaja. S’y montrer est le premier devoir, la plus importante occupation des gens de bonne compagnie. Le prétexte est de voir, le but est d'élre vu.

Il suffit d’y manquer un seul jour pour que l’on vous croie mort ou ruiné. Les femmes sont très-nombreuses au Corso; le premier coup d’œil ne leur est pas toujours favorable; mais on ne larde pas à trouver aimables ces visages expressifs sans affectation et gracieux sans coquetterie. Pendant cès heures de rapide promenade, l’aflîuence des équipages, le train et l’air magnifique de beaucoup d’entre eux, la richesse et la variété des toilettes, tout contribue à donner à Chiaja l’extérieur vivant et animé des Champs-

Élysces. Malheureusement, tout cela, c’est le mouvement et non pas la vie. Une existence machinale, que n 'ennoblissent ni les spéculations de l’esprit, ni les préoccupations d’un avenir politique, est-elle faite pour contenter un peuple généreux? Les étrangers ne peuvent que gémir en comparant ce qu’il est à ce qu’il pourrait être.

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